Jean-Michel Iribarren

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"Vie d'Ange"

 
résumé : vie de Ange Tournoyeur, qui à l'âge de 18 ans décide de mourir jeune, à l'heure qu'il choisira, seule réponse qu'il trouve pour se venger de l'horreur : Ange voulait mourir du temps de sa jeunesse. Sa volonté était à la mesure de la rage qu'il mettrait à vivre et qui sait à regretter la vie : il était le désordre à lui tout seul.

(extrait) « Cette fois ça y est, je pars. Eric je pense à toi. A ce spectacle immonde que tu m'avais décrit quand je t'avais roué de coups. Je la revois toujours la foule des apeurés. Depuis notre rencontre j'ai vécu avec eux, leurs millions de cadavres, le regard des enfants qui ne regardaient plus, leurs os que l'on voyait. Tu m'avais appris que les bourreaux étaient des hommes. Tu m'avais aussi parlé de ce jeune boxeur qui était resté vivant en allant de combat en combat qu'organisait le chef de son camp. J'ai gardé l'image de tous ces coups qu'il avait donnés pour rester libre. Souvent j'ai pensé à cette liberté lorsqu'il a dû sortir en les laissant tous derrière lui. Jamais je n'ai oublié l'horreur que tu m'as dite. Je voulais aller jusqu'au bout de ce que cette découverte m'avait dicté. Dans le rêve que j'ai fait tant de fois j'entendais une voix qui répétait, "nous ne nous battons pas pour la vie mais pour le prix de la vie, pas pour éviter la mort mais pour choisir notre manière de mourir". Aujourd'hui que je suis résolu j'ai peur. J'ai aimé la vie bien plus que je ne l'ai avoué. Elle va sûrement me manquer. Je me tire comme je l'avais voulu. En crachant sur la proposition que vient de me faire le pouvoir. Qui sait ? J'aurais peut-être changé le monde ! En Afrique une prison s'est ouverte. Stompie aurait bien échangé ses yeux contre tous ceux qui se sont posés sur celui qui en est sorti. En Tchécoslovaquie un poète et un jardinier dirigent le pays. Le monde peut se passer de moi. J'ai toujours voulu croire que le désordre un jour l'emporterait. Je suis né du désordre. Je vais y retourner. J'aurais pu vivre encore des siècles et en même temps je me sens épuisé d'une lutte sans merci. Que la vie ne vienne plus me trouver ! Je l'emmerde. Dans les cavernes de mes rêves j'ai vu rôder une ombre. Je crois bien que c'était la mienne. Vincent disait qu'on serait des survivants. Je l'aurais bien suivi le jour de sa mort. C'eût été plus facile qu'aujourd'hui. Les plages vont me manquer quand le jour se lève qu'il n'y a pas de vent. Je referais l'amour des centaines de fois dans la fumée et la poussière sans cette uvre à terminer. J'en ris de mes regrets. Je l'ai assez boxée, la vie, de mes poings refermés. Elle m'a trop répugné pour tant leur faire de place. Ça va lui faire un coup de pas m'entendre partir. On m'a parlé d'enfants malades tout près de nous et qu'on laissait mourir dans des hôpitaux. Je n'ai jamais rien pu. Je n'étais bien nulle part. Je me suis amusé mais je ne pouvais pas grandir. J'ai vécu sans savoir. Je vais mourir de même. Il n'y a pas de mystères, je les ai traversés. Quand les hommes vivaient je me suis ennuyé. J'étais insaisissable. J'emporte ce que je sais. J'avais choisi depuis longtemps. L'air me manque déjà. Mais quoi ? Je suis libre ! © »

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Vie d'Ange

L'il gauche de Vladimir

Le violeur

H

L'acharnement de soi-même

La solitude du mal

Amalia




"L'il gauche de Vladimir"

 
résumé : une nuit de Paris, noire, sans électricité, un homme et une femme sous les toits, un moine à la recherche d'un livre, un assassin, et Paris comme une femme veillant sur ses enfants.

(extrait) « Au début, ils ne s'en étaient pas rendu compte. Ils étaient trop invincibles. Trop à leurs paroles, à leurs yeux dans lesquels ils se plantaient sans même s'apercevoir que la flamme du briquet devenait inutile. Cependant ils continuaient à l'allumer. Comme s'ils ne pouvaient s'éclairer que comme ça. Comme si la nuit avait triomphé définitivement, comme s'ils avaient gagné. Eclatées les chaînes qui les reliaient à la terre ! Terminé de chercher à tâtons, de ne toucher que du doigt, d'être à ce point petit ! Multipliés les cieux où ils pourraient enfin voler sans se faire mal ! C'est en même temps qu'ils tournèrent leur regard vers la rue, puis à nouveau vers eux. Comme au commencement de leur rencontre, c'est le silence qui les prit. En un instant, ils étaient redevenus impuissants. "C'est rien pourtant, seulement un jour de plus." Anna n'y croyait pas. Bien sûr, ils s'étaient juré de refaire le monde, de le changer par la seule force de leur amour. Ils n'avaient pas rêvé. Pas une seconde, ils ne doutèrent. C'était le monde qui mentait. Maintenant, ils étaient si près l'un de l'autre qu'ils voyaient tout pareil. Le jour qui s'infiltrait, c'était le monde qui essayait de leur reprendre ce qu'ils avaient trouvé. Ils se décidèrent vite. Elle s'empara de l'ange comme une preuve irréfutable de leur unique lien. Il en sculpterait d'autres, il n'était plus aveugle. Ils n'auraient pas supporté un doute, une question, une seule tentative pour composer avec la vie. Ils ne pensèrent même pas à chercher un commissariat pour raconter l'agression dont ils avaient été victimes. Anna voulait déposer l'ange à l'église de Saint-Germain-des-Prés. Ils sortirent dans le froid. Ferdinand et Anna étaient désespérés. Mais qu'était-ce l'espoir, le bonheur ? De vieilles questions d'hier. © »

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Le violeur

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La solitude du mal

Amalia




"Le Violeur"

 
résumé : Deux ans de la vie d'Alexandre de Beaumanoir au collège Barbe Bleue, loin de Paris adoré, Alexandre le solitaire, différent, qui fera le chemin pour découvrir les mystères du château Barbe Bleue, de vie et de mort, jusqu'à trouver l'amitié, et la liberté toujours à recommencer.

(extrait) « Pour se sentir d'attaque il passa le début de l'après-midi chez Françoise. Il y retrouva les clients de sa première visite. Lucien Zot semblait à nouveau respirer la santé, il partageait avec monsieur Pierre, probablement son sauveur, un petit salé aux lentilles dont le jus avait déjà taché une chemise qui devait être blanche. Comme la première fois il parut troublé par l'arrivée d'Alexandre à qui Françoise fit la fête et servit d'emblée un grand ballon de Bordeaux, "en attendant les suivants !", elle aussi était vêtue de noir comme si elle célébrait une grande occasion, le chignon impeccable, les ongles faits. "Nous fêtons l'anniversaire de Lucien, quatre-vingt-seize ans ! il ne mourra jamais !" Alexandre réservé ne se joignit pas à leur table, il restait au comptoir, comme à Paris. Dans un autre coin du café Bertrand Dufour buvait un pot, toujours avec le même garçon, il le délaissa quelques minutes pour venir dire bonjour à Alexandre qui n'en crut pas ses yeux. "C'est bien de te revoir ici, tu verras c'est pas comme ailleurs, bon appétit vieux !" Alexandre ne savait rien de Bertrand, "Françoise vous m'en servez un autre !", le vin commençait à lui tourner la tête. Il regardait le professeur de latin avec plus d'attention depuis que Francisco lui avait confié cette façon si personnelle de donner des cours, le vieux était intéressé par lui, maintenant Alexandre faisait des recoupements, cet intérêt ne datait pas d'aujourd'hui, si Zot n'avait pas été aussi absorbé par la nourriture qu'il ingurgitait goulûment il en serait devenu maladroit, malgré les bruits qu'il faisait sans arrêt et son rire fracassant il camouflait mal le trouble qui l'agitait, on ne la faisait pas à Alexandre, peut-être bien que Francisco avait parlé de lui à son professeur, que savait-il au juste ? Françoise délaissait parfois ses convives pour quelques apartés avec Alexandre, ils parlaient de tout et de rien, de ce qu'il ferait plus tard- ça les obsédait tous son avenir !- elle s'inquiétait de sa santé, monsieur Pierre disait qu'il mangeât davantage pour prendre des forces mais Alexandre buvait et fumait, et il ne riait pas, seule Françoise était gaie. Elle lui apporta une part du gâteau d'anniversaire sur lequel Zot avait exigé que ne trônent que vingt bougies, "il a toujours vingt ans !". Malgré l'insistance de Françoise il ne put se résoudre à s'attabler avec eux et elle n'insista pas de peur de le revoir piquer une des fameuses colères sont elle s'était persuadée qu'il était coutumier. Alexandre les observait tous, ils avaient l'air d'être bien ensemble, reclus au milieu des assiettes saucées jusqu'aux derniers restes, verres vidés, remplis aussitôt, bouches à moitié ouvertes qui laissaient passer de la crème pâtissière, ils lui communiquaient de leur ivresse qui s'ajoutait à la sienne, son ivresse toujours contenue, jamais totalement ravageuse, ils le rendaient profane, débarrassé des miasmes des églises et tous leurs commandements, paillard à sa façon, en manque de Francisco et du goût de vivre par lui retrouvé, ils avaient préparé le terrain sans le savoir, peu à peu Alexandre était devenu aveugle, sans passé sans bagages... © »

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"H"

 
résumé : Après la mort de H à trente-cinq ans. Tout commence : "qui sait ? peut-être même qu'un jour la mort ne nous fera plus peur".

(extrait) « (lettre de H, 30 mai 1986) Ce qui s'est passé dans ta tête, je le comprends- te connaissant- c'est-à-dire que je ne le comprends pas vraiment. C'est étrange comme à la fois nous sommes si proches par certains aspects et par ailleurs si éloignés l'un de l'autre. Moi je ne pourrais pas, du jour au lendemain, cesser de donner de mes nouvelles à quelqu'un qui m'est cher, même si je me rendais compte que la réalité n'est pas ce que j'avais espéré : j'ai toujours été fasciné par ton incommensurable capacité à prendre des décisions et à t'y tenir, quels que soient le prix ou la douleur que ça te coûte. Dans un sens je dis bravo. Cela c'est sans doute l'apanage des gens exceptionnels. Mais où est l'humain dans tout ça ? Je sais combien tu es capable d'amour, d'amitié, de présence, de souffrance, en un mot de perception juste des êtres et des choses. Mais aussi cette brutalité, cet égoïsme, cette méchanceté parfois. Je ne dis pas ça par rapport à moi d'ailleurs, mais en général. Tu fais donc partie de cette race extrême qu'on appelle les purs. Pourquoi pas ? Je pense bien des choses à ce sujet, j'en ai même écrit quelques pages. Ce faisant tu as bien conscience d'être seul, et ça ne te déplaît pas. Tu cultives ce penchant de plénitude, tu t'y complais. Mais évidemment cela n'est pas si simple. La complaisance ne suffit pas. Il y a de la souffrance mais aussi l'orgueil, la certitude, sinon d'avoir raison- tu n'es pas assez bête pour ça- du moins de te sentir unique. Ce qui te suffit. Tu te suffis à toi-même donc. Et ça explique l'intransigeance qui est la tienne.
Et moi évidemment là-dedans, pauvre petit papillon, pauvre rose des vents. Pourtant je me sens bien unique moi aussi. Et j'ai bien le droit de vivre. Je sens tellement de choses en moi qui ne demandent qu'à éclore. Le temps. J'ai toujours compté avec le temps. Toi tu me bousculais. Sans doute avais-tu raison. Mais c'est contraire à ma nature. Il y a en toi quelque chose de contraire à moi. Est-ce là que réside ce malentendu que nous avons toujours traîné comme un fardeau ? Il n'empêche. Tu sais combien tu as et tu continues de compter pour moi. Je rencontre des gens que vaguement l'on connaît tous les deux, et je n'aime pas leur dire qu'on ne s'est pas vus depuis autant de temps. Au contraire j'invente pour toi les choses que tu fais avec en plus des compliments. Vois-tu, il fallait bien que je t'écrive. Mais ça n'est pas pour essayer de te revoir. Il n'y aurait rien de changé fondamentalement. Et toi tu continuerais à n'y pas trouver ce que tu cherches (ça me semble un peu mystérieux d'ailleurs). Alors je t'écris pour te dire quand même que je pense à toi. Moi j'ai un moral d'acier depuis que j'ai appris la nouvelle dont tu te doutes. Il faut dire que je me sentais très fatigué par moments. Mais enfin rien d'alarmant. J'ai à faire des examens tous les mois. Les premières analyses révèlent que je ne suis que porteur sain. On peut vivre ainsi 2 ans comme 40. J'essaie de mener une vie saine (nourriture...). Finalement ça n'est pas bien méchant. Avant les résultats, l'idée d'être porteur m'effrayait. Et puis quand je les ai eus en main ces résultats, ça ne m'a fait ni chaud ni froid... J'arrête là ce chapitre. Je vais voir Mark en Provence assez souvent. Heureusement qu'il me reste lui.
Et finalement, pourtant, la solitude ne m'effraie pas (je ne vois personne, pour ainsi dire, à part un peu Jacques, et Mark quand je vais là-bas). La mort non plus ne m'effraie pas, et j'y pense souvent. Ou alors l'éclair d'une seconde parfois, avant le sommeil, et encore cet éclair est-il atténué par l'engourdissement de la nuit. Mais surtout, à ces brèves inquiétudes et au petit cortège d'ennuis auxquels s'attache cet état, je trouve de grandes compensations : chaque matin je m'éveille au jour avec bonheur. Je t'embrasse, H © »

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"L'acharnement de soi-même"

 
résumé : une parenthèse dans la vie de Hugo, l'hôtel du Palais dans une ville qui ressemble à Amsterdam, la mer. Le cercle des amis de Hugo au Palais dont il est la lumière alors que lui-même essaie de survivre à la mort de Vincent. Cette ville où la chanteuse Bill Feria dit-on s'est suicidée dans la tour qui porte son nom désormais.

(extrait) « On croyait à l'esprit. On baisait n'importe où, dans la vigilance de l'esprit. La vie ! J'aurais compté mes sous, j'en aurais gagnés toujours plus, j'aurais donné des coups de pied dans les carcasses qui m'empêchaient de marcher, jusqu'à ne plus les voir. Je ne t'aurais jamais quitté, t'aurais gardé pour moi, jusqu'à ne plus savoir quoi faire de toi. Je me serais interdit toute pensée, n'aurais jamais choisi, je m'en serais remis aux choix d'il y a longtemps, je serais mort ainsi, parce que c'était la vie. L'animal cherchait sa proie, là en plein jour, il buvait l'eau du fleuve, il dévorait à tout venant. Il se mit à pleurer. A son tour il se fit dévorer. Gisant, couvert de mouches, il entendait encore battre son cur. Il décida alors de glisser dans la nuit, il s'y engouffra auréolé de toutes ses blessures. Tout changea. Les mouches une à une s'en allèrent voir ailleurs, elles ne supportaient plus l'odeur, ses yeux cherchèrent et cherchèrent, il se surprit à voir mieux qu'en plein jour. Finalement je t'ai laissé aller, j'ai gardé dans ma main des traces de baisers, sur mes lèvres des mots, un jour je me suis décidé à choisir, jamais comme ils voulaient, de doute en doute on s'est gardés : ce fut la nuit. On avait tant souffert, ton agonie la mienne, je ne voyais plus rien, parfois je t'entendais sourire, je décidai de rester. A l'animal tu pris sa chair défaite. Il me donna ses yeux. La nuit s'illumina à force de noirceur, le jour devint un souvenir de mort. Aujourd'hui on ne sait plus. Parfois je sens ta langue qui lèche la plaie qui se réveille. Pour toi je m'en vais rôder dans les terres d'avant, j'y sème le désordre, je fais tout à l'envers et lorsqu'on se retrouve tu me donnes raison. J'attends le jour où s'allumera la nuit et où les animaux retrouveront leur mère. Ils pueront des carnages anciens, ruisselleront d'écume dans le creux de leurs yeux. Ce sera la fin. A moins que toi et moi on invente autre chose. © »

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"La solitude du Mal"

 
résumé : des meurtres sans explication, il crevé et sable sur le sol, qui ressemblent au roman noir qu'écrit Léo Tirictiscu au moment où il rencontre Coutil, rencontre qui fera s'envoler la frontière entre le livre et sa vie.

(extrait)
« ... Oui, on a retrouvé un nom chez deux des victimes, un certain Jean Lejuste. Malheureusement il y en a un seul dans l'annuaire et il n'est pas à Paris depuis six mois."
Ils se turent au même moment. Minuit était passé. Et avec lui le verre de la vingt-quatrième heure. Léo pensait à son roman. Ces meurtres de Paris avaient fait irruption dans sa vie à peu près en même temps qu'il avait commencé ce dernier. C'était une coïncidence qu'il n'aimait guère. Et voilà qu'aujourd'hui ils paraissaient s'installer chez lui, sous l'apparence d'une Noire aux allures de vieille fille, de surcroît flic et communiste. Il aurait souhaité la foutre dehors, retourner à son ordinateur et continuer à écrire dans la solitude qui seyait à l'écrivain. Il n'en fit rien. Un écrivain ne refuse pas le monde. Sans le monde il n'est rien. Il repensa au Diable du parc del Retiro. Son sourire angélique semblait presque réel. Léo avait besoin d'horreur, de misère. Ils étaient son miroir, cet autre lui-même dont il gavait ses pages. Le résultat ne ressemblait à rien, comme un désordre ordonné par ses soins, une nuit qui prendrait de l'éclat. "Qu'attendez-vous de moi ?" finit-il par lui demander.
"(elle soupira) Je ne sais pas Léo, je ne sais pas ! Que vous me disiez ce que vous en pensez, la psy qui s'occupe de l'affaire est nulle ! que voulez-vous que la science nous apprenne là-dessus ! j'ai lu vos livres, ils ne ressemblent pas à ce que j'ai lu auparavant et ces meurtres non plus ne ressemblent pas à ceux que j'ai connus, d'habitude il y a toujours une piste, des pistes, je vous le disais : ceux qui tuent ont toujours leurs raisons et là, là voilà, je ne sais pas, je suis seule, seule avec l'Anguille, autant dire seule !
- C'est qui cette Anguille ? demanda Léo en souriant.
- Vous le connaîtrez bien assez tôt, c'est monsieur Tout-le-Monde, il habite près de chez moi en plus !... Alors, dites-moi.
- Ce que j'en pense ? Si je vous disais ce que j'en pense nous serions encore là demain, et les jours suivants.
- Mais c'est bien, ça ! (soudain elle s'animait à nouveau), on peut se revoir si vous le voulez, vous pouvez juste commencer maintenant, juste un peu.
- Quelle confiance vous me faites ! Ecoutez, je ne suis pas de la police, je suis juste écrivain, un écrivain écrit, il n'arrête pas les coupables.
- Ce n'est pas ce que je vous demande, mais enfin vous m'avez dit vous-même qu'un écrivain avait besoin des autres !
- C'est vrai, mais c'est plus sournois que ça, il doit surtout veiller à demeurer libre, c'est là-dedans que ça se passe, à l'intérieur de cette liberté, contrariée, confrontée aux autres. Si je vous donne mon opinion, je vais vous parler de ce que je suis en train d'écrire, ça n'a pas de sens, ou peut-être plus tard. Non, vous, dites-moi ce que vous voulez que je fasse, je le ferai.
- Merci, répondit-elle simplement."
Elle indiqua à Léo les références des livres découverts, où il pourrait se les procurer et les numéros des pages arrachées. "Et puis si vous voulez me revoir, ajouta-t-elle, voilà mon téléphone. Quoi que vous en pensiez je respecte trop les artistes et je vous crois. Vous avez tout votre temps. C'est ceux qui vont mourir qui ne l'ont pas. Il y en aura d'autres.
- Comment le savez-vous ?
- Vous le savez aussi ! (elle se leva) Je ne regrette pas d'être venue, vous ne trahissez pas vos livres, c'est rare." Ou elle était sincère, ou alors elle était singulièrement maligne. Elle avait touché juste. Léo avait rencontré trop peu de gens qui l'aimaient pour de bonnes raisons pour ne pas aimer un peu cette Gaby aux boucles d'oreilles. Il irait chercher les livres. Et puis il ferait un tour à Londres... © »

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"Amalia"

 
résumé : Amalia Sané photographe, qui vit avec Tadzio le petit singe de Lisbonne, Amalia dont personne ne veut des photos et qui recherche pour se venger celui qui un jour lui a donné sa caméra (VL), Julien Rivière, le seul qui la comprend, le plus beau.

(extrait) « Ils étaient assis dans le salon. Il avait l'air fatigué elle lui tenait la main. "Papa et maman, je vous présente Amalia, et lui c'est Tadzio, mon préféré." L'homme m'a regardée droit dans les yeux. Il a hésité et puis sans me quitter des yeux il m'a tendu une main osseuse. Il n'a rien dit. Il n'a pas prêté un regard à Tadzio. C'est son regard qu'il ne faut pas oublier. C'est lui qui a tué Julien. Tadzio se serrait contre moi. Alors Julien lui a pris la main. Elle, elle m'a embrassée. Et puis elle a regardé Julien. Elle l'a regardé comme s'il n'avait pas grandi, qu'il était encore dans sa chambre à Trouville. Comme si elle ne pouvait plus rien faire d'autre que le regarder. En voyant Tadzio elle a dit : "Qu'il est beau !" Elle est plus jeune que lui mais elle ressemble aux vieilles de mes photos. Elle est belle et malade. Malade de n'avoir rien pu faire. D'avoir perdu Julien. Elle fume, elle a une voix fado. Elle nous a proposé à boire, avec Julien on s'est regardé en riant. C'est là que j'ai entendu la voix de son père. Une voix qui traîne. Qui traîne toute la ratatouille engloutie. Il voulait parler à Julien d'un machin rapport à ses affaires. J'ai vu Julien hésiter un instant. Puis il a dit : "Non, demain, il est tard. On va rentrer avec Amalia et Tadzio". Le père n'a pas bronché, il a ouvert "Le Monde". La voix de Julien fait du bien, surtout quand il dit "Tadzio". La voix douce avec son couteau tue la voix qui traîne. Sa mère nous a raccompagnés jusqu'à la porte. J'ai vu une photo d'elle jeune sur le mur de l'entrée. Elle a tenu ma main dans la sienne avant que je parte : "Que faites-vous dans la vie ?" Le genre de questions rudimentaires qu'elle déteste habituellement mais pas cette fois. Julien a répondu pour moi : "Amalia est photographe". Il m'a regardé comme s'il avait dit que j'étais une pute. Il m'a souri. Sa mère gardait encore ma main dans la sienne : "Revenez quand vous voulez, mon mari est plus chaleureux qu'il n'en a l'air". Nous sommes partis. Un instant j'ai pensé : Et si monsieur Victor s'était trompé sur le père de Julien. Après tout je n'ai aucune preuve. Cela n'a pas duré. Ça ne s'invente pas ce genre de choses. Comme Julien avait dit, elle est photographe, on ne peut pas la tromper sur un regard. Ça fait partie de la manipulation d'innocenter tout le monde. Il lui a fallu du temps pour comprendre, ce n'est pas aujourd'hui qu'elle est si près qu'elle va se laisser distraire par la ratatouille des bons sentiments. © »

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Amalia




"L'Insecte"
Éditions du Seuil - collection Solo, dirigée par René de Ceccatty
 


résumé : monologue du virus du sida : On a beaucoup parlé de moi et pas d'eux.

(extrait) « je les ai vus moi virus du sida, moi je sais combien ils ont ri, même rire de la mort, rire entre eux de la mort, c'est comme ça qu'ils ont commencé à en savoir plus sur la mort que tous les autres réunis : en riant, en parlant, de là sont nés leurs mots, puisque les autres se taisaient ils parleraient eux, leurs mots à eux, le contraire des mots nada qu'ont les autres, les mots nada qui rejettent en disant le contraire, les mots nada qui édifient des murs contre tout ce qui ne leur ressemble pas (le mot "morale" par exemple, pour les autres la seule morale consiste à préserver leur implacable système immunitaire, la preuve : leur "morale" a été plus forte que n'importe quelle compassion pour eux, parce qu'eux étaient pédés) les mots nada qui maintiennent l'ordre dans l'implacable système immunitaire qui protège et "la vie" et les autres, c'est pareil, leurs mots à eux désordonnaient, comme les mots que certains d'entre eux criaient devant les autres, que certains d'entre eux criaient pour ceux qui parmi eux en étaient réduits à se cacher pour ne pas "avouer" qu'ils étaient pédés, ou pour ne pas "avouer" leur mauvaise maladie, ou parce qu'ils n'avaient pas la force, plus la force : déjà marcher devenait difficile, alors crier, et quand eux criaient leurs mots qui désordonnent les autres continuaient à se taire, étonnés qu'ils étaient que eux puissent encore trouver l'énergie de crier, presque choqués que eux ne meurent pas sans la ramener... © »

article dans "Le Monde": https://archive.is/VyGL

Amazon: https://www.amazon.com/Linsecte-French-Edition-Jean-Michel-Iribarren/dp/2020407205

voir interview France Culture

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L'insecte

Yaguine

Undead

Wild Samuel

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"Yaguine"

 
résumé : dialogue entre JM et Yaguine, l'enfant malien mort caché dans la soute de l'avion qui devait le porter jusqu'à la France.

(extrait)
« Plus tu écris et plus tu cherches à répondre à cette question : à quoi servirait d'écrire ? Parce que tu ne te résous pas à ce que ça ne serve à rien. Parce que s'il n'y avait pas une raison aux mots il n'y aurait pas de mots. Parce que même écrire pour rien c'est encore écrire pour quelque chose. Il y aura toujours quelque chose. Tu courras toujours après ce quelque chose et toujours tu essaieras de le trouver, peut-être sans le nommer. A moins que tu n'aies déjà trouvé et que ce soit l'amour des amants. Alors il n'y aurait plus rien à trouver, plus rien à chercher ni à dire ? Justement non, parce que l'amour des amants est toujours un commencement, le seul qui échappe à la fin. Tu écris à cause d'Hervé, à cause d'Alfredo. Tu écris à cause de l'amour des amants. Tu n'écris pas pour comprendre. Tu écris pour l'amour des amants, pour qu'il grandisse encore, bien plus grand que la vie : tu écris pour lier. Tu veux lier pour perpétuer le meurtre de la vie. C'est Yaguine qui l'a dit : elle ne mourra jamais alors il faudra la tuer sans cesse. Là, il n'y aura jamais de fin. Avec les mots et l'amour des amants tu as trouvé ce qui échappe à la fin. Tu ne finiras pas. © »

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"Undead"

 
résumé : autobiographie.

(extrait) « j'ai marché toute la journée, je sais plus où, dans ces grandes avenues où je sentais le souffle de ma vie, où ma vie était déjà là sans moi qui m'attendait, y avait en ce temps dans Paris une partie de moi qui me courait après, qui désarmait pas... vers le soir j'ai pris le chemin du retour, je suis monté dans un bus qui me ramènerait chez moi, rien avait changé, simplement j'avais arrêté de travailler le temps d'une journée, j'étais assis au fond du bus, à un moment j'ai regardé en face de moi : il devait avoir mon âge ou un peu moins, il était blond, il était magnifique de beauté, je lui ai jamais parlé, il sait pas qui je suis, je lui dois tout... c'est en le voyant lui, ce garçon blond qui avait je crois un manteau vert, qu'en une seconde j'ai basculé : vers moi, pour ce que j'ai toujours appelé l'acceptation, pas la résignation, l'acceptation des garçons, que ce serait ça et pas autre chose, que depuis toujours j'étais homosexuel, sale mot mais puisque c'est le mot : c'est ce que j'étais, en une seconde ça m'a paru magnifique de l'être, et stupéfiant d'avoir tant attendu, j'allais le dire à la terre entière, la terre entière allait le savoir, je voyais celui que j'étais déguerpir sans demander son reste, il reviendrait plus jamais, je le plantais là l'inaudible, il me laissait aucun regret, il me dégoûtait presque et avec lui tous ceux qui l'avaient forcé à rester inaudible... en même temps j'avais envie de leur dire merci à ceux-là, tous, les humiliateurs, les empêcheurs, je leur devrai toujours tout aux humiliateurs et aux empêcheurs, je leur devrai toujours cette seconde dans le bus, sans eux y aurait jamais eu cette seconde, ce moment où tout a basculé, où demain s'est écrit d'un seul coup, tout ce qui allait venir, j'en voudrai jamais au malheur comme les autres lui en veulent, le malheur m'a tout donné de jamais l'avoir accepté, les empêcheurs de jamais leur avoir cédé, cette seconde restera pour toujours indescriptible, y aura jamais de mots pour dire ce que c'est de devenir soi-même, ç'allait se voir physiquement le changement dû à cette seconde dans le bus, ç'allait se voir pour tout, je viens de cette seconde qui elle-même vient de si loin que je saurai jamais d'où : de l'enfance peut-être, de l'oppression que c'est l'enfance, que ce sera toujours et quelle que soit l'enfance, l'oppression que c'est la famille, que ce sera toujours et quelle que soit la famille, elle venait la seconde du garçon à la barque qui me souriait près du canal et que j'avais laissé repartir, de cet autre croisé devant un marchand de journaux, elle venait peut-être de Lucien quand il avait dit l'important c'est d'aimer, elle venait de la solitude, ces nuits passées seul avec Kali dans ses pattes et son flanc, de tous les regards assassins que j'avais dû affronter, elle venait du meurtre ma seconde, de tous ceux qui sont morts parce qu'ils ont jamais eu comme moi une seconde dans un bus une fin d'après-midi : elle venait de tous les autres, de lui le garçon blond qui saura jamais ce que je lui dois, ceux d'avant moi qui comme moi un jour s'étaient pas résignés, ceux d'après moi qui comme moi se résigneraient pas que le monde soit ce qu'il est, impitoyable et sans aucune raison, assassin et sans aucune raison, et nos bourreaux, un grand merci à nos bourreaux d'être ce qu'ils sont, on leur doit à nos bourreaux de pas leur ressembler, de pas aimer la vie qu'ils servent avec tant de zèle et sans aucune raison, qu'ils continueront de servir avec autant de zèle qu'avant et sans aucune autre raison que celle de faire des victimes, toujours davantage de victimes, elle venait ma seconde de Vincent et elle lui reviendrait, tout pouvait commencer. © »

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L'insecte

Yaguine

Undead

Wild Samuel

Géant

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"Wild Samuel"

 
résumé : Wild et Mathieu se connaissent à l'âge de onze ans, leur lien est si fort qu'ils peuvent même se retrouver dans leurs rêves. Mathieu meurt à vingt ans. Wild ne pourra se résigner à être séparé de lui et le recherchera même malgré lui, accompagné par Ankhchen, la femme mystérieuse et si proche à la fois qu'il retrouve à Berlin.

(extrait) « Il pousse la porte. La salle est dans le noir. Il laisse à ses yeux le temps de s'habituer. Il regarde l'écran et il ne comprend pas qu'il paraisse si près alors qu'il sait que cette salle du Normandie est immense, il la connaît bien. Machinalement il ressort. Il regarde sa montre. Seize heures dix-huit. Il regarde à côté de la porte. Il s'agit bien du documentaire sur les lions dans la grande salle. Il entre à nouveau. Même manège. Les yeux doivent s'habituer à l'obscurité. Mais la salle est toujours aussi petite. Et sur l'écran, ce n'est pas le film sur les lions. C'est le film 1900, avec Robert DeNiro et Gérard Depardieu. Il avait vu le film au Quartier Latin avec Mathieu, il y a longtemps. Il ne ressort pas. Il vient de reconnaître la salle. Il n'est pas au Normandie mais au cinéma La Boîte à Films de l'avenue de la Grande Armée. La Boîte à Films était une institution, une institution qui a fermé depuis pas mal d'années. Ils y allaient souvent. Il se rappelle qu'ils y avaient vu Les trois jours du condor avec Faye Dunaway qu'ils aimaient tous les deux, ils avaient discuté longtemps sur le film après la projection, passionnément. Ses yeux sont complètement habitués à l'obscurité. Il y a deux personnes dans la salle. Il ne veut pas ressortir. Il s'assoit deux rangées derrière les deux personnes, au milieu. DeNiro, qu'il est beau disait Mathieu dans la salle du Quartier Latin, en costume et cravate, monte un escalier dans une grande et belle maison. Une femme descend un autre escalier, ou le même, c'est Dominique Sanda. DeNiro et Sanda se voient au même moment. Elle lui demande une cigarette, il dit qu'il ne fume pas. Wild n'a jamais revu le film. Il a tout oublié de l'intrigue. Il pense à Ellen qui s'est mise à fumer. Il se dit, si je sors, je vais rater le film et puis comment faire pour voir mes lions, qu'est-ce que je vais leur dire à la caisse ? Il en sourit. Etale ses jambes. Tout va bien, il se débrouille seul. Ankhchen serait contente. Depardieu aussi était beau à cet âge. DeNiro et lui étaient comme des frères dans le film. Wild pense, tout va bien. Il a envie de rire. Il regarde les deux personnes deux rangées devant. C'est un homme et une femme. L'homme a l'air jeune, la femme moins mais il n'est pas sûr. Une mère et son fils ? Ils se chuchotent des choses. Le garçon rit. Wild n'arrive pas à voir les traits de leurs visages. Passe du temps. Une main sur son épaule, Monsieur, le film est fini. Il s'est endormi. C'est le garçon de la salle, celui avec la femme plus âgée. Le garçon lui sourit, vous vous êtes endormi, Monsieur. C'est dommage, il ajoute d'un air malicieux. J'espère que vous ne m'en voulez pas de vous avoir réveillé et il lui fait un clin d'il. La femme l'attend près de la porte. Il la rejoint. La femme se retourne vers Wild avant de franchir la porte. Wild reste seul dans la salle de la Boîte à Films. Le générique continue de défiler. Quand je dirai à Ellen que je me suis endormi moi aussi ! Puis il pense, mais comment lui raconter ça ? Personne n'entre dans la salle. Il finit par se lever. Pousse la porte. Descend l'escalier du Normandie et se retrouve sur les Champs. Il regarde sa montre. Seize heures vingt. Il se demande s'il ne devient pas fou mais il ne se le demande pas sérieusement. Pardon Madame, vous avez l'heure ? Oui, dix-neuf heures. Il n'a que le temps de retrouver Abdel, Jean-Loup et Jules dans le quartier des Buttes-Chaumont. Il remet la montre de Mathieu à l'heure. © »

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L'insecte

Yaguine

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Géant

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"Géant"

 
résumé : une heure dans la vie de trois personnages, la même heure. Vincent l'écrivain, dans sa chambre à Paris. Léa dans sa chambre d'hôpital où elle va mourir. Et Ben, le jeune cardinal noir au conclave de Rome qui élira le prochain pape.

(extrait) « (Ben) Le cardinal Gautier s'avance, il me sourit, son assiette à la main : Paris vote pour moi. Samuel était un ami de Louisa, la fille des propriétaires de ma petite chambre des Buttes-Chaumont. On s'est aimé tout de suite Samuel et moi, platoniquement. On refaisait le monde dans sa chambre comme peut-être je ne le referai jamais si je suis élu pape, dans les cafés, sur les trottoirs. Louisa, un jour, m'avait emmené dans la maison que ses parents avaient à Biarritz, elle était amoureuse de Samuel qui ne pensait qu'au concours du Conservatoire qu'il a réussi peu après. De tous ceux qui sont dans cette chapelle, je suis, peut-être, celui qui a le plus vécu, le plus jeune et celui qui a le plus vécu, je ne m'en vante pas, je n'ai pas choisi, quand j'ai fini par choisir, j'avais déjà beaucoup vécu. On dormait dans la case de 50 mètres carrés dans de vieux sacs de couchage. Plus tard les chats de poussière de mama dormaient sous des sacs à patates reprisés, fragiles. Je suis pour les fragiles. Être fort pour les fragiles. Visconti ne tient plus en place. C'est un junkie de la clope. Il est en manque. Je sens que Léa pense à moi. Je lui tiens la main. Quand elle était venue me voir à Rome, elle avait déjà les prémices de sa maladie. Dégénérescence du cerveau. On marchait le long du Tibre en parlant de Vous, de Vos livres, du petit curé de campagne, de que 'tout est grâce', de Votre cruauté, je disais à Léa que les cruels, c'était nous. Je dis ça mais c'est Vous aussi, nous ne faisons que répondre à Votre cruauté. Quel silence tout à coup. Seulement le tonnerre dehors. Même Visconti ne me regarde plus. Danilo me regarde encore. Samuel disait que j'aurais dû faire du cinéma parce que j'étais beau. A la résidence Sainte-Marthe, nous pouvons parler. Je suis devenu très ami avec mon concurrent, le cardinal d'Angelo. Je ne suis pas sûr que lui non plus en ait très envie. C'est un bon vivant qui mange comme quatre pendant les repas. Le futur pape, si c'est moi, aura une sur qui fait les ménages dans un hôtel cinq étoiles de Tombouctou, l'Hôtel du Désir par-dessus le marché. Un frère qui est pêcheur, sur le fleuve Niger, et un frère aîné qui travaille aux bagages à l'aéroport : Republica, Mamby et Laurent. Mama répétait qu'elle nous aimait chacun autant mais ce n'était pas vrai, j'étais son préféré. A moi, elle ne me passait rien, à eux oui. © »

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L'insecte

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"Rollercoaster trilogie"

 

premier roman : "Décal'âge"

résumé : Velma est veuve depuis un an. Alain, l'homme de sa vie, est mort. Elle décide de s'en aller à la recherche de son fils parti il y a dix ans aux Etats-Unis et dont elle n'a plus de nouvelles. Ce roman raconte la quête de Velma là-bas, loin de Paris.

(extrait) « tout le monde a pas cette chance d'avoir un Alain, ou Alain une Velma, laquelle chance se paye par un désert quand l'un meurt et que l'autre reste, puis elle s'est dit que Bill était un battant, un de ces types qui chaque jour repartent à la reconquête, d'eux-mêmes et de leur brother, les forts sont là pour les fragiles, elle s'est dit ça, et elle s'est dit que c'était aussi pour ça qu'elle était là, pour Frédéric, abandonné aussi, I dont give a fuck about that shit, et ils ont fumé sur le ponton devant le restaurant, face à la mer, j'en ai rien à foutre de ces conneries, c'est ce qu'a dit Bill quand elle a dit en riant que ça devait être interdit de fumer trop près du restaurant, et il avait raison, on fait rien dans la vie si on commence à se faire emmerder par des interdictions de ce genre, c'était bon la cigarette avec Bill et Terry, dans son voyage y avait que des gens jeunes, la vieille c'était elle mais elle se sentait pas si vieille que ça, et eux non plus la voyaient pas comme ça, c'est pour ça qu'ils allaient vers elle, parce qu'Alain en avait fait une sacrée Velma, Alain et Velma ensemble avaient fait ça et c'était fait maintenant, la mort n'y pouvait rien, ni la solitude, ni les saloperies de la vie, Bill savait ces choses-là malgré sa jeunesse, il les savait d'instinct, il était magnifique, un héros, à la dérive peut-être mais un héros, les autres héros sont pas intéressants, il a bien fallu se quitter, ils se sont pris dans les bras, elle et Terry, elle et Bill, take care, elle a dit, elle avait envie de pleurer mais elle ne pleurait pas, Bill a dit, brothers, il l'a redit. Et de nouveau, la route. © »



deuxième roman : "Rollercoaster"


résumé : suite de "Décal'âge" : New York, Frédéric, Velma (sa mère), Matthew. Matthew vit avec Frédéric depuis douze ans, il est aussi l'amoureux de la mère de Frédéric. Frédéric fait une émission de nuit à la radio : Streetwalk, sous le nom de Jimmy Prince. Et il y a ceux qui l'écoutent la nuit dont les chemins se croisent, et parmi eux, Diego, le jeune immigré qui rencontre madame Soledad, et aussi celui qui a écrit à Jimmy une lettre avec le mot 'rollercoaster'... jusqu'au virus qui désole NYC... mais la cité revit quand même...

(extrait) « Être ou ne pas être. Dit Sean. Non ! dit Marmelstein. Elle porte un pantalon en cuir alors que dehors il fait chaud, elle est venue en plan sexe, a murmuré Margot à Diego. Non ! Sean, ce n'est pas possible, vous ne pouvez pas commencer comme ça comme si vous demandiez, passe-moi le sel. Pourquoi Sean s'est-il lancé dans Hamlet, le monologue le plus difficile qui soit dans un cours de théâtre. Les théâtreux se taisent, attendent. Vous avez bien compris de quoi il s'agit, Sean ? Sean sourit. Je crois, c'est l'éternelle question, non ? Oui parfaitement, Sean, la question du suicide, recommencez. Pauvre Sean, il n'arrivera pas aujourd'hui à la fin de son monologue. Le pantalon en cuir de Marmelstein lui a donné de l'énergie électrique, elle ne lui passe rien. Vous le répétez encore chez vous, où vous voulez, récitez-le en marchant dans la rue, ce que vous voulez, nous vous récouterons la prochaine fois. James murmure à Sean, récite-le quand tu te branles, tu vois le plan ? Sean est en colère, contre lui-même, contre Marmelstein, mais il sait qu'elle a raison, Hamlet c'est l'enfer pour un acteur en herbe. Margot soupire. Margot vit chez ses parents à Manhattan, elle est énervée par Marmelstein, à elle non plus Marmelstein ne passe rien. C'est long de rêver jusqu'à arriver en haut de l'affiche. Les théâtreux rêvent tous du haut de l'affiche en sachant qu'il est peu probable qu'ils deviennent un Caprio ou une Meryl. C'est ça qui est beau chez les théâtreux, ils sont prêts à tout endurer pour leur rêve. Mais pas tous. Regarde Diego par exemple, il ne pense pas tant que ça au haut de l'affiche. Le haut de l'affiche il a l'impression de le tenir chaque jour, avec Soledad, quand elle lui parle de Vicente, quand il attend Lena dans la rue, à la sortie de sa galerie. James non plus ne se voit pas en haut de l'affiche, dans le regard de Claudine Steele, ou de Ronald, il y est déjà en haut, le rendez-vous avec le type de Vogue ne s'est pas bien passé, pourtant les photos ne sont pas à l'eau, tu es trop beau pour qu'ils ne les fassent pas, lui a dit Sean. Catherine parle avec Margot, elle vit dans le Queens, la journée elle travaille dans un supermarché, pour elle c'est le haut de l'affiche ou rien, elle ne sera pas caissière toute sa vie. Sean peint pendant la journée, quand il ne s'exhibe pas pour gagner ses dollars sur le site porno, sans montrer son visage. Ils sortent. Cigarette. Marmelstein passe à côté d'eux, bon week-end, elle ne reste pas. Elle court peut-être à un rendez-vous amoureux hard avec son pantalon en cuir, ou alors elle a un casting pour un petit rôle quelque part, les professeurs de théâtre restent des comédiens, ils ont renoncé au haut de l'affiche mais pas à jouer, elle parle souvent de son rôle dans le film de Scorsese, son trophée, ils l'admirent tous pour ça, Scorsese, mieux vaut un petit rôle chez Scorsese qu'un premier rôle dans un fim qu'on aura oublié dans deux ans. Retour au Smally, la cantine. Conversations de théâtreux. Ils ont vingt ans. L'avenir est là, tout près mais il peut encore attendre. Soledad attend Diego. Elle sommeille dans son fauteuil. Il ne rentrera pas tout de suite, il vit sa vie, il lui manque. Il lui manque quand il n'est pas là mais pour rien au monde elle ne l'empêcherait de vivre sa vie. Quand il revient elle est déjà couchée. Pardon, je n'ai pas pu revenir avant. Je ne dormais pas, Diego, racontez-moi. Elle se relève même. Vous ne restez pas au lit ? Comme vous voyez non, nous pouvons même continuer notre lecture mais vous êtes peut-être fatigué. Non, non. Il est fatigué mais il pense qu'elle doit l'être encore davantage que lui, il ouvre le livre. Racontez-moi d'abord. Il raconte le monologue de Sean. Pauvre petit, si jeune, aller se fourrer dans Hamlet ! vous voyez Diego, moi aussi j'étais un peu Hamlet à la mort de Vicente, je pesais le pour et le contre, mais Julio était là, j'ai choisi d'être, vous voyez. Et ce doit être ce qui arrive aussi à notre jeune fille du livre, cette Grace, enfin, j'imagine, nous n'en sommes qu'au début mais vous m'avez parlé d'une histoire de deuil, elle aussi si elle est là, c'est qu'elle a choisi d'être, croyez-moi c'est beaucoup plus dangereux d'être que de ne pas être. Il pense qu'elle, Soledad, Marmelstein ne l'aurait pas arrêtée si elle avait été Hamlet sur la scène de leur petit théâtre. Il est trop tard pour lire, Diego, restons un peu tous les deux, donnez-moi la main, nous ne risquons plus rien depuis mon vaccin. Mais nous nous donnions la main avant votre vaccin, dit Diego. Oui justement, c'est ce que je disais, nous vivions dangereusement, nous sommes pareils sur ça Diego. © »





troisième roman : "Hotel Monroe"

(en cours d'écriture)

résumé : suite de "Rollercoaster" : New York, Frédéric et les autres emménagent tous dans l'hôtel Monroe

(extrait) « Edgar, le chauffeur de taxi ami de longue date de Soledad, les amène à l'hôtel. Je vais acheter un hôtel, Edgar. Madame Soledad, vous avez toujours aimé les hôtels. Vous me connaissez bien, Edgar. Vous voyez Diego, Edgar n'est pas étonné. Et Diego de penser, qu'est-ce qui nous étonnerait d'elle. Et de le lui dire, c'est ce qu'on aime en vous, que rien ne nous étonne. Vraiment rien, Diego ? Et il pensait que oui, elle l'étonnerait toujours et que ce n'était pas étonnant. Est-ce que les arbres sont en fleurs, Diego ? Pas encore. Oh il me tarde, ces hivers n'en finissent jamais, c'est la barbe à force. Bertha les attend sur le seuil de la grande porte de l'hôtel, habillée de rouge elle parle avec Velma. Arrivée au bras de Diego, Soledad embrasse Velma et serre la main de Bertha, chère Bertha nous y sommes, nous sommes prêts. Diego s'émerveille à peine entré. Elle le sent et lui presse le bras. Vous êtes mes yeux, Diego, comme toujours, décrivez-moi tout, les moindres détails. Et les voilà qui déambulent dans l'hôtel fantôme. Ils ne prennent pas le grand escalier, ce serait trop fatigant pour elle, il y a un seul ascenseur, impressionnant, circulaire, gothique, dit Diego. Pourtant arrivés au deuxième étage, elle décide de monter l'escalier jusqu'au dernier étage. Pourriez-vous me faire visiter ma suite, Bertha ? La porte s'ouvre. Elle ne dit rien. Diego pense, elle pense qu'elle va finir sa vie là, dans cette suite. C'est magnifique. Elle s'attarde dans la salle de bain. S'assoit sur le canapé couleur or. Diego, allumez-moi une cigarette, cela ne vous dérange pas Bertha ? Il ne manquerait plus que ça ! La cigarette dans l'ombre incandescente, ils ne disent rien, Bertha et Velma allument une cigarette à leur tour. Ils redescendent aux cuisines du premier étage. Vous voulez voir la piscine, Soledad ? Elle préfère rester dans le grand hall. Vous pensez à quoi, lui murmure Diego à l'oreille. À la facture d'électricité, Diego, je n'y avais pas pensé avant, heureusement qu'on ne dépend pas de ce gaz russe, et elle se met à rire. Velma parle avec Bertha des livres qui tapissent le hall, elle cherche les poèmes de Matthew, elle ne les trouve pas, ils y sont sûrement, dit Bertha, mais les gens ne remettent jamais les livres à leur place. Je vais faire un tour, dit Soledad. Vous êtes sûre, demande Diego, je ne vous accompagne pas ? Ce ne sera pas long. Ils la regardent de loin. Elle avance doucement. Elle s'arrête. Elle pense qu'elle aura du mal à dormir cette nuit, les choses se bousculent dans sa tête, elle aime ça, elle a peur mais elle aime ça, ne pas se rendre, avancer dans le noir en sachant qu'il est là, pas loin, lui. Elle regarde les livres, en sort un (quel livre vous avez regardé tout à l'heure, lui demandera Diego, je ne sais pas, et puis mes yeux, vous savez bien mais j'aimais sentir le livre dans mes mains, vous savez bien). Les autres la regardent, un peu inquiets. Elle revient. Vous voyez Bertha, un hôtel c'est une âme, tout est une âme, n'est-ce pas Diego ? Au retour dans le taxi, elle lui demande, je me demande si cet endroit est hanté. Des fantômes vous voulez dire ? Oh tout de suite les grands mots, Diego, disons plutôt des âmes, vous voyez. Nous le saurons le moment venu, dit-il. Vous croyez aux fantômes, Diego ? Diego pense à la Femme, cette femme dont ils ont souvent parlé, celle qui l'avait empêché de mourir plusieurs fois, pendant le terrible voyage du Mexique à New York, et aussi quand il vivait dans les rues, Eva comme il l'appelait, la Femme. Vous pensez à elle, Diego, n'est-ce pas ? Elle n'est pas un fantôme, elle. Je sais, je sais, mais vous y pensiez et moi aussi. Alors vous allez l'acheter ? Elle regarde son appartement, j'ai vécu là presque toute ma vie, j'en ai assez, oui, Diego, si vous êtes là, oui. Dans la nuit, il ne dormait pas non plus. Il avait peur pour elle. Mais si elle n'a pas peur, je ne dois pas avoir peur. Elle pensait, je ne vais pas trouver le sommeil, j'ai peur mais je n'ai jamais cédé à ma peur, même en 1993. Et finalement, au bout de plusieurs heures, elle s'endort et rêve qu'elle ést dans les couloirs de l'hôtel Monroe et qu'elle n'arrive pas à dormir, alors elle frappe à sa porte. Et il lui ouvre, il ressemble à Vicente. © »

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"Parce qu'eux"
Éditions Saint-Germain-des-Prés
(et autres poèmes)

 



Sachez-le ! Rien n'est ici à sa place et tout y sonne juste. L'amour surgit de ces poèmes comme de rites impurs ("des anges y croisent des robes noires"), le désespoir affleure sans l'emporter jamais. Car..., là où le verbe nous entraîne, "l'écume au loin des vagues éclaire un peu ces lieux". Force et lucidité de la vie incarnées dans les mots.
(Hervé Loyez)

« (pour le vin)

Pour le vin que je bois
Que je bois avec toi
Pour le cul que je prends
Pour ma main qui écrit
Pour les mots répétés
Pour les refus vainqueurs
Pour le temps arrêté
Pour l'Histoire qui espère, souvent au mois de mai
Pour ces rêves la nuit
Pour l'espoir malgré tout
Pour cet adolescent et son air triomphant
Pour la mémoire d'aimer
Pour la mer retrouvée
Pour mon père pour ma mère
Pour toi mon incroyable
Pour les instants ici à être bien ailleurs
Pour un sourire aux gueux
Pour nos dîners de rois
Pour l'amitié conquise
Pour les drames inventés
Pour nos vies au fusain
Pour la salle qui s'éteint
Et pour les larmes qu'on n'a pas fini de pleurer
Pour le plaisir traqué
Pour les quêtes incessantes
Pour pouvoir se le dire
Pour les matins à croire
Pour nos envies de fuir
Et pour quand on l'a fait
Pour se foutre du monde
Pour les regards du sexe
Pour la beauté mortelle
Après tout pourquoi pas ? © »


Amazon: https://www.amazon.fr/Parce-queux-Jean-Michel-Iribarren/dp/2243031795/ref=sr_1_2?s=books&ie=UTF8&qid=1431619725&sr=1-2&keywords=jean+michel+iribarren

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Parce qu'eux




France Culture : "Du jour au lendemain" par Alain Veinstein : "L'Insecte", de Jean-Michel Iribarren, éditions du Seuil, interview

Alain Veinstein : Vous êtes né en 58 Jean-Michel Iribarren et votre éditeur nous informe que vous avez exercé divers métiers dans la politique et le cinéma, la politique et le cinéma c'est pas tout à fait la même chose...

Jean-Michel Iribarren : II y a beaucoup de gens qui disent que c'est pareil, je ne sais pas... Vous voulez que je vous dise exactement ce que j'ai fait ?...


Dites ce que vous voulez, vous êtes libre...

C'est vrai que j'ai fait beaucoup de choses... le parcours qui m'a mené a l'écriture a été long... j'ai commencé à écrire tard, à l'âge de 30 ans à peu près et je crois que ce que j'ai fait avant n'a pas franchement d'intérêt... ce qui est intéressant, c'est que tout ça menait à l'écriture, que l'écriture était déjà là même quand je n'écrivais pas, que mon meilleur ami, dont je parle dans le livre, lui, voulait écrire depuis qu'il était petit, ça a été long...


Et vous c'est une décision plus tardive ?

Ce n'a pas été une décision, c'est toujours une chose qui m'a étonné... J'ai toujours voulu, ça paraît un peu bête à dire comme ça, je ne sais pas : trouver sa place, m'exprimer dans une chose artistique, et ça a pris des chemins contournés, j'ai fait de la radio, j'ai voulu être comédien, et cette place je ne la trouvais pas... j'ai même tourné un rôle dans un moyen métrage de Jean-Luc Godard, et je crois que ça date de là, je me suis dit : c'est vraiment lui qui crée quelque chose, moi rien... alors je me suis dit qu'est-ce qu'il me reste ? il me reste écrire, alors j'ai écrit... parce que ce livre, c'est quand même pas le premier que j'ai écrit, c'est le premier publié mais c'est pas le premier que j'ai écrit.


J'allais vous poser la question

J'en ai écrit beaucoup...


Et pourquoi n'ont-ils pas été publiés... d'après vous ?

C'est très difficile que l'auteur dise ça, parce que s'il dit : c'est la faute des autres, on va dire c'est facile... je crois que le chemin qui mène de toute façon à une certaine reconnaissance, il est long et j'ai toujours dit que tout le temps que j'ai écrit sans être publié, j'avais une extraordinaire liberté, je crois que peut-être je n'aurais pas écrit L'Insecte si je n'avais pas été autant refusé, parce que j'ai vraiment été extraordinairement refusé, partout... j'ai rencontré des gens qui me disaient en substance : c'est bien ce que vous faites mais on ne va pas l'éditer ou... enfin il y avait toujours des raisons, honnêtes ou moins honnêtes, je n'en sais rien... je n'en sais rien, c'est difficile parce que maintenant je suis publié, je suis dans une maison d'éditions, alors je ne peux pas non plus cracher dans ma propre soupe, mais en même temps pourquoi pas...


Vous êtes publié mais en même temps, avec ce premier livre publié, vous faites une expérience dont vous m'avez parlé par écrit, puisque vous m'avez envoyé votre livre avec une lettre, une longue lettre, bien intéressante, vous faites l'expérience du silence, vous êtes heurté, c'est le mot que vous employez, au silence qui a accompagné la sortie de ce livre qui est sorti il y a 2-3 mois, et depuis 2-3 mois pas assez d'articles selon vous, pas assez de retentissement médiatique...


Non, il n'y a pas que ça, parce que si ce n'était que ça... On m'a dit aussi que c'était le propre de tout auteur de se heurter, quand il a écrit, à un certain silence... vraisemblablement... Mais ce livre parle du silence, et en l'écrivant, et dans ce que j'ai écrit, j'ai dit qu'il se heurterait au silence... j'avais un peu anticipé le silence parce que je croyais qu'il ne serait pas publié, alors il l'a été, et même à bras ouverts, de manière presque un peu inquiétante, et le silence c'est plutôt après, ce n'est pas un silence total, c'est un silence sournois... Ce livre je m'attendais à ce qu'il soit - peut-être naïvement, alors que ce que j'ai écrit n'est, je crois, pas naïf, mais c'est peut -être ce qui prouve que je suis encore dans la vie dans ce qu'elle peut avoir de... je ne sais pas comment dire... - donc les gens qui auraient dû soutenir ce livre ne le soutiennent pas, on me dit qu'ils ne savent pas comment en parler...


Et vous pensez qu'un livre ne peut pas se défendre tout seul...

Oui... oui, à la limite c'est d'ailleurs ce qui pourrait lui arriver de mieux, sûrement même ce qui pourrait lui arriver de mieux, parce que je pense que quelquefois dans la manière dont on défend un livre il y a beaucoup de malentendus aussi... mais c'est difficile pour un livre de se défendre tout seul, je ne sais pas si c'est plus difficile aujourd'hui qu'avant... mais le problème d'écrire, c'est qu'on est très libre quand on écrit, presque trop, presque trop parce qu'on est quand même coupé d'une certaine réalité, même si c'est bien aussi de s'en couper de cette réalité, parce que peut-être si on n'en était pas coupé on n'écrirait pas, et peut-être qu'on est plus proche d'une réalité plus essentielle... mais en même temps quand ce livre est écrit, il a besoin des autres, il a besoin d'être défendu, moi depuis 2-3 mois je me pose la question : est-ce qu'un auteur doit vraiment défendre ce qu'il a écrit ? c'est une question... en fait je réponds toujours oui, il faut défendre ce qu'on a écrit... mais peut-être que l'on devrait laisser les mots... et puis tant pis s'il y a le silence, peut-être qu'on devrait se résoudre à ça... je crois qu'il y a un orgueil aussi de l'écrivain qui est mal placé, il y a une envie de reconnaissance, de gloire, de gloire oui, enfin de gloire c'est exagéré, qui est mal placée aussi, qui est mal placée mais en même temps si on a écrit c'est parce qu' on a envie que ses mots "passent", les mots qui ne "passent" pas ils meurent, et moi je parle du silence alors si ce livre reste dans le silence, c'est aussi un échec du livre.


C'est un livre, c'est le moins qu'on puisse dire, qui crée un trouble... chez le lecteur...

C'est-à-dire...


L'Insecte, là, que vous publiez dans la collection de René de Ceccatty, Solo, parce que d'abord on ne sait pas si c'est un roman, ou si c'est un récit autobiographique...

C'est déjà son problème, pour ceux qui seraient chargés de le défendre... c'est un livre qui ne rentre pas dans une catégorie, c'est pas un essai, ça pourrait l'être, c'est pas vraiment un témoignage mais ça l'est aussi, alors au bout du compte je dis que c'est un roman, je pense qu'à partir du moment où j'ai fait parler le virus du sida...


Oui, parce que ça, c'est l'autre élément du trouble, c'est que dans ce livre-là, et à ma connaissance il n'y en a pas beaucoup qui en font autant, vous donnez la parole au mal, qui aujourd'hui en effet est le mal absolu, le mal qui à l'intérieur même du roman tue les personnages...

Il les a tués déjà... oui... est-ce que c'est le mal absolu ?... Ce qui est écrit aussi dans le livre, c'est que le mal absolu, c'est peut -être de ne pas regarder le mal...


L'indifférence...

Oui, l'indifférence... mais l'indifférence quelquefois ça n'est pas voulu, alors qu'il y a aussi une volonté de ne pas regarder le mal, il y a une forme d'organisation qui est basée, bâtie sur : ne pas regarder le mal... Ce que j'ai essayé d'écrire, c'est que ce qui fonde la vie, c'est aussi de ne pas regarder le mal, que tout se ramène finalement à ça... Le virus du sida, le pauvre, il a fait son travail de virus du sida et si je lui ai donné la parole c'est parce que justement je me suis dit que personne ne pouvait raconter, que j'en étais là, que personne ne pouvait raconter ce qui s'était passé et que justement celui qui pourrait le mieux le dire, ce serait le virus du sida... mais à partir de là on est quand même dans un romanesque, c'est pour ça qu'on peut dire que c'est aussi un roman mais c'est vrai que je ne raconte pas vraiment une histoire...


Non, c'est pas vraiment un roman à l'eau de rose... donc, il parle, il monologue, ce virus dans un livre écrit par un autre, un certain Sang Inquiet, qui est séronégatif, et qui vit avec Or Vif...

Sang Inquiet, c'est celui qui écrit le livre... donc c'est moi... et Or Vif, c'est la personne avec laquelle je vis, oui...


Sang Inquiet, c'est de l'encre noire...

Qu'est-ce que vous voulez dire ?


II est très noir...

Je ne crois pas.


... par son inquiétude même...

Non, ce qui est noir c'est justement de ne pas être inquiet, alors franchement je trouve que les gens qui vivent sans être inquiets sont... inquiétants... et qu'est-ce que ça veut dire être noir ?...


Noir comme l'encre...

Mais encore...


l'encre de l'écriture de ce livre... parce que c'est tout de même un livre...

ah oui, c'est un livre...


un livre ça ne s'écrit pas avec rien, ça s'écrit avec son sang, c'est-à-dire avec de l'encre...

Oui mais ça reste des mots... on ne sait pas en fait ce que c'est... et quand on a écrit un livre, on se dit que si ce n'est qu'un livre c'est pas la peine, si ce n'est qu'un livre...


Et qu'est-ce que ça peut être d'autre...

Peut-être qu' on écrit aussi pour le savoir... je crois qu' on se pose tout le temps la question... mais vous me disiez c'est noir, je sais que les gens qui ont aimé ce livre ne l'ont pas ressenti justement comme un livre "noir", ils l'ont ressenti comme un livre qui, je ne sais pas, qui leur donnait envie de lutter, qui n'était pas un livre désespéré, et que justement peut-être en disant le désespoir, en disant le mal, en approchant le mal, c'est là qu'on s'en sortait... C'est quand même ce que j'ai voulu raconter : que mes amis qui sont morts, ou ceux que je ne connaissais pas, j'ai eu l'impression que justement ils n'étaient pas morts pour rien, et que c'était le silence des autres qui voulait que cette mort soit vraiment une mort définitive... Dans la première page, je parle de colera alegria, j'ai voulu écrire une colère joyeuse, parce que ceux qui sont morts, dont on n'a pas parlé, n'ont pas cessé de rire, n'ont pas eu peur d'affronter leur mal... Mais la vraie question c'est quand même celle que vous m'avez posée, vous me dites c'est un livre, évidemment c'est un livre mais on se dit quand même, même si on a écrit ça, qu'un livre c'est pas grand-chose quelquefois, on ne peut pas se contenter de se dire qu'on a écrit, parce que quand on a écrit un livre on se sent un peu "quitte" aussi avec ce qu'on a écrit... je crois qu'on écrit pour savoir ce que c'est qu'un livre...


Qu'est-ce qu'il vous a appris ce livre-là sur vous-même ?

Il m'a appris que j'étais encore en vie... je ne sais pas s'il m'a vraiment appris quelque chose sur moi-même... et il continue de s'écrire ce livre, peut-être qu'il m'apprend presque plus de choses maintenant, peut-être qu'il me met aussi au pied du mur maintenant, puisqu'on parlait du silence qui peut aussi entourer ce livre, se dire : qu'est-ce que je fais maintenant, par rapport à ce livre ? est-ce que je me dis : je l'ai écrit voilà ou est-ce que je le défends ?... Et les autres continuent à écrire ce livre, je crois qu'on écrit avant, on écrit pendant et on écrit après, on écrit même quand on n'écrit pas. Est-ce qu'il m'a appris quelque chose sur moi ? je ne sais pas si on attend d'un livre... c'est pas une psychanalyse, un livre... on n'attend pas d'écrire un livre pour apprendre des choses sur soi, je crois que c'est plus d'aimer qui vous apprend quelque chose sur soi... c'est la confrontation au mal aussi qui vous apprend quelque chose sur soi, je n'essaie pas de me chercher dans mes livres... je pense que quand on écrit il ne faut pas non plus avoir une idolâtrie de la chose écrite, il faut être assez humble aussi, il faut aller vers les mots mais les mots... il y a quelque chose de très impuissant dans les mots, j'ai toujours dit qu'on écrivait plutôt entre les mots que les mots eux-mêmes... en même temps il y a cette chose quand on a écrit de dire : c'est écrit, alors c'est écrit c'est fini, et moi je déteste ce qui est fini, je ne crois pas a la fin, je ne crois pas à la fin d'aimer quand on aime, et je ne crois pas à la fin d'un livre, je pense que ce livre je l'avais commencé avant, que je le continuerai après...


II n'y a pas de dernier mot...

Non... on aimerait...


Même pour le virus...

Vous savez le virus, je l'ai fait parler mais je ne le connais pas si bien que ça, je crois que celui qui a écrit le livre... qui n'est pas totalement là, parce que c'est quand même un grand problème de venir parler de son livre, d'un livre, peut-être d'un livre comme celui-là...


C'est pas vous Jean-Michel Iribarren... ?

Oui, mais... vous savez j'aime beaucoup Barbara et elle disait : quand je chante c'est moi et ce n'est pas moi alors c'est moi et ce n'est pas moi... C'est peut-être ça, la recherche de soi-même...


Et là c'est qui aujourd'hui qui est en face de moi... ?

Ecoutez, c'est celui qui a écrit le livre qui est dans un studio de radio et qui... qui écrit mieux vraisemblablement qu'il ne parle...


Ou l'inverse...

Qui parle mieux qu'il n'écrit ?...


C'est possible, non?

... oui, j'aime bien parler... j'aime bien parler de ce que j'écris... il faut trouver le mot, la chose qui va vous faire dévider la pelote, quand on parle... Vous savez, j'ai écrit un livre à propos des homosexuels qui sont morts et je sais qu'il y en a qui se sont dit : bon c'est très bien ce qu'il écrit mais ce n'est qu'un livre, lui il n'a pas milité, il n'a pas combattu, il est séronégatif en plus, ce n'est qu'un livre... ils n'ont pas tout à fait tort non plus mais ils ont tort aussi quand même, parce qu'un livre c'est quand même beaucoup, on ne peut pas dire que c'est tout mais c'est quand même beaucoup... peut-être que c'est ça aussi le silence sur ce livre, c'est de mésestimer la force d'un livre... parce qu'il y a une force des mots... et que les mots peuvent aller contre la mort, contre le mal...


Ça, vous le pensez ?...

ah oui si je le dis, quand même...


C'est une drôle de confiance que vous leur faites aux mots...

Oui mais regardez... Je sais que le personnage que j'appelle Tête Perdue dans le livre, mon meilleur ami, qui est mort en 1993, qui était écrivain, Hervé Loyez, je sais que cette histoire avec lui continue et je sais qu'elle a beaucoup continué par les mots, ce qui prouve bien que les mots ne sont pas que les mots... Si je devais un peu mieux expliquer : il y a eu dans beaucoup de choses qu'il a écrites et que j'ai écrites avant sa mort, des choses qui anticipaient sur notre histoire "après" la mort... vous savez quand on pense que quelqu'un est mort mais qu'il est quand même encore avec vous, on est bien désemparé devant cette présence qu'on sent et qui est quand même absente, elle est quelque part, si on en est persuadé elle est quelque part, elle peut être dans les mots... c'est peut-être un peu bizarre pour celui qui entendra ça... mais oui je leur fais confiance aux mots, c'est un fait, mais je ne les crois pas tout-puissants, et puis je pense qu'il y a les mots et puis il y a les mots, et puis il y a ce qu'il y a entre les mots, et puis il y a sa propre vie quand même, je pense qu'on ne peut pas dissocier les mots de sa propre vie, et que beaucoup d'auteurs écrivent, et sûrement moi aussi, sans se dire : où est ma propre vie dans tout ça ?... vous comprenez, si l'on est qu'une institution, ou quelqu'un qui vient faire son livre comme ça... les mots se vengent de ça, les mots attendent quelque chose dans votre propre vie... les mots exigent de vous, ou alors ils vous rattrapent...


Vous n'êtes pas le maitre du jeu (je)...

On l'est trop et pas assez, on l'est trop parce que rien ne vous empêche quand on écrit, on se sent un peu tout-puissant... on ne l'est pas assez parce que tout ce qu'on cherche à dire on ne l'atteint jamais, qu'on a vraisemblablement trop parlé de soi aussi, qu'on veut écrire pour se déporter de soi mais que les mots vous ramènent toujours à vous-même quand même... je ne sais pas si cela a un rapport quand vous me demandiez : se connaître soi-même...


Je vous ai demandé ça, moi ?

Oui... vous m'avez demandé si en écrivant je me connaissais mieux...


Je vous ai demande ce que le livre vous avait appris sur vous-même...

Ce n'est pas la même chose... ?


Pas tout à fait mais enfin ne chicanons pas... II y a les mots et il y a les noms, il ya les noms que vous avez donnés aux personnages: Tête Perdue, Sang Inquiet, Or Vif... comme des noms d'indiens...

C'est un peu ça oui... c'est parce que je ne voulais pas que ces noms soient... je voulais un peu qu'ils soient symboliques, emblématiques, que ce ne soit pas totalement la réalité, mais j'ai donné aussi d'autres noms... voilà, ça c'est fait comme ça, je n'étais pas à Paris d'ailleurs, je réfléchissais à ça et j'ai trouvé ces noms-là, Sang Inquiet, Tête Perdue, Petit Balafré... mais bon, il ne faut pas y voir plus qu'il n'y a...


Et les indiens ont subi toujours de terribles hécatombes...

Peut-être, c'est vrai que quand on écrit il y a beaucoup de choses qui... on se dit après : tiens j'ai écrit ça... effectivement, peut-être... peut-être c'est en ça qu'un livre n'est jamais fini parce qu'il s'inscrit dans un lien, alors pourquoi pas, oui, avec les indiens... c'est drôle ce que vous me dites parce que j'en parle presque plus dans le livre que je viens d'écrire, de l'histoire des indiens...


Vous écrivez sur les indiens...

Non. Mais j'ai écrit un livre là, mais je ne sais pas si c'est très intéressant qu'on en parle maintenant, à propos des deux petits Guinéens qui avaient été trouvés morts dans la soute de l'avion il y a un an... j'ai imaginé un dialogue entre moi et un des garçons de cet avion... et c'est vrai que là, il y a des histoires d'indiens oui...


Et là dans L'Insecte, il y a une ligne, le livre suit une ligne qui est une ligne de partage entre "eux" et "les autres"...

Alors il faut que je vous dise qui sont "eux" et qui sont "les autres"... ? C'est ça ?


Bien, oui... mais vous pouvez y renoncer aussi mais ça serait dommage parce que c'est quand même au centre du livre...

"Eux", ce sont les homosexuels qui sont morts du sida et ceux qui étaient à leur côté, les homosexuels qui étaient a leur côté; alors "les autres", c'est... comment dire ? C'est le grand problème des autres, les autres ! Beaucoup me disent : "les autres", c'est les hétérosexuels, je sais qu'on a envie que ce soient les hétérosexuels, c'est vrai que ponctuellement dans cette histoire du sida c'est les hétérosexuels mais pour moi ce livre ne tient pas si on dit que "les autres" ce sont les hétérosexuels, "les autres" c'est : tout le monde, et "eux" se sont détachés des autres dans cette histoire du sida, ils sont devenus : eux.


Tout le monde, c'est-à-dire...

Tout vivant. Tout vivant qui participe a cette perpétuation de la vie, à ce système qui ne veut pas regarder le mal... tout ce qui est complice de ce qui fait la vie...


Vous laissez entendre que "les autres", ce sont les vrais malades... ceux qui disent n'importe quoi, qui disent par exemple que le sida a tué l'amour...

Oui, cette chose du sida qui a tué l'amour, alors ça je... le problème, c'est qu'il faudrait que je raconte tout le livre si je me mets à parler de ça, parce que le sida n'a pas tué l'amour non, ça arrangeait de dire que le sida tuait l'amour mais le sida n'a jamais empêché personne d'aimer... je pense que ce qu'on appelle l'amour est quelque chose qui soutient aussi ce que j'appelle le système de la vie... aimer vraiment c'est aller contre la vie, vous savez cette histoire de dire que l'amour est plus fort que la mort... on nous fait croire que l'amour est partout alors que c'est faux, parce que s'il était vraiment partout la vie ne serait plus ce qu'elle est... aimer va contre la vie... et le sida n'a pas tué l'amour mais le dire c'était un moyen de laisser dans le silence la mort des homosexuels...


Le sida n'a pas tué le rire non plus...

Non, parce que tous ceux qui sont morts ont beaucoup ri, beaucoup vécu, sûrement bien plus que ceux qui sont vivants, et qu'on plaisantait de la mort... Un jour je me suis levé, à un de mes meilleurs amis je lui ai dit : "alors pas encore mort !"... il y a eu une extraordinaire dignité là-dedans... et beaucoup de vie... Moi, ce qui m'embête aujourd'hui, c'est que j'ai l'impression que, même chez les homosexuels, on ne veut pas parler de cette histoire du sida, parce que la vie aussi fonctionne comme ça, sur l'oubli... alors que je pense que, si on n'oublie pas, si on regarde le mal, si on regarde la mort, c'est là qu'on est vraiment vivant, je pense que c'est ceux qui oublient, ceux qui n'ont plus la mémoire, ceux-là sont morts... et ça se retrouvera...


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"L'envol"

 
lettres à ma mère - lettres de ma mère


31 juillet 1993 (lettre de ma mère)

Hossegor samedi 31.7.93

Mon chéri
Avec l'immense chagrin pour Hervé, il y a la rage aussi !
Mais il sera toujours avec nous trois, que "là-haut" on nous aide, toi surtout.
Il est bien là où il est, tranquille et heureux.
M. est arrivé, triste aussi, mais on va lutter pour faire q. q. chose de bien de notre vie comme l'était Hervé.
Tendrement.
Maman ©


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