Potsdamer Platz


bibliothek

"les choses réelles étaient trop bouleversantes" ("real things were too exciting") (Virginia Woolf, Mrs Dalloway)


sélection:

Fernando Vallejo: El desbarrancadero

Francis Scott Fitzgerald: The Beautiful and Damned (Les heureux et les damnés)

Thomas Bernhard: Auslöschung (Extinction)

Christophe Bourdin: Le fil

Stendhal: La chartreuse de Parme



dernières lectures :

EN COURS : Fred Uhlman, "Der wiedergefundene Freund" ("L'ami retrouvé")

"JUGEND OHNE GOTT", Ödön von Horváth: jeunesse sans Dieu, montée du nazisme

"L'INNOCENT", Ian McEwan : pas mal du tout, Berlin années 50, espionnage, thriller, histoire d'amour avec meurtre rocambolesque

" LE ROUGE ET LE NOIR", Stendhal (relecture): Je disais que j'aurais voulu être Fabrice del Dongo mais c'est de Julien Sorel que j'aurai été le plus proche, l'amour plutôt que la gloire... quel livre, quelle simplicité pour un chef d'oeuvre, je vais faire une pause dans les héros tourmentés maintenant

"LA MAUVAISE RENCONTRE", Philippe Grimbert : extrait: "Mando, mon meilleur ami. Mando l'intransigeant avec qui je partage tout, depuis les premiers jeux au parc. Mando qui ne me laisse jamais m'éloigner des idéaux que nous nous sommes fixés, qui pointe mes faiblesses et dont je crains le jugement. Mando et sa force, sur laquelle je m'appuie quand, si souvent, le courage me manque."

" JEAN-CHRISTOPHE", Romain Rolland : Relecture, 1500 pages, la première fois j'avais 18 ans. En le relisant je me rends compte que c'est un livre qui m'aura certainement influencé, sans que je m'en doute, dans ma jeunesse, ma vie et vraisemblablement aussi dans l'écriture. Christophe est un héros, un héros de sa vie, héros dans la grandeur et la misère à la fois. Parce qu'au-delà de l'art (Christophe est un grand musicien), plus grand que l'art, est la vie. Immense livre: "il ne mettait pas son art au-dessus de son âme"

"GILLES", Drieu la Rochelle

" A ESTE LADO DEL PARAÍSO", Francis Scott Fitzgerald : lu en espagnol ("L'envers du paradis" en français), Amory Blaine, le personnage principal, et comme toujours chez Fitzgerald: la jeunesse et après? Amory, égocentrique mais finalement aussi généreux, qui passe un peu à côté de son destin mais ne se résigne pas, fidélité chez Fitzgerald du personnage à lui-même, les dernières pages sont hallucinantes, tellement elles pourraient écrites aujourd'hui, les dernières lignes : je me connais moi-même, mais c'est tout

"NOTES D'UN SOUTERRAIN", Dostoïevski

"LE GRAND MEAULNES", Alain-Fournier

"A L'OMBRE DES JEUNES FILLES EN FLEUR", Proust

" LES HEUREUX ET LES DAMNÉS", Francis Scott Fitzgerald

" DAS WUNSCHSPIEL" ("The wishing game"), Patrick Redmond (Goldmann)

"DIE URSACHE", Thomas Bernhard (Residenz Verlag)

" JUST KIDS", Patti Smith (Kiepenheuer & Witsch)

"DOG STAR", Donald Windham (Lilienfeld)

"BRUDER", Ted Van Lieshout (Beltz & Gelberg)

"WOHIN DU AUCH GEHST. DIE GESCHICHTE EINER FAST UNMÖGLICHEN LIEBE", Benjamin Prüfer (Fischer)

"TAKING WOODSTOCK", Elliot Tiber mit Tom Monte (Edel : Rockbuch)

"THOMAS BERNHARD, EINE BEGEGNUNG", Gespräche mit Krista Fleischmann, (Suhrkamp)


extraits :

- de "Le voyage à Alba", de Hervé Loyez:

"Constance

24 juillet 1985 - Paris

J'aurais pu cesser là l'écriture de ce livre. Ce que j'ai d'essentiel à ajouter ne l'est pas pour les autres.
Ce que j'ai à dire, dans ces ultimes pages résonne pour moi comme une victoire, mais pour moi seule.
Pour ceux qui les liront, je ne sais ce qui le disputera de la déception, de la surprise, de l'agacement, que sais-je encore ?
Ce dernier chapitre, je ne l'écris que pour moi. Vous pouvez vous passez de le lire.

Je suis seule dans une petite pièce aux murs blancs, contigüe à la chambre où il repose.
Je n'ai pas lu les journaux de ce soir. En aurais-je eu la force ? J'ai aperçu par hasard le titre du "Monde" en bas de la page ainsi que le sous-titre : "La mort de Julien Rivière. Un compositeur de romans ". J'aime bien le sous-titre. Mes impressions, mes sentiments, ma douleur sont mon affaire. Je n'ai pas ici à en parler.
Seule chose que j'ai à dire : ce qui est arrivé à Julien après cet accident stupide d'il y a plus de quatre mois.
Ai-je d'ailleurs à le dire ?
Je suis consciente en cela de briser certains rêves. Mais aussi d'en créer un nouveau. Il suffit. J'ai peine à finir.
Les médecins m'ont appris très vite qu'il était perdu. Il était plongé dans un coma profond dont il n'avait aucune chance de jamais ressortir. Dora et moi l'avons veillé.
Dans son inconscience, il attendait de moi un secours d'une toute autre nature que cette seule et banale présence à ses côtés. Je ne donnerai à cela aucune explication qui puisse vous satisfaire. C'était entre lui et moi. Il y avait dans ses yeux fixes et ouverts une détresse profonde en tout point comparable à celle que j'avais pu lui connaître lorsqu'il ne parvenait pas à exprimer sur le papier ce qu'il sentait confusément sourdre en lui. Je lui parlais. M'entendait-il ? Me comprenait-il ? Je fis comme si c'était le cas. La raison m'échappa. Je conversais avec lui. Il me fallait l'écouter me parler du regard, transcrire à voix haute, afin qu'il l'entendît, ce que dictait son inconscience.
Ainsi ai-je fait et son regard changea. L'inquiétude disparut. Jusqu'à son état qui s'améliora, à l'étonnement général.
Il murmurait des mots dont j'essayais d'interpréter le sens. J'écrivis son roman à partir de ces mots qui pour moi n'étaient pas étrangers tout à fait. Au cours de cet hiver, il m'avait entretenu de son futur roman. Je trouvai dans ses tiroirs quelques notes brèves.
Quels furent ma surprise et mon bonheur de découvrir que j'étais sur la bonne voie en l'entendant murmurer ces noms étranges : Killian, Alba, Duncan, Jérôme, qu'il mêlait à notre propre histoire, réinventée, dont je lisais l'ébauche des caractères et des actes dans ses feuillets. J'avais la certitude qu'il vivait cette histoire, la dernière, mais aussi qu'il voulait plus que la vivre, la transmettre.
Je travaillais la nuit. Le jour, je lui lisais le roman.
Il ne pouvait parler : à peine quelques mots de ci de là. Notre complicité et son regard, voilà qui me permit d'écrire. Et nos souvenirs pour les conversations du début du roman.
Le fragmentaire est de lui.
Que vous dire encore ?
Tout est vrai. Ce voyage à Alba, il l'a vraiment vécu. Seul point obscur : Jérôme. Jamais je ne saurai s'il l'a connu dans sa jeunesse ou si c'est un personnage entièrement créé.

Une dernière certitude : il est mort autre. Et heureux.

C'est là mon désespoir et mon sourire. ©"

Hervé Loyez, 1958-1993, écrivain de "Le voyage à Alba", "Les enfants de la folie", "Les petits enfers de David Lorentz", "Quand nous serons à Mukallâ" et "L'Outarde" (paru dans la revue "Le serpent à plumes", nº26)

- du "journal" de Mark Anguenot Franchequin :

"Je déteste quand les hommes cherchent à vouloir tout scientifiquement expliquer, justifier et comprendre. Il nous faut savoir garder une place aux choses mystérieuses qui nous dépassent et que nous ne saisirons jamais. Que seraient nos existences misérables de petits mortels sans cette part d'inconnu qui nous entoure et nous assaille. Je revendique des rêveries déraisonnables, extravagantes, inhumaines, chimériques, au moins nous permettent-elles d'échapper un temps à la cruelle réalité, à l'insoutenable et écoeurante réalité. C'est dans ses rêves et son imaginaire, dans ses capacités à fuir la médiocrité quotidienne, à la rejeter que, sans doute, l'homme est souvent le plus beau et offre au monde une face de lui-même acceptable, c'est quand l'imaginaire prend le pas sur le réel que la vie devient un petit peu moins insupportable. C'est ce qui m'émeut chez la plupart des artistes, ils savent que leur mission est bien de nous alléger de nos souffrances, de nous convier au désordre de l'esprit par le beau et l'originalité de leur vision, de nous dérober aux affres de notre condition, de nous dérégler de notre trajectoire en nous soumettant à leur bénéfique et constructive dérivation. Que serait un monde sans art ni fantaisie dans cette sinistrose qu'est la vie ? Leur invitation au voyage est un bienfait pour l'humanité qui de toute façon flotte lamentablement et ne parvient pas à contrôler ni ses vents ni ses coups, ils nous sauvent de la déprime et leur présence saine contribue à notre salubrité mentale… ©"

(Mark avait demandé que soit publié dans Libération le communiqué suivant : "Mark Anguenot-Franchequin, né le 8 juin 1958 à Besançon, est décédé du sida après une longue lutte contre la maladie. Il nous a quittés sans honte et sans regret pour rejoindre la terre de ses racines.
La vie est injuste et dégueulasse. C'est un long voyage au bout de la nuit. J'ai beaucoup souffert, mais j'ai aussi connu le bonheur, l'amitié et l'amour.
L'existence est difficile mais on peut vivre quand même et on doit le faire, coûte que coûte. L'aventure en vaut le coup- Mark")

Mark Anguenot Franchequin, 1958-1994, pionnier de la lutte contre le sida en France, il a notamment été à l'origine de Sida Info Service ; son journal est le témoin de son amour révolté de la vie


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metteur en scène : Johannes Naber, acteur : Nik Xhelilaj   

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