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février 2018 : ce qu'il reste de nous, ce qu'il reste c'est tout (Michel Berger, La minute de silence). Je commence à en avoir assez du délire verbal sur Barbara, il est temps de faire silence, et de l'écouter elle, c'est tout. Quand on aime quelqu'un l'âge ne compte pas, quand je revois Barbara à 30 ans, à cinquante ou soixante, c'est toujours la même, sans parler de l'Ange, évidemment. Le jour où je quitterai la vie, ou où la vie me quittera, ce n'est pas elle, la vie, dont j'aurai peur d'être séparé : la vie je l'emmerde, c'est de lui, seulement lui, et même si je sais que je ne serai jamais séparé de lui, impossible. Toujours voulu être le héros de ma propre vie, mais plus souvent été héros blessé qu'héros vainqueur. Je suis pour l'éducation exigeante, élitiste même, pour la rigueur et la discipline, mais certainement pas pour l'éducation par la violence, physique ou morale, personne n'aurait jamais rien obtenu de moi par la violence, par la rigueur oui. Mourir mais une autre fois. On tombe des nues, maintenant en France ils viennent de faire un rapport où ils préconisent de ne plus punir les fumeurs de joints qu'avec une amende, mon Dieu, ça veut dire qu'encore si tu fumes un joint tu peux aller au pénal ou je ne sais quoi, quelle hypocrisie, dans quel monde vit-on, et je le dis moi qui n'ai jamais été très joints, ni marie-jeanne, ni shit. Pas écrit beaucoup dans mon journal ce mois-ci, occupé à autre chose, alors je radote, après tout je ne pense qu'une ou deux choses de la vie, mais une ou deux choses qui n'appartiennent qu'à moi, que je radote, dans la vie t'as pas besoin de beaucoup d'opinions personnelles, juste une ou deux mais qui soient vraiment de toi, tous mes romans je les ai écrits à partir de ces une ou deux choses, qui doivent être en résumé : le combat contre la vie et pour l'amour, les deux se rejoignant d'ailleurs. Sinon je cogite, je me débats, je vieillis, je rajeunis, je ne baisse pas les bras, et puis je les baisse parce que je veux la paix, et puis la paix m'ennuie, j'ai besoin de la guerre, je fais la guerre, je fais la paix, j'ai peur mais j'avance quand même, comme elle disait. J'aime l'Ange, l'amour ne peut pas être heureux, il est davantage que ça, il est un monde plus grand que le nôtre, incommunicable, une vie ne suffit pas à l'amour. Et puis je rigole, j'apaise les blessures en rigolant, je regarde dormir l'Ange, et je me dis, ah cette vie, ah mes amours disparus, pas si disparus que ça d'ailleurs, j'écoute Barbara, je ne réalise pas encore comment je continue à vivre sans ne plus pouvoir courir vers elle dans un des théâtres de Paris, comme non plus je ne peux plus appeler ma mère au téléphone et parler de nos choses à nous, la faire rire, lui prendre la main, la tenir dans mes bras, son corps si fragile dans mes bras, amputé, orphelin, abandonné. Alors je cours, ne pas être victime deux fois, toujours pensé ça, je me réveille, j'ouvre les yeux, la tête pleine, et plus encore le cœur, je crois en l'âme, la vie c'est croire, je l'emmerde oui la vie mais je la connais, ma veille ennemie, la salope. A plus. Jimmy. ©

janvier 2018 : le bonheur n'existe pas, parce que quand tu es heureux tu sais la fragilité de ce bonheur et la tristesse se niche quelque part, elle redouble l'intensité du bonheur et le fragilise à la fois, toujours sur la corde raide, et l'insouciance à la longue se paye cher, la joie de vivre et le mal de vivre ne font qu'un. Autre rêve qui revient souvent : que mon appartement est envahi de gens que je n'arrive pas à mettre dehors. Elle le dit : le passé, c'est le présent, comme il t'a "griffé". La violence faite aux femmes, pourquoi s'étonner seulement maintenant, les hommes sont des salauds, on le sait depuis longtemps, évidemment quand ils ne le sont pas ils sont parfois magnifiques. Et voilà, il a fini par mourir lui aussi, Jean d'Ormesson, encore un pan de mon passé qui fout le camp, je l'adorais, pas comme écrivain mais j'adorais sa personne, c'était un aristocrate mais surtout un aristocrate de la pensée et de la vie, lui et Duras j'aurais pu les écouter parler pendant des heures, lui encore davantage qu'elle je crois, c'est si rare quand on pense à tous ceux qui lorsqu'ils parlent dix secondes on en a déjà marre, et il s'entendait bien avec Mitterrand, pas politiquement mais pour les conversations sur Dieu et le reste, y a que ça qui compte finalement, Dieu et le reste, la politique c'est bien mais ça finit toujours pas te barber, pas Dieu, pas le reste. Et le lendemain Johnny Halliday. Moi ç'a jamais été mon truc Halliday, même si j'aimais beaucoup "Que je t'aime" que je trouvais incroyablement sensuel, mais Hervé, qui l'aimait quand il était jeune, physiquement, disait toujours : Johnny c'est Johnny. Je serai toujours un enfant, c'est ça qui est bien, et c'est ça qui est terrible. Dans la rue, il marche à côté de sa femme, elle en chaise roulante, ils se tiennent la main, et je me dis, quand on a comme ça quelqu'un à s'occuper, quelqu'un de fragile, ça donne un sens à ta vie, et c'est bien, on peut pas vivre non plus seulement pour se branler les couilles. En voyant le cercueil de d'Ormesson, je me disais, là il peut plus parler, lui qui aurait eu tant de choses à dire sur le moment de son enterrement, et ça me rendait quand même un peu triste. Par ailleurs ces hommages nationaux pour les disparus, d'Ormesson ou Johnny, me portent sur les nerfs, la pauvre France qui pleure ses gloires passées parce qu'elle sait qu'il ne lui en reste plus beaucoup, de gloires, on va quand même pas faire un hommage national à C. Angot quand elle mourra, même si tout est possible dans ce foutu pays ; par contre un hommage national à ma personne, ç'aurait de l'allure. Ce que ça peut m'énerver aussi ces mecs ou ces femmes célèbres qui quand ils font leur coming out parlent de leur bisexualité, bisexualité mon cul, t'es pédé ou t'es gouine point, et y a pas de quoi en faire une thèse. Je hais le harcèlement à l'école de toutes mes fibres, je hais la loi du plus fort, une pensée pour Keaton Jones qui je l'espère deviendra quelqu'un plus tard quand les minables qui le harcelaient, eux, deviendront rien. Toujours aimé les boîtes à musique, les boîtes à musique c'est un peu comme le perlimpinpin, c'est l'enfance, la magie. Une année qui s'en va, le temps passe, l'amour reste. Jimmy, à l'Ange. ©

décembre 2017 : Je repensais à mon enfance, comme des fois je pouvais être cruel, quand je faisais pleurer MJ, et après je la voyais manger seule, elle pleurait encore devant son assiette et quand je passais je me sentais tellement triste de la voir comme ça, je voulais l'embrasser, oh ça je suis pas un saint, certes non, et Dieu merci d'ailleurs, sinon ils m'auraient tous fait la peau. Barbara n'aimait pas qu'on lui demande de chanter comme ça, n'importe où, à un dîner ou autre, elle répondait, on ne demande pas à un boulanger de vous servir du pain dans la rue. Je vois qu'un livre vient de sortir sur les bonnes vieilles pissotières d'antan, là où les pédés de tous âges pouvaient se rencontrer tranquilles et se branler peinards sans faire de mal à personne, je crois savoir que Montherlant aimait bien y rôder, on appelait ça des tasses, je sais plus bien pourquoi, bref, moi j'ai jamais vraiment pratiqué les tasses, c'était déjà plus trop à la mode, et puis je crois que j'aurais pas trop aimé l'odeur, mais bon y a eu un temps où y avait que ça et point, enfin bref, c'est fini, disparues avec le reste les tasses, tout est lisse de nos jours, et bien hypocrite, et la liberté ça fait longtemps qu'elle fout le camp peu à peu malgré ce qu'on dit, reste plus que de la propreté qui pue encore plus que la saleté d'avant. Beaucoup de points communs avec Thomas Bernhard, à commencer par mon incapacité totale, toute ma vie, à avoir un travail dit normal, et principalement à cause de ce que cela supposait de relations sociales annihilantes, J'avais tant de capacités, la seule que je n'avais pas, c'était de pouvoir supporter un travail dit normal. (Thomas Bernhard, Die Kälte). A part avec l'Ange, je ne souhaite plus souhaiter les anniversaires de personne, et je ne veux plus qu'on me souhaite le mien, ça suffit déjà d'avoir une année de plus chaque année, pas besoin que tout le monde me le rappelle. J'ai des rêves récurrents, Isabelle Adjani, avec qui je m'entends toujours très bien en rêve, le retour de Barbara sur scène, ou ma rencontre avec elle, aussi je rêve que j'ai les cheveux longs et que je suis chez le coiffeur, très beau, la mer aussi bien sûr, la mer menaçante, noire et sauvage, je rêve aussi que je rachète l'appartement que j'avais autrefois à Paris, rue du Pot de Fer : rien n'a changé ou à peu près, le marchand de journaux en face de l'immeuble est toujours là. Elle était fragile mais résistante, comme moi. C'est drôle, souvent quand j'essaie de me rappeler un rêve, je me souviens pas bien, le déroulement quoi, mais il me reste des sensations qui ont leur logique interne, qui pourrait jamais être transformée en la logique de la vie, comme une autre langue, enfin, c'est difficile à expliquer. Aimer n'est que soulager la peine. Ces lâches qui nous gouvernent ne pensent donc jamais qu'en augmentant le prix des cigarettes ils pénalisent non pas ceux qui ont de l'argent et qui pourront toujours s'en acheter, mais les plus faibles dont à longueur de journée ils se gargarisent en prétendant penser à eux, tu parles, les salauds. Depardieu de Barbara : "nous on avait des fous rires qui valaient mieux que n'importe quel coït". Et maintenant les barbares parlent d'interdire la cigarette dans les films, qu'ils le fassent et ce sera la fin, de tout, des livres, de tout, les barbares auront gagné et on sera tous morts. Jimmy. ©

novembre 2017 : il automne sur Berlin, il fait juste un peu plus froid, il fait roux et fragile, c'est le temps qui galope, le temps arrêté n'existe pas, seulement dans mon au-delà. Quelle langue horrible cet allemand, je me dis, quand j'entends parler mes garçons new-yorkais. Une nuit à Biarritz avec Hervé, on mangeait des frites dans une cabane près de la mer, à côté de nous y avait deux garçons nordiques, très beaux, et ils nous regardaient pas du tout, et pourtant nous aussi on était jeunes et beaux, je l'avais fait remarquer à Hervé qui m'avait répondu : oui, on pourrait s'envoler ils le remarqueraient même pas. Ça me manque aussi quand elle m'envoyait par la poste un billet dans une enveloppe, parce qu'elle disait que les petits cadeaux étaient des preuves d'amour. C'est mystérieux le sourire, cette déformation du visage qui te rend humain, fragile. De tous mes livres, celui que j'aurais préféré voir publier c'est "Vie d'Ange", ou alors "Wild Samuel", mon avant-dernier, davantage que "L'insecte" qui l'a été publié mais qui me ressemble moins puisqu'au bout du compte, ce n'est pas tant un livre sur moi, mon univers, comme on dit. Pour toutes les interprétations imbéciles qui sont faites de L'aigle noir (inceste etc.), voilà ce que Barbara en disait qui les contredit toutes : "L'aigle noir", c'est une chanson que j'ai rêvée : j'ai fait un jour un rêve, bien plus beau que la chanson, où j'ai vu descendre cet aigle, et je l'ai ensuite donnée à une petite fille de quatre ans, Laurence, qui était ma nièce. Après ce rêve, il m'est vraiment arrivé des choses extraordinaires ! En fait dans cette putain de vie faut toujours s'attendre au pire, comme ça t'es jamais déçu. "Je ne veux pas être la caution d'une famille de croque-morts ni d'une industrie musicale qui fait du pognon avec le 20e anniversaire de la disparition de Barbara" (Depardieu à L'Obs), c'est si vrai, ah si elle était là pour dire ce qu'elle pense de tout ce délire autour d'elle, et en rire ; et toujours Depardieu à propos du film sur elle : "Ceux qui ont bien connu Barbara savent qu'elle n'a rien à voir avec celle qu'incarne Jeanne Balibar. Je trouve plus fidèle Louis Garrel en Godard dans Le Redoutable, que cette Barbara dont on ne voit, dans le film, que les postures, mais dont on ne sent jamais l'immense humanité", c'est dit. D'ailleurs ce qu'il y a de pénible avec la mort d'un écrivain, d'un artiste, c'est qu'après, les héritiers font n'importe quoi et publient la moindre chose que l'auteur n'aurait jamais voulu publier de son vivant, tout ça pour l'argent, mais que faire. Aussi curieux que cela paraisse, je crois que si j'avais été une femme, j'aurais été une lesbienne, une gouine quoi, on s'entend toujours mieux avec son propre sexe, y a pas à discuter là-dessus. Comme dirait ma grand-mère, à chacun son sale goût. A la lecture des Démons de Dostoïevski, je me dis, et si ces images que j'ai parfois en rêve, ces images d'absolu bonheur, et bonheur est en-dessous de ce que je ressens, et si c'était des réminiscences du paradis terrestre ? ainsi que le dit, à propos de son propre rêve, Stavroguine, le prince des ténèbres. On se drogue, disait William Burroughs, parce qu'il faut mettre ses chaussettes chaque jour, autrement dit, parce qu'il faut se lever, se laver, s'enlever les chaussettes le soir, etc. etc. Jimmy. ©

octobre 2017 : De retour. J'ai aimé New York parce que j'aime l'immensité, que j'aime la folie de vivre dans les villes, j'ai aimé New York parce que j'aime l'Ange, on en ressort un peu k.o., ou chaos comme j'écrivais dans Vie d'Ange, mais on en ressort plein, et quoi d'autre cherche-t-on que d'être plein, de tout, comme à chaque fois l'Ange était mon guide, sans lui rien n'aurait été beau, sans lui cela ne valait pas la peine, le premier jour on est allés jusqu'à l'East River, au portier de l'immeuble, j'ai demandé pour être sûr, is it here where Greta Garbo lived? et quand il a dit, yes, juste yes, j'ai je le jure cru voir une dernière fois l'ombre de celle qui EST la légende du cinéma, on dormait mal mais on sortait la nuit, Christopher Street et Stonewall, là où est née ce qu'on allait appeler la gay pride, là où la lutte des pédés et des trans qui se sont affrontés au flics qui les traquaient, et l'eau, l'eau, l'eau partout, immense, on sortait de Manhattan pour pas avoir l'air de cons de touristes, on se perdait dans le Queens et on voyait courir une mariée dans une rue pourrie, avec sa traîne blanche, on allait au zoo du Bronx, on se gelait les couilles dans la clim du métro et en sortant dans les couloirs on crevait de chaleur, on crevait d'amour l'un pour l'autre d'être toujours ensemble après tant d'années, voyageurs, on bouffait les burgers du Five Guys, au resto on payait le verre de vin une fortune, on se promenait le nez en l'air, vers les buildings immenses de cette sacrée Manhattan qui en finit pas de frémir, avec ces garçons américains musclés et pénibles d'être si bandants, on voulait connaître New York en sachant qu'on la connaissait pas puisqu'on y habite pas et qu'on connaît jamais une ville dans laquelle on vit pas, mais qu'importe, un taxi qui ressemblait à l'abbé Pierre nous a conduits jusqu'au ferry, il a même pété incognito dans sa bagnole le salaud pour rendre l'instant inoubliable : on allait à Ellis Island à la recherche du grand-père paternel de l'Ange, pas loin de lady Liberty, dans le grand centre qui tient le registre de tous les immigrants de celle ville du temps où elle les accueillait, et puis on a vu un documentaire sur eux, les immigrants de la misère, commenté avec la voix du grand Gene Hackman, et ainsi de suite, on est allé à Coney Island et son parc d'attractions que je croyais abandonné comme dans les films, mais non, ils l'ont remis en état, y avait le soleil, le soleil de l'Ange et celui de la mer avec ses hot-dogs et ses femmes voilées là-bas aussi, tout se mélange à New York, le blanc et le noir, je me sentais noir, je me sentais blanc, en fait je me sentais humain, l'hôtel Chelsea de Patti Smith et Robert Mapplethorpe est en rénovation, on est revenus parce qu'on revient toujours, on peut pas non plus aller habiter dans toutes les villes qu'on aime, on a déjà donné pour ça, évidemment y a cette calamité du décalage horaire mais comme dirait maman, on va pas se plaindre que la mariée est trop belle, on est revenus sonnés, avec dans la tête les images des garçons musclés et les visages noirs des femmes et des hommes de la ville qui n'en finit pas de vouloir vivre et crever… j'ai laissé là-bas une partie de moi, la bague que j'avais achetée à San Francisco, elle est tombée dans les chiottes de notre chambre d'hôtel, elle nage underground maintenant avec les fantômes de la ville. Dans mon rêve soudain, j'aperçois un chemin plus loin, magnifique, des lumières magnifiques, je veux le photographier mais je n'ai pas d'appareil, où menait-il ? comment était-il au-dedans ? je n'en sais rien, au réveil je me suis dit que j'aurais dit y entrer, mais je ne l'ai pas fait, juste été ébloui par le chemin inconnu. Jimmy. ©

septembre 2017 : on m'a raconté cette histoire : un jour, dans sa loge, Barbara reçoit parmi ses admirateurs un garçon, on dira un garçon très folle, et le garçon lui dit, oh vous êtes la plus grande ! et Barbara de répondre, écoute chéri je crois qu'ici la plus grande, c'est toi. Jeanne Moreau j'ai jamais été vraiment fan, mais bon c'était la Jeanne quand même, avec sa voix de chiotte merveilleuse, et j'aimais quand elle chantait, j'ai même son album avec les poèmes de Norge, à ce compte-là il va pas nous en rester beaucoup de grandes dans le cinéma français, tu sais, ces femmes qui même vulgaires sont jamais ordinaires, ça court plus les rues ces femmes. C'est une joie et une souffrance. Foncé ce lundi dans Berlin à vélo, les larges avenues, le soleil, le canal, le fleuve, le ferry pour aller de l'autre côté, là où y a des petites maisons comme des maisons de contes d'enfant, puis là où c'est un peu comme les environs de Paris, puis après encore le fleuve et la bohème, Berlin c'est l'infini. Le bonheur ce n'est pas qu'il ne te manque rien, c'est le contraire, avec l'Ange bien sûr qu'il me manque des choses, et lui avec moi, et heureusement, mais je sais que ces choses qui me manquent, il n'y a qu'avec lui que je pourrais les trouver. elle avait des bagues à chaque doigt, des tas de bracelets autour des poignets. De ma terrasse je vois parfois ma voisine de l'autre immeuble, à ma droite, sur sa terrasse, elle est plus très jeune et je croyais même qu'elle était pas loin de la fin, et bien pas du tout, je l'ai croisée dans la rue sur son vélo, elle pète le feu, ah elles cachent bien leur jeu nos vieilles. Montherlant dans 'Les garçons' reprend un mot de Victor Hugo et parle des "intelligences inintelligentes", cela pourrait bien s'appliquer à nos soi-disant hommes politiques intelligents et qui ne m'ont jamais épaté, ces intelligences de grandes écoles et cie, quelles bêtises elles traînent et sûres d'elles par-dessus le marché, et elles font étalage de leurs lectures les pauvres, pauvres lecteurs qui nous prennent pour des imbéciles de croire qu'ils ont le temps de lire, ah non vraiment pas ça, je connais des illettrés tellement plus intelligents qu'eux. Le nouveau pouvoir en France déçoit encore, comme dirait ma mère : le bon marché est cher. Les gens dans leur pauvreté (et leurs complexes) intellectuels, quand il s'agit d'art, se demandent toujours si ça fait bien d'aimer ça ou ça, ils n'osent pas penser par eux-mêmes, ils ne savent pas ce que c'est. Parfois je passe à vélo là où était le bunker à Berlin, ce n'est pas marqué exactement mais on sait que c'est par là, et alors, je vois les ombres, toujours. Dans la vie faut pas être trop heureux, parce que la vie, en mesquine et radine qu'elle est, te le fait payer, faut viser mieux que le bonheur. L'Ange m'appelle souvent 'ma poule bien aimée', et voilà, oui, un ange d'un côté, une poule de l'autre. Mon premier roman, 'Vie d'ange' avait une partie qui se passait à New York, où je ne suis pourtant jamais allé, ce sera réparé bientôt, l'Ange et moi nous y envolons, on se promènera et on mangera des gâteaux (Hervé comprendra), et je croiserai peut-être l'ombre de Garbo au crépuscule des dieux. Jimmy. ©

août 2017 : il faut préserver le désir, pour tout, s'il n'y a plus le désir, il n'y a plus rien, mais quand on te dit qu'en amour il faut aussi s'éloigner pour que tu manques à l'autre et que l'autre te manque, ça non, facile d'aimer de loin, mensonge, non, même si tu ne t'éloignes pas, aimer préserve le désir, même dans la pièce d'à côté il y aura toujours quelque chose de l'autre qui te manque, qui est loin, à rapprocher, à conquérir, aimer n'a pas de fin. Des lettres j'en ai beaucoup écrit, des lettres importantes, je n'ai jamais fait de brouillon de ces lettres, et je n'en ai jamais gardé de copie, pour ne pas tricher, pour que la lettre soit vraie. Dire son âge c'est ridicule, ça me tue comme dirait Holden, y a qu'à regarder, sur le visage, tout est écrit. Je voyais ce film, la guerre, les Juifs, les enfants, et les résistants dans les maquis qui fumaient, et je me disais, ils leur auraient dit quoi nos ministres de la santé à la con, que la cigarette c'était pas bon pour la santé ? les pauvres imbéciles, eux ils avaient que ça, la clope, pour tenir, et le plus souvent pour tenir avant de mourir à leur tour. Quand je vois ma vie, ce que j'ai pas fait, ce que j'ai raté, ou passé à côté, maintenant je me dis : c'était pas mon histoire, là où on ne m'a pas accepté, ce que je n'ai pas réussi : pas mon histoire, et j'ai pas de regrets, mon histoire elle existerait pas sans ce qui est pas elle, aucun regret. On fait pas que du bien quand on aime, on fait du mal aussi, et on le fait par amour, faut pas se mentir. J'aimais ça la passion, j'adorais ça, la passion éphémère d'une rencontre, et puis j'ai compris, maintenant je vise plus haut que la passion éphémère, je veux la passion éternelle. Dernier des géants, mort de Simone Veil, je suis triste mais heureux d'elle, je l'ai toujours été, difficile d'en dire davantage, moi qui vis en Allemagne, sur le lieu du crime, et me dis parfois, mais qu'est-ce que tu fous ici, alors je pense à elle, elle qui a tant fait pour la réconciliation, elle m'a répondu de sa main quand je lui ai envoyé mon livre sur le sida, qu'elle disait avoir lu avec 'douleur et émotion', et je me suis dit alors que peut-être je n'avais pas eu tort de faire ce parallèle entre les Juifs des camps et les garçons du sida, elle était une lumière venue des ténèbres, quand j'ai signé la pétition pour son Panthéon, dans la case où l'on pouvait écrire ses raisons, j'ai écrit : "parce que c'est elle". Autrefois, quand il ne parlait pas encore bien le français, l'Ange avait entendu madame Mitterrand dire 'le dalai Lama m'habite', surpris il s'était retourné vers moi et m'avait dit, ma bite ?, depuis il a fait des progrès, quelques années plus tard il était diplômé de Sciences Po Paris, comme Hervé et moi, c'est ça aussi l'histoire mystérieuse de nous trois. Est-ce qu'un véritable écrivain est un écrivain publié ou un écrivain non publié, quand on est publié est-ce qu'on écrit la même chose qu'on aurait écrite si on ne l'était pas, avec la même pureté ? moi je suis les deux. Tiens justement, à propos, pauvre Angot qui part à la télé chez ce minable Ruquier, pauvres écrivains qui veulent tout, soi-disant écrivains, et qui à la fin ont plus rien. Evidemment quand on aime, même les moments ratés, dus parfois à des circonstances extérieures, on les regrette jamais, ça fait partie de l'histoire, on prend tout. Tu me manques ma belle. Jimmy. ©

juillet 2017 : je passe chez ma dentiste française à Berlin pour papoter et à la fin du papotage un jeune garçon d'une quinzaine d'années arrive et me dit, bonjour monsieur, ce que je déteste, je crois que j'aimerais encore mieux qu'il me dise, bonjour mademoiselle. L'éducation sans contraintes, sans règles, c'est justement le contraire de la liberté, parce que les règles, les contraintes, même les plus idiotes, c'est la liberté donnée d'y contrevenir, de se révolter. Lu dans Duras ce texte intitulé "pas mort en déportation", texte terrible, je dis terrible parce qu'évidemment il n'y a pas de mots et on le sait bien, comme il n'y a pas de mots pour dire ce que c'était que de mourir du sida, ce à quoi bien sûr m'a aussi fait penser le texte. Je crois que je préfère les gens qui ne comprennent pas du tout ce que je fais aux gens qui comprennent mal. (Marguerite Duras, Le monde extérieur). Ça m'énerve ces conneries dites sur L'aigle noir et que ce serait une chanson sur l'inceste, si Barbara l'a dédiée à sa petite nièce de 12 ans, Laurence, je ne vois pas comment ce serait une chanson sur l'inceste, mais c'est toujours pareil, comme elle n'est plus là pour empêcher les bêtises d'être dites sur elle. Depuis que Terence Malik se prend pour un génie, il fait des films prétentieux, il est loin le temps de Days of heaven. Quand tu compares Macron et Trudeau qui est jeune mais un peu plus âgé que lui, tu te dis que c'est Trudeau quand même qui fait le plus jeune, que Macron est plutôt beau mais qu'il a pas l'innocence. Souvent quand on se fâche avec l'Ange, souvent je me suis dit, je préfère être mal avec lui que sans lui. Un garçon féminin c'est tellement plus beau que ces brutes d'hommes dans leurs bagnoles ou gueulant dans les stades. La vie assimile tout, même l'horreur, et voilà que maintenant le sida monte les marches du festival de Cannes, mais ça, je l'avais écrit, prévu, dans mon Insecte, la normalisation de l'horreur. Maman se souvenait que lorsqu'elle était une jeune fille, un jour dans les toilettes d'un bar à Paris, un homme lui avait demandé si elle s'appelait mademoiselle Dodo, elle l'avait raconté innocemment à sa mère, ma grand-mère qui elle n'a jamais été innocente et lui avait dit quelque chose du genre que le type voulait surtout faire dodo avec elle. Dans la vie on change pas, au mieux on devient soi-même, et au mieux on apprend deux ou trois choses sur la vie. Si j'étais dur parfois, même avec ceux que j'aimais c'était parce que sinon la vie m'aurait anéanti. Moi je ne suis pas devenu aigri, mais pas complaisant non plus, quand j'aime, j'aime, mais si j'aime pas, j'aime pas. Un sandwich au saucisson ça fait jamais de mal. L'Ange lit dans le salon, sur le canapé, il adore être sur le canapé, il y passe des heures, je vais vers lui, il me voit arriver, il dit, qu'est-ce qu'il y a ? je dis, rien, et je l'embrasse. Je l'ai souvent pensé : finalement on est ce que l'on fait, pas à vingt ans non, mais finalement, avec le temps, on est ce qu'on fait, sinon quoi d'autre. Simone Veil, bien sûr, mais plus tard, pour l'instant silence, en elle. Jimmy. ©

juin 2017 : je montre plutôt le meilleur de moi-même dans l'adversité et le malheur, dans le confort je vivote, dans l'adversité je vis, je me bats contre la vie. A la fin de sa vie, elle ne se faisait plus de couleurs dans les cheveux comme elle disait, mais elle n'avait pas les cheveux blancs, elle les avait un peu couleur métal, un gris argenté très beau, que beaucoup de femmes je suis sûr auraient bien aimé avoir pour couleur chez leur coiffeur. Elle disait, et ça me révoltait quand elle le disait, que dans la vie on y pouvait rien mais qu'il y aurait toujours des riches et des pauvres, mais elle avait raison, et la seule solution c'est que les riches pensent aux pauvres, la seule. Toujours utiliser la souffrance et la mort pour faire des livres y en a un peu marre. Tiens rev'là le printemps à Berlin, y a de tout, y a des couleurs, y a des odeurs, y a des garçons, y a même du printemps chez le malheur (Léo Ferré, c'est le printemps). Je lis Outside de Marguerite Duras, un recueil de ses articles dans les journaux, elle aimait les faits divers Marguerite, surtout ceux qui la révoltaient, pas tellement les victimes des faits divers, mais plutôt les victimes de la vie qui les occasionnent ces faits divers, je viens d'en lire un sur deux orphelins de 19 ans condamnés à mort en 1958 après avoir tué deux jeunes gens lors d'un hold up, elle écrivait Marguerite avec sa révolte que ces délaissés de la vie existent, qu'on ne s'en préoccupe pas, et les délaissés de la vie, de nous, continuent d'exister et on ne s'en préoccupe toujours pas, seulement parfois quand on les aperçoit, de loin, qu'on sait que c'est des délaissés de la vie, on y pense pas parce qu'on a déjà assez à faire avec nos vies qui sont jamais faciles nos vies faut pas croire non plus, on y pense pas parce que leur vie à eux elle est inimaginable pour nous, les soit-disant privilégiés de l'existence, on y pense pas mais c'est là quand même, comme un poison, la révolte tu peux bien l'enterrer, tu l'enterres pas, il restera toujours la solidarité invisible, la culpabilité, appelle ça comme tu veux, il reste le lien, y a pas des êtres humains supérieurs ou inférieurs, y a que l'injustice, mais ça on le sait bien, dirait aussi Marguerite. Moi, si j'étais pas né où je suis né, vu mon aversion et mon incapacité totale au travail, le travail je veux dire, le travail en société, le travail de tout le monde, même le travail le plus haut et le mieux considéré, je sais pas ce que j'aurais fait pour subvenir à mes besoins comme on dit, peut-être je me serais tué, ou je serais devenu hors-la-loi. Tchétchénie, le calvaire des homosexuels, encore... J'avais une amie à Sciences Po, tous les garçons lui couraient après mais c'est moi pour qui elle avait un faible, je trouvais qu'elle avait un peu la tête d'un cheval mais qu'elle avait du chien. Dans ma vie il y a d'abord l'enfance, puis l'adolescence, cela en toute clarté. Et puis tout à coup, sans prévenir, comme la foudre, les Juifs. Pas d'âge adulte : les Juifs massacrés. 1944... J'ai seize ans. Et puis beaucoup plus tard je me réveille d'avoir seize ans. Et c'est Auschwitz (Marguerite Duras). Jimmy. ©

mai 2017 : j'aime les gens, pas le peuple, le peuple est con, les gens sont beaux, finalement beaux, je n'aime le peuple que lorsqu'il se libère, place Venceslas à Prague, à Berlin 1989, Tian'anmen, et quand je suis moi-même le peuple, je ne m'aime pas non plus, encore que. La seule admiration qui vaille, c'est celle qui te rend toi admirable (extrait de Undead). Le parti de Merkel vient de remporter une victoire surprise dans la Sarre, stupeur au SPD et chez Schulz, évidemment si ce dernier croyait qu'il suffit d'avoir une petite barbiche pour gagner contre Merkel… Après la trêve hivernale nous sommes de retour chez nous, c'est-à-dire à Berlin, dont je retombe amoureux, si tant est que j'ai jamais cessé de l'être. Mais cette année, avril à Berlin est pourri et ça tape sur les nerfs quand même, parce que sinon, Berlin avec les beaux jours est la plus belle ville du monde, et j'en connais des villes. Evidemment dans cette vie, on passe son temps dans des peccadilles, mais on peut retourner le problème dans sa tête cent fois : la vie c'est ça, les petites choses mesquines, l'essentiel c'est de savoir dans sa tête que ce sont des peccadilles, et que même les grandes choses de la vie se font souvent à partir des petites choses, que tout se tient dans cette vie. Moi je suis comme Barbara, je suis un primaire, elle disait ça d'elle, les seules choses où je suis compétent, ce sont les choses de la vie, comme ma mère aussi, les choses de l'âme, de l'amour, pour le reste, la complexité du monde, je suis incompétent, dépourvu, mais pour les choses de la vie faut le dire, je suis un maître. Déteste le prosélytisme, je cherche à convaincre personne, seulement moi. J'avais vingt-cinq ans, il en avait quinze, c'était comme dans les romans, j'ai dormi avec lui, seulement dormi, qu'est-ce que j'en avais à foutre de coucher avec un garçon de quinze ans, seulement savoir que lui en avait envie ça suffisait, mais bon, je me suis rattrapé quelques années plus tard, il rentrait juste des Etats-Unis, il venait d'avoir dix-huit ans, ou un peu plus, je sais plus. Selon l'Ange, j'ai radoté dans mon blog d'avril du début à la fin en passant par le milieu. Tu peux refuser le monde, refuser la norme comme on dit, mais si tu veux vivre longtemps tu ne peux pas aller jusqu'au bout de ça, ce n'est pas de la lâcheté, c'est juste comme ça, il y a le courage de refuser le monde et il y a le courage de vivre. J'ai beau dire que j'aime les gens, ce qui est vrai, j'ai pourtant jamais été très indulgent avec eux, justement parce que je dois les aimer, parce que toujours j'attends trop d'eux, je les crois capables de plus et malheureusement, je déchante souvent; mais on peut pas passer sa vie à chanter, et puis avec l'Ange, je déchante jamais, et même quand je déchante, avec lui c'est beau de déchanter : aimer c'est survivre à ce que la vie invente pour séparer. Pour paraphraser le beau Harvey Specter dans Suits, et je fais le geste avec la main : la vie est là (en bas), et moi je la veux là (je monte la main). Un commentaire sur l'élection présidentielle française, Jimmy ? Aucun. ©

avril 2017 : évidemment toutes ces commémorations des 20 ans de la mort de Barbara portent en elles un malentendu : aujourd'hui elle appartient à tout le monde ; mais non, tout le monde ne sera jamais ce que nous étions nous, les amoureux qui étions (sommes) sa plus belle histoire d'amour ; si aujourd'hui elle est autant célébrée, c'est grâce à cette histoire d'amour qui fut (est) elle et nous ; le reste c'est affaire de ces intellectuels dont elle a toujours dit que penser qu'elle en faisait partie l'horrifiait. C'est pas très beau un homme qui ronfle, Dieu merci je ne ronfle pas, et Alfredo n'est pas un homme mais un ange. Je vois, revois, la mer, et je me dis, la mer, les hommes n'y ont jamais rien pu, ils ont peut-être domestiqué la terre mais jamais la mer : elle reste imprenable, comme nous. Le grand, et seul vrai mystère de ma vie c'est comment j'ai pu connaître l'Ange après avoir déjà tant aimé Hervé, après la mort d'Hervé, comment est-ce possible d'aimer deux fois comme ça, d'avoir aimé Hervé, puis après sa mort de rencontrer et aimer encore davantage l'Ange, même si ces histoires de davantage ou moins n'ont pas vraiment de sens, j'ai bien ma petite idée sur l'explication du mystère mais je n'ai pas de preuve, seulement cette preuve-là, vécue, exigeante, ce mystère est au cœur de toute ma vie. yes ! I am un immense provocateur ! (Léo Ferré, le chien). Cet été-là, j'avais vingt ans et je venais d'accepter les garçons, la nuit j'allais sur la plage déserte, seul face à la mer noire, et je ressassais l'émerveillement, celui d'être enfin moi, vingt ans à attendre, à préparer le moment, j'y étais, sûrement que là j'étais heureux, plein de ma vie à venir, y avait que la mer pour comprendre ça, ce que c'est que d'être enfin soi-même. Et maintenant un autre homme, à l'entrée du magasin, qui mendie, il a une gueule, un peu rouge mais à la Burt Lancaster, et je me demande, il était comment cet homme enfant, et à vingt ans, et pourquoi lui, et pas moi, etc. etc. Ce manque de chaque heure, chaque minute, chaque seconde, ce manque de ma mère, c'est elle. J'ai donné un paquet de cigarettes à l'homme qui ressemble à Burt à la sortie du magasin, il était tellement ému qu'il m'a embrassé, en même temps je me dis que cet homme c'est peut-être Dieu, ou un de ses intimes déguisé, donc j'ai intérêt à filer doux et à ne pas mégoter. S. m'a offert pour mon anniversaire le documentaire d'Agnès Varda sur les glaneurs, je me suis dit, il va falloir me taper ça et ça va me barber, et bien pas du tout, c'est très beau, et ça te donne à penser, le monde des gens qui glanent, les gens de la récup, qui vivent ou qui créent à partir de ce que nous jetons, dans les champs, dans les rues, bref c'est comme souvent dans la vie, faut se forcer, même pour avoir du plaisir, faut se forcer. Nixon, même quand il disait "cocksucker", avait plus de classe que Trump. La chair est faible mais l'esprit est fort, mais la chair sans l'esprit c'est peu. On va pas se raconter d'histoires, le péché est quand même beaucoup plus divertissant que la sainteté, mais en fait le mieux c'est le mélange, de sainteté et de péché, je me comprends. Jimmy. ©

mars 2017 : Après tout, qu'est-ce qu'on en a à foutre d'un roman de plus ? (John Fante, Demande à la poussière). Je me promène dans les rues, un homme au visage rouge couché sur un banc, une vieille femme au bras d'un homme, et la vie, la vie, la vie, et moi, et moi, et moi. Il y avait cette odeur de Paris, quand je venais adolescent y passer quelques jours avec maman, et puis ensuite quand j'y vivais, cette odeur de Paris, unique, je la sens encore parfois, qui me donnait envie de vivre. Je me sens souvent plus heureux en étant généreux qu'en étant important. L'homme qui était couché devant le magasin et à qui j'avais donné un paquet de clopes, n'y est plus, les services sociaux l'ont emmené. Quel bordel ces élections présidentielles, je compte donc mettre en ligne une pétition pour que François Mitterrand revienne et se représente à la Présidence de la République française. Pour autant qu'on me raconte pas d'histoires sur le peuple, le peuple se scandalise de ci ou ça mais le peuple ferait exactement la même chose s'il le pouvait et était à la place de ceux qu'il conspue, on me la fait pas à moi sur ça que le peuple parce que c'est le peuple serait innocent. Je disais à l'Ange que c'était bien d'avoir mon site internet pour y mettre mes textes, les publiés et les autres, mais que quand je serai mort, le site n'existera plus pour conserver ma trace, ce à quoi l'Ange a répondu, un peu à la Sylvie Joly, qu'il y avait assez d'emmerdements comme ça dans la vie pour ne pas en plus se mettre à penser à la trace qu'on laissera après la mort, ce qui est vrai, et de toute façon il restera toujours quelque chose. Sagan dans une interview dit qu'on lui reproche d'avoir des idées de gauche mais des goûts de droite, ce à quoi comme elle n'était pas une sale hypocrite, elle répond que les goûts de droite ne sont rien que les goûts de tout le monde et qu'on préfère toujours dormir dans une suite à l'Hôtel du Palais de Biarritz plutôt que dans une roulotte de camping dégueulasse. A force de vouloir des Monsieur Propre à la tête de l'Etat, on aura plus que des nouilles inodores au pouvoir, un homme c'est ses ombres et ses lumières : pas de lumière sans ombre. Dans le roman de Richard Yates que je suis en train de relire en ce moment, un personnage dit que dans ce monde tout se résume à "vendre", rien n'aboutit qui ne soit "vendu", peut-être bien au fond et la vérité, c'est que moi je n'ai jamais su, ni voulu, vendre quoi que ce soit et surtout pas moi-même, si tu te vends, t'es foutu. Je commence doucement à réfléchir à un nouveau roman qui se passerait à Los Angeles, la ville des anges. Les petits intermédiaires de la vie sont partout, à son image, mesquins et prétentieux. Quand j'étais plus jeune, j'avais besoin d'être publié pour faire la preuve de mon existence, c'est fini, je l'ai la preuve. S'il n'y avait rien après la mort, ce serait la mort d'aimer, je le dis comme ça me vient, une évidence. Avec l'Ange, sur notre île, lui pour moi et moi pour lui, et nous pour personne. Jimmy. ©

février 2017 : depuis l'attentat, en Allemagne le débat c'est pour ou contre la videosurveillance, ceux qui s'opposent à cette dernière le font au nom de la liberté contre la sécurité, mon cul, comme si on avait pas déjà depuis longtemps sacrifié la liberté à la soi-disant sécurité, et l'interdiction de fumer qu'est-ce que c'est ? et les contrôles dans les aéroports ? etc. etc., mais voilà, tous nos bobos s'opposent à la videosurveillance comme si la liberté fleurissait dans nos pays comme au printemps. En (re)lisant Kerouac, je me disais, tous ces amis que je ne vois plus, les amis d'autrefois, ces amis avec qui j'ai parfois bêtement rompu (on dit toujours qu'on a 'bêtement' rompu après coup), ces amis que la vie m'a perdus de vue parce que j'ai quitté Paris, ils me manquent ces amis, je le dis là pour le cas où ils me liraient, pour qu'ils le sachent. En lisant l'essai de C. sur Yves Navarre et les propos sur la famille, je me dis, nous, ma famille, on a jamais été une famille bourgeoise, on l'était peut-être en apparence, et encore, mais en fait non, on était une famille, par ma mère d'abord, par mon père aussi à sa manière, une famille qui aimait, qui le montrait, on ressemblait à aucune famille, on était une île, la famille que je voulais tant fuir et garder à la fois, ce que j'ai fait. Ça fait toujours un petit break salutaire quand on est malade, pas gravement malade bien sûr, juste malade, on se pose, on se laisse aller, on mange, on pense à sa vie. C'était quand même peinard avant, on écoutait la radio, on se calait dans un fauteuil, y avait pas trop de bombes, on allait et venait peinard, c'était comme une veille de Noël, avec le goût de vivre, et des câlins. Garbo, à la fin de sa vie, était allée voir Barbara à Paris, dans 'Lily Passion', et bien sûr elle était allée la voir dans sa loge après la représentation, mon Dieu, quand j'y pense, quelle rencontre, dans cette loge en 1986, Garbo est morte en 90. Les parfums c'est fait pour te rappeler les choses de ta mémoire, maman et son opium, Hervé et Caron, Frédéric et Vetiver… Oui, écrivain maudit, d'ailleurs c'est ce que mon personnage disait dans le court-métrage que j'ai tourné avant celui de Godard, il disait, pour se présenter à la fille, 'je suis écrivain, écrivain maudit naturellement', prémonitoire car à l'époque j'avais pas écrit une ligne de rien. De Neal, Kerouac dit dans 'Sur la route' qu'il n'entre pas dans les catégories de la vie, il est en-deçà ou au-delà du bonheur. Nathalie Baye formidable dans le film de Xavier Dolan. Quand je lis le calvaire que fut pour Kerouac d'arriver à la publication de 'Sur la route' (et sûrement aussi l'après-publication, avec ses malentendus), je me dis que franchement vouloir être publié est une belle saloperie, un livre ne conserve son intégrité que non publié. Un de mes cauchemars récurrents : mon appartement est envahi de gens que je ne peux pas mettre dehors, des gens qui s'incrustent chez moi; parce que oui, le seul qui soit entré dans ma maison pour y rester, c'est l'Ange. Jimmy. ©

janvier 2017 : il y a un homme couché devant le magasin, il n'en bouge pas, parfois je lui donne des gâteaux, j'ai dit à l'Ange qu'un jour je lui donnerai un paquet de clopes, il fume ? m'a demandé l'Ange, oui, j'ai dit, je l'ai vu fumer, et puis, bien sûr qu'il fume ! qu'est-ce qui pourrait bien égayer sa pauvre sale vie sinon, ces gens qui nous gouvernent ils peuvent pas comprendre ça, que la clope c'est ce qui reste quand on a plus rien du tout. Je me souviens qu'un jour, il y a assez longtemps, l'Ange avait dit à ses parents qui lui demandaient si j'allais à la messe, il avait dit, non, il va pas à la messe ni rien, mais il est plus croyant que vous tous réunis. Tous ces clichés ! ils te disent, il faut vivre chaque jour comme si c'était le dernier jour, mon cul ! si aujourd'hui tu dois acheter des patates et du jambon, tu achètes des patates et le jambon, ce que tu ne ferais vraisemblablement pas si c'était ton dernier jour, et d'ailleurs le dernier jour qu'est-ce que j'en sais. L'Ange qui, comme je l'ai dit, lit 'der Spiegel' chaque semaine et qui donc a des idées très construites sur tout, me dit parfois que quand j'émets telle ou telle opinion, c'est le café du commerce, ce qui est vrai, le problème c'est que j'adore le café du commerce. Tu ne donnes rien si tu n'es pas un peu égoïste, tu n'as rien à donner si tu ne penses pas à toi d'abord. La mort de ceux qu'on aime, c'est trop énorme pour être vrai. Aimer c'est pas un cadeau, sûrement pas, c'est une épreuve, une preuve, c'est le seul défi. Les chacals et les hyènes vont remplacer les guépards et les lions, dit le prince incarné par Burt Lancaster dans le film de Luchino Visconti. Visconti qui disait que poser les yeux sur la beauté, c'est déjà poser les yeux sur la mort. Une maison c'est comme une personne, quand elle n'est plus habitée, l'âme s'en est allée et la maison est méconnaissable, elle n'existe plus qu'en soi, ou ailleurs. Même si nous n'étions pas là au moment de l'événement, l'attentat de Berlin me fait mesurer combien est grande mon appartenance à cette ville, et quand je pense à tous ces réfugiés innocents, au destin déjà si tragique et sur qui cette barbarie va retomber si on n'est pas vigilant, quant à Berlin, cette ville a tant souffert mais elle est aussi une survivante. Et la police berlinoise qui passe son temps à déployer des moyens pour verbaliser les cyclistes qui brûlent les feux rouges. Je suis un écrivain publié (deux fois) et maudit à la fois. Depardieu chante Barbara, ah lui vraiment il peut la chanter, elle l'aimait son Gérard, et lui il l'aimait déjà avant de la connaître et de devenir son David, le seul avec qui elle ait jamais partagé la scène, à part ses musiciens. Découvert avec l'Ange près de l'appartement à Madrid un ruisseau comme un gave que nous ne connaissions pas, comme une petite 'première fois', pas si petite, le passé s'écrivait déjà, indélébile. Je déteste l'expression 'faire son deuil', moi je ne fais pas mon deuil, jamais de la vie, ni de la mort, moi je ne me résigne pas à perdre. Alors bonne année, encore une fois bonne année, et que la vie arrête un peu de se la jouer. Jimmy. ©

décembre 2016 : l'amour on en prend soin après la mort autant qu'avant, mais si on en prend pas soin avant, inutile d'y penser après. J'aime quand dans la rue, par exemple je suis sur mon vélo et je laisse passer un piéton, j'aime quand la personne me sourit et que je souris en retour, je déteste la violence. Mais y a aussi dans la rue des physiques qui me dépriment vraiment, des hommes surtout, et puis heureusement, d'autres visages qui me bouleversent, y a de tout dans les rues. Dans le livre de Salinger, Holden dit qu'un enfant qui dort la bouche ouverte ou qui bave sur l'oreiller n'est jamais laid à voir, un adulte oui, c'est pour ça que l'Ange est un enfant, parce qu'il est toujours bouleversant quand il dort. Ce 'Catcher in the rye' de Salinger, c'est un livre incroyable, j'ai pas de mots, et, toujours à son propos et de quelque chose que Holden dit dans le livre, je me demandais, est-ce que j'ai vraiment écrit L'insecte pour défendre mes amis morts, ou parce que je voulais écrire un sacré livre, en même temps si j'avais pas voulu écrire un sacré livre, j'aurais jamais pu les défendre non plus, et puis la vérité c'est qu'on peut pas passer son temps à se poser comme ça des questions tordues, L'insecte je l'avais dans le fond de l'âme, alors je l'ai craché, c'est tout. Pour les vingt ans de sa mort, j'ai appris qu'entre autres choses, une université allait consacrer un colloque à Barbara, tant mieux mais je suis sûr qu'elle aurait détesté ça, ou alors ça l'aurait beaucoup fait rire, elle qui ne supportait pas être traitée d'intellectuelle. J'ai parfois des rêves de plénitude parfaite, de bonheur absolu, difficiles à décrire, ces rêves sont souvent liés à des images, des endroits, le dernier : un long chemin étroit, d'un côté des pierres, seulement des pierres qui montent très haut, de l'autre une vue d'en-haut sur une grande ville, une grande ville magnifique, je me dis que peut-être ces rêves sont qui sait un avant-goût de l'après. Heureusement qu'il y a des Turcs à Berlin, parce que des fois toutes ces têtes d'Allemands j'en ai ras-la-patate. j'ai toujours porté bonheur aux hommes, j'ai toujours été bonne avec eux (Régine). David disait à Lily Passion à propos de sa voix : ta brisure de voix. Veille sur lui, Hervé. Mon trésor c'est ma vie, et je la lui ai donnée. Ils se drapent dans leurs grands principes mais ils n'ont aucune morale personnelle. Nouveau disque de Véronique Sanson, Sanson la flamme. En lisant 'Les garçons', je pense encore plus fortement combien l'aristocratie de la pensée, des sentiments, a disparu, cette sorte d'élitisme de l'âme qui n'a rien à voir avec l'argent, mais avec vraisemblablement, et d'abord, la conception de ce que c'est qu'aimer, mais qu'importe, j'aime, moi, comme une œuvre, Si je ne t'aimais pas tant, tout aurait été plus facile (Montherlant, Les garçons). Dieu merci j'ai pas une tête d'écrivain. USA 8 novembre, bonjour tristesse. Retour hivernal dans notre royaume ibérique. Hilary a deux millions et demi de voix d'avance, elle a déjà marqué l'histoire… quoi qu'il arrive. Pour elle. Jimmy.
(PS : n'est pas Mitterrand qui veut, hein?) ©

novembre 2016 : quand je risque de déraper, j'ai toujours mes "zèles aimants", comme disait Mark, pour me rappeler à l'ordre et ne pas trahir, j'ai même des personnages de mes romans qui vigilent pour moi. Je ne vois pas pourquoi la nostalgie est tant décriée, moi j'étais nostalgique dès la naissance. L'immortalité grâce à la science, la jeunesse éternelle ! mais si ce jour arrive (mon cul !), la vie aura perdu son sens, la mort : c'est tout. Donc moi, comme Kay dans La reine des neiges, j'ai reçu quand j'étais petit un éclat de verre dans l'œil, mais moi mon cœur ne s'est pas transformé en un bloc de glace. Vous êtes morts à trente-cinq ans, vous étiez purs, et vous me gardez pur. Parfois quand je le réveille le matin et que je le vois dormir de son sommeil d'enfant, je repense au jour lointain où l'on s'est rencontrés, cette nuit où tout était déjà là, et je me dis, il est encore là, et j'en tremble. Y a des mecs quand je les vois dans la rue, je pourrais pas passer une minute avec eux, avec l'Ange par contre je suis prêt pour l'éternité. Londres avec lui c'est à chaque fois étincelant, les cinémas, la Tamise, les achats aussi, faut bien le dire, l'Ange est jamais blasé, et moi non plus, ça explique des choses d'ailleurs. On parle tous les deux, l'Ange sait beaucoup plus de choses que moi parce que chaque semaine il lit Der Spiegel de long en large, il me raconte des histoires sur les réfugiés, des histoires tristes, désespérantes, même si pas toujours, et on parle du malheur du monde, des salauds qui pullulent, de cette logique de la vie et de que contrairement à ce qu'on dit les salauds ne finissent pas toujours par payer leur saloperie, et je dis à l'Ange qu'il ne faut pas non plus soi-même s'exonérer du mal, se mettre en dehors des salauds, l'Ange acquiesce mais il me rassure aussi, les méchants c'est pas nous, et je dis aussi que cette époque essaie de nous culpabiliser sans arrêt, bref on parle, on s'aime aussi comme ça, en parlant du malheur du monde. Toujours été hypocondriaque, même petit, je devais avoir 13 ou 14 ans et j'avais forcé mes parents à me faire faire un électrocardiogramme, parce que je trouvais que j'étais vite essoufflé en faisant du vélo. Dieu sait, comme je dis, que Mitterrand est mon mec, mon grand homme quoi, mais sur la publication de ces lettres d'amour, je ne sais pas, des lettres ainsi publiées sont jetées en pâture, l'amour est un peu comme v(i)olé, on en est dépossédé. Et d'ailleurs moi, je n'écrirai jamais sur l'Ange, puisque tout ce que j'écris est lui. Dans le livre de Salinger, le directeur du collège de Holden lui dit que la vie est un jeu et qu'il faut le jouer, ce jeu, selon les règles, c'est bien le problème, moi je voulais pas jouer selon les règles, et même si, évidemment, j'ai joué aussi selon les règles parce que sinon je serais plus là depuis longtemps, mais le plus que j'ai pu, jusqu'à la limite, j'ai pas joué selon les règles, et c'est peut-être bien aussi pour ça que je suis encore là aussi. Y a tant de misère partout qu'on se dit que s'ils nous en débarrassaient, on voterait bien pour les guignols qui disent qu'ils vont combattre la misère et l'éradiquer, le problème c'est que s'ils étaient élus, y aurait pas moins de misère mais davantage. You can't teach the old maestro a new tune. Jimmy. ©

octobre 2016 : Mark avait connu Barbara, elle passait à l'agence contre le sida, où il travaillait, pour aller chercher les tas de préservatifs qu'elle distribuait à ses concerts à la fin, et puis Mark est mort, je lui ai écrit pour le lui dire et lui envoyer aussi des extraits de mon livre "H", c'est là qu'elle m'a laissé un message sur mon répondeur. Une vie ça tient en quelques dates, tout au plus, je veux dire des dates où tu as influé sur le cours du destin, moi, j'ai eu le jour de mon 'acceptation' (voir "Undead"), mais en y pensant y avait eu aussi, juste avant, mon premier vrai acte de liberté, la première insoumission, quand j'ai dit à mes parents, après seulement deux mois, je veux plus retourner à Stanislas, je veux plus de cette prépa HEC, je vais préparer Sciences Po, seul à la maison, ça leur plaisait pas du tout cette aventure, moi qui avais toujours été le premier de la classe, mais j'ai tenu bon, et en septembre je l'ai réussi Sciences Po, seul, et un an après j'y ai rencontré Hervé que j'aurais jamais sans ça rencontré, et puis tout ce qui s'ensuit, quand Hervé m'a conduit à l'Ange, et puis aussi quand j'y pense, cette fois où j'ai refusé d'aller travailler avec ce ministre de la Justice parce que j'étais en train de terminer mon premier roman, "Vie d'Ange", et que je pensais que je pouvais pas être dans les lambris d'un cabinet ministériel et écrire ce livre-là, sur ce personnage-là, que j'aurais trahi le livre, du coup je me suis retrouvé dans la merde financièrement mais j'ai terminé le livre sans trahir, voilà, j'en finirais pas de raconter cet éblouissement de la liberté, de pas se soumettre. Je lis Picsou en allemand. Jean-Luc, tu m'avais envoyé des Etats-Unis cette photo magnifique de Barbara, prise dans un concert, plus tard tu m'avais dit que je ne t'avais pas même remercié et j'en suis bien désolé, parce que la photo je l'ai toujours et je pense à toi, alors cette fois merci, sache-le, nous deux les amoureux d'elle et toi un peu de moi, je me souviens, j'espère que tu me liras. Je n'écris pas pour faire rigoler la galerie. Folsom à Berlin, quand je vois certains mecs dans la rue, plus tout jeunes avec leurs shorts en cuir et toute la panoplie, je me dis que c'est quand même pas pour ça que moi je suis entré en homosexualité, et même si je serais le premier à les défendre si on les attaquait, mais je vais pas mentir, et pourquoi d'ailleurs que je suis entré en homosexualité, sûrement parce que l'important c'était d'aimer, et parce que déjà à vingt ans, j'étais accroché à ce que c'est la jeunesse, celle des garçons. Jamais eu un été pareil à Berlin en huit ans, presque la mi-septembre et il fait chaud sans discontinuer. Je n'ai jamais trié par le diplôme ou l'argent, peut-être parce que les garçons que je rencontrais venaient de partout, mais pas seulement, et d'ailleurs ceux qui ont de l'argent sont pas toujours beaux à voir, et ceux qui ont des diplômes pas toujours intelligents, par contre je le confesse, je triais un peu sur le physique, mais je ne suis pas un saint. Que de mystères, je viens de lire un article sur un homme d'il y a 2 millions d'années, 2 millions d'années ! et nous avec nos bonheurs, nos tragédies et qui continuons comme ça, pour la beauté du geste, j'préfère pas trop y penser, ça me dépasse. Sans la volonté y a rien, pas de vie. Jimmy. ©

septembre 2016 : les flics je les ai toujours détestés, essentiellement, sauf peut-être en Espagne (de nos jours), mais comme on dit ma pauvre dame on peut de moins en moins s'en passer, on en est là. Berlin l'été, c'est des petits golfs miniatures, c'est des gens allongés partout sur tout le vert qu'il y a partout ici, c'est des lacs en plein milieu de la ville qui ressemblent parfois à Apocalypse now, ou à la montagne l'été avant comme Saint-Sauveur, quand j'étais petit et que je mangeais du pain avec des carrés de sucre pour le goûter dans le jardin de l'hôtel qui descendait vers le gave et que maman était là. Je suis fasciné par les rêves, je rêve beaucoup, j'ai un monde parallèle inexpliqué dont je me dis qu'il doit avoir un rapport avec l'au-delà, et j'ai dit à l'Ange, on a des iphones, on a des guerres virtuelles, on guérit des maladies, on est presque tout-puissant mais sur ça on a pas avancé d'un pas, sur les rêves, ce que c'est, les rêves ça dérange ceux qui croient tout expliquer, ceux de l'explication scientifique, les rêves ça leur est inaccessible. La radio est devenue bien ordinaire, avec tous ces gens au téléphone qui donnent leur avis sur tout et n'importe quoi, leur avis ça m'intéresse pas, rien à voir avec les gens qui appelaient Macha autrefois, parce que eux, ils parlaient d'eux, ils donnaient pas leur avis sur les centrales nucléaires, ils parlaient de leur dedans, de leur vie et c'était souvent magnifique, surtout avec Macha à l'autre bout de la ligne. Baptême en Espagne, avec la famille espagnole, devant la mer, je m'ennuie, je pense à ma mère à moi, je prends mes cliques et mes claques et je file à l'anglaise, je me sens triste, puis je me dis que je peux pas partir comme ça, je reviens, je parle avec l'Ange, on va fumer dans un coin, je lui parle et il comprend, il me remonte le moral, du coup je reviens et je parle à tout le monde et tout va bien. Cette injustice, partout. Que je reste révolté, que l'Ange soit ma révolte. Toujours croire qu'on a raison en sachant qu'on n'a pas toujours raison. Les vrais héros sont anonymes. L'Ange et moi on dit souvent "tu te rappelles quand… ?", quelquefois même pour des choses qui se sont passées il y a dix minutes, en fait on est de grands rappeleurs. La chose la pire au monde, c'est les versions doublées des films. Parfois sans le vin, la vérité resterait dessous, elle ne remonterait pas à la surface. Je sais pourquoi Barbara est morte, elle est morte de ne plus pouvoir nous revenir sur scène, et elle est morte d'eux, les garçons du sida qu'elle a veillés et veillés encore parce que sinon ils étaient abandonnés à la mort, elle est morte de la mort d'eux, à force, je le sais. Je l'aime bien mais Isabelle Huppert en fait c'est l'actrice des bobos, tous les bobos l'adorent, ce qui n'est pas le cas par exemple d'Adjani que je place bien au-dessus, même si, et justement, elle tourne moins maintenant. Sonia Rykiel vient de mourir, j'avais offert à maman un beau foulard d'elle, je la revois. Bon, je m'aperçois que tout le monde finit par mourir, tu en doutais ? Jimmy. ©

août 2016 : juste agir de manière humaine, c'est trop demander ? Quand j'étais au collège, mes rédactions ne cassaient pas la baraque, on écrit pas sans une vie et moi à l'époque, de vie j'en avais pas, ma mienne de vie. La mort d'Elie Wiesel, Mark avait lu son livre "La nuit" et avait écrit que c'était un livre qui empêchait de dormir, mais je n'ai jamais lu "La nuit", j'ai peu lu sur ça, et c'est pourtant ce qui aura porté une bonne part de ma vie, à commencer par mon premier roman, "Vie d'Ange", mais j'ai peur de lire, parce qu'en même temps, j'ai l'impression mal définie de savoir, et même davantage, je ne peux pas en dire plus, c'est en moi, ça l'a toujours été. Dans un autre genre et le même jour, Michel Rocard est mort aussi, mais lui, je l'ai jamais aimé, moi j'aimais la grandeur, le machiavélisme et le talent de l'autre (on saura de qui je parle), la pureté en politique je n'y crois pas, non, on se salit les mains, et Barbara aussi c'est l'autre qu'elle aimait, le dernier roi. Il y a plus de larmes versées sur les prières exaucées que sur celles qui ne le sont pas (Thérèse d'Avila). J'ai toujours dit que je n'avais pas la culpabilité du survivant, mais est-ce si sûr. L'histoire du sida des années 80, je ne l'oublie pas, même quand elle n'est pas là elle est là, pourtant tout est fait pour que j'oublie, les gens ne veulent pas en entendre parler, et même s'ils voulaient ils ne comprendraient pas, et si j'étais à leur place je ferais pareil, parce que la vie fonctionne comme ça, sans l'oubli on serait tous ensevelis de désespoir, et même si avec l'oubli on s'en sort pas mieux et plutôt pire, l'oubli c'est la mort. Je raconte une histoire à l'Ange, il me dit, oh my God ça fait 100 fois que tu me la racontes, oui bon d'accord mais en vingt et un ans de vie ensemble, j'ai quand même le droit de radoter un peu merde. Devant une église à Berlin ce dimanche, des tables, à manger et à boire, des stands, petit j'adorais les kermesses, je suis comme elle, les fêtes foraines, le perlimpinpin. A Paris, quand la nuit je sortais au Trap, rue Jacob, après ma bière je montais le petit escalier en fer qui conduisait à l'étage du dessus, sombre, où j'allais me mélanger avec mes petits frères d'amour, de là-haut on entendait les videos qui passaient en bas, il y en avait notamment une qui repassait en boucle avec une grosse pute dans un bordel qui répétait sans arrêt "je suis toute en feu, qui veut m'éteindre ?" Dans "Le journal d'un curé de campagne", de Bernanos, que nous aimions tous les deux, Hervé et moi, il y avait notamment cette phrase, 'tout est grâce', mais la première fois qu'il l'avait entendue, Mark avait compris, 'toutes des garces', ce qui n'est pas faux non plus. Promenade des Anglais, Barbara disait déjà il y a vingt ans que le journal télévisé, c'était le western. On frappe à la porte, des filles qui veulent nous parler religion, j'ai rien contre Dieu mais je déteste le prosélytisme, je referme ma porte. Si la vie c'était que faire la vaisselle et mettre ses chaussettes, ça serait pas rigolo. Tu imagines, me dit l'Ange, si Berlin n'avait pas été détruit, comme ce serait beau, rien que de vieux immeubles magnifiques comme ceux qui restent encore, oui bien sûr, je dis, mais Berlin ce sont aussi surtout ses cicatrices. Jimmy. ©

juillet 2016 : il faut arrêter de demander aux gens, comment ça va ? c'est absurde, même quand on est au fond du trou on répond, ça va. Long article sur Gérard Depardieu, dernier paragraphe intitulé 'la présence éternelle de Barbara'. Ils disent le contraire mais ils prennent le peuple pour des cons, plus que jamais, plus ils valorisent le peuple dans leur discours, plus ils le méprisent de fait, sinon ils feraient pas des sondages aussi stupides que de lui demander si ceci ou cela, sinon il n'y aurait pas à la télévision ces émissions pourries, etc. D'ailleurs j'en ai par-dessus la tête de ces sondages, il n'y a qu'en France que ça existe à ce point, putain mais qu'est-ce qu'on s'en fout de ce que pensent les Français. J'aimerais retourner me balader dans les allées du Père-Lachaise. Ces commémorations franco-allemandes deviennent ridicules. Ces parents dont les enfants sont toujours les plus beaux, les plus intelligents, les plus doués, m'ont toujours assommé. Il y a entre moi et les soi-disant intellectuels homosexuels qui font la pensée, il y a entre eux et moi, un vrai fossé, et un malentendu, ce ne sont pas ma famille, je la connais ma famille, pas ça. Dans le premier livre de son autobiographie, 'die Ursache', Thomas Bernhard parle de son enfer dans l'internat pour adolescents pendant le national-socialisme, et il raconte aussi comment le matin, pendant la toilette, les plus forts et les brutaux avaient toujours le dessus sur les faibles qui étaient contraints de se laver en dernier ou pas du tout, arrivaient en retard à l'étude et en prime se faisaient gifler par le directeur sadique, bref toujours la même histoire. Je ne cherche pas à écrire bien, je cherche que ce que j'écris me ressemble. Avant d'y vivre, quand on venait à Berlin, on descendait dans un hôtel pas mal, près du Tiergarten, depuis quelques temps cet hôtel sert d'accueil à des réfugiés, quand on passe on les voit, assis devant l'hôtel, sur des chaises et des fauteuils, beaucoup d'enfants, moi je suis plutôt heureux que Berlin les accueille comme ça, ce qui serait inconcevable à Paris. Virée à Budapest avec l'Ange, ces pays au passé monarchiste en ont toujours la nostalgie, y compris la France dans le fond, il faut dire que ce qu'il reste des rois ou empereurs n'est pas le plus moche, le soir quand tu marches tout au long du Danube, ou la nuit sur le fleuve, mais ce n'est beau que parce que je suis avec l'Ange, la beauté, on dit qu'elle est dans l'œil de celui qui regarde (Holy motors), parfois le Danube ressemblait à certains de mes rêves, il y a toujours de l'eau dans mes rêves. Ça y est, on gave de nouveau le peuple, on l'opium-ise, le foot est de retour, avec la bière et les cris, vive la France. Ah oui à propos, j'ai désormais ma chaîne Youtube, à mon nom et avec des extraits de mes romans, et aussi une lettre à Barbara (parlée). Je n'ai jamais aimé le Ne me quitte pas de Brel (j'aime ses Vieux amants), l'ombre de ton chien et puis quoi ! C'est vrai que dans ce monde-là, quand on regarde, ces enfants par exemple, les réfugiés, leurs visages, c'est vrai que souvent on a honte de vivre, comme disait ma murmureuse. The show must go on. Jimmy. ©

juin 2016 : l'égalité me débecte, je suis pour la justice, pas pour l'égalité. Et maintenant Polnareff qui remonte sur scène, à cet âge il ferait mieux de juste faire des disques et plus de scène, en plus il est tellement moche. Au printemps à Berlin tu sens l'odeur de l'herbe coupée, comme quand j'étais petit. J'aime les personnes à part entière, pas les copies, pas les formats, et en musique je n'ai jamais été vraiment attiré par les groupes, petit non plus, toujours préféré les solistes, les individus, Judy, Amy ou Billie, pour ne pas parler de la femme qui chante. J'adore Emily VanCamp de la série Revenge, elle me rendrait presque hétérosexuel. L'Ange aussi est un peu orphelin d'elle, je le sais, nous parlons souvent d'elle, jamais tristement. Je suis avec une amie dans l'ascenseur, elle dit, oh quelle odeur ! tu sens ? en fait elle vient de péter et elle se scandalise de l'odeur sans dire que ça vient d'elle, c'est bien la vie ça, on se scandalise sans cesse des odeurs dont nous sommes la cause, les sales odeurs de la vie dans lesquelles on baigne sans même plus se rendre compte que ça pue. Cette nuit comme j'arrivais pas à dormir je me suis replié dans le salon et j'ai fini par m'y endormir, quand il s'en est rendu compte plus tard dans la nuit, pour me remplacer à ses côtés il a pris dans ses bras notre peluche de l'hippopotame, parce qu'il trouve que j'ai un peu la gueule d'un hippopotame à cause de mes petites oreilles. La bêtise me porte sur les nerfs, et comme qui dirait dans ce monde-là, je suis servi. Avec l'Ange on emploie souvent le mot 'incroyable', par exemple j'ai qualifié la Chinoise qui tient le kiosque à journaux en face de mon café du dimanche de 'Chinoise incroyable', ou quand on décide de faire du poulet à dîner, ce sera un 'poulet incroyable', etc., etc. J'aime le sommeil et mes rêves mais je n'aime pas trop m'endormir. Rester dans sa cohérence, seulement ça. Je ne joue pas un jeu, je joue le je. Le silence c'est l'antichambre de l'indifférence, c'est la lâcheté, la facilité, on me la fait pas sur ça. Cette histoire de l'inspiration c'est des bêtises, moi j'ai commencé à écrire quand je me suis rendu compte qu'il ne me restait plus que ça à faire, que je serais jamais comédien ni rien, alors écrire, et puis je l'ai annoncé à Hervé et maman que je voyais à déjeuner ce jour-là, la vie c'est souvent prosaïque, le grandiose ça se construit. L'Ange appelle 'Le dernier nabab' de Fitzgerald, que je suis en train de relire, 'Le dernier nibard', il est un peu bête des fois mais j'aime ça. Sondage : une majorité de Français considèrent que les centrales nucléaires sont sûres, il ne reste plus qu'à faire un sondage pour leur demander si Dieu existe et on sera bien avancé. Berlin l'été ressemble à un campus américain. C'est un beau mot, chagrin. Un homme sur son vélo, le visage brûlé. Tu me manques, ta main, sur ma joue. on ne se blesse pas qu'à vos champs de bataille (Barbara, à mourir pour mourir). Quand tu flanches devant le poison de la vie, tu prends ton vélo et tu pars enculer Berlin jusqu'à l'émerveillement. Jimmy. ©

mai 2016 : je suis du côté des fragiles, pas des violents, alors qu'ils se débrouillent maintenant avec le résultat de leurs lâchetés. Mireille Mathieu a perdu sa mère et elle doit être bien malheureuse, Mathieu je l'ai toujours défendue, depuis toujours, contre les imbéciles de tous bords qui pensent là où on leur dit de penser, et je signe, c'est une femme extraordinaire, et une immense artiste, et je le dis moi qui ne jure que par Barbara. Ça y est, j'ai le titre de mon roman, ah j'ai peiné jusqu'à le trouver. Avec mon œil qui voit pas je me cogne partout, je vais finir par rentrer dans une grosse Allemande dans la rue, je mérite de plus en plus le surnom de Cloche que m'a donné l'Ange. Un jour j'avais accompagné le ministre dont j'étais l'attaché de presse à Orly, dans sa voiture de fonction, puis je l'avais laissé s'envoler vers sa province, j'étais reparti avec la voiture de fonction, le chauffeur et le garde du corps, j'avais rendez-vous avec Hervé pour déjeuner et j'étais en retard, j'ai dit, j'ai un rendez-vous important, alors ils ont mis la sirène et je suis allé vers Hervé à toute allure, avec les pinpons, mais je n'avais pas menti, rien n'était plus urgent que de retrouver Hervé. L'Ange me dit à propos de Willy Brandt, c'est incroyable l'aura qu'il a pour le peu de temps qu'il a gouverné, je lui réponds que c'est tout le temps comme ça, même pour les artistes, on vénère ceux qui ont des carrières courtes ou qui meurent jeunes, les autres, ceux qui durent et se tapent toutes les saloperies de la vie, on leur crache dessus, ah misère. Innocent et méfiant à la fois, ça fait la balance. On dit que le quotidien tue l'amour mais non, justement aimer se trouve là, se conquiert là, dans les choses de chaque jour, si aimer ne se construit pas là c'est un leurre, le quotidien ne tue pas l'amour il le met à nu, et il ne tue que le non-amour. Quand on se disputait elle et moi, quand ça tournait à l'incompréhension et le trop plein d'amour et de tout, on disait après qu'on avait eu notre Sonate d'automne elle et moi, comme dans le film, et ça oui on a en a eu des sonates d'automne, et des printemps encore davantage où tout refleurissait entre elle et moi. Après deux mois passés à Madrid, je redécouvre Berlin, et je m'en éblouis, et j'en retombe amoureux. J'ai retrouvé la sensation exacte que j'avais à 22 ans quand j'écoutais une certaine chanson de Barbara, la même, intacte, le temps n'y a pas de prise. Dans Le rouge et le noir, Julien à la fin du livre appelle la mort vers qui il va "le grand peut-être". Je lis 'The easter parade' de Richard Yates, dans une page il parle d'un hôtel, le Roosevelt, à New York, et je me suis rappelé quand adolescent je descendais avec elle à l'hôtel Lutecia, elle voyait parfois des amies d'enfance à déjeuner dans le restaurant de l'hôtel, moi j'avais quinze ans, et je découvrais mon amour ravageur pour Paris. Toujours sur mon vélo à Berlin, je chante. chacun sera servi mais c'est moi qui choisis (Barbara, moi je me balance). Je voyais la photo d'Obama avec le fils du prince à Londres, le Président accroupi à ses genoux et le petit prince adorable en peignoir de bain, et je pensais aux autres enfants devant qui personne ne s'agenouille. Merveille de connaître l'Ange au-dedans et savoir qu'il restera toujours à connaître… ah ces gens qui te disent sans douter de rien, je te connais. Printemps j'attends. Jimmy. ©

avril 2016 : En fait chaque roman porte en soi sa longueur idéale, qui n'est pas toujours celle finale. Terminer le premier jet d'un roman c'est l'accouchement, et après, travailler le texte, corriger, c'est l'éducation de l'enfant, on fait ce qu'on peut pour qu'il vous ressemble, mais aussi pour qu'il se ressemble à lui-même. Ce grand malheur que les autres ignorent dans leur ignorance du malheur et qui est aussi notre fierté d'y avoir fait front. ils parviendront au pouvoir ; mais à quel prix, grand Dieu ! (Stendhal, Le rouge et le noir). Vu à la Berlinale le documentaire sur Mapplethorpe, où on y parle aussi de son envie dévorante de célébrité, moi aussi l'envie de renommée je l'ai toujours eue, mais pas à n'importe quel prix, j'ai en fait sacrifié l'ambition de la renommée à celle de la liberté, dès qu'il fallait sacrifier cette liberté, je leur tournais le dos, quelquefois sans même savoir que je choisissais, j'ai su après, le choix, et aussi son prix. Sur notre lit à Berlin il y a deux peluches, un crabe et un hippopotame, toujours ensemble sur le lit, mais il y a peu j'avais emmené le crabe pour le laisser à Madrid et l'Ange m'a dit que j'avais mal fait parce que maintenant l'hippopotame allait se sentir seul, ce en quoi en y réfléchissant il a raison, et donc j'ai ramené le crabe à Berlin illico presto, je suis cruel parfois. Ce qui m'a porté, toujours ç'a été ça : ne pas devenir comme eux. Venons de voir avec l'Ange le documentaire sur Janis Joplin et en le voyant, on découvre que l'hôtel où elle est morte, c'est notre hôtel incroyable de Los Angeles où l'on a passé huit jours inoubliables l'an passé, notre Highland Gardens Hotel hanté par Janis sans que nous le sachions et qui nous ressemblait. Cette nuit, j'ai rêvé que j'étais dans une voiture que conduisait je crois mon père et à un moment on a traversé la Seine, avec la voiture et sur l'eau, on a roulé dessus, sans sombrer, parfois j'ai comme ça des rêves, rarement mais parfois des rêves avec des lieux, des couleurs qui sont comme si je touchais le paradis, mais je n'ai pas vraiment de mots pour décrire ça. Ceux qui te racontent pleins de sagesse que la seule vie qui vaille est la vie faite pour les autres, m'amusent, on a rien à donner aux autres si on ne donne pas aussi, et d'abord, à soi-même. Quand j'étais petit garçon je regardais les petits garçons, quand j'étais adolescent je regardais les adolescents, et quand j'étais jeune homme je regardais les jeunes hommes, je me suis arrêté là, les hommes mûrs ç'a jamais été mon truc. Entendu dans un document d'archives Marcello Mastroianni dire qu'il ne croyait pas qu'après la mort il y eût quoi que ce soit, mais qu'est-ce qu'elle en sait, cette grande autorité des choses de l'au-delà ! je suis comme Mark, je déteste les certitudes de ceux qui croient comme de ceux qui ne croient pas. Jimmy. ©

mars 2016 : souvent je me contrôle en pensant au moment d'après, tu sais le fameux moment d'après, vautré, mal, sans plus aucun désir, je me contrôle pas pour me contrôler, ce qui m'a toujours paru misérable, je me contrôle pour pouvoir recommencer. Bon, je ne suis plus le printemps ça c'est sûr, pas non plus encore l'hiver faut pas pousser grand-mère, alors l'été ? hmm… l'automne ? je détesterais être l'automne (encore que c'est parfois si beau), alors j'ai trouvé, ce que je suis vraiment : je suis l'été indien. On me dit, machin est un grand avocat, machin dirige la compagnie truc, et moi ça ne m'impressionne pas du tout, jamais ça ne m'a impressionné, ce qui m'impressionnait et qui me glaçait c'est que ça impressionne les autres, moi les fonctions m'ont jamais impressionné, seulement les personnes, les personnes à part entière m'ont toujours impressionné. Mon Léo a enfin son oscar même si ça fait longtemps qu'il est peut-être le plus grand acteur de la planète. Le garçon qui joue du saxo dans la rue, je lui donne un euro, il me remercie en me disant merci Monsieur, je n'aime pas trop quand on me dit Monsieur, en même temps Madame ça ferait bizarre aussi. Charlotte Rampling nominée aux oscars pour '45 years', magnifique, encore plus magnifique avec l'âge (prends-en de la graine JM). Des fois je la provoquais, je lui disais quand on regardait la télévision ensemble et qu'on y voyait un beau garçon, oh j'ai envie de l'embrasser sur la bouche, des choses dans le genre, elle disait, oh Jean-Michel, mais elle aimait ça que je la provoque, avec le temps elle était devenue moins bourgeoise et même plus bourgeoise du tout, elle était devenue elle-même. La cruauté de ce monde m'a toujours terrifié, depuis le début, depuis le début la violence de ce monde m'a révolté, cette violence pour rien, juste parce que t'es pas comme les autres, c'est pour ça que quand pour la première fois j'ai écouté Perlimpinpin j'ai su que c'était moi, à l'époque je me disais que la seule révolution c'était la tendresse, c'était pas naïf, c'était vrai. J'adore l'expression 'ptit branleur', ou 'ptit pédé'. Je me demande si le fait que Hervé et Mark soient morts à 35 ans ne m'a pas fixé à cet âge. Michel Tournier est mort, lui à 91 ans, il en avait marre d'être vieux et d'être diminué, c'est Hervé le premier qui m'avait parlé de lui et de son roman 'Les Météores' avec cette histoire des deux frères inséparables dont l'un voulait fuir l'autre et son emprise, histoire dans laquelle Hervé voyait, comme il me l'avait écrit, 'un minuscule quelque chose de nous'. S'enfoncer dans Berlin avec son vélo est une expérience unique, que l'on ne peut que faire à Berlin, une expérience quasi métaphysique. J'attends devant le distributeur de billets, devant moi une femme qui tire de l'argent, elle a un chien et un petit sac plastique à la main avec la merde du chien dedans, moi j'attends avec un petit sac plastique avec à l'intérieur deux pâtisseries, bon appétit. Depardieu est gros mais ce n'est pas un porc, peut-être un voyou mais pas un porc, et à côté beaucoup de gens pas gros qui eux sont de vrais porcs, la condition de porc ce n'est pas une question de poids, pas toujours. Ça fait toujours drôle quand on s'aperçoit qu'on n'est pas Dieu. Jimmy. ©

février 2016 : Michel Delpech, ses chansons, il y en a tellement, Rimbaud chanterait, Je pense à toi, Laurette, on y retournera, pour ne pas l'oublier, Laurette, je me rappelle je l'avais croisé un jour au Rond-Point des Champs-Elysées, il était avec un type de la radio que je connaissais, je lui avais dit deux mots, je m'en souviens bien. Anniversaire de la mort de Mitterrand, JMI au grand homme reconnaissant. Moi aussi de la fenêtre de mon royaume je vois un lac, je relis L'idiot, il y a longtemps j'avais joué le prince Mychkine, en présentant mon monologue à la télévision le présentateur avait parlé de la grandeur et du pathétique du prince Mychkine, ce qui me va assez bien, ma vie passée entre la pathétique grandeur et le pathétique grandiose. Si on a rien à dire dans son journal, on se force, on se met devant son écran et on y va, ça vient toujours. Je ne parle pas beaucoup de politique dans ce journal et pour cause, la politique ça m'a toujours plu, avec Hervé on se faisait des soirées électorales avec vin et bouffe, et avec l'Ange aussi, mais la politique dans un journal c'est vulgaire, on émet des opinions bizarres que les imbéciles malinterprètent, alors non, pas de politique ici, Mitterrand c'est différent, c'est de l'art, mais basta de la nostalgie, la nostalgie je me la garde, c'est pas pour vous. Mon anniversaire approche, s'il pouvait un peu me lâcher celui-là. J'aime quand on m'appelle 'mon JeanMichel', maman m'appelait JeanMi mais c'était son privilège, quant à l'Ange ça varie, souvent il m'appelle 'La Cloche', parce que suis souvent un peu cloche, surtout avec mon œil qui voit pas. Barbara disait qu'elle 'vigilait' depuis qu'elle avait pris conscience de l'injustice, même l'injustice face à la mort, ceux qui ont des enterrements reluisants et ceux qui meurent seuls, et moi je me dis que je dois vigiler ma révolte, la révolte c'est pas inné, pas autant qu'on croit, Barbara est pour beaucoup dans ma prise de conscience autrefois de ce qu'est l'injustice de la vie même si toujours, même enfant, je la voyais l'injustice, et aujourd'hui je sais que si je n'entretiens pas cette révolte, j'échouerai, 'ne jamais s'accoutumer à la souffrance et à l'injustice' comme l'a écrit Mark, et pour moi le meilleur vigilant de la flamme c'est l'Ange, parce qu'aimer te rend encore plus conscient du malheur autour de toi, sans mon amour je ne verrais pas. Paris m'a accouché, Madrid m'a recueilli, Berlin m'a gardé tel quel. Voir quelqu'un qu'on aime manger seul, quelquefois à son insu, c'est toujours émouvant. On couche toujours avec des morts, chante Léo, oui, et maintenant David Bowie, j'étais pas un fou de sa musique mais bien sûr je l'aimais bien lui, qui a vécu à Berlin où il a composé un des morceaux que j'aime, Heroes, et il y a aussi Modern love dans 'Mauvais sang' de Leos Carax, et puis surtout il y a ce film avec Deneuve et Susan Sarandon, 'Les Prédateurs', film que j'ai adoré, bien sûr puisqu'il traite de ce qui me poursuit, l'immortalité ou l'éternité, je confonds un peu les deux même s'ils sont distincts mais bon, pour lui maintenant l'immortalité ce sera autrement, quant à l'éternité, à moi de voir. Jimmy. ©

janvier 2016 : ils buvaient de l'absinthe comme on boirait de l'eau, l'un s'appelait Verlaine, l'autre c'était Rimbaud, pour écrire des poèmes on ne boit pas de l'eau (Barbara, L'absinthe). On écrit toujours sur la jeunesse, le reste est emmerdant. Madonna et moi, même combat, on a le même âge et on est pas mal hein. Avec l'Ange on a un petit jeu, je lui dis comme ça en marchant ou dans l'appartement, tu es heureux ? et lui il répond toujours, 'avec toi', et même comme on a aussi un jeu qui consiste à rajouter un l à la fin des mots, il répond souvent, 'avec toil', mais ce n'est pas un jeu. L'Ange encore, qui est imprégné de culture française, a dit (on venait d'acheter un jus d'orange pour le ramener à l'hôtel, et le jus d'orange était bien frais) il a dit, parodiant la mère Denis, c'est ben frais ça ! Hier je lui ai dit, je suis tellement vivant que des fois c'en est insupportable. Voilà c'est tout, nous passons quelque temps à Madrid dans notre royaume, et comme je continue à écrire mon roman, j'écris moins ici, j'avance dans mon texte en tentant de préserver l'énergie que c'est d'écrire, en même temps écrire quand tout s'agite autour de vous, c'est bien aussi, on écrit pas dans le confort ni en ayant tout le temps pour ça, on donne le temps à l'écriture, on la privilégie, on l'empêche d'être polluée par les autres, même et surtout quand ce sont ces autres sur lesquels on écrit. Ecrire, c'est toujours écrire contre ce qui empêche d'écrire, c'est-à-dire à peu près tout. Ce n'est peut-être pas clair ce que je dis là mais on s'en contentera et qui veut comprendre comprendra. L'année se termine, sacrée année pour nous deux, on épargnera les détails au lecteur mais sacrée année, aux lecteurs au pluriel j'espère, qui me lit ? ah chers lecteurs inconnus, je me disais récemment que ce qui compte dans une vie c'est l'intégrité, rester intègre, contre ce qui corrompt et vous éloigne de soi. Non, j'étais pas aux ordres de la vie, et je le reste, c'est mon histoire celle-là, de moi et la vie, drôle de couple nous deux, je la connais la garce, depuis le temps, on ne se déteste pas, on guerroie, on se prend, on se donne, et quand je suis vainqueur c'est souvent un vainqueur fragile, un vainqueur abîmé mais l'Ange, oui l'Ange est là, et la vie contre nous n'en mène plus large, la vie sait depuis longtemps qu'aimer est son principal, son seul, ennemi, aimer remet la vie à sa place, la rend petite face à l'éternité des amants, cette éternité à refaire chaque jour, comme une œuvre, comme une preuve de notre existence, comme un salut, un doute magnifique. Je radote encore, et je trinque aux amants, je trinque à ma mère, à Hervé, à Mark, à mes 'zèles aimants' comme disait Mark, à ma Barbara et au mal de vivre, je trinque à mon amour, difficile, douloureux et unique, il y a nous et les autres mais les autres n'existeraient plus sans lui, sans mon amour. Je n'ai pas encore le titre de mon roman. A Madrid je dis que je m'appelle Miguel, ah tellement de noms ! et à Berlin ? Oh Berlin ! notre ville, ma survivante. Nous sommes d'un seul pays, venez y faire un tour, nous sommes accueillants justement parce que ce pays est le nôtre et de personne d'autre. Compris ? Il faut lever la tête haut, au figuré comme au propre. Être arrogant face à l'arrogance de la vie. Happy new freaking year. Jimmy. ©

décembre 2015 : la vie d'artiste. pas de doute, il y en a pour qui faire chier le monde est un passe-temps. Suis jamais vraiment arrivé à détester des gens, toujours trouvé que c'était leur donner de l'importance que de les détester. Aux dernières nouvelles la charcuterie serait cancérigène, à force de tout nous interdire, nous, on ne va plus rien s'interdire, le bon côté c'est que, lorsqu'un emmerdeur nous dira que fumer n'est pas bon pour la santé, on pourra lui répondre, occupe-toi de ton saucisson. Quand je vois une belle famille, père, mère avec deux enfants, maintenant je m'attendris, forcément, souvenirs, j'espère quand même que je vais pas devenir comme ses vieilles gagas qui sourient aux enfants et leur donnent des bonbons. J'ai lu 200 pages de Au plaisir de Dieu de Jean d'Ormesson, je croyais que ça me plaisait mais à un moment j'en ai eu ma claque, ça me déprimait et c'était pas si bien écrit que ça, ou trop bien écrit, ce qui est pareil. Je ne parle pas souvent ici de mon père, et pourtant. Parfois je vois un garçon et je me dis, oh je l'adore, et puis je me rends compte que c'est une fille, alors je ne l'adore plus du tout. C'est drôle ils m'auront publié pour L'Insecte, c'est-à-dire pour le seul livre où je ne parle pas vraiment de moi, quand il s'agissait de moi, de mon univers, ils me refusaient, toujours suscité ça, la peur, l'attrait et puis la peur, et d'un côté ça ne me déplaisait pas, jamais été comme eux, il y a eu Hervé et ça m'a suffi pour être moi, et Mark et Barbara, on était semblables, et surtout il y a eu l'Ange, le seul qui m'a aimé, aimé vraiment et totalement, sans peur et comme je suis. Le seul mystère ce n'est pas la mort, ni la vie, c'est l'amour. Une des choses vraies qui a été dite au moment de la mort de Barbara, c'est qu'elle n'avait pas créé de style, parce que oui, il n'y a qu'une Barbara et n'y en aura jamais qu'une, qui peut en dire autant, à peu près personne. L'Ange me dit qu'il est invité à un anniversaire à Berlin et que Dieu merci il sera à Madrid à cette date, parce que l'an dernier l'anniversaire avait été barbant, mortel, ce à quoi j'ai dit à l'Ange, mais c'est donc impossible aujourd'hui de trouver des gens excitants ! qui te propulsent en haut, des personnes à part entière qui de dîner avec eux tu en redemandes et eux aussi redemandent de toi, en fait non, ce n'est pas impossible, mais il faut reconnaître que ce genre de rencontres, de refaire-le-monde, c'est une des choses des Français, faut me croire moi qui ai voyagé, les Français, pas tous certes mais ils savent parler feu d'artifice, parler d'eux-mêmes et pas de choses extérieures à eux dont tout le monde peut parler, parler de tout et de rien, et rien c'est jamais rien, voilà c'est dit. 13 novembre 2015 : jusqu'où ? Il y a des morts auxquels on attache plus d'importance que d'autres, l'indignation est sélective. Que n'a-t-on parlé autant des morts du sida à l'époque. Moi qui pourtant l'aime bien, surtout chantée par Mathieu, ils commencent un peu à me fatiguer avec leur Marseillaise. Cette fois le monde entier aura entendu le Perlimpinpin de Barbara, il était temps ; cela dit en entendant la chanson chantée dans la cour des Invalides, j'imaginais si elle l'avait chantée là, elle, la chose gigantesque qu'elle en aurait fait, tout aurait été dit et rien à ajouter, parce que Barbara EST cette chanson. Jimmy. ©

novembre 2015 : et ne se battre seulement qu'avec les feux de la tendresse (Barbara, Perlimpinpin). c'est là que sa mère lui manque, plus pouvoir lui prendre la main, lui dire, ah la vie tu sais, parce qu'elle comprenait ces choses-là sans qu'il ait à expliquer trop, ils avaient déjà tellement parlé, ça lui manque d'être plus son enfant même si il l'est toujours. Mon amour, ce qui fut sera (Aragon). On veut croire que tous les êtres humains sont beaux, intelligents et qu'il y a toujours quelque chose à en sortir, mais non, il y a aussi beaucoup de gros porcs qu'on me raconte pas d'histoires, et de grosses truies aussi. Oui je le pense, vivre sans aimer c'est pas vraiment vivre, vivre pour l'argent c'est pas vraiment vivre, vivre pour la gloire, pour son travail, non plus, et même vivre pour écrire c'est pas vraiment vivre. Mitterrand c'était mon mec, quand je les vois aujourd'hui, à droite comme à gauche, j'ai envie de vomir. Les années de feu. Elle nous disait de toujours finir notre assiette, de pas jeter la nourriture, de toujours dire merci dans les magasins ; sur ça je l'ai écoutée, moins sur le reste, j'ai souvent fait ma vie contre elle et pourtant, vivre ma vie, pas la sienne, pas celle des autres, c'était ma seule façon de continuer à l'aimer. Si je suis pas sorti de Paris pendant 24 ans, c'est que Paris c'était mes voyages, ceux qui m'ont finalement conduit à l'Ange et lui à moi, et qui ont conduit aussi à nos mille voyages à nous qui font rien que commencer dans cette éternité terrible de ceux qui s'aiment. Quand quelqu'un meurt, tout le monde se l'approprie, et c'est insupportable. Pourquoi tu ne dis rien ? demande Piccoli à Bardot dans Le Mépris de Godard. Je me tais parce que je n'ai rien à dire, répond Bardot. J'avoue que je me réserve davantage à mon roman en cours d'écriture qu'à mon journal. J'aime pas parler d'un roman en cours alors je me tais, mais pas parce que je n'ai rien à dire, plutôt le contraire. Ecrire c'est une énergie, d'abord ça. L'année se termine lentement, l'Ange et moi allons passer un peu de temps dans notre royaume de Madrid mais nous restons Berlinois. En fait je me sens français pour la langue, espagnol pour le cœur et berlinois pour la ville, quelque chose comme ça. Et je suis de l'Ange pour l'éternité. Ajoutons que je resterai toujours le petit parisien que j'étais et voilà, un peu, résumée la situation mais ça peut changer. Ici Merkel est devenue une sainte mais est-ce que le monde est fait pour les saints ou pour les vieux singes à qui on apprend pas à faire la grimace ? L'Ange et moi repartirions bien en Californie si ce n'était pas si loin. On roulerait à nouveau dans la décapotable, ce n'est pas Kerouac qui me démentira : la route c'est la vie. Rien de ce qui périt n'a de prise sur moi (Paul Éluard). Jimmy. ©

octobre 2015 : la mémoire et la mer. berlin été indien. California hangover. Y a des chanteuses qui perdent leur voix sur la fin et ça reste très beau et d'ailleurs on s'en fout, mais bon elles la perdent vraiment, Barbara c'était pas pareil, elle avait plus cette voix transparente des années 60/70 mais elle faisait sur la fin avec sa voix des choses qu'elle aurait jamais faites avant, des sons, des brisures, des cris, des aigus, oh quelle voix ! et moi à choisir c'est cette voix-là que je prends, qui est d'ailleurs celle de toutes les fois où je l'ai vue sur scène (20), même si bien sûr comme en amour, je prends tout, ça veut rien dire de dire, moi je préférais sa voix d'avant, c'est ridicule de dire ça, c'est la même femme, sans la voix d'avant y a pas celle d'après, et sans celle d'après y a pas celle d'avant non plus, et voilà, j'ai changé sachez-le mais je suis comme avant. Comme je l'ai dit dans Undead, il n'y a d'admiration qui vaille que celle qui te rend toi admirable. Je me suis pas fait tout seul. Le mal de vivre n'a d'intérêt que si on croit qu'on est le seul à le vivre, en tout cas celui-là. C'est dans Un thé au Sahara je crois qu'il dit, tu sais que pour moi aimer, c'est t'aimer. Quand on aime, l'autre ne peut pas résumer toute ta vie, il faut vivre sa vie justement parce que l'autre existe, et qu'importe d'ailleurs : puisque tout est l'autre. Je n'aime ni les flics ni les violents. Avec le temps j'ai essayé de me ressembler de plus en plus, mais il reste encore à faire pour me ressembler vraiment. Sylvie Joly est morte, et voilà, une de plus, elle était magnifique, immense, et la seule avec Jacqueline Maillan qui faisait rire avec élégance, les autres, toutes, sont légèrement vulgaires et puis c'est tout, ah Sylvie Joly, ceux qui ne l'ont pas connue seront passés à côté de la plus belle des femmes, et d'ailleurs elle est toujours là, je l'entends encore. Cette obsession d'être fidèle à ce que j'étais. Aimer c'est difficile, cruellement difficile, mais en même temps vivre sans aimer, aimer vraiment, pas entre deux, pas du bout des lèvres et de la vie, vivre sans aimer c'est pas vivre. Le bonheur que je veux c'est le bonheur conquis et le malheur que j'ai fait mien c'est celui qui m'a donné des ailes. Mais personne a dit que c'était facile, la vie. Voilà, ce mois-ci ai pas eu tant de choses à dire, peut-être parce que j'ai commencé à écrire un nouveau roman. Ai peut-être été aussi un peu trop sérieux mais après tout, je suis pas là pour divertir les manants. Tomber, se tuer, et puis repartir, se dire qu'on se laissera pas faire, être le héros de sa propre vie. Le matin quand je le réveille, en me penchant sur lui, j'entends battre son cœur, et j'en vis. La marée je l'ai dans le coeur, qui me remonte comme un signe (Léo Ferré, La mémoire et la mer). Jimmy. ©

septembre 2015 : vert noir. ai cru être condamné à mort pendant deux jours et puis de nouveau condamné à vivre. Je ne regretterai jamais d'avoir écrit L'insecte, tout ce que j'y ai dit est plus vrai que jamais. Quand j'ai dit à ma mère, un jour de Noël, j'avais 20 ans, que j'étais homosexuel, elle a dit, très bien, en fait c'était plutôt très mal mais bon, très bien, on ne veut que ton bonheur mais on en parlera plus, évidemment on en a reparlé et beaucoup et bien d'ailleurs, mais elle était comme ça, elle disait toujours non avant de dire oui. Je suis heureux de ça, que toujours mes amis pensent à Barbara quand ils pensent à moi, toujours. Réécouté aujourd'hui Véronique Sanson, pas mal hein ? 26 juillet, 22 ans déjà. Barbara dit qu'en amour il faut chaque jour étonner l'autre et que ça, c'est difficile, mais elle a raison, sinon mieux vaut ne plus parler d'aimer, étonner l'autre, chaque jour, tu peux d'ailleurs étonner l'autre avec une salade au poulet, ou une phrase magnifique pendant un dîner en tête-à-tête, mais étonner, et chaque jour. Vu le documentaire sur Amy Winehouse, cette voix jazz incroyable, morte à 27 ans, triste parce que fragile, c'est peut-être mieux comme ça, mourir jeune c'est pas toujours la catastrophe qu'on dit même si c'est aussi la seule catastrophe, à son propos quelqu'un avait dit "âme perdue", mais quelquefois une âme perdue en rencontre une autre et perdu à deux, c'est plus pareil. Tu me manques ma belle, même quand je ne sais pas que tu me manques, nos conversations, nos grands moments, et les petits surtout qui n'étaient jamais petits, même tes énervements, tes injustices, cet amour trop grand pour contenir ici. Je me rappelle, c'était début septembre, Hossegor, la fin de l'été qu'on croyait toujours qu'y avait pas de fin à ça, l'été, la plage ce matin-là, j'étais enfant, adolescent peut-être, je me rappelle la mer, je m'en suis toujours souvenu de cette mer-là, elle était vert foncé, presque noire, très calme mais avec des rouleaux incroyables qu'on suivait jusqu'au bord, des rouleaux parfaits, noirs vert eux aussi. Bien sûr j'écoute Amy, ou Judy, ou Mimi, ou Léo, mais toujours je reviens à elle, la femme qui chante, elle gagne toujours, quand je revis, que je redeviens conquérant. Il est beau Tom Hardy hein ? presqu'aussi beau qu'Adam Brody. On fait tous ça, on lutte avec nos vies, avec le poison. Même quand un moment n'est pas complètement réussi avec l'Ange, je me dis toujours, qu'importe, parce qu'avec lui je suis toujours heureux, heureux n'étant pas à prendre dans le sens mièvrement humain qu'en général lui donnent les autres. Sharon Stone, qui a le même âge que moi (bonne cuvée), vient de poser nue dans une revue, bon, avec ses chaussures aux pieds, il faudrait que j'y songe moi aussi, avec ou sans chaussures d'ailleurs. Dans la vie, dans ma vie, je me dis que j'ai été grand pour les grandes choses, mais très moyen pour les petites choses, ces petites choses qui "sont" si souvent la vie, la sale vie, la vie ne m'intéresse que dans la mesure où je vole, heureux ou malheureux, bonheur ou malheur, que m'importe mais voler, au ras du sol je me débats comme un enfant, alors oui j'ai volé, et je volerai encore, mais je me suis beaucoup débattu aussi, mais après tout, si Dieu était sur terre il serait sûrement très déprimé par un compte bancaire, un pneu crevé ou un rhume à la con, par contre il serait grandiose sur tout ce qui tourne autour de la vie, la mort et tout le tralala. C'est ce que je me dis. Kiri. ©

août 2015 : hotel california. adolescent j'avais rêvé qu'un prince charmant me faisait monter dans une voiture décapotable, le rêve était prémonitoire mais je ne le savais pas, l'Ange me conduisait dans notre décapotable dans les rues de Los Angeles, puis sur la route qui remonte à San Francisco, on fêtait nos 20 ans, le voyage a commencé là-bas, à Frisco, on prenait le tram, surtout le F que l'Ange adore, on s'émerveillait des avenues qui montent et descendent encore plus que dans les films, les gens à Frisco sourient et arrêtent pas de parler entre eux même s'ils se connaissent pas, on a croisé beaucoup de cinoques comme disait maman, des tas de cinoques qui se trémoussaient en cadence, croisé ces visages de vieux Noirs qui sont tous des histoires, beaucoup de laissés-pour-compte aussi qui nous faisaient mesurer la chance que nous on a d'être deux comme ça et de s'aimer autant, ce garçon beau au visage qui avait dû être brûlé, je l'ai vu ramasser un mégot par terre alors je suis parti dare-dare lui acheter un paquet de Marlboro, je l'oublierai pas celui-là, on a traversé le golden fucking gate sur notre bus en plein air et on se gelait le cul à cause du fog qui embellit la ville surtout le soir, l'Ange nous avait inventé une amie du nom de Patricia, une conne qui pensait qu'à faire du shopping et qui nous poussait à faire des achats dans les magasins, on essayait de lui résister des fois alors elle était de mauvaise humeur cette conne, San Francisco me donnait envie de changer de vie, une fois de plus, comme toujours quand je suis excité je pissais sans arrêt, je m'étais spécialisé dans les toilettes de Bloomingdale's qui sont très belles d'ailleurs, contrairement à ce que je croyais je me suis pas si mal fait au décalage horaire, à la fin on faisait même des échappées nocturnes, à Mulholland Drive notamment, dans les hauteurs de L.A., on a vu les lumières de L.A. la nuit là-haut comme dans les films, là c'était déjà avec la décapotable, celle qu'on avait louée pour l'arrivée à Los Angeles, l'Ange est un conducteur magnifique, il l'a toujours été, les autoroutes où les gens foncent comme des sales brutes, et dans les rues de Beverly Hills, partout, on était dans un hôtel où y avait tellement de beaux garçons qu'on trouvait ça bizarre mais on allait pas se plaindre, et Hervé qui continuait à nous protéger, sur l'autoroute je le lui disais, veille sur nous mon Hervé, ce voyage c'était comme un voyage dans le voyage de nous deux, c'était émouvant de s'entendre aussi bien l'Ange et moi, on s'est toujours terriblement bien entendus dans les voyages aussi nous deux, l'Ange a dit qu'il fallait donner du thon au thon, ce qui nous a faits vraiment rire. the last tycoon. on a visité la mairie de San Francisco, en hommage à Harvey Milk, et au Castro aussi à Frisco on a repensé à Milk, je pensais à toutes les luttes des gays de mon époque et je me disais qu'on s'en était vu pour arriver là, on logeait là-bas, au Castro, une nuit on est allé revoir Les dents de la mer dans le théâtre Castro, sûrement le plus beau et le plus ancien cinéma que j'ai jamais vu, on a acheté des livres, moi qui aime la littérature américaine, et puis surtout à L.A. on a fait le plein d'histoire du cinéma, on les a tous visités les studios, Universal, Paramount, Warner Bros, Musée du cinéma, yes yes yes, on a traversé le couloir d'Hannibal Lecter, la fameuse grande porte de la Paramount, celle de Gloria Swanson dans Sunset Boulevard, et puis on a fait des montagnes russes, à l'époque de mon voyage quand j'avais 20 ans, j'avais fait le plus grand rollercoaster du monde, le Colosus, qui est d'ailleurs toujours le plus grand aujourd'hui, mais là c'était à Santa Cruz, Boardwalk, comme dans la série de Scorcese avec Michael Pitt, je suis moins courageux pour ces choses qu'à 20 ans mais l'Ange voulait monter dans le rollercoaster, alors j'ai fait comme Barbara : j'ai peur mais j'avance quand même, j'ai hurlé pendant tout le tour, mais ça j'ai toujours crié dans les montagnes russes, les filles derrière nous elles ont complètement oublié le rollercoaster, elles étaient fascinées par mes cris, à la fin elles m'ont demandé si c'était ma première fois, Jesus ! j'ai répondu que certainement pas, que j'avais fait le Colosus, du coup elles l'ont bouclé les salopes, au retour sur le chemin vers San Francisco on s'est arrêté à Morro Bay, un splendide petit trou au bord du Pacifique où j'ai trouvé un barbier qui fait que les coupes au rasoir et qui existe depuis Pearl Harbour, on se serait cru dans le film Nebraska avec Bruce Dern, et puis on est revenu, à l'heure où j'écris tout ça il est presque cinq heures du matin et je suis toujours réveillé, Jesus !, à Santa Cruz sur la promenade on a rencontré deux garçons qui nous ont demandé si on était des frères comme eux, j'ai dit qu'on était "lovers", ils ont dit qu'on avait l'air de frères, on a fumé ensemble des clopes sans se soucier des interdictions de fumer en Californie qui sont pas la joie ça, et à la fin on s'est tous pris dans les bras pour se dire au revoir, on est revenu donc, on a laissé la décapotable, mais on s'est pas laissés nous, on recommencera, parce que la vérité c'est que ce voyage pour moi c'est lui, l'Ange, on s'émerveille toujours l'un de l'autre et plus que jamais, on l'a pas volé, le lendemain du retour c'était son anniversaire. Et d'autres choses encore que l'on garde pour nous. Voilà, tu la connais l'histoire. JeanMichel ©

juillet 2015 : I'm coming out. Je viens de réaliser que moi qui ai vu Barbara vingt fois sur scène (en fait vingt et une), la dernière fois, celle que je ne savais pas que ce serait la dernière, ce fut avec elle, ma mère. Il n'y a pas de bonheur dans le confort, le bonheur s'achète au prix de souffrances (Dostoïevski). Elle avait l'habitude de m'envoyer des articles de journaux qu'elle voulait partager avec moi, Mauriac, Prague, les gays… demain c'est la fête des mères, ma belle. Laissons le monde à ses problèmes, les gens haineux face à eux-mêmes, avec leurs petites idées (Aznavour, Mourir d'aimer). Parfois je dis tout haut et très fort, avec un air un peu idiot, "sicut erat", qui était le début d'un chant en latin quand j'étais petit et qui se termine je crois par "et nunc et semper", c'est très libérateur de crier ça, mais faut le faire avec un air un peu idiot. Une expression de la langue française que je trouve absolument géniale et bonne pour presque tout c'est faut pas pousser grand-mère, c'est une de mes favorites. Dans la cour ce matin, le cadavre d'un oiseau gisant à corps ouvert, tué sûrement par un autre, dépecé, un trou béant où les mouches pullulaient, la nature me dégoûte. Ça y est il fait beau et chaud, et quel rêve c'est Berlin là, à la tombée de la nuit, partout, pas une ville, pas une alors ne peut rivaliser et je sais de quoi je parle, cela étant dit pour ceux qui auraient cru qu'entre Berlin et nous y avait comme un désamour, pas de désamour ni rien, simplement ça s'éprouve l'amour, pour savoir à quoi il résiste. Journée mondiale de ci, journée mondiale de ça, à la fin y en a tellement qu'on s'en tape, journée mondiale de mes fesses. L'Ange et moi sommes comme on dit un couple (j'aime pas le mot) binational, espagnol/français, mais quand j'y pense le premier binational ç'a été mes parents, la parisienne et le petit basque espagnol, à une époque où c'était pas courant du tout, voilà d'où je viens, moi qui ai bien failli naître en Amérique, ce qui m'aurait plu en un sens et pas plu non plus car je n'aurai pas pu vivre et connaître ce que j'ai vécu et connu, encore que qui peut dire. Terminé la préparation de mon nouveau roman, je vais relire mes notes mais je sais pas quand je commencerai à l'écrire. Passé une semaine à Madrid dans notre royaume. On part donc en Californie pour deux semaines avec l'Ange, pour célébrer nos vingt ans ensemble, comme un diamant brut et pur à la fois, jamais perdu mais toujours retrouvé. Et pour mettre du contexte faut que je précise que je suis allé en Californie quand j'avais vingt ans et en fait le mois qui a suivi ce que j'appelle mon "acceptation", ma fameuse "seconde" que je décris dans Undead, quand je suis devenu moi et tout et tout, que je débordais de partout, c'était le temps de Blue bayou, Because the night et Warren Beaty, c'était le temps de ma vie qui commençait, la mienne et pas la leur. Quelques mois après, j'ai fait mon coming out auprès des parents, le jour de Noël. Je signe comme à Radio Gilda, Jimmy. ©

juin 2015 : si mi la ré, si sol do fa. L'Ange est comme un enfant, il mange du chocolat en cachette, et me dit que non avec la bouche pleine de chocolat. Dans un Maigret pour la télévision je jouais un infirmier qui conduisait Dominique Blanc dans une sorte d'ambulance je crois, on papotait tous les deux, un jour je l'ai revue dans la rue Dominique Blanc, toujours très gentille et attentionnée, toute frêle et solide, on a repapoté sur le trottoir, aujourd'hui elle vient d'entrer à la Comédie Française. La pire insulte qu'on pouvait faire à Barbara, c'était de lui dire qu'elle était une intellectuelle, intellectuelle de mes bottes, elle répondait. En fait je radote sur ceux que j'aime, et c'est inépuisable. La chienne de vie n'en épargne pas certains, elle trie, elle choisit, et elle enfonce la lame, mais ses victimes seront toujours plus belles qu'elle, et je sais de qui je parle là, ils se reconnaîtront. Les hôpitaux c'est un monde à part, certes on les recherche pas trop mais faut jamais oublier que ce monde-là existe, peut-être plus vrai que l'autre dans lequel on s'agite bêtement, sauf quand on aime, et même si dans les hôpitaux on aime souvent, terriblement. Berlin est comme chacun de nous : quand on le connaît bien, Berlin peut te porter sur les nerfs mais ce que Berlin a que les autres n'ont pas, c'est cette bohème quand les beaux jours reviennent, cette chose des années soixante dans l'air. Viens d'apprendre la mort de R., R. de mes vingt ans, R. Paris, R. Hervé, R. là-bas maintenant. On se nourrit de la mort des autres, c'est comme ça, comme du sang dans les veines. Le plus grand malheur de ma vie aura aussi été la porte vers l'amour de ma vie et ce qui s'y rattache : quitter Paris pour Madrid, Berlin, les voyages, l'essentiel de mes livres dont L'insecte que je n'aurais pas écrit sans ce malheur, et tant d'autres choses, j'y pense souvent. Deneuve en prenant de l'âge devient une vraie peau de vache, dans les interviews elle tire sur tout ce qui bouge, j'adore ça, et puis c'est signe de bonne santé. Une agression homophobe tous les deux jours en France, ah le beau pays. Meryl Streep dans The hours. You cannot find peace by avoiding life (Virginia Woolf). Ces têtes de con partout à force ça te gâche la vie. Dostoïevski et puis c'est tout. En troisième année de Sciences Po, on avait 21 ans et avec Hervé, pour marquer une rupture avec le temps d'avant, on avait changé de prénom l'un pour l'autre, lui il était devenu Xavier, et moi Rémi. Revu hier soir le film Studio 54, et alors je repensais à mes nuits studio 54 à moi, les samedis soir, du temps de Hervé et aussi avec l'Ange qui lui aussi avait et a ses nuits studio 54 à lui parce que nous on s'est jamais aimés comme des étriqués, et je me disais que ces nuits-là ne finissent jamais si on a su les quitter à temps, le pathétique là comme ailleurs c'est de s'accrocher et pas savoir partir, ça c'est la vraie fin, c'est pour ça aussi que j'ai quitté Paris, pour que Paris vive en moi, pour toujours. La Californie se rapproche. Rémi. ©

mai 2015 : Kiris radotages. La policia! estamos perdidas! (Femmes au bord de la crise de nerfs). Tous ceux que tu as rencontrés dans ta vie y ont laissé une trace, tous, même ceux que tu as peu connus, parfois tu te souviens d'un ou une, je pensais à une fille qui travaillait chez nous quand j'étais petit, et je regrette de ne pas lui avoir donné un baiser quand on l'a renvoyée, parce qu'elle nous volait. La pureté ça n'a évidemment rien à voir avec le sexe, la pureté c'est, ne pas se laisser corrompre, par la vie. L'Ange dort comme un enfant, pas comme un adulte, un adulte qui dort en général c'est pas beau à voir, l'Ange lui il bouleverse quand on le regarde dormir. Les vies qui sont des œuvres d'art ne sont pas des vies heureuses dans le sens qu'on dit heureux, les vies heureuses elles sont comme on dit aussi sans histoires. Je suis toujours étonné d'avoir encore des choses à dire dans ce journal, il est vrai que je me répète beaucoup, je radote, je radote même en disant que je radote, ce qui est un comble, mais la vérité c'est qu'on radote toujours, si déjà dans sa vie on a une ou deux choses vraiment personnelles, vraiment à soi, à dire, c'est déjà beaucoup. Mon père quand il revenait à midi à la maison. C'est impressionnant le visage qu'elle avait les dernières années de sa vie, je regardais aujourd'hui des photos, elle était immense, de tout, du mystère de la vie, elle était belle, peut-être comme jamais, et aussi un peu terrifiante. Qui tu aimes ne te met pas sous influence, il te libère. Comme l'a écrit Hervé dans 'L'Outarde', ce monde s'offusque d'un rien. Une ville sans la cigarette c'est plus une ville, regarde, les images de Londres ou Paris, avant, les cafés, les boîtes, les gens, cet au-delà de la cigarette. Le printemps revient, comme l'enfance. On ne s'attarde pas sur les malheurs, sinon on y passerait sa vie. Je ne sais pas si on restera toujours ici mais l'attrait de Berlin n'a pas cessé, ce qui a cessé c'est l'émerveillement de la nouveauté, mais pas Berlin. C'est drôle comme je suis sous l'influence de romans que j'ai moi-même créés, mon premier roman surtout, et le dernier. Evidemment je dois parfois un peu soûler l'Ange quand je mets Barbara trop souvent dans l'appartement mais il ne dit jamais rien, parce qu'il sait tout ce qu'il y a derrière, et parce que c'est moi, et aussi parce qu'il est mon ange et d'ailleurs c'est lui qui m'a offert le plus beau coffret intégral d'elle, une édition limitée qui aujourd'hui coûte une fortune. Quand Barbara dit, ma religion c'est l'amour, c'est magnifique, parce que c'est vrai, dit par d'autres ce serait ridicule, comme quoi les mots… Quand on y pense, il n'y a pas beaucoup d'écrivains, même des grands, qui ont créé des personnages, des vrais personnages comme Julien Sorel ou Fabrice dans La Chartreuse, ou Jean-Christophe, il y en a mais pas tant que ça, et d'ailleurs un livre n'a pas obligatoirement besoin de tels personnages, même si moi j'ai une faiblesse pour eux, Rogojine, Septimus, Holden Caulfield. Et Kiri. ©

avril 2015 : pas pour les mauviettes. Il ne faut jamais toujours rester enfermé chez soi, faut sortir, sortir, sortir. Barbara me manque cruellement, je pensais à sa dernière heure, à quoi pensait-elle, à nous ? à cette incroyable histoire de nous et elle, qui continue et continuera et continuera. J'aimerais être tout le temps héroïque, comme je l'ai été face à la mort, je hais la vie et ses détails avilissants, je hais la soumission, je voudrais voler, je voudrais seulement aimer, je voudrais garder la pureté, je veux me ressembler. L'Ange est en Espagne quelques jours, me manque, je fais une cure de Barbara, je me soigne à elle, toujours j'ai fait ça. La solitude est beaucoup plus possible s'il est là que si j'étais seul, il me permet la solitude, il me rend à moi-même. Avant d'entrer en scène au Friedrichstadtpalast de Berlin, on l'entend depuis la salle faire ses vocalises et c'est impressionnant, ce cri, parce qu'on comprend qu'après, elle va se jeter dans l'arène et que sa vie, une fois de plus, va se jouer là, elle chante et sa présence peuple la scène, la première fois c'était avec ma mère à l'Olympia, j'avais 11 ans, mon premier amour de jeunesse en somme, et cette putain de voix qui en vieillissant est encore plus prenante, je l'ai toujours aimée, la Mathieu. Je repensais à La chanson des vieux amants de Brel, en voilà un qui a su écrire sur l'amour et c'est si rare, ouah, mais n'est-ce pas le pire piège que vivre en paix pour des amants. C'est pas la vie que j'aime, c'est vivre, découvrir la vie a été et reste une chose fabuleuse, commencer à vivre, vraiment vivre, juin 1978, quand je me suis "accepté" et que tout a changé, que je suis devenu moi, comme quoi on peut changer oui pour devenir soi, je me reconnaissais plus, je savais pas que c'était ça, moi, je me suis accepté d'une seconde sur l'autre je vais pas re-raconter l'histoire mais elle est belle l'histoire, même encore aujourd'hui j'en suis ébloui, parce qu'elle a laissé ses traces jusqu'ici, on découvre la vie jamais seul, je l'ai fait avec Hervé, j'aurais jamais de mots pour raconter l'émerveillement que c'était, et le début des malheurs aussi parce que l'un va pas sans l'autre, les gens qui veulent que le bonheur ils ont ni l'un ni l'autre, c'est pour ça aussi que l'immortalité serait impossible et en tout cas bien emmerdante, y a guère que l'éternité qui m'attire, parce que je sais pas ce que c'est et qu'on verra bien, toujours retourner à l'Ange, parce que seulement grâce à lui je continue à vivre et à découvrir la vie, découvrir encore c'est possible comme ça, par aimer, par lui, mais Richard Yates a raison, il dit dans une nouvelle que quand on aime quelqu'un, si on essaie de l'expliquer aux autres on ne peut qu'être ridicule, alors je suis un peu ridicule mais en même temps c'est difficile de pas vouloir expliquer. Et pour que ce soit clair : aimer ce sera jamais acquis, chaque jour c'est à recommencer, c'est pas pour les mauviettes, comme dirait Bette Davis. Besoin de m'émerveiller, si je m'émerveille pas je me barbe. Il faut lever la tête, ou la relever, et le reste suit. Elle disait, mon enfant sauvage, mon chéri, mon adoré, mon tout petit fiancé (Barbara, Eglantine). jmi ©

mars 2015 : homeland. Deneuve est comme moi, elle déteste le mot 'bisou', que je n'emploie jamais. Un jour à la poste, à Paris, j'avais assisté à une altercation entre un type du guichet et un client, le postier disant qu'il ne voulait pas servir le client parce que celui-ci l'avait insulté, vous m'avez traité d'enculé ! ce à quoi l'autre avait répondu, j'ai dit, tous des enculés ! y a nuance ! L'élégance aujourd'hui c'est James Franco et Julianne Moore. Evidemment dans mon roman, Dieu ne s'appellera pas Dieu. On reparle du harcèlement scolaire qui est la chose la plus ignoble qui soit et dont je pense qu'elle est couverte par le silence du soi-disant système éducatif qui une fois de plus se range, de fait, du côté des violents contre les fragiles. J'adore l'odeur des joints dans les endroits, ça me rappelle Amsterdam, même si je n'ai jamais été très joints, je préfère ce qui te rend dieu plutôt que ce qui fait planer. Pour comprendre ce qu'est la cigarette, voir Claire Danes dans la fin du dernier épisode de la saison 3 de Homeland. Je suis un comme on dit éternel insatisfait, mais si on est pas insatisfait dans cette vie, on fait rien de sa vie, comme on dit aussi. Pour moi l'homosexualité (j'aime pas trop le mot) ce sera toujours les amours adolescentes, j'ai peut-être tort mais c'est comme ça, ce qu'il y a entre moi et l'Ange c'est peut-être aussi un peu de ça mais surtout c'est au-delà de l'homosexualité, au-delà de la compréhension, ceux qui aiment, aiment vraiment, savent ça. Il y a des jours ces jours-ci où les Allemands me pompent un peu l'air, certains hommes allemands, un type d'hommes, certaines femmes aussi habillées comme des sacs à patates, la langue aussi, mauvais souvenirs, mais Berlin sait comment te reconquérir, c'est une ville qui sait ça, te violer à nouveau, te happer, parce qu'elle aussi elle a pas que des bons souvenirs des Allemands, mais elle en a aussi de très beaux, alors voilà, c'est la semaine de mon anniversaire, je brise un peu la routine, on voit des films à la Berlinale avec l'Ange, je reprends mon vélo, je pense à ma mère, je parle anglais et un peu moins allemand, c'est dur d'être loin de son pays, des fois, yes. Vu à la Berlinale le documentaire sur Nina Simone, ma famille, celle que je sais. Demain mon anniversaire, je vis longtemps merde, je l'ai bien cherché, I'm still here. Away n'existe pas. Lui et moi nous avons un royaume à Madrid avec vue sur la mer. Pour mon anniversaire il m'a offert le vinyl du dernier album de Marianne Faithful, et un cahier de notre papeterie japonaise où je mettrai à plat la préparation de mon roman sur Dieu quand je l'aurai terminée. Né d'elle. L'Ange dit en souriant que j'aime de plus en plus les atmosphères dites bourgeoises, pour ne pas dire viscontiennes (ça n'existe presque plus), bref les ambiances esthétiques et plutôt jeunes, mais que veux-tu, comme dit Romy Schneider dans La banquière, passé 40 ans on ne fait bien l'amour que dans des draps de soie. Fragile. Dans quelques jours une semaine avec lui aux Canaries, voyageurs. Enfin bref, comme dirait de Funès à Claude Gensac dans Hibernatus, c'est fou mon amie, c'est fou ! Kiri. ©

février 2015 : les caves de Beaubourg. Je viens de réécouter le premier 45 tours que j'ai acheté, c'était à Dax avec maman, elle en avait acheté un de Bécaud et moi je cherchais une chanson de Mireille Mathieu dont je connaissais pas le titre, la femme du magasin m'avait patiemment fait écouter presque toutes les chansons que Mathieu avait enregistrées à l'époque, et puis on a fini par la trouver, j'ai dit, c'est ça ! j'avais 9 ans, la chanson s'appelait Géant. Des fois je me dis que vraiment je suis le seul à rester enfant dans ce monde ! Je pourrai jamais écrire vraiment ce qu'il y a en moi, parce que même moi des fois je comprends pas, ce monde au-dedans, et puis en fait c'est très bien ainsi, sans énoncé, ceux qui doivent savoir savent. Charlie : et après ? Cette injustice de la vie, Mark me disait souvent : pourquoi eux et pas moi, pourquoi les salauds et les autres, c'est à l'infini, ces horreurs de la vie sans quoi vraisemblablement les merveilles n'existeraient pas non plus, la faim, la fatigue et le froid, toutes les misères du monde, c'est par mon amour que j'y crois (Aragon). Les gens de Charlie Hebdo doivent en avoir ras-le-cul de cette nouvelle respectabilité, je me méfie toujours de l'unanimisme, même là, y a toujours derrière un malentendu. Aux autres j'ai toujours envie de dire non, à l'Ange toujours envie de dire oui. Les gens en France ne se ruent pas sur Charlie Hebdo pour défendre la soi-disant liberté d'expression ni parce qu'ils aiment Charlie Hebdo, non ils se ruent pour se rassurer, pour retrouver la grande famille de la soi-disant grandeur de la France qui n'en finit plus de les obséder, un peu comme avec le football. Ah ah maintenant ils commencent à se rendre compte qu'il y a un problème avec l'école, ils ne jurent plus que par la Marseillaise, et moi qui me faisais regarder de travers quand je me faisais appeler Maître par mes élèves. On ne vit que parce qu'on meurt. If u can take it, you can make it. Si aimer finit, c'est qu'on n'a pas aimé. On naît de beaucoup de drames, même des drames que l'on ignore. José Artur est mort, j'avais fait un stage dans son Pop Club de France-Inter quand j'avais 21 ans, après Sciences Po, quand la vie s'élargissait, ou plutôt que moi je l'élargissais, il faisait son Pop depuis des caves à Beaubourg, je me sentais tout petit, et en même temps très grand, j'avais les ailes qui demandaient que de s'envoler, je me suis envolé oui, et fracassé, et de nouveau envolé, etc. J'ai dit à l'Ange que si je le rencontrais dans la rue aujourd'hui je le laisserais pour aller avec lui, et ainsi j'irais d'ange en ange mais ce serait toujours le même ange, le mien d'ange. Personne ne comprendra que Hervé et Mark sont toujours avec moi, même après 20 ans de leur mort, et pourtant, c'est ainsi, Hervé et moi on sait. J'ai pourtant jamais vécu dans le passé, le passé ne m'intéresse que dans la mesure où il est le présent. Le père de l'Ange a défendu les homosexuels avec rage face à un gauchiste homophobe qui utilisait le mot pédé (maricón) comme une insulte. Le ciel était rouge de flammes qui retombaient en larmes (chanson du film Le train, avec Romy). Auschwitz. JeanMi. ©

janvier 2015 : et ne se battre seulement qu'avec les feux de la tendresse (Barbara, Perlimpinpin). Face à l'horreur, le silence c'est la mort. L'Ange et moi on a essayé la cigarette électronique deux jours et j'ai trouvé ça pire que d'arrêter de fumer, alors dare-dare je suis revenu à mes 5 cigarettes par jour, qui plus est après tout ce que j'ai dit sur la cigarette je peux pas me déjuger comme ça sans passer pour un moins que rien, 5 par jour et basta. Elle m'envoyait des fois un billet dans une enveloppe, pour un restaurant, elle disait, ou pour autre chose, ça me manque, ces petites choses de rien qu'on avait elle et moi mais qui étaient tout, elle m'avait dit ça un jour en me parlant d'un film qu'elle venait de voir, il se passe rien mais il se passe tout, où es-tu ? Ils disent tous du mal de Gérard, mais moi Gérard je l'aime parce que Barbara l'aimait et qu'il aimait Barbara, j'étais là à cette dernière de Pantin où il était là aussi, là où sûrement a commencé ce qui conduirait à Lily Passion, et aujourd'hui, qu'est-ce qu'elle dirait de lui Barbara aujourd'hui ? elle dirait, il est fragile Gérard, elle continuerait à l'aimer et puis c'est tout. Lors des énormes inondations dans le sud de la France, on a vu les bureaux d'une mairie complètement détruits, restait plus rien, même la petite culotte de la secrétaire était foutue, le seul dossier qui a miraculeusement été épargné, c'est le dossier intitulé "prévention des inondations". Fatigue. J'avais beau m'y attendre, mon cœur vide de tout ressemble à s'y méprendre à Paris au mois d'août (Aznavour). Si on me demandait, genre interview, alors Iribarren, et la mort ? moi je sais ce que je dirais, je dirais, la mort ? la mort, j'suis pas fan. Il n'y a pas à dire, chier constitue toujours une sacrée délivrance. Elle chantait, j'ai peur mais j'avance quand même, rien à ajouter. Dans la vie faut pas être trop riche, juste ce qu'il faut pour rester libre, mais pas trop pour continuer à désirer, pour que même le plus petit cadeau au monde, même un gâteau, continue à te faire plaisir, pour rester enfant. Je commence à réfléchir à un nouveau roman, je vais m'attaquer à Dieu, je l'ai bien mérité, et puis tant qu'à faire. En fait je me sens extrêmement jeune et extrêmement vieux, mais ça ne date pas d'hier, déjà à 30 ans. Les amis que tu as connus jeunes, tu les vois toujours avec l'âge qu'ils avaient quand tu les as connus, et inversement, les amis qui t'ont connu jeune ils continuent à te voir jeune, avec ceux qui t'ont connu plus tard c'est moins rigolo. Toujours pensé qu'il fallait faire face, quitte à payer après, l'héroïsme. Lu dans Lucien Leuwen de Stendhal : "misanthrope de trop aimer les hommes". Je n'achète plus de cd, que des vinyls, le dernier en date Lady Gaga et Tony Bennett, le vinyl par rapport au cd, c'est comme la cigarette par rapport à la cigarette électronique. Bonne année, bonne santé et que le soleil brille, même la nuit. Kiri. ©

décembre 2014 : griffé. En fait sur la devanture de l'endroit près de chez nous dont je parlais, il n'est pas seulement écrit Eat my cock, mais Keep calm & Eat my cock. Pas envie de blogger, ça me fait suer. Ok, la liberté, l'acceptation de moi, le refus d'aller où on me disait, où la vie me disait, tout ça, ok, oui, je l'ai fait, être artiste, ces choses, fait, et même si ça reste encore à faire, le gros je l'ai fait, parce que c'est avant que ça se passe, il est vite trop tard, j'ai toujours su que je le ferais même si enfant j'en donnais pas toujours l'air, y avait que ça qui au fond m'intéressait, être moi-même, y aller, et de là tout est venu, être soi-même c'est pas tout seul que ça se passe, c'est avec les autres, pas tous les autres mais les autres, et même si t'es aussi seul dans cette histoire d'être libre, et de le rester, et tout ça me rassure quand je vais moyen, ça me rassure de penser à ce que je suis pas devenu. On a marché à partir du marché de Camden à Londres, le long du canal, Regents canal, ça n'en finissait plus, on marchait nos vies, on imaginait le futur, à Londres ou à Berlin, partout. Un jour que je parlais à l'Ange de l'enfer et de ce que la possibilité de son existence m'effrayait, il m'a répondu que moi j'irai directement au ciel, ça m'a rassuré, parce qu'en plus, en tant qu'ange, il sait de quoi il parle. Si j'avais su quand je menais ma vie avec Hervé et Mark que pendant ce temps y avait en Espagne une deuxième famille qui m'attendait, mais peut-être qu'à cette époque Hervé ne savait pas encore qu'il me donnerait l'Ange comme preuve éclatante de son amour. La vie peut être belle si tu n'acceptes pas sa logique destructrice, la vie elle ne te respecte que si tu te mets à sa hauteur, si tu la maltraites comme elle te maltraite, à partir de là tu peux devenir pote avec elle, et encore en te méfiant de la salope qu'elle peut toujours être. Il y a la liberté immédiate, sans frein, et il y a la liberté fondamentale, celle qui lutte avec la vie, la liberté immédiate, celle qui dépense sans compter, elle marche à la condition de mourir jeune, sinon elle te détruit, la vie s'en occupe, de ta destruction, seule la liberté fondamentale, remise en question chaque jour, celle qui s'apparente à un art, te permet d'aller jusqu'au bout, de rendre à la vie la monnaie de sa pièce. Avec l'Ange, même une visite chez ikea ça fait des souvenirs impérissables, moi je le dis. En fait la vie elle est juste faite pour les forts, les forts qui sont fragiles au-dedans, les forts qui sont pas fragiles au-dedans ils s'en sortent jamais bien parce qu'en fait ce sont des imbéciles, et les forts qui sont fragiles au-dedans doivent toujours garder dans leurs pensées une place pour ceux qui ont pas leur chance, les fragiles que la vie dévore et dont elle fait son festin chaque jour. L'entendre chanter dans la salle de bains, ça me bouleverse. Le passé c'est le présent, comme il t'a griffé comme disait Barbara. Ç'a toujours été comme ça, quand je suis perdu, mal de vivre, je l'écoute et je repars, elle me remplit, elle me réinfuse la vie, elle m'amphétamine. Bientôt quelques jours en Europe dans les familles ou ce qu'il en reste, mais on sera de retour à Berlin le jour de Noël et pour la fin de l'année. Le jour se lève encore. JeanMi. ©

novembre 2014 : L'envers du paradis. On était devant l'Alster à Hambourg, je lui ai dit, c'est beau hein, puis j'ai dit, oui mais sans toi ce serait plus beau du tout. Il y a un an, ou deux, je lui avais dit, hein que je t'ai beaucoup parlé ? et elle m'avait répondu, ça oui, il ne manquait pas une virgule. Je vois souvent un vieux couple dans ma rue, très élégants les deux, lui toujours en cravate sauf quand il fait très chaud, ils sont toujours ensemble. Claude m'avait dit un jour que j'avais une conception héroïque de la vie. Il n'y a pas de détails dans la vie : tout est détail. La présence après la mort c'est pas les souvenirs, ni le passé, les souvenirs c'est pas assez, la présence après la mort ça doit être le présent, comme avec Hervé. La seule reconnaissance qui m'importe c'est la sienne. Et maintenant Lady Gaga qui veut enregistrer un duo avec Mireille Mathieu, ah j'imagine la tête de tous ces coincés de l'esprit qui avaient déjà enterré la Mathieu et sa voix rauque and roll. Toujours été et suis resté passionné. Avec le temps sur un visage c'est le dedans qui rejaillit au-dehors, avec l'âge la seule beauté physique ça n'existe pas. Je suis d'accord avec Fernando Vallejo, le vrai problème aujourd'hui c'est qu'on est trop nombreux, il n'y a guère qu'à Berlin qu'on a pas l'impression de foule, parce que la ville est tellement grande que ça s'éparpille. Elle avait dit un jour à une de ses amies, moi Jean-Michel il faut toujours que je lui cours après, et cette amie lui avait demandé sceptique, et vous le rattrapez ?, et elle, oh oui, elle avait dit, souvent oui. On ne saura jamais si la drogue fait voir plus clair que quand on est dans son état dit normal, on croit que la drogue ment, qu'elle embellit ou transfigure, mais qu'est-ce qu'on sait, et si c'était la réalité dite normale qui nous rendait aveugle, qu'est-ce qu'on sait de ces choses. Un grand écrivain, ça radote. J'aurais voulu que la vie soit toujours intense, même intense dans le malheur, qu'elle soit toujours haute, alors je la rends intense, je me démène, je la tragédise, j'aime l'Ange à chaque instant, sinon à quoi bon. Il y a très peu d'artistes qui peuvent pleurer sur scène sans être ridicule. Aujourd'hui lorsqu'un chanteur donne un concert, les gens se lèvent systématiquement après chaque chanson que ça en devient ridicule. La seule pour qui déjà il y a vingt et trente ans on se levait, c'était Barbara, la seule. La mort au moins c'est pas banal, ça change du côté ennuyeux de la vie. A côté de chez nous, vu une boutique qui s'appelle Mr Dead and Mrs Free, et juste à côté une autre boutique où il est écrit en gros Eat my cock. En voyant hier soir l'émission sur Simone Weil, que j'admire tant (admirer n'est d'ailleurs pas vraiment le mot mais je n'en trouve pas d'autre), je me disais que j'étais plutôt fier qu'elle m'ait envoyé un mot, même court, mais pas banal, en réponse à mon livre L'insecte que je lui avais fait parvenir. Kiri. ©

octobre 2014 : Rémusat. J'ai quitté Berlin un lundi. Avec Alfredo. Pour être au rendez-vous. On dormait au-dessus d'elle. On était dans cette maison qui était un peu comme un bel hôtel. On était entouré de vieux mais c'était pas vraiment triste. Parfois le soir on dînait dans la salle à manger et on disait qu'on était Judy Dench et Maggie Smith, oh dear. Mais je n'en parlerai pas. Je ne suis pas de ces écrivains qui font passer les mots avant leur vie. Ça ne regarde qu'elle et moi. C'est notre secret. Il faisait beau. Il y avait le soleil dehors tandis qu'elle luttait une dernière fois. Rien qu'un voyage. Je n'ai pas de preuves. Le soir avec l'Ange on allait aussi parfois dîner devant la mer, on la voyait d'en haut. On voyait tout. Berlin était loin. J'avais l'impression de traverser un océan, de boire la tasse sans arrêt et de vivre davantage, un peu détruit comme souvent mais vivant. La mer était noire. L'Ange était soleil. Je pleurais pas. Il y a des choses impossibles. La vie sans la mer d'où je viens. Je crois qu'elle comprenait quand je parlais. J'étais tout. Orphelin et père. J'ai toujours été prêt à tout. Je me suis toujours nourri de ça. J'en deviendrai je sais pas quoi. Un héros diable ou dieu. Je voulais être là. J'étais là. La mort n'a pas d'âge. Un début. La possibilité du ciel. L'Ange. Je continue. L'Ange s'est enroulé autour de son cou. Et puis il y a eu le mercredi 17 septembre. Au petit matin. Ça y est. L'âme. Rien ne meurt parce que tout est là, elle m'avait dit. Cet amour fou. Demain. Jean-Mi ©

septembre 2014 : Stavroguine. L'été je fais la chasse aux insectes, je les tue sans arrêt, ils me dégoûtent. J'aimais bien notre voisin gay du premier étage, jusqu'au jour où il est passé par notre appartement et est reparti en courant parce que j'avais allumé une clope. L'Ange dit toujours que je ne sais pas manger, parce que je me tache à chaque fois, comme un enfant mais c'est pas nouveau. Comme disait Marguerite Duras, chez soi une bouteille de vin en réserve c'est comme si on n'avait pas de vin, il en faut au moins deux, pour pas avoir l'impression de manquer, et bien la vie c'est pareil, quelques années devant soi ça ne suffit pas, il faut l'éternité, quelle que soit cette éternité, il faut la chercher, et la trouver. J'écris moins depuis que je lis beaucoup, pas étonnant d'ailleurs, j'ai bien fait de lire peu dans ma jeunesse, et d'écrire dans la vie d'abord, je voulais pas que les livres me disent comment vivre. J'ai dit à l'Ange, je préférerais être malheureux avec toi qu'heureux sans toi. Est-ce que j'aurais écrit de meilleurs livres si je n'avais pas aimé, aimé comme ça, si j'avais vécu seul ? Non, je n'aurais rien écrit du tout, ou alors que des conneries. Je tue les mouches, je les jette dans les chiottes et je leur pisse dessus. Si je disais un disque de Barbara, je dirais l'Olympia 1978, parce que c'est le disque où je l'ai vraiment découverte et que je ne l'avais pas encore vue sur scène, ensuite ce ne sont pas les disques qui ont compté d'abord, c'est la scène. Sur le grand bassin du château de l'idole un grand cygne noir portant rubis au col dessinait sur l'eau de folles arabesques. Inconsolable. Consolé. A ceux qui m'ont connu avant et qui me lisent aujourd'hui et qui croiraient que je suis devenu sérieux, qu'ils sachent que je suis toujours le même, je ris toujours de bêtises, j'aime toujours les beaux garçons et je sais toujours m'émerveiller. Le sexe c'est comme un gâteau, et évidemment on a le droit de changer de pâtisserie et de trottoir. L'Ange et moi réfléchissons à notre avenir en longeant les lacs de Krumme Lanke. Jean-Michel tu ne peux pas continuer comme ça, aussi absolu, ou tu en mourras. C'est pas toi mon ange, c'est la vie, la coupable. Evidemment ce blog n'est que la partie de l'iceberg hors de l'eau, il dit la vérité mais il ne la dit pas entièrement, ici je suis plutôt conquérant, l'Ange (Hervé aussi) m'aime conquérant, il n'aime pas me voir fragile, pas trop fragile en tout cas, et pourtant, la vérité c'est qu'être conquérant c'est toujours à recommencer, c'est accepter le désespoir. Aimer aussi est un abîme, sinon y a pas d'aimer, mais l'amour : ça résiste. L'intelligence, c'est l'émotion. Etre un personnage dostoïevskien, c'est être très très perturbé et en même temps avoir une force de vivre incroyable, mais évidemment les personnages dostoïevskiens de ce genre sont en général jeunes, la question est de savoir si l'on peut être ainsi tout en étant plus vieux, ah sacrée question. Je comprends que les gens adorent Downton Abbey, tout aujourd'hui n'étant que vulgarité, à part Meryl Streep et Michael Pitt. Je ne sais plus dans quelle pièce Jacqueline Maillan, parlant de son voisin de palier, dit mon voisin est noir, et d'ailleurs il ne s'en cache pas. Deux jours à Hambourg pour être les deux seuls loin des autres. Stavroguine. ©

août 2014 : personne ne me croira mais oui, j'en ai rien à foutre. Je suis retourné au restaurant d'hier soir ce matin et j'ai retrouvé ma bague, elle était restée sous la table sur le trottoir, j'ai été plus heureux que si j'avais retrouvé ma virginité, je l'ai déjà dit, faut toujours aller à la recherche de ce qu'on a perdu. J'ai dit à l'Ange, dans la vie on oublie très vite, je voulais dire, le malheur, il m'a dit, oui, faut bien faire de la place. Je déteste les rires gras et brutaux de certains hommes, pas comme le rire de mon ami Gilles qui était magnifique, qui emportait tout. Le dur c'était pas moi, moi j'étais tendre, les durs c'étaient eux, mais j'avais la tendresse comme une arme de guerre. Le temps est Un, quand on a compris ça... Hier l'Ange en revenant du restaurant m'a montré un bar gay, il a dit, ici dans une heure ce sera plein à croquer, il a voulu dire craquer bien sûr mais à force de passer d'une langue à l'autre on s'y perd parfois. 19 ans avec l'Ange aujourd'hui, 19 ans de bruit et de fureur, irracontable de beauté. Quand Hervé est mort en 93, que je disais aux autres qu'il était mort mais qu'il était toujours avec moi, vraiment avec moi, les autres devaient me prendre pour fou, ou croire que j'allais me suicider, et pourtant, deux ans après j'ai connu l'Ange, ce qui a été la preuve éclatante de l'amour d'Hervé, je ne me suis pas suicidé, j'ai vécu, par amour. J'ai longtemps voulu être publié, puis quand je l'ai été ça m'a moins intéressé, j'ai jeté le jouet, j'ai quitté Paris, et la France, idem pour être comédien, après avoir tourné avec Godard j'ai jeté le jouet aussi, toujours voulu autre chose, c'est pour ça qu'aimer (la même personne, sinon c'est rien) m'a jamais lassé, aimer c'est toujours autre chose qui arrive et qui arrive encore, là j'ai été d'une constance, d'un acharnement et d'une patience inouïs. Est-ce qu'il y a un livre qui a changé ta vie ? Non. Ce qui a changé ma vie, c'est moi, quand j'ai ouvert la voie à qui changerait ma vie. Anniversaire d'Alfredo le magnifique. Après avoir tant lu, j'ai fini par trouver le type de lectures qui me plaît, finalement on a tous un type de littérature qu'on aime et de laquelle on ne sort pas beaucoup même si on devrait parfois mais on n'est pas des héros, en tout cas pas à chaque minute ni pour tout. Pique-nique hier avec l'Ange à Tempelhof, il faut que j'explique : imagine, en plein cœur de Paris, un aéroport, genre Orly mais désaffecté, et qui est devenu un parc sans fin pour les gens, un peu comme dans les films : un autre monde dans le monde réel, et bien Tempelhof c'est ça mais pas à Paris, ni dans le reste du monde, mais à Berlin. Un jour à Hossegor elle lisait mon autobiographie, "Undead", et à un moment exaspérée elle a dit, mais ça lui vient d'où cette révolte pour tout et partout ! comme si elle disait, je l'ai pas élevé comme ça ! j'ai souri mais ça m'énervait qu'elle fasse semblant de pas comprendre, parce que oui souvent elle comprenait, j'aurais pu lui dire que ça venait d'elle aussi, elle qui disait toujours non avant de dire oui. Kiri. ©

juillet 2014 : à Pantin un soir Barbara avait perdu sa voix, elle avait quand même chanté, mais vers la fin elle nous avait dit, ce soir je ne chanterai pas L'aigle noir, parce que sinon ce sera un poulet, je n'étais pas là ce soir-là c'est mon ami Y. qui me l'a raconté. Dans Manhattan Transfer, John Dos Passos parle d'un de mes romans-culte, Jean-Christophe. Je vois une vieille femme dans la rue avec son déambulatoire (c'est comme ça qu'on dit ?), je me dis, tout le monde y passe, la vieillesse, puis je me dis, et toi, d'avoir connu la mort si jeune dans des êtres si jeunes, ça t'a apporté quoi ? ça t'a renforcé ? je ne sais pas, oui peut-être, parce que j'ai voulu vivre, je veux vivre, chaque instant, je sais ce que c'est qu'avoir cette saleté de privilège de vivre, mais ça m'a aussi beaucoup fragilisé, comme ces fragilités qui renforcent aussi si on sait y faire, mais on sait pas toujours. J'ai toujours détesté partir, déjà petit, parce que je laissais mon monde, ça n'a pas changé, d'autant que le monde est devenu plus mien avec le temps, alors revenir à la famille c'est toujours une fragilité, ce n'est pas pareil quand je pars seul avec l'Ange vers nos voyages à nous, parce que là j'emporte mon monde et je l'agrandis. Quand je me fâche avec l'Ange, mon monde s'écroule, puis il se reconstruit parce que nos drames ne peuvent qu'agrandir notre monde. La mer se retire, loin, si loin, un jour elle ne me reconnaîtra plus, et moi sur la plage, comme un enfant abandonné, tellement malheureux, et puis ce sera la mer morte, alors tout revivra, tout s'éclairera, la mer reviendra, une grande marée, pour toujours, je crois ça. Quand on vit longtemps, on ne peut pas vivre insouciant ou alors on en meurt, l'insouciance de vivre c'est autrement, l'insouciance c'est moi. Les livres parlent tellement d'amour pour finalement si peu en dire. La certitude de la mort je ne dirais pas que c'est un scandale puisque c'est comme ça et qu'on y passe tous, je dirais plutôt que c'est surtout la barbe. Le bonheur n'est pas un but, peut-être un résultat. La jeunesse est orpheline (Barbara). Elle est dans la deuxième réalité maintenant, moi dans la première, ou peut-être entre les deux, alors je chemine, entre, la première réalité m'a toujours torturé. A mon café du dimanche de la Oranienburgerstrasse, ai échangé deux mots avec une Portugaise qui connaissait à peine Amália Rodrigues, un comble, je me suis retenu de la gifler. L'Ange dit que là où j'écris le mieux, c'est dans les lettres que j'écris, oui peut-être mais justement j'ai jamais écrit des lettres pour me regarder ou pour faire bien, je les ai écrites vrai, jamais fait de brouillons de mes lettres par exemple, et jamais non plus gardé des copies, pour leur conserver leur vérité, je ne jouais pas. Oui je suis resté pur, je le redis, salement pur même. C'est le mois de tout, juillet, celui de la mort d'Hervé qui est rien que notre éternité, celui de l'anniversaire de l'Ange et surtout de notre rencontre il y a 19 ans, l'Ange que dans L'Insecte j'appelle Or Vif, stay gold, dit Johnny à Ponyboy à la fin du film Outsiders. A Radio Gilda, je faisais mes émissions sous le nom de Jimmy, alors aujourd'hui je signe Jimmy. ©

juin 2014 : la nostalgie pour moi c'est pas vraiment celle de l'enfance, les premières années, non, les années qui ont commencé à compter c'est après, à l'adolescence, quand j'ai commencé à m'apercevoir dans la glace, ce qui allait venir, ou plutôt ce qui pourrait venir si je voulais, les années où j'ai commencé à apercevoir la vie, et derrière, ma vie. Y a des gens quand tu les vois, et même si c'est injuste y a des gens tu te dis quand tu les regardes, ces gens pour moi, c'est un autre monde, c'est pour ça que je me dis, l'Ange et moi, on s'est trouvés parce que c'était le même monde, c'est tout. Je lui écris trois fois par semaine, je me creuse la tête, parfois une lettre, parfois une photo avec un mot, une carte, et je lui écris des mots, pas des mots n'importe quoi sur le temps qu'il fait ou je ne sais pas quoi, non, des vrais mots, même si sa tête est ailleurs, des vrais mots de nous, elle et moi, et je suis sûr qu'elle comprend quand on lui lit ces lettres, et que ça la régénère, que ça lui donne de l'éternité pour aujourd'hui et pour demain, et alors je me dis, quand même, qu'est-ce que j'ai pu me donner quand j'aimais, j'en aimais pas beaucoup mais ceux que j'aime, ce qu'ils ont pu me laisser exsangue, exsangue et plein. En général j'aime les livres que je lis, et quelquefois beaucoup, parce que je les choisis, je vais rarement au hasard, pour moi choisir un nouveau livre est très important, j'ai pas envie de me tromper, même si des fois je me trompe, je suis humain après tout. Je lis Young hearts crying de Richard Yates et je me dis, merde, cette vigilance qu'il faut pour pas saboter sa jeunesse, pour pas saborder l'amour, je me dis ça un peu fier d'avoir tenu la barre quand même, malgré les échecs, les morts et les superbes défaites, d'être resté pur sous la violence de la vie. Aimer c'est aussi penser à soi, sinon t'as plus rien à donner. Tu dirais quoi ? dans la vie y a qui ? les bien-portants et les malades ? s'il faut absolument classifier, les riches et les pauvres ? les fragiles et les forts ? non je dirais, les perdus et les autres. Richard Yates et son Young hearts crying c'est ce que j'ai lu de mieux depuis longtemps et de loin (je ne parle pas des livres que j'ai relus), il va entrer dans mon panthéon, en bonne compagnie, qui plus est un livre qui m'aura fait du bien ; dans ce roman, j'ai appris cette expression en anglais : être the real thing, quand tu dis de quelqu'un qu'il est the real thing, ça veut dire que c'est quelqu'un de vrai, pas une copie, quelqu'un, et j'ai pensé à Barbara. Qu'est-ce qui est inépuisable, on le sait bien ça, ce qui est inépuisable, en tout cas moi je le sais, simplement faut pas avoir peur, faut y aller. Quand je vois tous ces excités contre l'homosexualité, je me dis, et quand je pense que certains m'ont dit que j'avais exagéré dans L'insecte, que c'était fini ces choses de la haine, et bien non, cette haine quotidienne, sans l'air d'y toucher, elle demeure, et je me dis aussi que le pire c'est pas la haine, c'est de croire que c'est fini, c'est de pas se méfier le pire. Voilà c'est l'été woodstockien à Berlin mais bientôt on doit retourner quelques jours en Espagne, et en France, retour à la mer, les deux mers. Kiri. ©

mai 2014 : Fitzgerald dit dans Tendre est la nuit que le plus souvent un homme a dans sa vie seulement une ou deux idées personnelles, et toi ? moi oui, au moins deux, mon idée sur aimer, depuis très jeune je l'avais, la mienne, l'exigence que c'est et la seule vérité aussi, et puis mon idée de la liberté, celle-là venue petit à petit, jusqu'à prendre toute la place et me laisser où je suis, en-bas mais en-haut. Finalement on voit pas mal de choses sur la tête des gens, comme quoi le corps c'est pas que le corps, avec l'âge on voit, et quelquefois même on voit tout et des fois c'est très beau, et d'autres fois pas beau du tout. Parfois j'ai l'impression d'avoir un démon à l'intérieur de moi qui m'empêche toujours de me poser, un démon mesquin qui se venge quand je vais bien, et vlan prends ça, fais-toi bien du souci avec ça, alors le démon je lutte avec lui, je le terrasse. La jeunesse c'est un art, c'est un art quand on est jeune, pour pas la foutre en l'air, et c'est un art plus tard, une conquête. Je me suis tellement caché adolescent qu'après j'ai jamais plus menti, sur rien. Mireille Mathieu avait la plus belle voix de toutes les chanteuses dites à voix, sur le reste y aurait à dire mais quelle voix, à côté Céline Dion c'est une chasse d'eau. Wladimir Sepúlveda Arce, Chili, jeune homosexuel, torturé, mort de ses blessures après quelques mois, tué pour l'être. Jamais été lunatique, comme ces gens qui changent d'humeur envers toi d'un jour sur l'autre, on sait jamais pourquoi, ce qui est le signe distinctif de personnes toutes petites. Je me demande si ce qui fait le prix d'une œuvre, souvent, ce n'est pas sa rareté, qu'elle soit méconnue, je pense à des chansons, que personne ne connaît, quelquefois même pas gravées sur disque, juste interprétées une ou deux fois par l'artiste en public. L'argent arrange bien des choses mais il faut s'en méfier de l'argent, et penser à ceux qui n'en ont pas. Finalement le procès Pistorius ressemble à la chanson de Barbara "Si la photo est bonne" : si la photo est bonne, juste en deuxième colonne, y a le voyou du jour qui a une ptite gueule d'amour, coupable ou non coupable, s'il doit se mettre à table, que j'aimerais qu'il vienne pour se mettre à la mienne. Pour que la deuxième partie ressemble à la première, il faut en changer. L'avantage de ne pas connaître la gloire, c'est qu'on n'a pas à craindre la dégringolade. Ecouté "Nuit et brouillard", ici, à Berlin, les Allemands guettaient du haut des miradors. Rosa Luxemburg aurait paraît-il dit, je veux bien mourir pour le peuple mais qu'on ne me demande pas de vivre avec lui. Alfredo me ressemble et ne me ressemble pas, c'est pour ça, notre histoire; l'Ange n'est pas fait pour le malheur. Je crois que la voix dit beaucoup de quelqu'un, ces voix graves de brutes de certains hommes me dégoûtent. Certains vieux pédés (mon âge) en cuir et uniforme me fatiguent, mais comme disait ma grand-mère, à chacun son sale goût. On se promenait dans Fischerinsel, j'ai dit, tu dis rien, c'est beau non ?, il a souri : toi avec ton extasiement permanent !, il a dit. Micheline Dax est morte, comme elle était de Dax et que moi aussi j'y suis né, et que je m'appelle Jean-Michel, rien n'interdit de m'appeler Micheline en souvenir d'elle. Ou Kiri. ©

avril 2014 : dans le film Drugstore cowboy, William Burroughs, à moins que ce ne soit Matt Dillon, dit qu'on se drogue parce qu'il faut mettre ses chaussettes tous les matins. C'est difficile aimer, au fond y a que ça qui est difficile. Ellen Page a mis son âme au-dessus de son art, comme il est dit dans Jean-Christophe de Romain Rolland. Suis-je privilégié ? non ça n'existe pas ces choses d'être privilégié, c'est à toi de te privilégier, d'avoir le privilège d'être ton propre privilège. Finalement l'Ange aura eu son diplôme de Sciences Po essentiellement pour la beauté du geste. Croisé sur mon vélo à Fischerinsel une veille femme avec ses deux cannes, ses deux cannes mais elle était dehors et elle marchait dans le soleil, je me suis dit, elle est peut-être seule cette femme, elle finit sa vie seule, et j'aimais pas me dire ça. Ma mère était une vraie parisienne, pas une parisienne d'adoption, ça explique des choses d'elle, et de nous deux. Une des choses au monde les plus répugnantes qui soit ce sont les versions doublées de films. Je veux bien les complications, ça me fait pas peur, mais je veux que ce soient les miennes complications, pas celles du dehors. Retour des Canaries, on n'a rien fait, on a tout fait, seuls au monde. Je console l'Ange des malheurs du monde. Parlé avec mon voisin gay de 55 ans qui n'arrête pas de dire qu'il se sent vieux, je lui ai dit mon âge parce qu'il répétait toujours que je suis plus jeune que lui, c'est un type blessé mon voisin gay, on a parlé de tous ses amis qu'il a perdus, sida, j'ai dit : moi aussi, j'ai dit, j'ai même écrit un livre là-dessus, ah si les autres savaient ce que c'est d'avoir survécu à autant de morts, mais ils sauront jamais, ils s'en foutent et c'est normal, c'est la vie, la vie c'est pas savoir et en même temps savoir très bien, sacrée saloperie. Ce qui est pénible quand on vit loin c'est de conserver des attaches ailleurs, on voudrait tout envoyer bouler. La nouvelle d'Hervé, "L'Outarde", est magnifique, exceptionnelle, totale, tout le monde devrait la lire (aller faire un tour sur Potsdamer Platz dans le site, c'est là, en partie). Fatigue de trop de vie, trop de moi, trop de trop. Comment définir le style de Fitzgerald, parce que oui, je m'en rends compte maintenant, il y a bien un style Fitzgerald et c'est ce qui en fait un grand écrivain, ce style, élégant, cette élégance qui ne s'attarde pas sur la souffrance, ces mots pas toujours clairs mais qui le sont au bout du compte, un style qui aurait du style, une robe de cuir comme un fuseau, qu'aurait du chien sans l'faire exprès (Léo). J'étais essentiellement révolté, mais c'est quoi ta révolte aujourd'hui, d'abord c'est de ne pas la regretter, ne pas y changer une virgule, mais rester révolté c'est être intelligent, tu fais passer la révolte du dehors au dedans, et puis vivre c'est déjà une révolte. Tant que t'as des larmes mon ange, ça va. Quand j'écoutais la radio adolescent c'était plutôt drôle, divertissant, aujourd'hui tout le monde se prend au sérieux, tout le monde se la joue. La tendresse ça reste la vraie révolte. Ne pas parler de poésie en écrasant les fleurs sauvages, mais faire jouer la transparence au fond d'une cour aux murs gris où l'aube aurait enfin sa chance (perlimpinpin). Kiri. ©

mars 2014 : vu hier à la Berlinale le documentaire sur John Wojtowicz, l'homme que joue Al Pacino dans Dogday afternoon, personnage formidable, et sa mère aussi, et je me disais ce que je me suis souvent dit, notamment en pensant à cette mère, qu'il y a des gens dont les vies sont autrement magnifiques que les vies des gens soi-disant importants, et ces vies-là peut-être que personne ne les connaît mais eux le savent bien que leurs vies sont des vies à couper le souffle. Il y a deux jours nous étions à la première du film "dans la cour" avec Catherine Deneuve, et surprise elle était dans la salle, je m'en souviendrai de son arrivée, j'avais l'impression de voir entrer un mythe, et le mythe a tellement de films derrière elle, et presque tous des bons films, finalement c'est sûrement l'actrice française que j'aurai vu le plus au cinéma. Bon il faut bien y passer, c'est encore mon anniversaire, j'arrête pas d'avoir un an de plus, et ça dure depuis longtemps cette calamité, ou cette bénédiction, mais j'ai ma petite idée là-dessus, l'Ange m'a écrit la plus belle carte qui soit, tellement belle que je la garde pour moi. Les choses emmerdantes il faut s'en débarrasser tout de suite, pas attendre, en même temps la vie passe vite comme ça, à passer son temps à se débarrasser des choses emmerdantes qui en finissent jamais de vous emmerder surtout de nos jours. Mon meilleur anniversaire depuis longtemps, l'Ange et moi on a vu un film par jour, on est allés deux fois à un restaurant français qu'on a découvert, et on a pris des taxis la nuit pour revenir à la maison. Je dirais pas que je suis à la recherche du temps perdu, d'abord parce que le temps perdu est toujours moins perdu et moins beau qu'on croit, le temps perdu c'est là, maintenant, qui passe, qui passe, non, plutôt à la recherche du temps caché. Le mois de février va se terminer et on a encore deux voisines dans l'immeuble, deux vieilles, au demeurant charmantes, qui ont toujours sur leurs terrasses leurs lumières de Noël, notre théorie c'est qu'il y a une compétition à mort entre les deux pour voir qui les décrochera en premier. Donc, les choses emmerdantes s'en débarrasser d'abord, garder le plaisir pour la fin, c'est ce que je fais avec la mort, seulement à la fin. Ceux qui ont des vies de con s'agitent sans arrêt pour éviter d'y penser, parfois même ils te font la leçon, ils doutent de rien, sauf peut-être à la fin, à la dernière heure du dernier jour, quand le mensonge est plus possible, mais trop tard. Décidément il y a un type de garçons hétérosexuels avec qui je m'entends vraiment bien, bien mieux souvent qu'avec les pédés, surtout de mon âge. Il fait tellement doux cet hiver à Berlin que j'ai parfois l'impression de retrouver cette douceur qu'il y avait parfois dans mon Paris d'avant, ou le matin quand enfant j'ouvrais mes volets sur le jardin de Dax, cette douceur comme de l'au-delà. J'étais tendre mais j'étais pas con. Mais j'étais pas comme eux, comme ces salauds qui jouent le jeu même quand ils croient qu'ils le jouent pas. L'Ange, qui trouve que je relis trop souvent les mêmes livres (ce qui est faux), pour m'inciter à en changer, a inventé un poème : ne ferme pas tes horizons, prends-toi bien un saucisson. Kiri. ©

février 2014 : viens de renouer avec un de mes rites, les échappées dans Berlin à vélo, je les avais un peu mises en veilleuse à cause de mon roman, et un peu aussi par paresse faut bien le dire, ai commencé par ma favorite, la plus longue, jusqu'au pont qui suit le pont rouge de Oberbaumbrücke, m'enfoncer comme ça à vélo dans Berlin c'est un peu comme me brancher sur une prise, et la batterie qui se recharge, jusqu'à péter plein de volts, comme autrefois quand je déambulais Paris. Ici tu ne peux pas rester tout le temps enfermé, il faut que tu sortes, que Berlin te baise et que tu la baises, pénétration mutuelle. Il est fatiguant le voyage pour un enfant de mon âge (Reggiani). Après 18 ans ensemble l'Ange veut sans arrêt me prendre dans ses bras et ça me bouleverse. J'ai acheté le disque de Guillaume. Qu'il trompe sa femme qui n'est pas sa femme, soit, il faut bien que le corps..., mais qu'il trouve le temps de ça, les bras m'en tombent, ces gens normaux soi-disant veulent tout, le pouvoir et le plaisir, et finalement ils n'ont : rien. J'ai voulu relire Mort à crédit mais j'ai laissé tomber après 100 pages, c'est plus vraiment mon truc, ça me fait un peu suer son style toujours pareil, y a des monuments qui se lézardent et d'autres qui resplendissent toujours. Je me demandais ce qu'il restait, des années derrière moi, ça commence à en faire maintenant, ce qu'il reste en tout cas ce ne sont pas vraiment les métiers que j'ai pu faire, souvent à contrecœur d'ailleurs, quand je repense à certains de ces boulots c'est comme si c'était pas moi, non, ce qui reste c'est le métier de vivre, c'est les gens, les garçons, les filles, bon, surtout les garçons quand même, c'est des choses parfois même pas palpables, mais bien réelles pourtant, des sentiments de liberté, des fulgurances sur la vie, et même si je prends tout, parce que ce qui reste ne s'expliquerait pas non plus sans ce qui reste pas. J'y repense parfois à ça, les garçons, des garçons qui recherchent des garçons, ça me fascinait autrefois et même si je me suis un peu habitué à la longue, je trouve toujours ça vertigineux, des garçons, pas des hommes, des garçons avec des garçons, je trouve toujours ça révolutionnaire, et ça le restera. Ces gens qui terminent une soi-disant histoire d'amour pour en commencer une autre qu'ils termineront là où ils ont terminé la précédente, ou moins loin encore. La drogue sans la dépendance n'a rien à voir avec la drogue avec la dépendance, idem pour la vie, pour tout, sauf pour l'amour, la dépendance quand tu aimes, c'est la liberté. J'ai toujours recherché la reconnaissance, mais moins qu'aimer, avant tout c'est aimer que j'ai recherché, la preuve j'ai quitté Paris, la vraie reconnaissance c'était aimer, donc rien à redire. Dostoïevski dans Les frères Karamazov dit ce que je pense : seul aimer vous amène à croire à l'immortalité de l'âme. Si on me demandait cinq ou six livres, je dirais Les frères Karamazov, Le rouge et le noir ou La chartreuse de Parme, Les heureux et les damnés ou L'envers du paradis, de Fitzgerald, Mrs Dalloway, Sur la route, et Le froid, de Thomas Bernhard. J'ai toujours été mon propre système de pensée, je le suis devenu en tout cas, grâce à d'autres, ces autres miens, mais je n'ai jamais intégré un système de pensée, toujours voulu me libérer. Kiri. ©

janvier 2014 : pauvre Président qui faute d'être Mitterrand en est réduit à l'imiter en se faisant opérer de la prostate. Ces gens qui me bassinent avec mon Insecte et Thomas Bernhard, alors pour que ce soit clair : avant d'écrire L'Insecte, je n'avais lu qu'un seul Thomas Bernhard, "Extinction", le seul Thomas Bernhard qu'avait Hervé et que j'avais pris dans sa bibliothèque après sa mort. Les losers magnifiques. Suivi les funérailles officielles de Mandela, j'ai trouvé Winnie et sa dernière femme Graça très belles, et puis quand je voyais tous ces Noirs rire et danser sans arrêt, même et surtout pour des funérailles, je me disais qu'ils étaient drôlement gais là-bas, alors que nous ici on fait un peu trop la gueule. Formidable soirée avec l'Ange hier, d'abord on a pris le Champagne au grand hôtel Westin Grand, l'hôtel de Joan Allen dans Jason Bourne, ensuite on est allés à Prenzlauer Berg et là on a découvert un restaurant français très bien, la Muse Gueule (ah ah), et de l'autre côté de la salle, face à moi, y avait un adolescent dans les 18 ans qui arrêtait pas de me regarder dans les yeux très longtemps, évidemment je lui en ai parlé à l'Ange des regards de l'autre, et l'Ange souriait parce qu'il sait que ça me chavire tout ça, mais il sait aussi que les regards me suffisent, qu'après ça m'intéresse plus, qu'après les regards c'est lui, et que même ces regards finalement c'est lui aussi, ah là là oui ça me chavire tout ça. Décidément les femmes à Berlin sont vraiment mal habillées, de vrais sacs à patates, évidemment c'est peut-être le froid et l'hiver, mais quand même, y a pas beaucoup de Grace Kelly ici, on a beau être pédé on aime les belles femmes élégantes merde, Edwige Feuillère doit se retourner dans sa tombe. Les livres en v.o. c'est mieux. Il y a des choses de ta vie tu en subis les conséquences parfois longtemps après, des douleurs, après 15 ou 20 ans, pas avant, et tant pis, ou tant mieux. Ta vie, un échec ou une victoire ? L'important c'est d'aimer. Après toutes ces incursions en Espagne et en France pour les fêtes, je me dis : Berlin, définitivement. A force d'en voir autant, on finit par détester la misère. Un jour on pense ça, l'autre jour on pense le contraire, ça tient à rien. Encore qu'on ne force pas sa nature, et la misère refinit par te blesser. A quoi ça sert de vivre comme ça maintenant elle, elle mange encore avec appétit, elle est belle dans sa fin, elle aime pas quand je me mets le doigt dans le nez, elle croit que j'étais là hier, je la revois encore dans ma tête, dans son fauteuil, le regard un peu perdu si je savais où, elle me prend moins la main qu'avant, elle m'appelle moins Jean-Mi, mais elle aime toujours l'Ange, et elle dit que l'amour finira jamais. Je l'ai tellement aimée, on en a fait tellement elle et moi, on s'est tellement déchirés aussi mais toujours en s'aimant, je veux pas finir avec elle, je finirai pas d'ailleurs, j'en peux plus au-dedans parfois de tout ça, cette vie. A un moment elle m'a dit : rien ne meurt parce que tout est là. Je lui dois beaucoup à elle, ma mère, les choses de la vie, l'écriture, la vie d'artiste, c'est elle, au début en tout cas, le mal de vivre et la joie de vivre, ces choses qu'on sait tous les deux, mon Dieu ces choses. Signé Kiri. ©

décembre 2013 : douleur, vie, que-faire, long. Il faut être plus grand que sa vie réelle, plus grand que ce qu'il reste, il faut être aussi grand que le sens de sa vie. On allait à Paris elle et moi, j'avais quinze ans, on y allait comme des amoureux, rien que nous, on descendait au Lutécia, elle me laissait un peu seul dans la journée faire mes choses, puis on se retrouvait, elle et moi, les amoureux. Suis allé prendre un café dans les salons de l'hôtel Adlon près de la porte de Brandebourg, pour faire le point, toujours adoré les grands hôtels, plutôt anciens, dans le coin où j'étais assis y avait deux autres fauteuils et à la fin y a un homme plutôt âgé qui a voulu s'asseoir avec moi, un comble alors qu'y avait de la place ailleurs, il me draguait peut-être mais moi j'aurais préféré un jeune comme dans mes romans, du coup quand je suis parti je lui ai même pas dit au revoir. L'Ange vient de me raconter, des trémolos dans la voix, qu'une femme de 86 ans venait de faire le marathon de New York, de bout en bout, le problème c'est qu'elle est morte le lendemain. Christiane Taubira aurait tort de se sentir humiliée par les injures racistes à son égard, elle gagne à tous les coups, ces gens-là lui font honneur, l'honneur d'être injurié par des nains, il y a des ennemis nécessaires. Ah les hypocrites, ils parlent sans arrêt de justice et de faire payer les riches et ils augmentent le prix du paquet de cigarettes. Si la mort pouvait être aussi une "première fois" ! au moins tout ça vaudrait le coup. Quand je réfléchis à l'univers, je me dis, mais qu'est-ce qu'il y avait avant, au début, rien ? mais rien c'est toujours quelque chose, ou alors il n'y a jamais eu de début, "début" c'est quelque chose pour nous, les humains, mais en fait ça veut rien dire. Quand je parlais des "premières fois", je viens de découvrir le roman de J.D. Salinger, ouah. Dans un de mes cafés du matin, je vois souvent deux ou trois femmes, la quarantaine ou je ne sais pas, des Françaises, qui parlent entre elles, et toujours le même sujet de conversation, l'unique sujet : leurs enfants à l'école, jamais je ne les ai entendues parler d'autre chose, déjà ça c'est repoussant, mais le plus repoussant c'est qu'elles en parlent avec un sérieux répugnant, à chaque fois j'ai envie de vomir. Quel peuple de mongols ces Français, quand on les voit déprimés stressés ne croyant plus en rien, et les mêmes, le lendemain, hurlant de joie comme des fous, tout ça parce que la France vient de se qualifier au foot, les cons. Quand je regarde en arrière, je m'aperçois combien j'ai pu détruire ou distendre ou ne pas alimenter un tas de relations, amicales ou professionnelles, à cause de mon caractère, surtout à cause de ce désir de liberté qui me faisait vouloir ne dépendre de personne, seulement d'Hervé, puis surtout de l'Ange, pour pouvoir me dire que tout était pour eux et rien pour les autres, les autres étaient des empêcheurs qui ne comprenaient rien. Si G. était éditeur, j'aurais déjà reçu le prix Nobel depuis longtemps. Elle aimait tant les garçons qui aiment les garçons qu'elle est morte comme eux. Bientôt l'Espagne et la France pour Noël, au collège Cendrillon de Dax, mon ami Moussa, mon meilleur ami là-bas et seul Noir de ce collège catholique, m'appelait toujours Kiri, alors je signe Kiri, happy Christmas guys. ©

novembre 2013 : les rites c'est sacré. La volonté peut tout ? La mort vivante de ma mère me détruit, je lui parle au téléphone, détruit, c'est pas la mort bien sûr, c'est autre chose, la douleur qu'elle a, de partir, de plus pouvoir, sa révolte désespérée, cette autre qu'elle devient, et la même quand même, mais il ne faut pas être détruit, il faut absolument conjurer le malheur. Ceux qui interdisent la cigarette qu'est-ce qu'ils comprennent, qu'est-ce qu'ils ont dans le cœur, mais sans la cigarette que ferait celui au chevet d'un mourant, celui dans le camp, dans le désespoir, qu'est-ce qu'ils savent ces gens du malheur des hommes ? Je viens de parler avec ma mère, j'ai raccroché, j'ai pensé, si je n'écoute pas Barbara tout de suite, je sombre. Le fossile d'un moustique d'il y a 45 millions d'années découvert gorgé de sang, ça me laisse rêveur, on est quoi nous là dans tout ça, merde, je suis perdu, je suis moi mais c'est quoi ce moi, et le reste, et l'Ange, et ma mère qui s'en va, pourquoi prendre tout à cœur, je suis tout et je suis rien. Retour de Londres, nous deux loin, lui et moi, rien de plus à dire, l'instant présent, il est des instants présents impossibles à comprendre pleinement à l'instant, on comprend juste un peu, on anticipe le souvenir, parce que c'est seulement dans le souvenir, déjà dans le souvenir anticipé au présent, que l'instant présent est totalement lui-même, sur le moment on sait que c'est bien, qu'on a de la chance (que j'ai la chance de l'Ange), on a l'intuition du bonheur, mais l'immensité que c'est, l'immensité de ces instants d'être deux, on devine qu'on ne le saura peut-être jamais, et tant mieux, ou alors plus tard, et tant mieux, c'est pour ça que cette histoire du temps, du passé et du présent et du futur ne veut rien dire, seulement un éternel présent déchirant. Elle, c'est quand même un peu l'unité de ma vie, si maman s'en va, ma jeunesse s'en ira aussi, mais j'agirai, je les retrouverai, elle, et ma jeunesse, quelque part, j'ai peut-être un sang inquiet mais il bouillonne. Ils renaîtront les jours heureux, les soleils verts de notre vie, ils reviendront semer l'oubli après le feu, et refleuriront avec eux les fruits pervers de l'espérance, avant-courriers de l'insouciance et des jours heureux (Aznavour, les jours heureux). ©

octobre 2013 : c'est drôle mais à la fin de sa vie, quand la mort rôde, il semble que ma mère ne parle plus de Dieu, elle qui m'avait dit un jour, que Dieu était plus important que nous, ses enfants, (schocking), c'est fini, on est repassé devant Dieu. Rien ne vaut dans la vie que les "premières fois", il faut courir après, les inventer, et parfois tu rencontres un être qui est une "première fois" à lui tout seul, à défaut de connaître Dieu justement, un être comme une première fois infinie qui chaque jour est à remettre à la preuve, jamais donnée, le reste c'est bien mais le reste s'use, le reste est fini, jamais infini. Semaine passée malade, pas grave, un rhume mais je ne supporte pas d'être malade, une grave maladie peut-être, mais pas une petite maladie, toujours eu cette impression quand je suis malade d'être en-dehors de la vie, et puis je m'obsessionne, est-ce que ce ne serait pas plus grave que cela en a l'air, etc., je somatise comme on dit, et quand je somatise je pisse sans arrêt, je suis la pisseuse de diamants comme je dis, c'est ma façon de vivre, inquiet et combattant, la vie parfois me lasse, je voudrais la paix quand seule la guerre te garde vivant, et puis je me dis aussi, la vie pour horrible qu'elle puisse être, peut aussi être, ou est, tout de même aussi très excitante. Quand il dort la nuit et que je lui prends la main. Le vrai problème de l'amour, c'est la mort, ou plutôt, la seule question, ou réponse. J'étais tout seul au zoo, je lui ai envoyé un message, il était à la bibliothèque de Potsdamer, celle du film Les ailes du désir, celle des anges, il m'a répondu, j'aimerais tant être avec toi, je lui ai répondu, viens me rejoindre si tu veux, il a répondu, ouiii, tu m'attends ? il est venu, et voilà, c'est ça, c'est tout. Il y a vraiment un problème avec la traduction d'une œuvre littéraire, "Mrs Dalloway" par exemple, il faut que je le lise en anglais, la traduction espagnole, comme souvent, me paraît meilleure que la française, Thomas Bernhard, par exemple, ça je peux le dire, est mieux traduit en espagnol, par Miguel Sáenz, qu'en français où ses traducteurs sont multiples, en Espagne le seul traducteur c'est Miguel Sáenz, qui par ailleurs a lu mon Insecte et avec qui j'ai correspondu plusieurs fois, mais cela dit, comment faire, comment pourrait-on se passer de traductions. Dans la vie il faut choisir, durer ou exploser en vol. Quand on est trop tendre au-dedans, faut s'endurcir au-dehors, c'est pour ça qu'en fait les durs au-dehors sont souvent des tendres au-dedans, et que beaucoup de tendres en apparence sont en fait bien secs au-dedans, c'est comme ça, faut se méfier du dehors. Mise au pilori d'une population pour éviter de parler du problème global de la violence partout dans ce beau pays de France. Bientôt Londres. J'achèterai les fleurs moi-même. ©

septembre 2013 : rencontré chez ma dentiste française de Berlin un Français de pas tout à fait 40 ans, on a déblatéré sur la France, sale pays à plus d'un titre, comme moi il a fui Paris, il ne supportait plus cette violence ordinaire qui y règne. Aujourd'hui tout le monde est tatoué, c'est devenu un signe de normalité, moi ça fait longtemps que je le suis, quand c'était pas la mode de le faire juste pour être dans le coup, un H, en 1993, un H gothique qui, on me dit, ressemble aussi à un A. Faut-il savoir l'histoire des choses, d'une ville, les endroits, comment, pourquoi, ou faut-il s'imaginer les choses, les faire siennes. Le dernier jour elle était assise dans son fauteuil, j'étais à ses genoux, elle me remettait les cheveux en place, doucement avec sa main qui les lissait, et d'un coup en faisant ça je redevenais son enfant, à la dernière minute avant le taxi, son enfant, et j'ai pleuré, et elle m'a consolé comme avant. L'Ange prenait dans ses bras sa petite nièce de trois mois, je les regardais tous les deux mais en fait c'était lui que je regardais, c'était lui l'émouvant, lui l'enfant roi. Retour à la plage de Wannsee, et comme les enfants sont déjà retournés en classe, on est arrivés vers dix heures avec la plage entièrement pour nous, comme j'aime, déserte. Une amie m'a rappelé que déjà, quand j'avais vingt ou trente ans, je préservais ma maison des envahisseurs, par exemple je n'aimais pas ouvrir à quelqu'un qui venait à l'improviste, parce que si j'avais passé mon temps à ouvrir ma maison, j'aurais pas écrit une ligne de tout ce que j'ai écrit, c'est comme ça, pour s'ouvrir au-dedans, faut un peu fermer au-dehors. Ah cette sensation que le monde t'appartient après laquelle il faut courir sans cesse, la retrouver, même quand il t'a déjà appartenu le monde, encore une fois, sans fin. Nos amies les guêpes et les abeilles (je ne sais pas faire la différence) sont de retour et nous emmerdent sur les terrasses. Comment ai-je pu passer tant d'années sans lire, mes 20/30 ans, à part quelques livres pour mes cours de théâtre, mais je suis sans regrets, j'écrivais mon livre, le livre de la vie, j'inventais ma vie, mienne, propre, unique, je découvrais la vie en inventant la mienne, je copiais pas, et puis je me suis mis à écrire, et puis j'ai eu envie de me remettre à lire, pour voir un peu, confronter ma vie avec ce qu'on disait de la vie dans les livres, et maintenant je ne m'imagine plus sans un livre avec moi. L'Ange et moi avons toujours eu une prédilection pour les zoos, du coup nous avons pris une carte annuelle pour celui de Berlin, situé en plein centre de la ville et à deux pas de chez nous, maintenant le zoo est devenu ce que nous appelons notre "résidence secondaire", hormis les animaux, le zoo de Berlin est un endroit fantastique avec beaucoup de végétation, des lacs, des ponts, on peut se mettre sur un banc et lire en entendant le lion rugir, c'est fou le bruit qu'ils font ces lions. Il paraît que Merkel, à propos de la "fierté d'être allemand", encore mal vue et pour cause, aurait dit, on n'est pas fier de ce que l'on est mais de ce que l'on fait, certes, mais finalement on est ou on devient ce que l'on fait, toujours, d'où il résulte que l'on peut tout de même être fier, ou pas, de ce que l'on est. C'est la rentrée, il va automner miraculeux, comme elle disait ma murmureuse. ©

juillet/août 2013 : ça y est, j'ai terminé de taper sur mon ordinateur les quatre romans d'Hervé et sa nouvelle "L'Outarde", qu'il avait tapés sur sa vieille machine à écrire, c'est fait, il doit être content de moi s'il le sait, je crois qu'il le sait. Le visage de Garbo est à ce point incroyable que quand on regarde des vidéos d'elle sur youtube, si on fige l'image en la mettant sur pause, quelque chose se perd, le divin redevient seulement humain. Quand c'est l'été et qu'il fait beau, aucune ville ne surpasse Berlin, aucune, suis retourné en vélo faire un tour à Tempelhof, Tempelhof il n'y a aucune photo ni aucun discours qui pourra expliquer ce que c'est, l'ancien aéroport du centre de Berlin reconverti en étendue à perte de vue où on va se perdre, en vélo, à pied, en barbecue, en bronzant, en cultivant son lopin de terre, en ce qu'on veut, ça tient du campus américain, de la campagne dans la ville, ça tient de la liberté, de la bohème et des souvenirs d'enfance. Ah ces garçons que je regardais quand j'étais petit et adolescent, ce qu'ils pouvaient me chavirer au-dedans les garçons, passé mon adolescence à les regarder, les imaginer, les rêver, et finalement j'ai pas changé, l'homosexualité pour moi, au-delà du sexe, ç'a toujours été la jeunesse, même si Hervé et surtout l'Ange ont transcendé tout ça, et même si je me sens aux côtés de tous les homosexuels, quels qu'ils soient, parce que là-dedans y a toute une variété, il en reste pas moins que je leur ressemble moins que j'aurais cru, je serai toujours d'une espèce différente, un peu en voie de disparition il me semble d'ailleurs. Mauroy est mort, la vérité c'est que c'est lui qui aurait fait un digne successeur de Mitterrand et pas les autres. Peut-on ressusciter le passé, c'est la grande question de Gatsby, et la réponse est oui mais surtout en ne le ressuscitant pas, en ne courant pas après, par exemple on ne ressuscite pas Paris en y retournant mais en vivant à Berlin, on ne ressuscite pas les morts dans le souvenir mais en continuant avec eux, on ne ressuscite pas la jeunesse en se teignant les cheveux mais en l'inventant, moi c'est l'Ange qui me ressuscite le passé, au présent. C'est dingue tous ces gens qui m'énervent. Ce ne sont plus les classes dites populaires qui votent socialiste de nos jours, ce sont les fameux bobos, comme à Paris où dans leurs beaux appartements ils votent PS pour apaiser leur mauvaise conscience. Il faut une sacrée dose d'égoïsme pour vivre, sinon on tombe dans le trou et vite. Quand Barbara chantait à Paris j'allais la voir quatre ou cinq fois à chaque rentrée, même quand j'avais plus une thune, et je prenais les meilleures places, parce qu'aller la voir, c'était pas dépenser de l'argent, c'était vital, ça l'est toujours. L'Union Européenne veut effrayer les fumeurs en mettant des images horribles de malades sur les paquets, qu'elle le fasse, l'hypocrisie moderne règne partout, et sur les bouteilles d'alcool ils mettent quoi ? la drogue est vieille comme le monde, elle peut dormir sur ses deux oreilles, images morbides ou pas. "Avec ces Français il n'est pas permis de dire la vérité quand elle choque leur vanité" (Stendhal, La chartreuse). Quelle époque coincée et qui se croit libérée, maintenant ils ne disent plus baise ou sexe ou cul, non, ils disent "libertinage", de quoi vous dégoûter de la queue ou de la chatte et du reste. Dix-huit ans que nous nous sommes rencontrés l'Ange et moi, par une belle nuit de juillet, libre, justicière, éternelle. Vingt ans que Hervé est mort ce mois-ci, mais il n'est pas mort ce moi-là. Retour en Europe quelques jours dans les familles, faut ce qu'y faut. Puis retour à Berlin pour de vraies vacances en août. Si mi la ré, si mi la ré, si sol do fa ! ©

juin 2013 : regarder le clip College Boy de Xavier Dolan pour Indochine, violent ? moins que la vérité. Vu Marina Vlady ce matin sur France 2, cela faisait longtemps, sacrée belle femme. Facebook, bof beauf, je préfère Twitter. Ces gens qui ont manifesté et manifestent encore contre le mariage et l'adoption gays ne sont mus que par une chose : l'homophobie, bien sûr ils diront que c'est faux et ils parleront de la famille, préserver les valeurs, d'accord, mais derrière tout ça quoi ? l'homophobie, comme ces familles où l'on dit à la fille, ne te marie pas avec un Noir ou un Arabe, on est pas raciste mais c'est une question de culture, de religion, ceux-là ils sont racistes quoi qu'ils nous serinent, mais c'est pas au vieux singe qu'on apprend à faire la grimace. Une des choses les plus déprimantes de l'existence et de ce qu'on appelle l'âge adulte est de devoir se préoccuper de l'argent, ce qui n'est pas le cas, ou rarement, de la jeunesse au sens de l'âge, mais une chose est de s'en préoccuper, une autre de se laisser dicter sa vie par ça, n'est-ce pas. On peut être intelligent et très con, j'en connais, des dont on dit qu'ils sont intelligents et pourtant. Je ne suis pas ce qu'ils croient et je les emmerde. Retour d'Amsterdam, c'est la ville où l'Ange et moi sommes allés le plus souvent, mais on va à Amsterdam, on revient et on dit, Berlin c'est mieux, on va à Madrid et on dit, Berlin c'est mieux, à Londres aussi et c'est dire, et pas besoin d'aller à Paris pour savoir que Berlin aujourd'hui, c'est mieux. PSG, Paris à feu et à sang, ça n'étonnera que ceux qui font semblant de ne pas voir, dans ce pays la loi du plus fort règne partout, et d'abord dans les écoles. Le problème aujourd'hui c'est qu'on ne peut plus rien dire ni faire sans avoir les chiens de la correction au cul. Moustaki, que Jack Lang en lui remettant la légion d'honneur avait appelé Moustaku- sa lang avait fourché- Moustaki donc, est allé rejoindre Barbara. Je ne supporte plus Jean-François Kahn, ses coups de gueule et le reste, c'est fini, vieux radoteur je-sais-tout, je préfère encore je-sais-tout Attali que l'Ange récemment a appelé Attila, la langue de l'Ange a aussi fourché, comme celle du diable. Quand on dit que le quotidien et les détails de la vie-à-deux tuent l'amour, je dis que c'est faux, ça dépend quel amour, en tout cas ce n'est pas toujours vrai, avec l'Ange nous avons dans notre vie de tous les jours des détails qui touchent au sublime. J'y reviens : ceux qui défilent contre le mariage homosexuel prétendent défendre la famille, et bien, s'ils veulent défendre la famille, qu'ils cessent de divorcer. Changer de vie pour ne pas changer de soi. ©

mai 2013 : Thatcher est morte, au-delà des polémiques convenues ah l'horrible femme, reste la femme justement, entière, et la comparaison avec aujourd'hui est toute faite, nos dirigeants de droite et de gauche mollassons qui naviguent au gré des bons sentiments et de l'opinion, parce qu'au fond ils n'ont aucune conviction et ne croient en rien, à quand la femme qui dirigera la France ? nous sommes en 2013, elle, c'était 1979. Thatcher, les politiciens-nains de son parti ont fini par avoir sa peau, quand ils ont commencé à avoir peur pour leur réélection, normal : la médiocrité finit toujours par se rebeller contre son contraire. Notre berger allemand de Dax est mort, Tommy, c'était un bon chien avec un regard très humain, un regard parfois très perturbé par ce qu'est la vie, il pissait toujours sans lever la patte, ce qui nous avait fait penser qu'il avait des antécédents genre lions ou tigres, il est mort comme un chien, sans bouger, il avait plus faim, lui qui aimait tant manger, j'aurais bien aimé lui donner une dernière caresse, pour atténuer sa peine parce qu'il devait en avoir de la peine, une dernière caresse avant de le laisser aller. Alors, il paraît que l'homophobie n'existait plus, que c'était un truc des anciennes générations ? Manifs anti-gay, Boston, lynchage sur l'autoroute, des torrents de haine, elle choisit pas ses quartiers la haine, elle s'étale dans les soi-disant beaux quartiers et dans les soi-disant difficiles. C'est quelque chose de mettre en pratique, de réaliser, les choses auxquelles on pensait jeune, adolescent, mettre sa vie en conformité avec soi. Lu ces lignes de Keith Haring à propos des garçons : "Ces putains de beaux garçons me rendent fou. Ce mec dans le métro assis avec les jambes bien écartées devant lui - exprès. A me jeter des coups d'œil, ravi d'être regardé. […] Quels beaux, beaux, garçons. Je ne fais que les regarder, et je sais que ça n'arrange rien parce que je regarde simplement et que j'ai une imagination incroyable. Je peux avoir ces garçons, n'importe lequel, tous, ce soir, seul, dans ma petite chambre dans le noir - juste en imagination" (18 mars 1980). Formidable film documentaire, "Searching for Sugar man", sur l'incroyable destin du musicien Rodriguez. On a toujours un rapport étrange avec ce qu'on crée, il faut préserver le désir, s'éloigner parfois de ce qu'on a créé, Barbara le disait à propos de certaines chansons, tu les adores mais tu n'as plus envie de les chanter, et puis le désir un jour revient et tu les chantes à nouveau, un roman c'est pareil, avant d'y remettre le nez pour le parfaire, faut le laisser vivre dans sa tête parce qu'y replonger briserait le désir, tu supporterais plus tes propres mots, même un texte essentiel pour toi, surtout ceux-là d'ailleurs. Y a eu beaucoup de malheur et encore davantage de bonheur. Quand on a vingt ans, découvrir la vie, même des choses de rien, qui sont tout, c'est fascinant, vraiment fascinant, et puis après, vite ou pas, découvrir la vie c'est aussi terrible, et pour que ça reste fascinant, faut s'accrocher, mais c'est possible. ©

avril 2013 : mort de Hugo Chavez, faut jamais la perdre de vue celle-là, la mort, qui qu'on soit. Elle parle de lui comme s'il n'était pas mort, je ne la contredis plus, qui sait s'il n'est pas encore là. Je ne supporte pas les retransmissions, surtout à la radio, de matchs de football, surtout en allemand. Il faudra m'expliquer pourquoi on se moque du lifting et des cheveux de Berlusconi et pas des cheveux teints de Hollande, le fait est qu'un homme politique qui ment sur ses cheveux, ça dit tout. Les commentaires sur le nouveau pape me portent sur les nerfs, tous ces abrutis qui s'extasient dans le genre, oh un pape simple ! un pape comme vous et moi ! Dieu nous préserve qu'il soit comme vous et moi, et d'ailleurs il porte une robe blanche et nous non, encore que, j'en connais… En fait, pour mettre les choses au clair, moi, je suis de la gauche élitiste, la gauche qui ne croit pas en la naissance, même pas au mérite, je n'aime pas trop le mot, mais en la grandeur, alors qu'aujourd'hui on n'a plus qu'une gauche misérabiliste, sans grandeur, qui ne flatte que la merde et la petitesse que chacun de nous porte en soi, voilà, c'est dit, je n'ai pas changé, et je pense que l'élite doit être solidaire de ce qui ne l'est pas, les uns avec les autres. L'Ange a perdu un ami qui est mort, il est triste, moi aussi, je croyais que c'était fini de mourir de ça. Horribles semaines de froid à Berlin, un froid presqu'humain, vengeur et destructeur, contre nous. Du coup je me remets à peine d'une grippe qui m'a laissé sur le flanc, une grippe qui en finissait plus, lessivé, inquiet, soigné par l'Ange, je déteste être malade, ai toujours détesté ça, l'impression de plus être dans la vie, mais bientôt j'y retourne, à la vie !… j'ai eu au moins jusqu'à trente neuf de fièvre, à ce propos je dois dire avec émotion, que le seul qui m'ait jamais enculé dans ma vie, c'est mon thermomètre, auquel j'ai d'ailleurs toujours été fidèle, il n'a pas changé depuis mon arrivée à Paris en 1976, toujours le même, il marche toujours et je le lubrifie toujours avec un peu de salive et même comme ça parfois, il a du mal à entrer, le pauvre. J'suis un pauvre type, j'ai découvert Daniel Darc après sa mort, j'espère qu'il me voit là où il est. Est-ce qu'avoir peur, c'est être vivant. Dans mon café du dimanche, dans la Oranienburgerstrasse, le serveur est bolivien, on parle espagnol, parfois aussi avec des clients, ça fait du bien, des fois j'en ai par-dessus la tête de l'allemand et des Allemands. Lu toute une page du Berliner Zeitung sur une femme, Margot Woelk, qui pendant deux ans de la guerre, a fait partie des femmes qui goûtaient la nourriture de Hitler avant qu'elle ne lui soit servie, à cause des risques d'empoisonnement, aujourd'hui elle a 95 ans et elle en parle, durant toute sa vie elle l'a tu, même avec son mari elle ne l'a évoqué qu'une fois et il ne lui a plus posé de questions, il y a toujours l'horreur et le silence qui va avec, toute une vie parfois : il faut choisir, mourir ou mentir (Céline). Les aveux de K.U.Zac, voilà la gauche socialiste, l'hypocrisie incarnée, évidemment "il" savait, ou "il" n'a pas voulu savoir, ce qui est pareil, ça va mal finir, c'est moi qui le dis, très mal, et je prends date. ©

mars 2013 : quand j'étais prof, les mères noires de certains de mes élèves, je me souviens d'elles, c'est ce qu'il reste. Que le prochain Pape soir noir, vraiment noir. Journée d'action contre les violences aux femmes, ces violences qui montrent la saloperie que peut être l'homme, souvent. Tout ce foin pour les lasagnes de cheval, ça me laisse rêveur. Moi ? abandonnée, ruinée, entièrement ravagée, inaltérable ! je ne bouge pas, je ne cherche toujours pas à comprendre, le sommeil, je ne crois plus qu'au sommeil (Jeanne Moreau dans "Le feu follet" de Louis Malle). Ecrire un livre demande une incroyable énergie, un vrai livre, pas une rigolade, cette énergie je l'ai retrouvée. Ces enfants qui se suicident pour harcèlement à l'école, et qu'on n'a pas défendus parce que c'est la loi du plus fort qui règne dans les écoles, comme ailleurs, dans l'indifférence et même avec la complicité de ceux qui ne défendent que les violents, quoi qu'ils disent. Je voulais voir Venise, je l'avais dit à Hervé, puis l'Ange a arrangé ça, je l'ai vue, avec lui, vu la lagune turquoise, cette sensation de Venise de voir la mort de près, Venise de mort et d'éternité, de mort lente ou d'éternité agonisante, l'hôtel de Tadzio est toujours là, ils ne savent pas ce qu'ils vont en faire mais je l'ai vu, fermé mais je le voyais ouvert, le temps s'arrête pas toujours, y avait une fenêtre ouverte mais on voyait pas dedans, on pouvait tout imaginer, sommes allés deux fois au Danieli, l'hôtel de marbre viscontien, j'ai dit à l'Ange, un jour on y descendra tous les deux, on a presque rien visité, on a circulé, regardé, j'ai dit à l'Ange, faut voir la beauté de ce monde, j'ai dit, comme Deneuve dans "La sirène du Mississipi" que c'était une joie et une souffrance d'être ici, un soir dans le froid l'Ange a eu un de ses problèmes d'estomac qui lui prennent parfois et qui le tourmentent, ça s'est terminé dans une ruelle vide et étroite comme un couloir, dans la gueule de Venise la belle. Standing ovation pour Shirley Bassey à la cérémonie des Oscars, normal, sur scène c'est la plus grande (je mets à part la femme qui chante, bien sûr). Au milieu de tout ce concert de louanges, je dois dire que je n'avais pas une passion pour Stéphane Hessel, il me fatiguait un peu. Mort de Daniel Darc, 53 ans, Taxi Girl, ai lu dans Le Monde qu'il avait dit : "Quand les gens disent 'problèmes de drogue', je dis 'solutions de drogue'. Sans les drogues, je serais mort depuis longtemps, j'aurais pas pu supporter tout ce qui se passe". Pas un César pour Holy Motors, quelle honte, mais qu'importe, le film a pas besoin de ça. Je me suis dit à moi-même, toi, qu'est-ce que tu connais de tous ces malheurs qui se déroulent à ta porte, rien, tu vis dans ton histoire, puis après je me suis dit que sur cette terre, c'était à chacun ses malheurs, qu'on pouvait pas vivre chaque seconde en se laissant abattre par le malheur des hommes, la tristesse, c'est pas ça qui sauve le monde. ©

février 2013 : très bon film sur Hannah Arendt, avec Barbara Sukowa. Fait horriblement froid, je ne prends plus mon vélo ou j'aurais le visage découpé au couteau, ce serait dommage. Le monde est à feu et à sang mais le journal de France 2 ouvre depuis plusieurs jours pendant dix minutes sur… la neige en France. Cérémonie d'investiture de Barak Obama, magnifique poète Richard Blanco, pour la première fois dans un discours d'investiture un président des Etats-Unis a évoqué nos "frères" homosexuels et leurs droits, il a cité le mot Stonewall. Moi je tremble toujours quand je l'entends venir, toujours, après dix-huit ans. Les 50 ans du traité d'amitié franco-allemand, c'est Göttingen, Göttingen et puis c'est tout. Pourquoi j'aime Scott Fitzgerald que finalement j'ai découvert assez tard, il a cette élégance du désenchantement, un amour de la vie mêlé à un désespoir distant, il y a en lui quelque chose du Alain Leroy de Drieu la Rochelle, et il y a surtout que Fitzgerald est Fitzgerald. Vieillir, c'est pas pour les mauviettes, a dit Bette Davis. Thomas Bernhard dit dans Extinction que les pensées secrètes, pas dites, sont bien plus essentielles que celles exprimées au-dehors, peut-être mais y en a qui n'ont ni pensées au-dehors ni pensées au-dedans, on en connaît tous, ceux qui ont peur de penser, qui parfois y pensent même pas à penser. Lu dans La fêlure de Fitzgerald, cette phrase de Bernard Shaw : quand on n'a pas ce qu'on aime, il faut aimer ce qu'on a. Vive la diva Taubira. Selon Alfredo, Finkielkraut aurait tapé sur le mariage gay en invoquant Rimbaud et Verlaine, évidemment ! évidemment que l'homosexualité peut être une révolte, une marge, la fierté d'être détesté par ses bourreaux, comme le Noir est fier d'être noir, évidemment, mais cela ne vaut que pour les forts, ceux qui savent se défendre, les autres, les fragiles, c'est-à-dire presque tous, ont besoin de l'appui de la loi, de l'égalité de droits pour lutter contre la violence de la majorité, on ne peut pas être élitiste sur ces sujets, on ne peut pas, et je le dis moi qui le suis si souvent, élitiste, tous les Noirs ne sont pas des Mandela, comme quoi, là, Finkielkraut, avec qui je suis si souvent d'accord, finalement, n'est qu'un crétin. A un carrefour près de Potsdamer, j'étais arrêté au feu rouge avec mon vélo, il y avait un garçon qui en se tenant sur un vélo à une roue jonglait avec des balles, à un moment les balles lui ont échappé et sont tombées par terre, quand le feu s'est mis au vert, j'ai essayé qu'il m'aperçoive et je lui ai fait un signe de la main, auquel il a répondu, je me suis dit que c'était pour des choses comme ça que la vie me faisait de l'effet, je lui ai fait signe avec un petit air un peu triste à cause de ses balles qui étaient tombées et après je me suis dit que j'aurais pas dû, parce que ses balles étaient peut-être tombées mais lui il était en haut, plus haut que beaucoup qui sont en haut de l'affiche, que ceux qui dans leur voiture ne lui donnent pas un centime. Festival de la Berlinale, on voit des films, notamment le beau Maladies, avec James Franco. 55 ans le 13, un compte rond, un nouveau roman en cours d'écriture et trois jours à Venise avec l'Ange, alors ne te plains pas. ©

janvier 2013 : nausée contemporaine : je suis innocent mais je suis prêt à payer des millions pour qu'il y ait pas de procès. Barbara était comme moi, elle adorait le poulet. En 2011, aux Etats-Unis, un crime de haine sur cinq a été dirigé contre des homosexuels, en deuxième position pour la première fois devant les crimes à motivation raciale. You could kill me but you couldn't defeat me. La droite rance et les extrémistes religieux (qu'elle dénonce par ailleurs) main dans la main contre le mariage homosexuel, fait pas bon vivre en France, avec ces gens-là. C'est sidérant comme la France, classe politique de tous bords et journalistes, vit déconnectée du reste du monde. Finalement, malgré tous les progrès, on n'a pas avancé d'un pouce sur la seule question qui vaille : qu'est-ce qu'il y a après ? on a découvert des conneries comme les smartphones ou comment vivre plus vieux, ou comment moins fumer, mais sur si tout ça a un sens, rien de rien. Je crois que c'est parce qu'on souffre en voyant souffrir ceux qu'on aime que je me dis que peut-être il y a quelque chose après la mort, tellement parfois la souffrance peut être insupportable. L'Ange m'a offert pour le 31 décembre le coffret Barbara Une femme qui chante avec 19 cd et un livre, je suis en train de le découvrir, ou redécouvrir, je me recharge à elle, comme toujours. Maman dans le précipice, et moi, la tentation de déserter, suis nul pour les fins auxquelles je ne crois pas, je ne brille que pour vaincre la mort, je ne m'en flatte pas. Quand j'écoute ces notes de piano, je sais que je n'ai pas changé, le même, malgré tout, malgré la vie, les autres, malgré cette logique de la destruction de soi. 2013 c'est mon année, je suis né un 13 février. Cette opposition de la droite au mariage gay va me faire re-devenir socialiste, socialiste, parce que mitterrandien je le suis toujours resté, y compris quand c'était pas bien vu. Au Brésil, un meurtre d'homosexuel par jour l'an dernier ; en France, ça défile contre nous ; et dire que certains ont dit que j'avais exagéré dans L'insecte, que ce n'était plus vrai ce que je disais, j'ai pas exagéré, j'étais au-dessous de la vérité, qu'on me l'accorde. Bonne année à tout le monde, je n'envoie plus de vœux comme on dit, ça me barbe et ceux que j'aime savent que je les aime. ©

décembre 2012 : on passe sa vie à s'obséder pour des détails qu'au moment de la mort on doit se dire, si j'avais su, je me serais pas emmerdé avec tant de bêtises, mais moi, je me dirai pas ça, parce que tous ces détails c'est la vie, et la vie on fait pas le détail dedans, on vit pas en planant, ou alors si on plane, c'est qu'on s'envole avec tous les bagages, c'est ça qui a de l'allure, voler quand même, pas voler bon marché. J'ai l'impression d'écrire un deuxième premier roman. Ce mariage qu'ils appellent mariage pour tous parce qu'ils ont pas le courage de l'appeler mariage homosexuel. En sortant de la station de Friedrichstrasse où j'étais allé acheter le journal, je suis devant mon vélo, j'enlève l'antivol, à côté de moi y avait une femme qui avait l'air bizarre, grande, de l'allure, mais le genre éreintée de la vie, et là tout à coup, j'étais pas encore reparti, voilà qu'elle pousse un cri, et quel cri, et puis elle redevient normale, elle m'a fait peur la garce, je me disais, pourvu qu'elle me saute pas dessus avant que je remonte sur mon vélo, mais non, elle fumait, avec son allure, elle se parlait toute seule, en partant je lui ai fait un petit signe qu'elle a évidemment pas vu, je l'ai pas fait pour ça, je l'ai fait pour moi, en solidarité, pour lui dire qu'on était tous dans le même bateau, celui des cris de la vie, simplement y a ceux qui crient au-dehors et ceux qui crient au-dedans, toutes sortes de cris d'ailleurs, parfois des cris de joie, des cris silencieux, etc. Du point de vue du symbole, pour les gays, la différence est énorme entre le mariage et le pacs, je l'ai bien vu en Espagne, le mariage te donne cette égalité parfaite en droit qui te protège de la violence, même celle des regards qui n'osent plus mal te regarder, elle permet aux fragiles de marcher dans la rue sans peur, mais ça pour le comprendre, faut faire partie de l'histoire. Alfredo a dit que je ressemblais un peu à Patti Smith, parce qu'avec tous mes morts, j'étais quand même très vivant, dans la vie quoi, il l'a pas dit exactement comme ça mais ça voulait dire ça, en fait ce qu'il a dit était plus drôle que ce que je rapporte là mais malheureusement ce n'était compréhensible que de nous deux. Barbara, samedi 24 novembre, si mi la ré, si mi la ré, si sol do fa ! Noël approche, on repart et on revient, en attendant à mort la haine et vive le vent ! ©

novembre 2012 : dans un texte que tu écris, tu ne peux pas tout mettre, c'est impossible, et en même temps il faut que tout ce qui n'y est pas, y soit quand même : il faut qu'un roman soit plein de tout ce qui n'y est pas. Retour de Londres, on voudrait toujours rester comme ça, hors les choses et dedans quand même, nous deux seulement, mais aussi nous deux et les autres, il faisait nuit, on était sur un banc devant la Tamise, la Tamise qui bouillait des choses impossibles qu'on voudrait possibles, Londres c'est son fleuve, tout ce qu'il remue, on marchait, on faisait des achats parce qu'on est humains et que ça nous plaisait beaucoup même, je regardais l'Ange, je me disais, je me disais tant de choses. Aperçu aujourd'hui dans le Tagespiegel une interview d'un scientifique qui dit qu'un jour l'homme pourrait devenir immortel, un rêve je me suis dit, et puis finalement non, on est déjà trop nombreux alors immortels j'ose pas imaginer, et puis vivre sans savoir qu'on va mourir, quel intérêt, le tout c'est de ne pas mourir trop tôt, d'avoir sa chance, et puis après d'aller voir ailleurs si on y est. Quand j'ai fini d'écrire, je prends mon vélo et je fais un tour, pour repenser à ce que je viens d'écrire, laisser venir les pensées, aujourd'hui j'ai fait un tour dans le parc de Gleisdreieck, je me suis assis sur un banc, avec mes pensées, je regardais le parc, et là je me suis extasié sur le mécanisme de l'œil, moi j'ai qu'un œil qui voit mais il voit, quelle merveille je me suis dit de pourvoir voir, même ce qui est laid finalement, et puis le beau, voir l'Ange, l'Ange qui d'ailleurs en ce moment m'énerve parce qu'il va jamais dormir en même temps que moi, il me manque dans le lit, mais lui depuis toujours il aime laisser traîner la nuit un peu tout seul dans le salon, c'est pas nouveau mais des fois ça m'énerve, en même temps j'ai jamais voulu le priver de ça, de rien d'ailleurs, je répète assez qu'aimer est le contraire d'une prison, alors ça fait longtemps que je m'endors seul pendant qu'il vagabonde sa nuit de l'autre côté du mur. Un jour j'avais dit, quand je suis en train d'écrire, je n'ouvrirais pas même à Dieu s'il sonnait à ma porte, Mark m'avait demandé : et à Hervé, tu lui ouvrirais ?, j'avais dit, à Hervé, peut-être que je lui ouvrirais. Suis mon pire tyran, l'ai toujours été, en comparaison les autres ne sont que des tyrans d'opérette. A peine désigné, le candidat des socialistes allemands aux prochaines élections législatives a des problèmes, on vient d'apprendre qu'il se faisait payer des millions d'euros pour donner des conférences, ça n'étonnera que ceux qui croient encore que les socialistes sont socialistes, rien que des petits bourgeois, hypocrites et donneurs de leçons par-dessus le marché. Le gouvernement français va prendre des mesures contre l'homophobie, pendant que la droite avec son train de retard tire sur le mariage gay sans rien comprendre à nos souffrances. On vit tous avec des chansons, on les fredonne comme des midinettes, on les adore, elles font partie de notre patrimoine au même titre que le reste, et ce que je dis vaut même pour les génies, les grands esprits qui eux aussi fredonnent et ont leurs chansons, et ceux qui font la fine bouche et disent le contraire sont rien que des complexés de l'intelligence et des crétins. Obama, yes, yes, yes. Jonny K., 7 avril 1992-15 octobre 2012. ©

octobre 2012 : les Français ont les dirigeants qu'ils méritent, qui leur mentent parce qu'ils aiment ça. Depuis que j'écris mon roman, j'ai moins envie de blogger. Et les profs aussi ont que ce qu'ils méritent, ils avaient qu'à se rebeller avant et pas subir, même parfois trouver très bien qu'on leur chie dessus. Hier soir, l'Ange est allé tôt au lit parce qu'il se sentait enrhumé, moi je voulais lire un peu avant de le rejoindre, mais lui il voulait me sentir à côté de lui, je suis resté, et puis j'ai redit, je vais aller lire au salon, il a dit, alors, tu préfères rejoindre ton connard, mon connard c'est Félix Krull, le héros du livre de Thomas Mann que je suis en train de lire, l'Ange l'appelle mon connard parce qu'il est jeune et très beau, je suis pas allé lire, je suis resté avec lui. Ceux qui ne sont pas indignés par la bassesse humaine, sont ceux qui se désintéressent des hommes, ceux qui croient en l'homme, ce sont ceux-là qui se scandalisent de la médiocrité, même chose dans l'éducation, ceux qui trouvent toutes les excuses à la médiocrité sont ceux qui se foutent des élèves et ne croient pas à leur grandeur, et inversement si les élèves chient à la gueule des professeurs, c'est parce que ces derniers sont faibles avec eux et donc les méprisent. Ceux qui à droite défendent des choses auxquelles je crois comme l'excellence ou la lutte contre la violence ne sont malheureusement souvent par ailleurs que des réactionnaires rances indifférents au malheur des minorités et qui me dégoûtent, et à gauche ceux avec qui je partage d'autres choses, ne sont aujourd'hui bien souvent plus que des bien-pensants hypocrites dégoûtants aussi, alors ?... A lire Félix Krull, je me dis que définitivement Thomas Mann était homosexuel, mais pas un homosexuel primaire, un homosexuel surtout épris de jeunesse et de beauté, comme moi. Ecrire à nouveau me stabilise. La mère de Imad Ibn Ziaten, la première victime de Merah, une femme incroyable, elle a tout dit sur la question. Tu ne revis le passé qu'en vivant au présent. Le plaisir d'écrire, c'est de refaire le monde et d'être Dieu, la douleur d'écrire, c'est de ne pas pouvoir refaire le monde et de n'être pas Dieu. Ai parlé avec maman du film "Amour" avec Jean-Louis Trintignant et Emmanuelle Riva que j'ai vu hier avec l'Ange, elle voulait aller le voir, je lui ai dit que peut-être valait mieux pas, aimer ne peut pas être seulement une agonie. J'ai vraiment beaucoup aimé Holy Motors de Leos Carax, et en prime "Revivre" de Gérard Manset, et Paris filmé comme rarement il l'a été, et puis ça aussi : aucune envie qu'on m'explique le film. Ecrire c'est comme une drogue, ses effets, parce que ça pulvérise le réel : au-delà, toujours au-delà ! comme disait Jean Bouise dans mon film de Godard. Qui dira que quand on augmente le prix du tabac, ce sont les moins favorisés qui sont touchés, les prisonniers, les malades, les ouvriers sur les chantiers, etc., personne ne le dit et tout le monde se drape dans sa sale bonne conscience. A la salle de gym, l'Ange et moi nous avons nos préférés parmi les garçons qui s'entraînent, ceux qu'on appelle nos "icônes", et les jours où ils ne sont pas là et qu'il n'y a que des affreux à regarder, nous on dit : aujourd'hui pas d'icônes, rien que des connes. Voyage à Londres dans quelques jours, juste nous, la reine et Harry.©

septembre 2012 : A Berlin les mouettes, oui il y a des mouettes à Berlin, quand elles crient, on a l'impression qu'elles rigolent comme des folles, d'ailleurs ce doit être ça, elles savent, elles, combien tout est comique finalement et à crever de rire. On l'a déjà dit mais je le répète, ce qui compte c'est la route, toujours, jamais quand on arrive, d'ailleurs on arrive jamais et Dieu merci, la route seulement, sa nuit et ses soleils. Toutes ces petites prostitutions additionnées qui sont la vie, non merci, je préfère rien avoir mais ne me faire enculer que par moi-même. Je supporte pas les insectes, je les tue, sans arrêt, l'été. Revu le film sur Françoise Sagan, Sagan est morte ruinée, abandonnée, pleine de malheur, elle qui incarnait une forme de légèreté, la légèreté c'est pas une vie, ça se paye trop cher, alors faut vivre lourd, plus lourd que les malheurs. On est revenus en France, on l'avait hospitalisée, elle pouvait plus marcher, le lendemain elle remarchait, quand on est arrivés dans la chambre, elle pleurait, elle croyait qu'on l'avait abandonnée, on était le bonheur qui revenait, c'était mon grand retour dans les hôpitaux, les hôpitaux c'est le monde à côté de la vie, et c'est toute la vie en même temps, le malheur des hommes, on l'a pas quittée, elle était heureuse aussi de voir l'Ange, et lui, l'Ange, avec elle, a été mon héros cette semaine-là encore plus que d'habitude, fallait voir pour croire, on se baladait dans les couloirs, on descendait dans le jardin, on mettait des chaises sur l'herbe, on riait quand même, je voyais ma vie défiler, je voulais pas grandir, j'était son enfant, malgré tout elle mangeait bien, j'ai dit à l'Ange, elle est comme moi, elle est angoissée mais elle veut vivre, elle a toujours été fragile, elle était ma force, on s'est jamais autant embrassés, un jour en la couchant, je lui ai dit, on va quand même pas s'embrasser sur la bouche, elle a dit, non, même si on aurait envie, elle est revenue à la maison, pendant ces quelques jours, les aides à domicile, ce fut nous, épuisant, tellement épuisant qu'on sent plus la fatigue, comme tous ces gens qui vivent ça et pire, on va vers la mort, pas vers la vie, disait Barbara, elle m'avait accompagnée la voir deux fois à Paris, Pantin et Lily Passion, elle s'en souvient encore, le matin dans le lit je la prends dans mes bras, on reste là comme ça, on sait, le vendredi je suis allé à l'enterrement de la voisine, on enterre sans arrêt dans ce monde curieux, je l'ai vue nue aux toilettes, je l'ai rhabillée, je lui ai dit qu'elle avait encore un beau corps, ce qui est vrai, je l'ai toujours aimée comme un fou, difficilement parfois mais c'est aimer qui veut ça, le dernier jour elle a dit, j'ai tellement pleuré, tellement ri, je suis tellement vivante, dans sa chambre à l'hôpital elle était pas seule, y avait une femme qu'on oubliera jamais, au début on la trouvait gênante parce qu'elle parlait sans arrêt, en gémissant, Alzheimer, et puis maman s'est prise d'amour pour elle, elle lui prenait la main, la réconfortait, Yvette, Yvette et sa moustache, et sa petite barbe, une personnalité, ça la rendait belle, parfois elle était très gaie, elle chantait, elle nous faisait rire, et puis ça repartait, les plaintes, maman lui faisait réciter le Je vous salue Marie, on en rencontre des gens dans la vie, on se sent fiers de ça et bouleversés sans arrêt… A côté de tout ça, Berlin c'est quand même un peu le paradis, et c'est difficile à chaque fois d'en partir, mais c'est tellement bien d'y revenir. Ai commencé mercredi 5 septembre l'écriture d'un nouveau roman, le premier en français depuis 10 ans, champagne ! j'ai peur mais j'avance, toutes les histoires sont écrites dans les débuts, j'ai un titre… ©

août 2012 : moi le soleil de plomb et le ciel trop bleu, parfois ça m'angoisse, et pourtant, la mer était si verte, et l'Ange si heureux, y a que chez lui que le bonheur me dégoûte pas, les gens heureux, quand on les voit, ils donnent pas toujours envie, pas lui, le voir heureux ça te bouleverse, on a eu plein de souvenirs, des choses que nous deux on sait c'était pas possible de les vivre tout à fait au présent, parce que le temps est ainsi, le présent prend tout son sens après, dans le temps, c'est pour ça que rien finit jamais, on prenait le bus pour aller sur nos plages, ces bus grecs qui nous ont fascinés, sur ces routes étroites sans trottoirs, un chauffeur de bus de là-bas il pourrait conduire un bus n'importe où, moi Mykonos j'en avais pas vraiment envie, il m'a forcé, il m'a toujours forcé à partir et il a toujours eu raison, on avançait comme ça, sur la route de nuit, on prenait le bateau de plage en plage, on pensait à Charlene avec son Champagne sur son yacht, on riait, on était perdus dans l'immensité comme on aime, il m'a dit, le Sud a besoin du Nord, mais surtout le Nord a besoin du Sud, dans un des bus, je me rappelle de ça, un garçon noir, je l'avais remarqué quand il est monté, peut-être venu d'Afrique, dans ces bateaux, il a donné son ticket au conducteur du bus pour qu'il le déchire, le conducteur a pris le ticket, l'a mis dans un sens, puis dans l'autre, puis il le lui a rendu sans le déchirer, alors le jeune Noir lui a mis la main sur l'épaule et il est allé s'asseoir. Finalement, avec qui je m'entends bien maintenant ? ça c'est la question, je me sens bien avec les gens mais quand ça dure pas trop longtemps, en fait je m'entends bien avec les garçons, pas ces garçons qui sont des brutes, les fragiles, les doux, les drôles. Le soleil, on pourrait le toucher. Maintenant chez le coiffeur, je ne parle plus pendant que je me fais couper les cheveux, ras-le-bol des salamalecs, surtout en allemand. Qui peut croire qu'on en a fini avec l'homophobie ? Impossible de dire ce que c'est, Berlin, irracontable. Maman qui mélange un peu tous les mots maintenant, appelle souvent Angela Merkel, Merguez. J'écoute, grâce à mon ami A. qui m'en a parlé, une série d'émissions consacrées à Barbara, sur radio canada, à chaque fois comme toujours, elle me rend beau. Même si j'ai beaucoup souffert du manque de reconnaissance, je peux bien le dire aujourd'hui, je suis pas un écrivain, ce qu'on entend par là, écrivain je me retrouve pas là-dedans, c'est trop peu, c'est ridicule. Qu'est-ce qui est le plus terrible, avoir vécu ça, ou ne pas pouvoir en parler. A la piscine de Kreuzberg, allongé sur l'herbe, je me dis, ce garçon il est mignon c'est vrai mais qu'est-ce que j'ai en commun avec lui, rien, et avec l'Ange que je regarde aussi, tout, et même si ce "tout" est toujours à recommencer, infini. Y a des gens tellement bêtes que même de dos, on voit leur bêtise. En vélo sur l'ancien aéroport de Tempelhof, toujours cette Histoire que transpire Berlin, nous roulant sur les anciennes pistes, des immensités comme en Amérique, comme le campus de Santa Barbara, les garçons et les filles sur l'herbe, dans l'immensité. Réécouté Duras, elle dit qu'un écrivain n'a pas de vie vécue, parce qu'il a pas le temps, la seule vie vécue, c'est écrire. Moi, je n'écrivais que dans la mesure où j'avais une vie vécue. Ah maman qu'il est long le voyage. Dax, Madrid, puis Berlin à nouveau, et ainsi de suite. Chavela a rejoint Federico. ©

juillet 2012 : J'avais tapé mes cinq premiers romans sur un ordinateur Amstrad qui n'existe plus, du coup j'ai passé deux années à les retaper sous Windows, Hervé aussi avait tapé ses quatre romans sur une Amstrad, alors maintenant je me suis mis à taper les siens sous Windows aussi, pour les avoir dans l'ordinateur, le gardien de la mémoire, c'est moi. Dans ma salle de sport, certains hurlent en soulevant des poids, souvent ils ont cet air idiot que présupposent leurs gros muscles, ce qui est intéressant c'est toujours les contraires, j'en ai connu, des beaux corps avec de beaux esprits, j'en ai connu mais pas beaucoup. Découverte scientifique paraît-il déterminante sur l'infiniment petit et l'origine de la matière, moi je m'en fous, malgré toutes leurs découvertes une larme restera toujours une larme, et un sourire, un sourire, disait Barbara, et là-dessus ils ne découvriront jamais rien. Dans "Le dernier nabab", Fitzgerald parle de la fierté de Monroe Stahr devant l'empire qu'il a créé, Hollywood, et toi, me suis-je dit, c'est quoi ton empire ? tes livres ? non, pas vraiment, même s'ils font partie du tout, l'empire il est en moi, cette vie que j'ai faite, construite, dont probablement je suis le seul à savoir ce qu'elle est, presque le seul disons. Moi j'ai jamais vraiment été intimidé par les gens en fonction de leur place dans la société, chaque personne m'intimidait parce que c'était une personne, ou me dégoûtait. Les socialistes vont refaire une réforme de l'école qui comme d'habitude avec eux va aggraver les inégalités sociales, rien de plus répugnant que la politique des bons sentiments. Ne pas s'habituer à la beauté. Terminé la préparation de mon roman, je commencerai à l'écrire en septembre, d'ici là j'écris au-dedans, sans écrire. Les femmes noires en Afrique sont si belles, et ailleurs, les mères surtout. Un écrivain qui parle de son livre, c'est en général insupportable tellement il se prend au sérieux. Parfois j'ai envie de lire des livres que j'ai dans notre bibliothèque mais que je n'ai pas encore lus, récemment je suis tombé comme ça sur Marguerite Duras et Hervé Guibert, mais j'ai renoncé, je les aime beaucoup mais c'est comme s'ils faisaient partie d'un passé passé. Il y a une religieuse à l'université de Yale, sœur Margaret Farley, qui appuie les revendications des homosexuels. Parfois je parle mal des Allemands mais en même temps, je me dis, c'est un peuple qui a beaucoup souffert, je le dis moi qui me suis toujours senti si proche des juifs. Berlin sans les ruines de l'après-guerre, un Berlin comme Paris ou Londres, sans tous ces immeubles rasés, anéantis, ce serait plus Berlin et c'est tout. On voyait la jeunesse comme le seul absolu. Le remède c'est le rire, avec l'Ange on rit souvent ensemble, souvent en se moquant des crétins de toute sorte, et y a à faire. Dans "La cave", Thomas Bernhard parle du "moment décisif" de sa vie, celui qui a déterminé sa vie future, mais pas un moment passif, une décision, décisive, et toi ? ton moment, ta décision décisive ? sûrement ce jour de juin 1978 dans un bus à Paris où d'une seconde sur l'autre j'ai accepté les garçons, et puis peut-être aussi le moment où, alors que je n'avais désespérément plus de travail ni plus un sou, j'ai refusé d'être l'attaché de presse d'un important ministre, pour pouvoir être en accord avec ce que j'écrivais dans mon premier roman, "Vie d'Ange"… Retour de Mykonos, j'en parlerai plus tard, les dieux, l'Ange, le soleil… ©

juin 2012 : Le ciel bleu un court instant, on vole en vélo, lui et moi, on s'entend, on se reconnaît. J'appelle ma mère, on rit, on rit malgré. Berlin, c'était la ville qu'il nous fallait, même si maintenant on sait aussi prendre de la distance, et maudire son climat, et parfois les allemands, les hommes surtout, évidemment, leur brutalité certains, et oui, leur brutalité, même si pas tous, mais Berlin échappe à ça, Berlin est souveraine, immense, y a à Berlin des immeubles près du canal qui me rappellent des immeubles de mon enfance à Dax, avec de l'herbe, pas très beaux mais où on vit bien, comme dans les films. Vacances d'été, temps pourri, du coup on va engraisser la Grèce, une semaine, pour nos anniversaires : le 8 juillet, nos 17 ans ensemble, le 16 juillet, l'anniversaire de l'Ange, et le 23 l'anniversaire de l'éternité d'Hervé, le tout se mêlant. Dans les vacances d'été y a toujours eu quelque chose qui tient de l'éternité, même si tu pars pas, ç'a toujours été comme ça, les vacances d'été, elles finissent jamais et puis un jour elles finissent mais elles te laissent ce goût d'éternité qui reviendra chaque année. Quand il sera vieux, moi je serai encore plus vieux que lui, mais je veillerai sur lui, ce sera comme ça, et d'ailleurs il sera jamais vieux, ce sera toujours mon enfant. Elle arrivait toujours vers nous les mains ouvertes, c'était une messe, c'était irracontable, y a que nous qui savons. Les vraies amitiés, c'est les amitiés nées de la jeunesse, au moins d'un côté il faut qu'il y ait de la jeunesse, les autres amitiés, j'aime moins. Les prostituées de la Kurfürstenstrasse clopent entre deux orages, parfois je vois rôder près d'elles des mecs qui doivent être leurs macs, je les aime pas, ils me dégoûtent, pas elles. Nous n'attendions jamais le printemps, nous partions devant lui. J'ai fait un petit lapsus concernant le nouveau Président, en mélangeant la gauche molle de l'un et la fraise des bois de l'autre, j'ai parlé de fraise molle. Le minitel est mort, ça fait drôle tout de même, parce que le minitel, c'était pas que le minitel, c'était internet avec le mystère en plus, c'était comme une immense première fois, ces premières fois qui reviendront plus et qu'il faut toujours passer son temps à s'en trouver d'autres, des premières fois pour continuer à vivre, sacré minitel, je m'y revois encore, à naviguer l'inconnu. La victoire de l'Espagne au football est à l'image du pays, pleine de vie, et la défaite de la France aussi, à son image, puante. Je cherche mon livre de vacances pour la semaine Mykonos, j'ai dit à l'Ange que j'allais peut-être relire "Les Démons" de Dostoïevski, que je n'ai lu qu'en espagnol jusqu'ici, j'ai senti comme de l'ironie dans sa réaction, du genre, ah oui, un vrai livre de vacances ça. A moins que je ne lise "Lucien Leuwen" que je n'ai jamais lu, moi je suis comme Sagan, j'adore Stendhal. L'histoire du dépeceur de Montréal m'a laissé songeur, moi qui suis si peu enclin à trouver des excuses à la violence (au contraire des voleurs pour qui j'ai un petit faible), je sais bien quand même que toutes les enfances se valent pas, que l'injustice, c'est la vie, et qu'on sait jamais où elle nous mène(ra). Voilà pour la reprise de ce blog écrit qui à n'en pas douter réjouira tous mes fans de par le monde. Comme disait Marthe Keller dans "Fedora" de Billy Wilder, à Henry Fonda qui venait de lui remettre un oscar d'honneur sur son île grecque : " Say hello to all my friends in Hollywood ". Marthe Keller qui par parenthèses est encore plus belle que du temps de "Marathon man" et "Bobby Deerfield", il est vrai qu'avec l'âge, on a, dit-on, la tête que l'on mérite. La beauté, c'est une conquête. ©