Jean-Michel Iribarren

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"Vie d'Ange"

 
résumé : vie de Ange Tournoyeur, qui à l'âge de 18 ans décide de mourir jeune, à l'heure qu'il choisira, seule réponse qu'il trouve pour se venger de l'horreur : Ange voulait mourir du temps de sa jeunesse. Sa volonté était à la mesure de la rage qu'il mettrait à vivre et qui sait à regretter la vie : il était le désordre à lui tout seul.

(extrait) « Dans le soleil qui lui dessinait la jambe Ange regarda le garçon dormir. Dans l'escalier qui menait à la chambre ils s'étaient dit qu'ils reculeraient loin le moment de finir. Quand enfin ils jouiraient ils ne sauraient plus rien, de leurs mains, leurs cuisses, se tenir debout, couché, l'endroit, l'envers et le nom des saisons. Ils iraient tout au bout de leurs corps achevés, des règles édictées. Contre l'avis de tous, pour leur plus grand plaisir. Ils tremblaient de leurs gestes et des mots qu'ils disaient. A l'instant de jouir Ange avait senti la peur dans leurs spermes mêlés. Il ne se réveilla pas quand Ange fit couler l'eau puis s'habilla. Même le bruit de la porte le fit à peine bouger.
Dans la gare de l'Est ce samedi matin les gens partaient pour un week-end aux allures de vacances d'été. Dans une chaise roulante un jeune homme écoutait de la musique. Il lui fit signe d'approcher et lui tendit les écouteurs. Ange revit ce jour près du canal où pour la première fois il avait entendu la musique s'enfuir vers lui d'une fenêtre. Elle était encore là. Avec ses grandes ailes. Ange la rendit au garçon. Il lui revint une nuit où peut-être ses mains avaient redonné la vie. Il le prit dans ses bras et s'en alla. Il y avait des enfants dans les trains. Deux garçons se disaient au revoir. L'un des deux confiait qu'il n'aimait pas partir. Ange longeait un quai. Des militaires parlaient de cul. Ils moquaient l'un d'entre eux en le traitant de pédé. Ange se retournait. La gare s'éloignait. Il aperçut au loin un vieil homme qui semblait l'appeler. Il lui criait de rester encore un peu. Ange entendit des mots, plaisir, bouffe, révolution. Il n'avait pas remarqué un adolescent qui le suivait des yeux. Il vit Ange atteindre le bout du quai et descendre sur la voie. Bientôt il ne distingua plus qu'un point et puis plus rien. Alors le garçon monta dans son wagon, bouscula un passager sans s'excuser et alluma une cigarette. © »

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Vie d'Ange

L'il gauche de Vladimir

Le violeur

H

L'acharnement de soi-même

La solitude du mal

Amalia




"L'il gauche de Vladimir"

 
résumé : une nuit de Paris, noire, sans électricité, un homme et une femme sous les toits, un moine à la recherche d'un livre, un assassin, et Paris comme une femme veillant sur ses enfants.

(extrait) « C'était la voix d'une femme âgée, une voix posée mais qui trahissait son désarroi. Bientôt elle allait regagner sa chambre. Lui, l'homme- il devait être jeune- ne l'accompagnerait pas, pas tout de suite. Elle lui disait de faire attention- "fais attention quand même, je sais bien qu'entre nous, il y a la liberté, c'est ce qui nous unit, c'est plus fort que nos âges, les recommandations, ça nous est étranger, mais de là à te détruire, je ne sais pas"... sa voix ne pouvait se défaire d'un reproche, qu'elle n'explicitait pas. Vladimir le sentait. Elle parlait de sa solitude, de l'échec contre lequel on ne pouvait rien, inévitable, dans les liens les plus forts, le bonheur le plus fou. Elle lui parlait d'un autre garçon, Samuel, elle disait qu'il n'avait pas sa place, qu'il ne le méritait pas. Le jeune homme disait qu'il était fatigué, qu'il n'avait pas la force, qu'elle connaissait la règle du jeu depuis le départ. "Je croyais que nous avions banni les règles, que tu n'en avais pas", répondait-elle. Pendant quelques secondes, elle fut prise d'une toux qui ne se calmait pas. "Allez ! montez, vous devez dormir, vous savez bien où est l'essentiel", il l'embrassa, elle pénétra dans l'hôtel, il resta seul. Vladimir ne savait pas s'il avait envie de lui parler. Il n'y avait plus qu'eux maintenant. C'était une question un peu abstraite, il voulait être seul. Il avait bien deviné leurs différences. Déjà dans la voix un peu étudiée du garçon, son petit accent américain, une manière de tenir les choses à distance, Vladimir ignorait la distance. Il n'eut pas le temps de beaucoup réfléchir, l'autre se dirigeait sur lui sans le voir, Vladimir ne voyait pas non plus. "N'ayez pas peur, je m'appelle Vladimir, je vous ai entendus, vous ressembliez à deux exilés." Lewis se mit à rire, il alluma son briquet pour mieux voir son interlocuteur. "Ce doit être ce que nous sommes, comme vous peut-être, debout à cette heure-ci, surtout cette nuit, vous cherchez quelque chose ? Quelqu'un ?" Il parlait nonchalamment, comme s'il se foutait de tout, sauf peut-être de celui sur lequel il venait de tomber. "Vous avez l'air d'être beau, c'est vrai que l'on voit mal, moi, j'ai besoin de voir les garçons pour les aimer." Le monde des garçons qui aiment les garçons n'était pas si familier à Vladimir, il en avait croisés parfois, là où le désir les rassemblait tous, les nuits de pleine lune, les filles, les femmes et les garçons, il aimait bien leurs façons de s'aimer, de prendre et repartir, des fauves... © »

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L'il gauche de Vladimir

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"Le Violeur"

 
résumé : Deux ans de la vie d'Alexandre de Beaumanoir au collège Barbe Bleue, loin de Paris adoré, Alexandre le solitaire, différent, qui fera le chemin pour découvrir les mystères du château Barbe Bleue, de vie et de mort, jusqu'à trouver l'amitié, et la liberté toujours à recommencer.

(extrait) « Alexandre se releva. Il fit les derniers mètres qui le séparaient du sommet de la dune aussi essoufflé que s'il ne s'était pas arrêté. Et enfin il la vit. Ni tout à fait la même, ni vraiment différente. La mer tremblait révoltée, effrayante, d'immenses vagues sombres qu'on devinait à peine, déchirant la brume par-dessus l'océan. A Cap-Hosse la mer était comme ça, indomptable, avec le bruit des mouettes qui hurlaient pour elle, posées sur des détritus que la marée remporterait dans la nuit, des bouteilles en plastique, morceaux de bois, pneus, bidons, chaises estropiées, des tampons ou des préservatifs, merdes sans nom, répugnances immondes, à perte de vue au pied des dunes barricades, elle charriait tout. Des yeux il se mit à chercher Teddy, Bobby, Francisco, envie de croire qu'ils pouvaient être là, au moins une trace d'eux, mais il ne voyait rien. Il aperçut un chemin sur la gauche. Il s'avança en longeant le sommet de la dune. Des herbes au ras du sol virevoltaient dans le sable, si vertes. Alexandre marchait contre le vent, on eût dit que la mer ne voulait pas qu'il vînt, mais il la connaissait, il l'avait déjà vue, elle ne lui voudrait aucun mal, elle lui faisait du bien d'être ce qu'elle était, rebelle, sauvage, solitaire. Le chemin tombait à pic sur le rivage. Il s'arrêta en bas. Trop peur de faire un pas, la mer ne décolérait pas, il s'assit recroquevillé sur lui, les bras enlaçant les genoux, tête baissée qui ne regardait plus, puis quelques secondes il relevait les yeux pour les plonger dans l'eau, un peu lui faire front, s'habituer l'un à l'autre, il était venu pour rester, il le croyait, "prudence, prudence" semblaient gronder les vagues diaboliques, "regarde-moi, c'est seul que je viens, aie donc un peu pitié, apaise ma fatigue, rappelle-toi, on s'est déjà croisé, mon cerveau ravagé, le bruit que tu faisais, je l'entendais, tu t'en moquais de mon cerveau malade, je t'aimais bien ainsi, attendre si longtemps, j'étais déjà là quand je n'y étais pas", le bruit de la mer devenu assourdissant, l'orchestre de Wagner jouait d'abord ici, sans Wagner, la mer n'avait pas besoin qu'on la dirige, la forêt n'était rien que l'écho de l'orchestre, Wagner s'y réfugiait, lui aussi connaissait les plaies de la mer, les siennes, alors il les soignait derrière les dunes, à l'abri du tumulte qu'il avait trop heurté, l'orchestre de la mer, Alexandre refermait les yeux, parfois dans les silences du vent il croyait entendre, les notes d'un piano, le craquement des arbres, ou rien, le silence, c'était si court, il n'était pas très sûr, pas encore, mais Barbe Bleue allait bien jusqu'ici, Everian ne mentait pas, l'âme du château était là, les silences du vent, le même silence que le jour de son premier jour, celui qui s'était changé en tempête, très vite, imperceptiblement, dès le premier jour Barbe Bleue l'avait précipité sur la plage, il releva les yeux, sur la droite, très loin, l'ombre d'un pont, le pont avançait dans la mer, enseveli de vagues, vacillant sous leurs assauts qu'elles répétaient sans cesse, elles cognaient, frappaient, jusqu'à ce que mort s'ensuive, mais la mort ne venait jamais, il regarda encore, il avait pensé aux ponts de Zot mais c'était une jetée à l'abandon, semblable à son cerveau, indemne, la mort ne venait jamais, elle était bien quelque part mais où ?... © »

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"H"

 
résumé : Après la mort de H à trente-cinq ans. Tout commence : "qui sait ? peut-être même qu'un jour la mort ne nous fera plus peur".

(extrait) « (lettre de H, 10 août 1982) ... je serai très content de te retrouver. J'ai passé un agréable séjour à Hossegor quoique tu m'aies passablement énervé par moments. Mais c'était réciproque. Et en fin de compte je pense que cela nous aura rapprochés. J'espère que X. n'aura pas gardé un mauvais souvenir de moi. De mon côté tu pourras lui dire s'il est là que je l'aime bien. Mais je crois qu'il le sait. Je suis content de la conversation que nous avons eue, toi et moi, dans ta chambre la veille de mon départ. Il faut savoir passer sur les agacements réciproques que nous ressentons l'un envers l'autre, de façon chronique encore que de plus en plus espacée, pour penser que plus tard nous serons contents d'avoir tant de souvenirs ensemble. Chaque année qui passe ajoute à la solidité de notre amitié. Et pour ma part je crois être bien plus conscient de tout ceci que je ne l'ai été dans le passé. Voilà donc pour la rengaine cent fois rabâchée. Je suis en train de lire un roman d'Albert Cohen, très touchant : "Belle du Seigneur", ça ne parle pas de Dieu mais d'amour et d'amour tout ce qu'il y a de plus humain et charnel. Je pense revenir à Paris vers le 23 ou 24. J'ai encore quelques analyses à faire, en particulier comme celles que tu as faites à Hossegor, car moi aussi ça continue... pour peu que ce soit la même cause Je t'embrasse, H © »

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"L'acharnement de soi-même"

 
résumé : une parenthèse dans la vie de Hugo, l'hôtel du Palais dans une ville qui ressemble à Amsterdam, la mer. Le cercle des amis de Hugo au Palais dont il est la lumière alors que lui-même essaie de survivre à la mort de Vincent. Cette ville où la chanteuse Bill Feria dit-on s'est suicidée dans la tour qui porte son nom désormais.

(extrait) « On croyait à l'esprit. On baisait n'importe où, dans la vigilance de l'esprit. La vie ! J'aurais compté mes sous, j'en aurais gagnés toujours plus, j'aurais donné des coups de pied dans les carcasses qui m'empêchaient de marcher, jusqu'à ne plus les voir. Je ne t'aurais jamais quitté, t'aurais gardé pour moi, jusqu'à ne plus savoir quoi faire de toi. Je me serais interdit toute pensée, n'aurais jamais choisi, je m'en serais remis aux choix d'il y a longtemps, je serais mort ainsi, parce que c'était la vie. L'animal cherchait sa proie, là en plein jour, il buvait l'eau du fleuve, il dévorait à tout venant. Il se mit à pleurer. A son tour il se fit dévorer. Gisant, couvert de mouches, il entendait encore battre son cur. Il décida alors de glisser dans la nuit, il s'y engouffra auréolé de toutes ses blessures. Tout changea. Les mouches une à une s'en allèrent voir ailleurs, elles ne supportaient plus l'odeur, ses yeux cherchèrent et cherchèrent, il se surprit à voir mieux qu'en plein jour. Finalement je t'ai laissé aller, j'ai gardé dans ma main des traces de baisers, sur mes lèvres des mots, un jour je me suis décidé à choisir, jamais comme ils voulaient, de doute en doute on s'est gardés : ce fut la nuit. On avait tant souffert, ton agonie la mienne, je ne voyais plus rien, parfois je t'entendais sourire, je décidai de rester. A l'animal tu pris sa chair défaite. Il me donna ses yeux. La nuit s'illumina à force de noirceur, le jour devint un souvenir de mort. Aujourd'hui on ne sait plus. Parfois je sens ta langue qui lèche la plaie qui se réveille. Pour toi je m'en vais rôder dans les terres d'avant, j'y sème le désordre, je fais tout à l'envers et lorsqu'on se retrouve tu me donnes raison. J'attends le jour où s'allumera la nuit et où les animaux retrouveront leur mère. Ils pueront des carnages anciens, ruisselleront d'écume dans le creux de leurs yeux. Ce sera la fin. A moins que toi et moi on invente autre chose. © »

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"La solitude du Mal"

 
résumé : des meurtres sans explication, il crevé et sable sur le sol, qui ressemblent au roman noir qu'écrit Léo Tirictiscu au moment où il rencontre Coutil, rencontre qui fera s'envoler la frontière entre le livre et sa vie.

(extrait)
« - Tu crois à ces choses-là ?
- Quelles choses ?
- Je ne sais pas, cette prémonition, les histoires de curés.
- Tes parents sont catholiques ? lui demanda Léo.
- S'ils ne le sont pas, alors personne !
- Les miens aussi, je n'en ai pas gardé grand-chose, je me souviens d'un prêtre qui m'avait parlé de l'enfer.
- Ah ! oui ! l'enfer ! ça doit laisser des traces, dit Coutil.
- Tu parles pour toi ?
- Non, j'imagine. Ils n'ont pas inventé l'enfer. Dis-moi, cette rencontre tu y crois ?
- David en avait fait un tableau. Il ne s'est pas contenté d'en parler.
- Et c'est plus important le tableau ?
- Sans doute. David était un artiste, un vrai, il en est mort.
- C'est des clichés tout ça !
- Tu n'aimes pas les artistes ?
- Si, s'il faut absolument aimer j'aime les artistes, j'ai lu des livres que je n'ai pas oubliés, que je ne pourrais jamais écrire.
- Qu'est-ce-que tu en sais ?
- Je ne suis pas comme toi Léo. Je n'ai jamais eu de David mais je n'aurais pas réagi comme toi après sa mort.
- Je n'ai rien voulu prouver. Il y a des choses plus fortes que nous.
- C'est peut-être moi cette rencontre.
Coutil avait regardé Léo bien en face. Il avait à cet instant le regard que Léo lui avait connu au parc Montsouris, et de la provocation dans ce regard inaccessible. L'alcool avait réchauffé le sang de Léo. Il saisit la balle au bond. "J'y ai déjà pensé, qu'est-ce que tu crois !
- Ah ! bon ! (Coutil parut étonné) On ne se ressemble pas pourtant.
- Et alors ? C'est toi même qui disais, les contraires, ils vous ressemblent un peu puisqu'on a besoin d'eux.
- Je n'ai pas dit que l'on était contraire, reprit Coutil.
- On ne se connaît pas.
- S'il y a bien une rencontre, celle de David, se connaître doit être inutile, il doit y avoir autre chose.
- Quoi ?
- Je n'en sais rien, c'est toi Léo qui as parlé d'une rencontre.
- Tu t'en sors toujours bien ! Tu veux faire quoi plus tard ?
- Autre question bizarre ! Cela ne suffit pas d'être Coutil ?
- Je sais que tu n'es pas orgueilleux.
- De quoi être orgueilleux ?
- Justement, être Coutil cela ne veut rien dire. Enfin si, mais on en revient toujours là : et après ? Il y a toujours un après. © »

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La solitude du mal

Amalia




"Amalia"

 
résumé : Amalia Sané photographe, qui vit avec Tadzio le petit singe de Lisbonne, Amalia dont personne ne veut des photos et qui recherche pour se venger celui qui un jour lui a donné sa caméra (VL), Julien Rivière, le seul qui la comprend, le plus beau.

(extrait) « On a repris le chemin des quais. En silence d'abord. C'est Julien qui l'a rompu : "Ne crois pas ce que dit ma mère, mon père est toujours comme ça. Avec lui elle n'avait pas d'autre solution que de croire qu'il était autrement". J'ai dit à Julien de se taire et je l'ai embrassé. Elle en a assez qu'il la connaisse aussi bien. A quel jeu joue-t-il ? Il ne joue aucun jeu. Il n'y a qu'un Julien. Elle l'a vu avec ses parents comme il est partout. Elle ne sait toujours pas qui il est. C'est un enfant qui tue parce qu'il ignore son venin. On a passé Châtelet, on a continué à marcher. On s'est arrêté devant la pyramide du Louvre. "Pourquoi tu l'as appelée "Mitterrand", la photo avec Mitterrand ?" "Parce que je n'ai jamais pris de pseudonyme pour mes photos, j'ai toujours dit Amalia, Amalia Sané." On marchait encore. On chantait Barbara. Avec Julien elle peut tout oublier elle n'oubliera jamais. Julien c'est vigilance. C'est l'aile qu'il lui manque. Sur la place de la Concorde il s'est moqué de son père. Quand son père est au restaurant, il interdit à tout le monde de parler pour mieux déguster la bouffe. Je crois que j'ai crié. T'interdire de parler c'est pire que tout. Si Tadzio m'a suivie à Paris c'est parce qu'il savait qu'avec moi il aurait toujours le droit de parler. Et puis on a pris un taxi jusqu'au square des Batignolles. On est entré dans le square. Tadzio a sympathisé avec un garçon qui draguait et qui avait regardé Julien. J'ai parlé à Julien des deux garçons que j'avais vus s'embrasser quand j'étais petite. Il n'a pas ri comme Benjamin. Il a dit que Louison voulait qu'il fasse l'amour avec un garçon et qu'il lui raconte. Il ne l'avait pas fait, il s'en voulait. Il en parlait avec le même air désolé qu'il avait quand il voulait se débarrasser du VL. Je me sentais incapable de le consoler d'être Julien. C'est impossible de consoler Julien. C'est là qu'il m'a demandé de commencer les photos le plus vite possible. Aucune consolation, seulement les photos dans la chambre du Pont-Neuf. J'ai dit qu'il fallait d'abord en parler et qu'il connaisse la chambre. "On va faire l'amour et tu m'en parleras pendant qu'on fera l'amour." Elle se revoit dans les trains pour Trouville. Il ne veut plus qu'elle hésite maintenant. Ils font l'amour. Je griffe son dos jusqu'au sang. Comme la main blanche qui griffait le dos noir sur la photo. On a joui quand le sang a coulé. Le lendemain à la tombée de la nuit je lui ai montré la chambre. "J'aimerais que les photos tu les appelles Enfermés." Elle l'enfermera à nouveau comme enfant dans sa chambre dans la maison à Trouville. Quand ils regardaient la mer tous les deux. Il savait en lui donnant le VL qu'un jour elle l'enfermerait à nouveau. © »

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La solitude du mal

Amalia




"L'Insecte"
Éditions du Seuil - collection Solo, dirigée par René de Ceccatty
 


résumé : monologue du virus du sida : On a beaucoup parlé de moi et pas d'eux.

(extrait) « ils m'ont toujours intrigué de cette joie de vivre "malgré", "malgré" parce qu'ils ont toujours su combien les autres les détestent, je crois bien qu'ils sont nés en sachant combien les autres les détestent, comme quoi ça ne date pas d'hier cette histoire : on a toujours tué les pédés, et pourtant cette joie de vivre : chez les autres je n'ai pas vu cette joie de vivre bien souvent, pas plus d'ailleurs qu'aucun mal de vivre, je n'ai vu que l'ennui et comme ils sont ennuyeux, rabat-joie tiens, par exemple cette manière de ne rien comprendre à rien, rien comprendre aux mots dès que les mots ne servent pas "la vie" et son implacable système immunitaire, par exemple ils n'ont jamais rien compris à mal de vivre, jamais compris que mal de vivre c'était cliniquement lié à joie de vivre ( comme l'a écrit cette femme qui chantait et qui les a défendus eux, vraiment défendus, avec ces mots du silence qu'elle chantait, elle en est morte ) ça ils ne peuvent pas comprendre : pour les autres, c'est obligatoirement triste mal de vivre parce qu'ils ont l'impression qu'on s'en prend à "la vie" quand on dit mal de vivre alors que ce qui est vraiment triste c'est la manière qu'ont les autres de systématiquement défendre "la vie", ça c'est triste, leurs fêtes par exemple pour défendre "la vie", leurs commémorations de ci ou de ça, leurs fêtes patriotiques, leurs fêtes culturelles : vraiment mortelles leurs fêtes culturelles, rien à voir avec leurs fêtes à eux, avant leur guerre, avant qu'ils ne soient vraiment eux : car ce serait mentir de dire qu'alors eux n'étaient pas aussi un peu "comme les autres", et puis les autres c'est pas l'enfer non plus, justement c'est pas l'enfer, ce serait trop simple, c'est un bien grand mot enfer : ce serait leur faire beaucoup d'honneur, d'ailleurs même Alpha ne dit jamais ce mot "enfer", en tout cas moi je ne l'ai jamais entendu dire, les autres surtout c'est ce dont ils sont capables : ce qu'ils leur ont fait à eux, ce à quoi j'ai assisté avec eux : terrifiant, terrifiant cet implacable système immunitaire, terrifiant "la vie", cela je l'ignorais avant eux, ou je ne sais pas j'avais oublié, à quoi aurai-je servi : je n'ai pas fini de me poser la question... © »

article dans "Le Monde": https://archive.is/VyGL

Amazon: https://www.amazon.com/Linsecte-French-Edition-Jean-Michel-Iribarren/dp/2020407205

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L'insecte

Yaguine

Undead

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"Yaguine"

 
résumé : dialogue entre JM et Yaguine, l'enfant malien mort caché dans la soute de l'avion qui devait le porter jusqu'à la France.

(extrait)
« YAGUINE: Il y a quoi?
MOI: Tu le sais.
YAGUINE: Les mots.
MOI: Pour quoi faire?
YAGUINE: Ce n'est pas moi l'écrivain.
MOI: Pour se venger.
YAGUINE: De quoi?.
MOI: De tout.
YAGUINE: C'est rien.
MOI: Pour aller vers toi.
YAGUINE: C'est mieux.
MOI: Contre tout.
YAGUINE: Précise.
MOI: Contre les gens qui marchent.
YAGUINE: Contre la mer?
MOI: Contre la mer aussi.
YAGUINE: Contre la mort?
MOI: Non.
YAGUINE: Tu m'intéresses !
MOI: Tu es allé la chercher la mort.
YAGUINE: C'était une solution.
MOI: Je ne veux pas mourir.
YAGUINE: Je n'y comprends rien.
MOI: Moi non plus.
YAGUINE: Ça ressemble à la guerre tes mots.
MOI: On est des guerriers.
YAGUINE: Tu rêves ! Au café de Flore?
MOI: Laisse tomber les mots.
YAGUINE: Quelle guerre?
MOI: La nôtre.
YAGUINE: Je ne suis pas avec toi.
MOI: Maintenant oui.
YAGUINE: Tu ne me laisses pas le choix.
MOI: Toi non plus.
YAGUINE: Tu n'abandonneras rien.
MOI: Qui me le demande?
YAGUINE: Moi, laisse tomber les mots.
MOI: Tu proposes quoi à la place?
YAGUINE: A l'intérieur de la vie, Foté va !
MOI: Y a quoi?
YAGUINE: Rien qui vaille.
MOI: Vas-y bon sang ! Dis !
YAGUINE: Trop facile.
MOI: On continuera?
YAGUINE: On écrira des mots qui laissent tomber les mots.
MOI: Y aura quoi à la place?
YAGUINE: Ce qui respire encore.
MOI: Moi?
YAGUINE: Laisse-toi tomber Foté ! © »

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Yaguine

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"Undead"

 
résumé : autobiographie.

(extrait) « j'ai marché toute la journée, je sais plus où, dans ces grandes avenues où je sentais le souffle de ma vie, où ma vie était déjà là sans moi qui m'attendait, y avait en ce temps dans Paris une partie de moi qui me courait après, qui désarmait pas... vers le soir j'ai pris le chemin du retour, je suis monté dans un bus qui me ramènerait chez moi, rien avait changé, simplement j'avais arrêté de travailler le temps d'une journée, j'étais assis au fond du bus, à un moment j'ai regardé en face de moi : il devait avoir mon âge ou un peu moins, il était blond, il était magnifique de beauté, je lui ai jamais parlé, il sait pas qui je suis, je lui dois tout... c'est en le voyant lui, ce garçon blond qui avait je crois un manteau vert, qu'en une seconde j'ai basculé : vers moi, pour ce que j'ai toujours appelé l'acceptation, pas la résignation, l'acceptation des garçons, que ce serait ça et pas autre chose, que depuis toujours j'étais homosexuel, sale mot mais puisque c'est le mot : c'est ce que j'étais, en une seconde ça m'a paru magnifique de l'être, et stupéfiant d'avoir tant attendu, j'allais le dire à la terre entière, la terre entière allait le savoir, je voyais celui que j'étais déguerpir sans demander son reste, il reviendrait plus jamais, je le plantais là l'inaudible, il me laissait aucun regret, il me dégoûtait presque et avec lui tous ceux qui l'avaient forcé à rester inaudible... en même temps j'avais envie de leur dire merci à ceux-là, tous, les humiliateurs, les empêcheurs, je leur devrai toujours tout aux humiliateurs et aux empêcheurs, je leur devrai toujours cette seconde dans le bus, sans eux y aurait jamais eu cette seconde, ce moment où tout a basculé, où demain s'est écrit d'un seul coup, tout ce qui allait venir, j'en voudrai jamais au malheur comme les autres lui en veulent, le malheur m'a tout donné de jamais l'avoir accepté, les empêcheurs de jamais leur avoir cédé, cette seconde restera pour toujours indescriptible, y aura jamais de mots pour dire ce que c'est de devenir soi-même, ç'allait se voir physiquement le changement dû à cette seconde dans le bus, ç'allait se voir pour tout, je viens de cette seconde qui elle-même vient de si loin que je saurai jamais d'où : de l'enfance peut-être, de l'oppression que c'est l'enfance, que ce sera toujours et quelle que soit l'enfance, l'oppression que c'est la famille, que ce sera toujours et quelle que soit la famille, elle venait la seconde du garçon à la barque qui me souriait près du canal et que j'avais laissé repartir, de cet autre croisé devant un marchand de journaux, elle venait peut-être de Lucien quand il avait dit l'important c'est d'aimer, elle venait de la solitude, ces nuits passées seul avec Kali dans ses pattes et son flanc, de tous les regards assassins que j'avais dû affronter, elle venait du meurtre ma seconde, de tous ceux qui sont morts parce qu'ils ont jamais eu comme moi une seconde dans un bus une fin d'après-midi : elle venait de tous les autres, de lui le garçon blond qui saura jamais ce que je lui dois, ceux d'avant moi qui comme moi un jour s'étaient pas résignés, ceux d'après moi qui comme moi se résigneraient pas que le monde soit ce qu'il est, impitoyable et sans aucune raison, assassin et sans aucune raison, et nos bourreaux, un grand merci à nos bourreaux d'être ce qu'ils sont, on leur doit à nos bourreaux de pas leur ressembler, de pas aimer la vie qu'ils servent avec tant de zèle et sans aucune raison, qu'ils continueront de servir avec autant de zèle qu'avant et sans aucune autre raison que celle de faire des victimes, toujours davantage de victimes, elle venait ma seconde de Vincent et elle lui reviendrait, tout pouvait commencer. © »

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L'insecte

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"Wild Samuel"

 
résumé : Wild et Mathieu se connaissent à l'âge de onze ans, leur lien est si fort qu'ils peuvent même se retrouver dans leurs rêves. Mathieu meurt à vingt ans. Wild ne pourra se résigner à être séparé de lui et le recherchera même malgré lui, accompagné par Ankhchen, la femme mystérieuse et si proche à la fois qu'il retrouve à Berlin.

(extrait) « On va où, demande Hadrien. Ils sont dans sa petite Austin noire. Si tu peux me ramener à l'hôtel... Tu vis à l'hôtel ? Oui, et à Berlin je loue un appartement. Et l'appartement de la Contrescarpe ? Je l'ai vendu, après j'avais loué près des Champs mais c'est fini. La voiture démarre. Les quais. Alors Paris, c'est fini aussi ? Non, la preuve, comment est-ce que je pourrais finir Paris, impossible. Hadrien se tait. Le Trocadéro. J'allais draguer ici, dit Hadrien. Dans les jardins ? Oui, autrefois, c'était le bon temps. Ça l'est plus ? Disons que c'est devenu plus normal d'être pédé, ça ronronne. J'ai encore des garçons qui m'appellent la nuit, parce qu'ils ne s'acceptent pas, ou plutôt parce qu'on ne les accepte pas, ils disent que rien n'a changé. C'est possible oui, y a toujours de la haine. Tu crois que Mathieu t'aurait appelé si tu avais fait l'émission à l'époque ? Il a hésité en disant, Mathieu. Il avait appelé Macha un soir, mais pas pour parler de ça. Mais pour répondre à ta question, je ne crois pas, c'était pas un problème pour lui. Parce qu'il t'avait. Peut-être mais... Hadrien, ne parlons pas de Mathieu, si ça ne te fait rien. La voiture roule dans Paris la nuit, pont de l'Alma, des voitures qui remontent vers les Champs, Wild pense aux Champs-Elysées. Même s'il ne le dit pas, Wild se dit, mon Dieu j'adore encore ça, rouler dans Paris la nuit, même si c'est pas pareil avec Hadrien, c'est pas pareil, sans lui. Bien sûr que ça me fait, qu'est-ce que tu crois, je te revois après toutes ces années, Mathieu a compté pour moi tu sais, il a compté comme il a pu compter mais il a compté, et Mathieu c'était toi, de quoi je pourrais bien te parler, je suis pas idiot, Mathieu c'était toi, mais je comprends, je comprends. Et comme une voix qui dirait, à l'intérieur, il comprend pas, ils comprennent rien, disait Mathieu. Ça te plaît ton boulot au Point ? Tu vois, dit Hadrien, maintenant on va plus parler que de conneries... oui ça me plaît même si ça ronronne aussi après un certain temps. Wild rit. Il demande à Hadrien s'il veut prendre un dernier verre. Tu as envie ? bien sûr que je veux ! j'ai l'impression de rêver cette nuit, ça me fait tellement plaisir de te revoir ! Boulevard Saint-Germain, Odéon... © »

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L'insecte

Yaguine

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Wild Samuel

Géant

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"Géant"

 
résumé : une heure dans la vie de trois personnages, la même heure. Vincent l'écrivain, dans sa chambre à Paris. Léa dans sa chambre d'hôpital où elle va mourir. Et Ben, le jeune cardinal noir au conclave de Rome qui élira le prochain pape.

(extrait) « (Léa) 'elle a ouvert les yeux' qui a dit ça ? quand est-ce qu'ils me laisseront donc tranquille, je n'ai pas dit que je voulais être seule peut-être ?
Vincent !
sois gentil, dis-leur que je vais bien, que je veux être seule, comme avant, je ne demande pas la lune tout de même, ils sont gentils mais ça va, qu'on me laisse seule, terminer seule, cela ne durera pas longtemps, et puis je reviendrai, je ferai ce qu'ils veulent, je m'endormirai, oui là, dans le train, qu'on me laisse seule avec mes souvenirs, je voudrais comprendre, je ne peux pas comprendre s'ils me harcèlent sans arrêt, mais qu'est-ce qu'ils croient, que c'est facile de mourir ?...
...
là, oui, comme ça, je regarde par la fenêtre, oh c'est notre voyage de noces, c'est la mer, Thomas est si jeune... il est en train de lire, moi aussi, on a réservé le plus bel hôtel, celui des stars de cinéma... Paul Newman, oh si je pouvais le croiser dans le salon de l'hôtel, je lui dirais comme je l'ai aimé dans le film le toit qui brûle ce film, oh j'adore ce film... j'espère que Thomas ne sera pas jaloux, il est tellement jaloux des fois...
...
les yeux ouverts ! quelle histoire ! bien sûr que j'ouvre les yeux, cela fait un moment même, toutes ces couleurs, oh c'est magnifique, du bleu, du vert, violet, lazuli, le lazuli de Benjamin maintenant que je suis seule, je pense que je vais me lever... est-ce que j'ai la force de me lever... voyons... oh je ne sais pas... je voudrais tant... me lever... Vincent doit être dans le jardin, au milieu des plantes, ne te perds pas mon chéri, je serai toujours là, tu sais ça n'est-ce pas ? que je ne t'abandonnerai pas, il faut que tu écrives, tout est là... Dieu, c'est ça ? quelle idée tu as eue, rencontrer Dieu, non mais quelle idée ! il faut que tu termines vite pour que j'aie le temps de lire, et pour que j'en parle aussi avec Benjamin... 'tout est grâce'... on avait parlé de ça, le roman tu sais, le petit curé... les messes au collège... tous les vendredis... je ne me posais pas tant de questions à l'époque, c'est maintenant... je croyais que c'était simple... c'est venu il n'y a pas longtemps... je lui ai demandé si Dieu était cruel... il a dit, oh oui je me souviens bien, il a dit que parfois Vous étiez cruel mais il a dit que Vous ne le saviez pas, que Vous ne voulez pas, que c'est nous surtout... nous, les cruels... je crois... quelque chose comme ça, on est cruels... oh !
oh ! tous ces livres ! avec toutes ces lumières ! oh ! quelle librairie, si Vincent voyait ça ! le train s'est arrêté on dirait... seulement des livres et des lumières... et des gens !... très très loin on donne une fête, pour moi... heureusement que je me suis habillée, la bague, la veste aux... dorés, oh oui maintenant je peux me lever © »

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"Rollercoaster trilogie"

 

premier roman : "Décal'âge"

résumé : Velma est veuve depuis un an. Alain, l'homme de sa vie, est mort. Elle décide de s'en aller à la recherche de son fils parti il y a dix ans aux Etats-Unis et dont elle n'a plus de nouvelles. Ce roman raconte la quête de Velma là-bas, loin de Paris.

(extrait) « Vous n'avez pas préparé d'interview, n'est-ce pas ? Elles étaient assises dans le bureau d'Asa, je vous laisse, a dit Asa, puisque Glenn n'avait pas dit non, à l'interview qui n'a pas eu lieu. A la place, rencontre de femmes. Non, c'est Asa qui me l'a proposé il y a une heure, ça n'était pas prévu, d'ailleurs je ne veux pas vous ennuyer. Glenn souriait de son sourire que l'on sait, cela ne l'ennuyait pas du tout mais elle préférait parler, et fumer. Asa est un chic type, c'est pas toujours dans ce métier, ce métier, elle a dit, Glenn. Vous le connaissez depuis longtemps ? Et à nouveau elle la raconte l'histoire de la canicule de l'année 1976, en abrégé mais quand même. Vous savez que j'ai été en couple avec un acteur français ? Elle savait. Elles ont parlé d'Isabelle Adjani qui détestait cet acteur, Isabelle est votre plus grande actrice, a dit Glenn. Vous travaillez au journal Le Monde, m'a dit Asa. Plus maintenant mais oui, de nombreuses années, mon mari est mort il n'y a pas longtemps. Ils m'ont interviewée plusieurs fois, dommage que ça n'ait pas été vous. Et de fil en aiguille. L'enfance de Glenn, les films d'elle que Velma a vus, mais ne parlons pas de moi et de ma 'carrière', elle n'avait pas envie de ça Glenn avec elle, elle voulait parler de la France, de ses grands acteurs, de Truffaut et de Godard, Godard est suisse, Glenn a souri, oui je sais, what's the hell ? Finalement elle lui a raconté son histoire de maintenant, tout. Parce que c'était possible, parce que Glenn était une inconnue aussi bizarre que cela paraisse de le voir comme ça, Glenn Close, une inconnue. Elle ne trahissait rien en lui racontant. Ce faisant elle pensait qu'elle allait en parler à Asa, alors comme elle lui faisait confiance, elle a dit, ne dites rien à Asa, il ne sait pas tout, je ne peux pas tout dire comme ça, pas maintenant. Et à moi oui ? Velma n'a rien dit, juste murmuré, oui, en tirant sur la clope. Glenn ne connaît pas de Matthew Costa, il est beau ? Très. Ce n'était pas vrai mais c'était tellement vrai qu'elle l'a dit, très, le plus beau qui soit, Matthew. He's your sons lover. Elle ne l'a pas dit comme une question, c'est l'amoureux de votre fils. Velma a dit que ce devait être davantage que ça, sûrement davantage. Glenn a dit que oui, parce qu'il était aussi son amoureux à elle, comme son fils aussi l'était. Je comprends très bien tout ça, vous savez. Et Velma oui avait bien compris que Glenn comprenait très bien tout ça. Glenn a dit que c'était une histoire douloureuse, surtout après la mort de votre mari mais c'est une très belle histoire, vous verrez. Velma se demande qui de la douleur ou de la beauté l'emportera. J'aimerais vous aider, je peux sans doute vous aider, en ce moment je ne tourne pas encore et j'ai terminé Sunset Boulevard au théâtre, je retourne à New York. Elle lui a donné son numéro de téléphone. N'hésitez pas, j'habite dans le Village à New York. New York encore, pense Velma. Elles se sont embrassées. Ça s'est bien passé ? a demandé Asa. Elle ne voulait pas lui mentir. Très bien, merci, c'est une femme magnifique. Entre femmes magnifiques, pour des hommes magnifiques, sans se soucier des douleurs magnifiques, puisque la beauté, la beauté des choses que l'on cherche et trouve, peut-être. Tout cela n'est qu'un peut-être. Que peut-elle faire maintenant ? A part relire le poème de l'homme amoureux ? I wait for you in the shadows. Je t'attends dans les ombres. A la fin elles ont parlé de Tennessee Williams, quand il habitait Santa Monica, il travaillait pour la MGM. © »



deuxième roman : "Rollercoaster"


résumé : suite de "Décal'âge" : New York, Frédéric, Velma (sa mère), Matthew. Matthew vit avec Frédéric depuis douze ans, il est aussi l'amoureux de la mère de Frédéric. Frédéric fait une émission de nuit à la radio : Streetwalk, sous le nom de Jimmy Prince. Et il y a ceux qui l'écoutent la nuit dont les chemins se croisent, et parmi eux, Diego, le jeune immigré qui rencontre madame Soledad, et aussi celui qui a écrit à Jimmy une lettre avec le mot 'rollercoaster'... jusqu'au virus qui désole NYC... mais la cité revit quand même...

(extrait) « Il est là en avance. Rayons de soleil, lunettes de soleil. Il est venu en métro. Descendu à la station Coney Island-Stillwell Avenue. Ce matin au lieu d'aller à Columbia, il a traîné, repensé aux mots de Jimmy la nuit dernière, les mots sur l'obscurité, âmes obscures dans la nuit blanche. Traîné dans les rues, au milieu des passants qui passent, pensé à Brick, s'est imaginé dans la peau de Brick sur une scène. Il s'est rasé comme à un rendez-vous important. Par email il a dit à Andrew, je le rencontre aujourd'hui. Il a pensé, Andrew ne sera pas jaloux, il connaît Jimmy maintenant, ils ont dîné souvent ensemble, mais il l'a dit : aujourd'hui, sans dire où. Andrew a répondu, je penserai à toi, il n'a pas dit, à vous : à toi. Le soleil se cache, il n'est pas dix-sept heures. Et puis un rayon sur la mer. Il la regarde, la mer. La mer de Frédéric, les deux verseaux. Il marche, les cent pas, la jetée, revient. Le cur bat. Il a toujours battu le cur, dans le sud aussi, dans les salles obscures, à cur qui bat, à cur battant. Et s'il ne venait pas ? Je n'ai pas de téléphone, nous ne nous sommes pas donné nos adresses électroniques. Il chante, doucement, sa voix légèrement nasillarde. Il est presque seul. Un vieil homme. Un petit garçon passe, le regarde, lui sourit, il lui rend le sourire. C'est mieux quand tu souris, lui a dit Andrew. Il aime qu'on lui sourie, il n'aime pas la guerre mais la guerre est partout. Et puis seul à nouveau. Ah non, quelqu'un s'avance au loin, quelqu'un. Il sait. Il sourit à Frédéric.
Il hésite. Frédéric est devant lui, lui sourit. James le prend dans ses bras. Puis il dit, oh pardon, je ne devrais pas avec ce virus de merde. Frédéric dit, laisse tomber le virus, et c'est lui qui le prend dans ses bras. Et maintenant ? Ils se regardent. Frédéric se retourne et dit, alors nous y sommes, au rollercoaster ? James ne baisse pas les yeux, nous y sommes, c'est bien non ? et Matthew ? il demande, pourquoi il n'est pas venu ? Il viendra la prochaine fois. James : oui, la prochaine fois. Et maintenant. C'est comme si... Comme si c'était facile, pas si difficile en tout cas, être tous les deux, comme s'ils étaient comme amis de longue date. James ? Oui ? On va regarder la mer ? Ils y vont. J'ai emmené un thermos avec du café et des croissants, puisque tout est encore fermé ici, dit Frédéric (le parc d'attractions n'ouvre qu'au printemps). On le prend où le petit-déjeuner ? demande James. Ils rient. Le petit-déjeuner à 17h, mais Jimmy n'est pas réveillé depuis si longtemps. Ils s'assoient sur un banc devant la mer. Silence. L'eau, grise, et bleue. J'ai emmené la pièce avec moi, dit James. Oui, on mange et on en parle, mais dis-moi, tu en as vraiment envie, de tout ça ? James continue à regarder la mer, il a des miettes de croissant sur lui (Jimmy aussi), j'avais envie d'être avec vous, le reste je ne sais pas, être acteur c'est toujours mieux que d'être à Columbia. Ne dis pas ça s'ils t'interrogent à l'audition, sourit Jimmy. Oh non, on va les enculer. Les enculer ? ce ne sont pas des ennemis. Prudence, prudence, dit James. Le café est encore chaud. J'aime le café très chaud. Moi aussi. Ils se regardent furtivement. Ça ne te fait pas peur toute cette histoire du virus ? demande James. Un peu oui, pour ma mère surtout, mais ce n'est pas le sida non plus. James pense à Ronald. Il lui parle de Ronald. Ma mère a un ami qui a écrit un livre sur ça, en France, un type qui a connu cette époque dans les pires moments. Ronald m'a raconté, je ne sais pas comment ils ont fait, pour survivre je veux dire. Oui moi non plus, mais ils l'ont fait, c'était leur guerre. Frédéric voudrait prendre James par l'épaule, ne le fait pas. Ils sont toujours sur le banc, le café fini, les croissants, tu es venu comment ? Avec la voiture de Matthew, je te ramènerai si tu veux. Oui, merci. Comme ça il est un peu là quand même, dit James, Matthew, et puis : allez viens, on marche, tu veux bien ?
J'ai choisi ma scène en fait. Il faudrait que toi ou Matthew joue mon père. Frédéric rit, Big Daddy uh ! et pourquoi ne demandes-tu pas à ce Ronald ? J'y ai pensé mais... bon, je préfère toi ou Matthew, je ne sais pas à qui demander... Tu sais que ma mère connaît Glenn Close, hein ? tu as dû la voir quand tu nous espionnais au mariage... James se tait. Elle connaît peut-être un vieil acteur qui accepterait... Ils sont sur la jetée. Ils s'allongent sur les espèces de planches faites pour ça. J'aurais besoin d'une béquille, dit James en souriant. Oui, et il faudra te bander le pied et que tu apprennes à marcher à cloche-pied. Ils sont très près l'un de l'autre, ils se touchent, corps qui se frôlent. Bon, dit Frédéric, c'est d'accord, mais je crois que Matthew fera ça mieux que moi, en plus... vous vous ressemblez physiquement. Ah tu trouves aussi et... il est d'accord ? Tout à fait d'accord. James ne lui demande pas comment Matthew prend toute cette histoire, les lettres, rollercoaster, tout ça, c'est Frédéric qui dit, Matthew est d'accord, il a aimé tes lettres tu sais, enfin, à part la première (sourire). Tu m'en veux ? De la première lettre ? non, c'est très romanesque, tu es romanesque tu sais dans ton genre. Et tes études ? N'en parlons pas, s'ils me prennent je laisserai tomber, je me trouverai un job de barman, n'importe quoi, j'ai raison non ? Probablement, c'est plus honnête, plus risqué. Je ne peux pas vivre comme ça, un pied là et l'autre ailleurs. Frédéric pense que ce que James dit là, il pourrait le dire aussi, il pense qu'ils se ressemblent et que ça fait un peu bizarre, il pense beaucoup à Matthew, Matthew et lui se ressemblent pour s'accorder, c'était écrit depuis le début, il se demande avec qui peut s'accorder James, il aurait envie de le protéger, il le sent fragile, là, dans toute sa force qui l'a mené à le rencontrer lui, ce chemin qui a mené à ce mercredi, ici, à Coney Island, la scène doit durer cinq minutes, dit James, ça fait court, il faudrait commencer à répéter vite, tiens regarde... Il sort la pièce, le passage qu'il a choisi, celui où Big Daddy aborde frontalement la relation de Brick avec Skipper, et la révolte de Brick qui s'ensuit. Parle-moi de toi, dit Frédéric. Oh. Pourquoi tu m'as écouté comme ça, dis-moi. James sent comme si sa vie ici se levait droite, comme si sa vie passée, à tenir, à s'accrocher, ici, prenait enfin un sens. Alors, il se soulève des planches de bois, regarde Frédéric, je savais qu'on se ressemblait, j'aurais tout fait pour te rencontrer, et quand je t'ai vu avec lui... Matthew, ça aussi, j'ai compris, que j'étais sauvé, parce que tu aimais, que tu l'aimais lui, je ne sais pas comment t'expliquer... Une larme coula sur sa joue. Frédéric lui prit la main. Si tu fais ça dans ta scène, ils te prennent à coup sûr. Ils rient. Ne dis pas ça, dit James, je ne joue pas. Et ne me prends pas la main, le virus, tu sais. Oui mais on est des preneurs de main dans la famille, il faudra t'habituer. Je m'habituerai facilement je crois, tiens, lis-la la scène. Je la connais, j'ai relu la pièce y a pas longtemps, et Matthew aussi. Alors relis-la là. La la ? répond Frédéric. Oui, la la, idiot, tiens.
BIG DADDY : Brick, personne pense que ce n'est pas normal !
BRICK : et bien, ils ont tort ! ça ne l'était pas ! C'était quelque chose de pur et de vrai, et ça ce n'est pas normal.
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troisième roman : "Hotel Monroe"

(en cours d'écriture)

résumé : suite de "Rollercoaster" : New York, Frédéric et les autres emménagent tous dans l'hôtel Monroe

(extrait) « Le rendez-vous eut lieu quelques jours plus tard. Mrs Monroe était une belle femme qui devait plus ou moins avoir l'âge de Velma. L'histoire de votre mari est très belle, elle me rappelle l'histoire de John, il fallait avoir des couilles à l'époque pour un Blanc d'épouser une femme noire, je vous le dis. Elle disait couilles mais dans sa bouche c'était très élégant, définitif. Ils étaient assis tous les quatre dans le grand hall de l'hôtel. Art déco. Je ne peux rien vous offrir, la bar est fermé mais si vous y tenez, je peux aller voir ce qu'il reste. Non, tout va bien, dit Velma. Ils étaient dans un autre monde, dans ce hall somptueux, haut de plafond, seuls, les jambes croisées. Mon mari était un homme d'affaires mais il était tendre, très tendre, un oiseau rare, je vous dis que ça. Frédéric regardait Velma. Après il lui dirait, ce John te fait penser à papa ? Il lui faisait penser à Alain oui, mais Alain était Alain. Alain c'est Alain, répondit Velma. Certes mais quand même, sacré bonhomme le John dans ce pays de racistes. Mrs Monroe avait dit à Frédéric qu'elle l'avait écouté à la radio, vous êtes très à part, j'aime ça. J'ai des contacts vous savez, les acheteurs potentiels ce n'est pas ça qui manque, mais je ne les aime pas, pas trop, des carnets de chèques ambulants, vous voyez ce que je veux dire, pas mon histoire. Velma et elle parlaient de leurs maris respectifs, intarissables, John par-ci, Alain par-là. L'affaire est dans la poche, pensait Frédéric, cette femme nous aime. Les livres qui tapissaient le hall, ils n'en avaient jamais vus autant, même dans une librairie. Elle leur fit la visite. L'escalier immense avec des vitraux. Trois étages en forme de galeries, en se penchant on pouvait voir la galerie du dessous. Des petites marches au milieu des étages dans les galeries, des fauteuils art déco dans les galeries aussi, peu de chambres, dix-sept dont une suite. L'endroit n'avait pas d'âge. La salle de restaurant au premier étage, haute de plafond, à côté des cuisines. Il y avait une terrasse au premier étage, et une autre au rez-de-chaussée, avec vue sur l'Hudson. La piscine minuscule du sous-sol était vide. À côté du hall, un bar fumoir comme elle disait, vous pouvez fumer si vous voulez nous somme seuls merde, et Velma et elle allumèrent une clope. Il n'était pas encore question du prix. Velma parla de Soledad, son histoire avec Diego, le petit immigré mexicain, magnifique, disait Mrs Monroe. Appelez-moi Bertha, s'il vous plaît. Vous voyez que l'hôtel était bien entretenu, il y aura des travaux mais pas trop. Mais cela ne vous dérange pas de le vendre ? je veux dire, votre mari, pourquoi ne pas vendre celui des Hamptons. Parce que j'ai besoin de voir la mer et je suis sûre que vous en ferez bon usage, je viendrai vous voir, John aurait adoré votre histoire, et celle de cette Soledad, adoré je vous le dis. Ils n'avaient pas vraiment envie de retrouver la rue, ils continuaient à parler, je connais très bien Michelle Obama, mais c'est une autre histoire, plus tard, plus tard. Et Matthew donc, vous êtes poète ? John aurait aimé ça, je suis sûre que vos livres sont là, quelque part. Bref, ce fut le grand amour. Dehors Frédéric demanda à Velma, alors tu es décidée ? À ton avis ? répondit Velma, cette Bertha, on ne peut pas... Pas quoi ? Tu sais bien, c'est le destin, il faut qu'elle connaisse Soledad, et Diego. On va en parler avec Diego et on arrange ça. Bertha vous dites, Diego ? demanda Soledad plus tard, et elle est black, et son mari était blanc ? on dirait notre histoire, Diego. Mais je ne suis pas noir, Soledad. Non, vous non, moi oui. Il ne dit rien mais il pensa, elle a raison, elle est noire, noire flamboyante, elle a raison, mon Dieu quelle vie cette vie. © »

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"Parce qu'eux"
Éditions Saint-Germain-des-Prés
(et autres poèmes)

 



Sachez-le ! Rien n'est ici à sa place et tout y sonne juste. L'amour surgit de ces poèmes comme de rites impurs ("des anges y croisent des robes noires"), le désespoir affleure sans l'emporter jamais. Car..., là où le verbe nous entraîne, "l'écume au loin des vagues éclaire un peu ces lieux". Force et lucidité de la vie incarnées dans les mots.
(Hervé Loyez)

« (au nom du père)

J'étais assis à la droite du vieux
On m'avait dit le vieux c'est pas n'importe qui
Ah bon ! c'est qui ? c'est Dieu ?
Mais ce n'était qu'un vieux qui savait bien la nuit
Ça je l'avais trouvé au fond de son regard
On me parlait d'égards
J'étais plutôt méfiant
Et voilà que le vieux n'était rien qu'un enfant
Et tout autour de lui ce n'était que gens bien
C'est facile à savoir eux ils ont de l'argent
Alors on les salue parce qu'ils sont importants
Et j'entends s'excuser tous ceux-là qui n'ont rien
Je me sentais perdu
On me voyait sourire
Ils me faisaient bien rire
J'avais déjà vécu
Et puis j'ai vu ce nom gravé tout près de moi
Sur un bout de carton qui désignait ma place
Et moi qui l'avais lu des centaines de fois
Ce nom du premier jour semblait marquer l'espace
Alors je fus ailleurs
Et je l'ai revu lui
Au milieu de ses surs
Tout aussitôt parti
Lui qui n'acceptait pas de faire partie des autres
Lui qui même courbé était déjà debout
Je voyais son sourire qui simulait l'apôtre
Et sa rage rebelle à tous les garde-à-vous
Dans ce bout de carton qui parlait de fierté
Il y avait la maison et notre monde à part
Tout ce que je tiens d'eux malgré tous les départs
Ma superbe insolence qui pour eux se calmait

Je me suis dit alors qu'il pouvait être fier
De me voir parmi eux qui pourtant n'étaient rien
Parce qu'il venait de ceux qui n'ont que la prière
Et que c'était son nom dont je faisais le mien

Ces quelques lettres-là me renvoyaient à lui
Je me sentais le fils et il était le père
Je crois avoir croisé l'éternité ici
Sous les traits d'un carton qui ne manquait pas d'air
Et je pensais tout bas
Tu n'as encore rien vu
Enfin le jour viendra
Celui des inconnus
Je savais bien pourtant que le vent rien ne laisse
D'avoir ouvert les yeux je revenais de tout
Mais ce nom qui avait autrefois pris des coups
Me remontait au cur pour vaincre les tristesses
Notre île faisait escale dans ces salons dorés
Et c'était mon enfance au calme de mes secrets
Je revenais à eux dont j'étais si peu fils
Je revenais à eux pour que rien ne finisse

Alors au nom du père
J'allais faire l'enfant
Et je voyais déjà
Ce nom gagner du temps

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Parce qu'eux




France Culture : "Du jour au lendemain" par Alain Veinstein : "L'Insecte", de Jean-Michel Iribarren, éditions du Seuil, interview

Alain Veinstein : Vous êtes né en 58 Jean-Michel Iribarren et votre éditeur nous informe que vous avez exercé divers métiers dans la politique et le cinéma, la politique et le cinéma c'est pas tout à fait la même chose...

Jean-Michel Iribarren : II y a beaucoup de gens qui disent que c'est pareil, je ne sais pas... Vous voulez que je vous dise exactement ce que j'ai fait ?...


Dites ce que vous voulez, vous êtes libre...

C'est vrai que j'ai fait beaucoup de choses... le parcours qui m'a mené a l'écriture a été long... j'ai commencé à écrire tard, à l'âge de 30 ans à peu près et je crois que ce que j'ai fait avant n'a pas franchement d'intérêt... ce qui est intéressant, c'est que tout ça menait à l'écriture, que l'écriture était déjà là même quand je n'écrivais pas, que mon meilleur ami, dont je parle dans le livre, lui, voulait écrire depuis qu'il était petit, ça a été long...


Et vous c'est une décision plus tardive ?

Ce n'a pas été une décision, c'est toujours une chose qui m'a étonné... J'ai toujours voulu, ça paraît un peu bête à dire comme ça, je ne sais pas : trouver sa place, m'exprimer dans une chose artistique, et ça a pris des chemins contournés, j'ai fait de la radio, j'ai voulu être comédien, et cette place je ne la trouvais pas... j'ai même tourné un rôle dans un moyen métrage de Jean-Luc Godard, et je crois que ça date de là, je me suis dit : c'est vraiment lui qui crée quelque chose, moi rien... alors je me suis dit qu'est-ce qu'il me reste ? il me reste écrire, alors j'ai écrit... parce que ce livre, c'est quand même pas le premier que j'ai écrit, c'est le premier publié mais c'est pas le premier que j'ai écrit.


J'allais vous poser la question

J'en ai écrit beaucoup...


Et pourquoi n'ont-ils pas été publiés... d'après vous ?

C'est très difficile que l'auteur dise ça, parce que s'il dit : c'est la faute des autres, on va dire c'est facile... je crois que le chemin qui mène de toute façon à une certaine reconnaissance, il est long et j'ai toujours dit que tout le temps que j'ai écrit sans être publié, j'avais une extraordinaire liberté, je crois que peut-être je n'aurais pas écrit L'Insecte si je n'avais pas été autant refusé, parce que j'ai vraiment été extraordinairement refusé, partout... j'ai rencontré des gens qui me disaient en substance : c'est bien ce que vous faites mais on ne va pas l'éditer ou... enfin il y avait toujours des raisons, honnêtes ou moins honnêtes, je n'en sais rien... je n'en sais rien, c'est difficile parce que maintenant je suis publié, je suis dans une maison d'éditions, alors je ne peux pas non plus cracher dans ma propre soupe, mais en même temps pourquoi pas...


Vous êtes publié mais en même temps, avec ce premier livre publié, vous faites une expérience dont vous m'avez parlé par écrit, puisque vous m'avez envoyé votre livre avec une lettre, une longue lettre, bien intéressante, vous faites l'expérience du silence, vous êtes heurté, c'est le mot que vous employez, au silence qui a accompagné la sortie de ce livre qui est sorti il y a 2-3 mois, et depuis 2-3 mois pas assez d'articles selon vous, pas assez de retentissement médiatique...


Non, il n'y a pas que ça, parce que si ce n'était que ça... On m'a dit aussi que c'était le propre de tout auteur de se heurter, quand il a écrit, à un certain silence... vraisemblablement... Mais ce livre parle du silence, et en l'écrivant, et dans ce que j'ai écrit, j'ai dit qu'il se heurterait au silence... j'avais un peu anticipé le silence parce que je croyais qu'il ne serait pas publié, alors il l'a été, et même à bras ouverts, de manière presque un peu inquiétante, et le silence c'est plutôt après, ce n'est pas un silence total, c'est un silence sournois... Ce livre je m'attendais à ce qu'il soit - peut-être naïvement, alors que ce que j'ai écrit n'est, je crois, pas naïf, mais c'est peut -être ce qui prouve que je suis encore dans la vie dans ce qu'elle peut avoir de... je ne sais pas comment dire... - donc les gens qui auraient dû soutenir ce livre ne le soutiennent pas, on me dit qu'ils ne savent pas comment en parler...


Et vous pensez qu'un livre ne peut pas se défendre tout seul...

Oui... oui, à la limite c'est d'ailleurs ce qui pourrait lui arriver de mieux, sûrement même ce qui pourrait lui arriver de mieux, parce que je pense que quelquefois dans la manière dont on défend un livre il y a beaucoup de malentendus aussi... mais c'est difficile pour un livre de se défendre tout seul, je ne sais pas si c'est plus difficile aujourd'hui qu'avant... mais le problème d'écrire, c'est qu'on est très libre quand on écrit, presque trop, presque trop parce qu'on est quand même coupé d'une certaine réalité, même si c'est bien aussi de s'en couper de cette réalité, parce que peut-être si on n'en était pas coupé on n'écrirait pas, et peut-être qu'on est plus proche d'une réalité plus essentielle... mais en même temps quand ce livre est écrit, il a besoin des autres, il a besoin d'être défendu, moi depuis 2-3 mois je me pose la question : est-ce qu'un auteur doit vraiment défendre ce qu'il a écrit ? c'est une question... en fait je réponds toujours oui, il faut défendre ce qu'on a écrit... mais peut-être que l'on devrait laisser les mots... et puis tant pis s'il y a le silence, peut-être qu'on devrait se résoudre à ça... je crois qu'il y a un orgueil aussi de l'écrivain qui est mal placé, il y a une envie de reconnaissance, de gloire, de gloire oui, enfin de gloire c'est exagéré, qui est mal placée aussi, qui est mal placée mais en même temps si on a écrit c'est parce qu' on a envie que ses mots "passent", les mots qui ne "passent" pas ils meurent, et moi je parle du silence alors si ce livre reste dans le silence, c'est aussi un échec du livre.


C'est un livre, c'est le moins qu'on puisse dire, qui crée un trouble... chez le lecteur...

C'est-à-dire...


L'Insecte, là, que vous publiez dans la collection de René de Ceccatty, Solo, parce que d'abord on ne sait pas si c'est un roman, ou si c'est un récit autobiographique...

C'est déjà son problème, pour ceux qui seraient chargés de le défendre... c'est un livre qui ne rentre pas dans une catégorie, c'est pas un essai, ça pourrait l'être, c'est pas vraiment un témoignage mais ça l'est aussi, alors au bout du compte je dis que c'est un roman, je pense qu'à partir du moment où j'ai fait parler le virus du sida...


Oui, parce que ça, c'est l'autre élément du trouble, c'est que dans ce livre-là, et à ma connaissance il n'y en a pas beaucoup qui en font autant, vous donnez la parole au mal, qui aujourd'hui en effet est le mal absolu, le mal qui à l'intérieur même du roman tue les personnages...

Il les a tués déjà... oui... est-ce que c'est le mal absolu ?... Ce qui est écrit aussi dans le livre, c'est que le mal absolu, c'est peut -être de ne pas regarder le mal...


L'indifférence...

Oui, l'indifférence... mais l'indifférence quelquefois ça n'est pas voulu, alors qu'il y a aussi une volonté de ne pas regarder le mal, il y a une forme d'organisation qui est basée, bâtie sur : ne pas regarder le mal... Ce que j'ai essayé d'écrire, c'est que ce qui fonde la vie, c'est aussi de ne pas regarder le mal, que tout se ramène finalement à ça... Le virus du sida, le pauvre, il a fait son travail de virus du sida et si je lui ai donné la parole c'est parce que justement je me suis dit que personne ne pouvait raconter, que j'en étais là, que personne ne pouvait raconter ce qui s'était passé et que justement celui qui pourrait le mieux le dire, ce serait le virus du sida... mais à partir de là on est quand même dans un romanesque, c'est pour ça qu'on peut dire que c'est aussi un roman mais c'est vrai que je ne raconte pas vraiment une histoire...


Non, c'est pas vraiment un roman à l'eau de rose... donc, il parle, il monologue, ce virus dans un livre écrit par un autre, un certain Sang Inquiet, qui est séronégatif, et qui vit avec Or Vif...

Sang Inquiet, c'est celui qui écrit le livre... donc c'est moi... et Or Vif, c'est la personne avec laquelle je vis, oui...


Sang Inquiet, c'est de l'encre noire...

Qu'est-ce que vous voulez dire ?


II est très noir...

Je ne crois pas.


... par son inquiétude même...

Non, ce qui est noir c'est justement de ne pas être inquiet, alors franchement je trouve que les gens qui vivent sans être inquiets sont... inquiétants... et qu'est-ce que ça veut dire être noir ?...


Noir comme l'encre...

Mais encore...


l'encre de l'écriture de ce livre... parce que c'est tout de même un livre...

ah oui, c'est un livre...


un livre ça ne s'écrit pas avec rien, ça s'écrit avec son sang, c'est-à-dire avec de l'encre...

Oui mais ça reste des mots... on ne sait pas en fait ce que c'est... et quand on a écrit un livre, on se dit que si ce n'est qu'un livre c'est pas la peine, si ce n'est qu'un livre...


Et qu'est-ce que ça peut être d'autre...

Peut-être qu' on écrit aussi pour le savoir... je crois qu' on se pose tout le temps la question... mais vous me disiez c'est noir, je sais que les gens qui ont aimé ce livre ne l'ont pas ressenti justement comme un livre "noir", ils l'ont ressenti comme un livre qui, je ne sais pas, qui leur donnait envie de lutter, qui n'était pas un livre désespéré, et que justement peut-être en disant le désespoir, en disant le mal, en approchant le mal, c'est là qu'on s'en sortait... C'est quand même ce que j'ai voulu raconter : que mes amis qui sont morts, ou ceux que je ne connaissais pas, j'ai eu l'impression que justement ils n'étaient pas morts pour rien, et que c'était le silence des autres qui voulait que cette mort soit vraiment une mort définitive... Dans la première page, je parle de colera alegria, j'ai voulu écrire une colère joyeuse, parce que ceux qui sont morts, dont on n'a pas parlé, n'ont pas cessé de rire, n'ont pas eu peur d'affronter leur mal... Mais la vraie question c'est quand même celle que vous m'avez posée, vous me dites c'est un livre, évidemment c'est un livre mais on se dit quand même, même si on a écrit ça, qu'un livre c'est pas grand-chose quelquefois, on ne peut pas se contenter de se dire qu'on a écrit, parce que quand on a écrit un livre on se sent un peu "quitte" aussi avec ce qu'on a écrit... je crois qu'on écrit pour savoir ce que c'est qu'un livre...


Qu'est-ce qu'il vous a appris ce livre-là sur vous-même ?

Il m'a appris que j'étais encore en vie... je ne sais pas s'il m'a vraiment appris quelque chose sur moi-même... et il continue de s'écrire ce livre, peut-être qu'il m'apprend presque plus de choses maintenant, peut-être qu'il me met aussi au pied du mur maintenant, puisqu'on parlait du silence qui peut aussi entourer ce livre, se dire : qu'est-ce que je fais maintenant, par rapport à ce livre ? est-ce que je me dis : je l'ai écrit voilà ou est-ce que je le défends ?... Et les autres continuent à écrire ce livre, je crois qu'on écrit avant, on écrit pendant et on écrit après, on écrit même quand on n'écrit pas. Est-ce qu'il m'a appris quelque chose sur moi ? je ne sais pas si on attend d'un livre... c'est pas une psychanalyse, un livre... on n'attend pas d'écrire un livre pour apprendre des choses sur soi, je crois que c'est plus d'aimer qui vous apprend quelque chose sur soi... c'est la confrontation au mal aussi qui vous apprend quelque chose sur soi, je n'essaie pas de me chercher dans mes livres... je pense que quand on écrit il ne faut pas non plus avoir une idolâtrie de la chose écrite, il faut être assez humble aussi, il faut aller vers les mots mais les mots... il y a quelque chose de très impuissant dans les mots, j'ai toujours dit qu'on écrivait plutôt entre les mots que les mots eux-mêmes... en même temps il y a cette chose quand on a écrit de dire : c'est écrit, alors c'est écrit c'est fini, et moi je déteste ce qui est fini, je ne crois pas a la fin, je ne crois pas à la fin d'aimer quand on aime, et je ne crois pas à la fin d'un livre, je pense que ce livre je l'avais commencé avant, que je le continuerai après...


II n'y a pas de dernier mot...

Non... on aimerait...


Même pour le virus...

Vous savez le virus, je l'ai fait parler mais je ne le connais pas si bien que ça, je crois que celui qui a écrit le livre... qui n'est pas totalement là, parce que c'est quand même un grand problème de venir parler de son livre, d'un livre, peut-être d'un livre comme celui-là...


C'est pas vous Jean-Michel Iribarren... ?

Oui, mais... vous savez j'aime beaucoup Barbara et elle disait : quand je chante c'est moi et ce n'est pas moi alors c'est moi et ce n'est pas moi... C'est peut-être ça, la recherche de soi-même...


Et là c'est qui aujourd'hui qui est en face de moi... ?

Ecoutez, c'est celui qui a écrit le livre qui est dans un studio de radio et qui... qui écrit mieux vraisemblablement qu'il ne parle...


Ou l'inverse...

Qui parle mieux qu'il n'écrit ?...


C'est possible, non?

... oui, j'aime bien parler... j'aime bien parler de ce que j'écris... il faut trouver le mot, la chose qui va vous faire dévider la pelote, quand on parle... Vous savez, j'ai écrit un livre à propos des homosexuels qui sont morts et je sais qu'il y en a qui se sont dit : bon c'est très bien ce qu'il écrit mais ce n'est qu'un livre, lui il n'a pas milité, il n'a pas combattu, il est séronégatif en plus, ce n'est qu'un livre... ils n'ont pas tout à fait tort non plus mais ils ont tort aussi quand même, parce qu'un livre c'est quand même beaucoup, on ne peut pas dire que c'est tout mais c'est quand même beaucoup... peut-être que c'est ça aussi le silence sur ce livre, c'est de mésestimer la force d'un livre... parce qu'il y a une force des mots... et que les mots peuvent aller contre la mort, contre le mal...


Ça, vous le pensez ?...

ah oui si je le dis, quand même...


C'est une drôle de confiance que vous leur faites aux mots...

Oui mais regardez... Je sais que le personnage que j'appelle Tête Perdue dans le livre, mon meilleur ami, qui est mort en 1993, qui était écrivain, Hervé Loyez, je sais que cette histoire avec lui continue et je sais qu'elle a beaucoup continué par les mots, ce qui prouve bien que les mots ne sont pas que les mots... Si je devais un peu mieux expliquer : il y a eu dans beaucoup de choses qu'il a écrites et que j'ai écrites avant sa mort, des choses qui anticipaient sur notre histoire "après" la mort... vous savez quand on pense que quelqu'un est mort mais qu'il est quand même encore avec vous, on est bien désemparé devant cette présence qu'on sent et qui est quand même absente, elle est quelque part, si on en est persuadé elle est quelque part, elle peut être dans les mots... c'est peut-être un peu bizarre pour celui qui entendra ça... mais oui je leur fais confiance aux mots, c'est un fait, mais je ne les crois pas tout-puissants, et puis je pense qu'il y a les mots et puis il y a les mots, et puis il y a ce qu'il y a entre les mots, et puis il y a sa propre vie quand même, je pense qu'on ne peut pas dissocier les mots de sa propre vie, et que beaucoup d'auteurs écrivent, et sûrement moi aussi, sans se dire : où est ma propre vie dans tout ça ?... vous comprenez, si l'on est qu'une institution, ou quelqu'un qui vient faire son livre comme ça... les mots se vengent de ça, les mots attendent quelque chose dans votre propre vie... les mots exigent de vous, ou alors ils vous rattrapent...


Vous n'êtes pas le maitre du jeu (je)...

On l'est trop et pas assez, on l'est trop parce que rien ne vous empêche quand on écrit, on se sent un peu tout-puissant... on ne l'est pas assez parce que tout ce qu'on cherche à dire on ne l'atteint jamais, qu'on a vraisemblablement trop parlé de soi aussi, qu'on veut écrire pour se déporter de soi mais que les mots vous ramènent toujours à vous-même quand même... je ne sais pas si cela a un rapport quand vous me demandiez : se connaître soi-même...


Je vous ai demandé ça, moi ?

Oui... vous m'avez demandé si en écrivant je me connaissais mieux...


Je vous ai demande ce que le livre vous avait appris sur vous-même...

Ce n'est pas la même chose... ?


Pas tout à fait mais enfin ne chicanons pas... II y a les mots et il y a les noms, il ya les noms que vous avez donnés aux personnages: Tête Perdue, Sang Inquiet, Or Vif... comme des noms d'indiens...

C'est un peu ça oui... c'est parce que je ne voulais pas que ces noms soient... je voulais un peu qu'ils soient symboliques, emblématiques, que ce ne soit pas totalement la réalité, mais j'ai donné aussi d'autres noms... voilà, ça c'est fait comme ça, je n'étais pas à Paris d'ailleurs, je réfléchissais à ça et j'ai trouvé ces noms-là, Sang Inquiet, Tête Perdue, Petit Balafré... mais bon, il ne faut pas y voir plus qu'il n'y a...


Et les indiens ont subi toujours de terribles hécatombes...

Peut-être, c'est vrai que quand on écrit il y a beaucoup de choses qui... on se dit après : tiens j'ai écrit ça... effectivement, peut-être... peut-être c'est en ça qu'un livre n'est jamais fini parce qu'il s'inscrit dans un lien, alors pourquoi pas, oui, avec les indiens... c'est drôle ce que vous me dites parce que j'en parle presque plus dans le livre que je viens d'écrire, de l'histoire des indiens...


Vous écrivez sur les indiens...

Non. Mais j'ai écrit un livre là, mais je ne sais pas si c'est très intéressant qu'on en parle maintenant, à propos des deux petits Guinéens qui avaient été trouvés morts dans la soute de l'avion il y a un an... j'ai imaginé un dialogue entre moi et un des garçons de cet avion... et c'est vrai que là, il y a des histoires d'indiens oui...


Et là dans L'Insecte, il y a une ligne, le livre suit une ligne qui est une ligne de partage entre "eux" et "les autres"...

Alors il faut que je vous dise qui sont "eux" et qui sont "les autres"... ? C'est ça ?


Bien, oui... mais vous pouvez y renoncer aussi mais ça serait dommage parce que c'est quand même au centre du livre...

"Eux", ce sont les homosexuels qui sont morts du sida et ceux qui étaient à leur côté, les homosexuels qui étaient a leur côté; alors "les autres", c'est... comment dire ? C'est le grand problème des autres, les autres ! Beaucoup me disent : "les autres", c'est les hétérosexuels, je sais qu'on a envie que ce soient les hétérosexuels, c'est vrai que ponctuellement dans cette histoire du sida c'est les hétérosexuels mais pour moi ce livre ne tient pas si on dit que "les autres" ce sont les hétérosexuels, "les autres" c'est : tout le monde, et "eux" se sont détachés des autres dans cette histoire du sida, ils sont devenus : eux.


Tout le monde, c'est-à-dire...

Tout vivant. Tout vivant qui participe a cette perpétuation de la vie, à ce système qui ne veut pas regarder le mal... tout ce qui est complice de ce qui fait la vie...


Vous laissez entendre que "les autres", ce sont les vrais malades... ceux qui disent n'importe quoi, qui disent par exemple que le sida a tué l'amour...

Oui, cette chose du sida qui a tué l'amour, alors ça je... le problème, c'est qu'il faudrait que je raconte tout le livre si je me mets à parler de ça, parce que le sida n'a pas tué l'amour non, ça arrangeait de dire que le sida tuait l'amour mais le sida n'a jamais empêché personne d'aimer... je pense que ce qu'on appelle l'amour est quelque chose qui soutient aussi ce que j'appelle le système de la vie... aimer vraiment c'est aller contre la vie, vous savez cette histoire de dire que l'amour est plus fort que la mort... on nous fait croire que l'amour est partout alors que c'est faux, parce que s'il était vraiment partout la vie ne serait plus ce qu'elle est... aimer va contre la vie... et le sida n'a pas tué l'amour mais le dire c'était un moyen de laisser dans le silence la mort des homosexuels...


Le sida n'a pas tué le rire non plus...

Non, parce que tous ceux qui sont morts ont beaucoup ri, beaucoup vécu, sûrement bien plus que ceux qui sont vivants, et qu'on plaisantait de la mort... Un jour je me suis levé, à un de mes meilleurs amis je lui ai dit : "alors pas encore mort !"... il y a eu une extraordinaire dignité là-dedans... et beaucoup de vie... Moi, ce qui m'embête aujourd'hui, c'est que j'ai l'impression que, même chez les homosexuels, on ne veut pas parler de cette histoire du sida, parce que la vie aussi fonctionne comme ça, sur l'oubli... alors que je pense que, si on n'oublie pas, si on regarde le mal, si on regarde la mort, c'est là qu'on est vraiment vivant, je pense que c'est ceux qui oublient, ceux qui n'ont plus la mémoire, ceux-là sont morts... et ça se retrouvera...


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"L'envol"

 
lettres à ma mère - lettres de ma mère


(lettre à ma mère)

Paris - 22 janvier 86

Maman chérie-

J'étais hier à la première de Barbara : c'est magnifique, grand, bouleversant et puis c'est elle, elle, ELLE presque plus qu'en récital-
Je crois que les rappels étaient encore plus enthousiastes qu'à la dernière de Pantin et c'était la première !
C'était très beau-
Quel grand acteur Depardieu assez humble pour s'effacer au service entièrement du monde de Barbara-
Toi qui l'aimes, il faut que tu viennes-
Je t'embrasse très fort ainsi que Papa-
Jean Michel ©


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