Jean-Michel Iribarren

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"Vie d'Ange" 1990

 
résumé : vie de Ange Tournoyeur, qui à l'âge de 18 ans décide de mourir jeune, à l'heure qu'il choisira, seule réponse qu'il trouve pour se venger de l'horreur : Ange voulait mourir du temps de sa jeunesse. Sa volonté était à la mesure de la rage qu'il mettrait à vivre et qui sait à regretter la vie : il était le désordre à lui tout seul.

(extrait) « Les quais de la Seine n'étaient pas tout à fait noirs. Il aperçut l'horloge au loin, presqu'une heure de la nuit. Il regardait les ombres qui dansaient. Des yeux déjà si proches arrachaient du plaisir. Son plaisir que la bière allait rendre plus fort. Plus doux. Elle frappait à ses tempes, faisait la nuit plus noire. Et pour fêter ses dix-huit ans c'est en toute lucidité qu'Ange avait décidé de venir jouir ici. "Les Incorruptibles" poursuivaient sans lui la fête organisée pour lui dans le bar de Claire, la brune. Il attira un cul. Sa langue souriait. Heureux anniversaire.
Quand il en eut assez il arrêta le jeu. Le garçon s'en alla en cherchant à comprendre. Ange murmura qu'il n'y avait rien à comprendre. Il avait dix-huit ans aujourd'hui c'est tout.
L'homme le suivait des yeux depuis un certain temps. Ange le voyait bien. Sale vieux ! Plus loin ! Il lui gâchait sa nuit. Il effleura le couteau dans sa poche gauche. Il y glissa la main, sentit le couteau et son sexe encore dur. La haine qui montait. Ange voulait la jeunesse. Comme ses dix-huit ans. Fallait qu'il foute le camp !
Les deux adolescents s'embrassaient, se tenaient. Ange approchait. Regardait. L'un des deux acquiesça. Ils se mêlèrent. Sans compter les secondes. Alors il l'aperçut, tout près qui l'avait suivi là. Ils ne virent pas Ange devenir fou. Il les laissa à leurs baisers. Il s'éloignait à pas pressés. Il ne se retournait pas, inutile.
A peine le vieux s'était agenouillé, Ange frappa. Avec son pied, encore plus fort. Passait une ombre sans demander son reste. Ange visait le ventre, entre les jambes. L'homme essayait bien de se lever. Ange frappait toujours. L'autre rotait. Il aurait voulu crier. Mais c'était impossible. Rien.
Ange sortit le couteau. Un court instant il fixa le couteau. Le regard fou il l'avait toujours eu. Un peu plus, un peu moins. Il regarda les péniches au loin. "Les péniches à la nuit sans toi ça doit être très beau." Il prépara le bras qui tenait le couteau. De l'autre il l'attirait à lui.
Un reflet de bec de gaz éclaira le poignet du vieux. Un quart de seconde mais il le vit. Qu'est-ce qu'il t'arrive, dis Ange ? Le couteau près du ventre arrêté dans sa course. "C'est quoi ce numéro ? Tu vas répondre connard ? C'est quoi ?" Il redonna un coup de pied. Et l'homme retomba. Dans un mot. "Quoi ? T'as dit quoi ?" Et Ange s'est penché. "Répète !"
"Treblinka." "Quoi ? Répète !" Il répéta trois fois. "Treblinka" Ange avait bien entendu. "C'est quoi ton Treblinka ? C'est le nom de ta femme ?" Ange, tu n'as pas vraiment envie de rire, hein ? Il était tout en sueur. Il s'était affalé près de l'homme qui commençait à parler, doucement, en désordre. Ange ne comprend rien. Au début. Ça ressemble à un rêve. Ange, écoute.
Le vieil homme parlait tout le temps sans que jamais Ange n'intervienne. Chaque mot l'atteignait. Il ne pouvait y croire. Il avait bien trop bu. Pourtant il crut sans doutes, jusqu'au plus impensable. Ange savait que c'était vrai. Il avait dix-huit ans cette nuit-là, l'innommable cadeau. Il souriait : "j'ai lu ça quelque part" et il pleurait. Le couteau s'enfonçait dans la main.
"Moi c'est Jean Tournoyeur. Tu avais quel âge ?
- L'âge des enfants
- Viens, on s'tire, viens... ?
- Éric
- Tout le monde m'appelle Ange" © »

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L'il gauche de Vladimir

Le violeur

H

L'acharnement de soi-même

La solitude du mal

Amalia




"L'il gauche de Vladimir" 1991

 
résumé : une nuit de Paris, noire, sans électricité, un homme et une femme sous les toits, un moine à la recherche d'un livre, un assassin, et Paris comme une femme veillant sur ses enfants.

(extrait) « Le soleil brillerait et le ciel serait bleu ce dimanche. Paris était tranquille comme elle le fut parfois, après toutes les guerres qui l'avaient éprouvée. Huit heures et demie. Les cadavres étaient ceux des voitures dépecées qui encombraient les avenues et les rues, des vitrines brisées, des portes enfoncées. La neige était redevenue blanche. Près de la gare Saint-Lazare, il y avait des gourdins jetés sur les trottoirs. On ne saurait jamais les mains qui les tenaient. Beaucoup plus tard, la Seine rejetterait un corps, quelque part en banlieue. Dans chaque arrondissement, quelques feux de bois achevaient de brûler. La fête était finie. Avec elle s'en allaient les sorciers et leurs enchantements. On se serait cru au printemps. Des oiseaux chantonnaient dont on ignorait de quel pays ils s'étaient envolés. Une vieille femme en guenilles chantait à tue-tête dans le quartier des Halles. Elle criait : "vive la jeunesse !" et se moquait des guerres qu'on déclarait à onze heures du soir. "Onze heures du soir !, répétait-elle en rigolant, c'est un monde !" On la prenait pour folle. Et la folie avait perdu ses droits. Huit heures et demie. On s'acharnait déjà à refaire l'Histoire. L'ordre était de retour, impatient, hautain, humilié, avec au coin des lèvres la soif de se venger. Pressés par leurs parents délivrés, des enfants reprenaient les chemins de l'école, cartables sur le dos. Mais ils n'étaient pas dupes. Certains avaient même un drôle de sourire et quelques traces ocre sur les mains. Bien sûr, le bruit des sirènes tonitruait et les flics avaient encerclé tout le quartier de Saint-Germain-des-Prés. Mais des sirènes et des flics, il y en avait toujours eu. Le jour allait reprendre toute la place. C'était un dictateur, le jour, un dictateur sans ambition. Mais que pouvait-il faire contre ceux de la nuit, les affamés qui n'avaient rien bâti, rien qu'une nuit immense qu'ils n'en finiraient pas de perpétuer ? A huit heures et demie, ce matin-là, trois d'entre eux se dirigeaient vers une même église. Un moine à l'allure joyeuse. Sa robe de bure était abîmée, ses traits creusés mais, à le voir, on ne pouvait s'empêcher de penser qu'il courait vers un rendez-vous important. Ses pas s'accéléraient, pourtant il s'arrêta plusieurs fois sur sa route. Des gens qui avaient perdu leur chemin, un garçon pour qui il acheta une baguette de pain. Ailleurs, un homme et une femme marchaient lentement. Ils ne se disaient rien. La femme aux lunettes noires portait dans ses bras une sculpture d'ange. L'homme trébuchait souvent car il la regardait. Il la tenait par l'épaule. Tous deux semblaient se rendre à un destin auquel ils n'échapperaient pas. La scène s'était déroulée quelques minutes auparavant, lorsque les premiers rayons du soleil les avaient réveillés. Leur nuit était bien trop grande pour ce soleil-là. Si leurs pas étaient lourds, c'est qu'ils l'emportaient avec eux. © »

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Le violeur

H

L'acharnement de soi-même

La solitude du mal

Amalia




"Le Violeur" 1993

 
résumé : Deux ans de la vie d'Alexandre de Beaumanoir au collège Barbe Bleue, loin de Paris adoré, Alexandre le solitaire, différent, qui fera le chemin pour découvrir les mystères du château Barbe Bleue, de vie et de mort, jusqu'à trouver l'amitié, et la liberté toujours à recommencer.

(extrait) « Ce matin-là on entendait la mer jusque dans la chapelle. Elle tremblait révoltée, effrayante, d'immenses vagues sombres qu'on devinait à peine, déchirant la brume par-dessus l'océan, ravageuses. A Cap-Hosse on était habitué. La mer était comme ça, indomptable, avec le bruit des mouettes qui hurlaient pour elle, posées sur des détritus que la marée remporterait dans la nuit, des bouteilles en plastique, morceaux de bois, pneus, bidons, chaises estropiées, des tampons ou des préservatifs, merdes sans nom, répugnances immondes, à perte de vue au pied des dunes, elle charriait tout. Dès les premiers jours de septembre elle avait repris son air familier, les touristes avaient foutu le camp, bon débarras ! ils étaient repartis au diable, on se fichait du diable, et les commerçants avaient de quoi tenir une année entière. Demain la tribu du château allait débarquer, retour à la normale. Dans la forêt derrière la plage les arbres se remettaient à craquer, une ombre s'y faufilait : des oiseaux sur la tête de l'ombre, et dans les oreilles l'orgue de barbarie qui avait rejoué pour elle, sur sa main la langue du vieux chien, elle la sentait encore, ses yeux plissés redoutaient la lumière, un instant elle les referma, elle serait bien restée là-bas, dans le noir, avec les enfants. L'ombre résistait au vent tournoyeur. Comme à d'autres jadis. Le vent de Cap-Hosse aimait le sable, il s'engouffrait partout, les arbres n'avaient pas le choix, ils devenaient complices. C'était une étrange harmonie, la mer, le vent, les dunes, la forêt. Rien à faire. L'ombre avançait lentement. Elle voulait le contempler avant leur arrivée, les huit cents garçons venus d'ailleurs, de Paris surtout. Le regarder toujours debout, malgré ce vent de malheur qui en détruisait le toit, accueillant, impassible, redoutable. L'ombre s'approcha le plus près qu'elle pouvait. Alors elle le revit qui attendait. Barbe Bleue. © »

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L'il gauche de Vladimir

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H

L'acharnement de soi-même

La solitude du mal

Amalia




"H" 1994

 
résumé : Après la mort de H à trente-cinq ans. Tout commence : "qui sait ? peut-être même qu'un jour la mort ne nous fera plus peur".

(extrait) « Voilà, tous les deux n'avons confié qu'à l'écriture notre volonté pour "après", semblable volonté dont nous ne savions sans doute pas la portée exacte, en étions-nous même conscients autrement que par cet "inéluctable" dans lequel nous sommes aujourd'hui perdus, condamnés à se perdre pour mieux se retrouver- d'auncuns jugent mon état d'aujourd'hui inquiétant, mais il l'est braves gens, il l'est !- cette volonté recueillie par nos livres conjure le doute, il fallait qu'elle nous fût commune et précédât sa mort pour ne pas se réduire à une misérable tentative de survivre, ainsi H me prêtait main forte par-delà sa mort, comme autrefois rien ne serait acquis, est-il une forme supérieure de l'amour que celle qui entrouvre le voile, j'y suis, nous y sommes, en pressentant tout cela sans doute ignorions-nous la difficulté de la tâche, réussirons-nous ? comment aimer encore celui que l'on ne voit plus ? comment empêcher la vie de finir par gagner ? elle ne renonce jamais, elle est patiente, sûre d'elle quand elle pense à ses triomphes passés, et nous qui continuons, H si proche mais si loin aussi, et moi accroché à lui qui demeure la seule certitude, celle qui ne s'entend qu'avec le doute, toutes ces questions, écrire bien sûr, comment ne pas voir que la réponse est là ? privilège insensé qui exclut tout larmoiement, écrire oui mais encore ? nous nous sommes rendus libres, la liberté demeure, terrible, la présence se précise, moins humaine, l'absence, il écrivait dans l'ébauche de son roman que même éloignés cette absence n'existait pas, s'il y avait absence comment aurais-je pu continuer à rire, à vivre ? pourtant je vis, donc il est ! je le lui disais vendredi soir au cinéma... © »

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L'acharnement de soi-même

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"L'acharnement de soi-même" 1995

 
résumé : une parenthèse dans la vie de Hugo, l'hôtel du Palais dans une ville qui ressemble à Amsterdam, la mer. Le cercle des amis de Hugo au Palais dont il est la lumière alors que lui-même essaie de survivre à la mort de Vincent. Cette ville où la chanteuse Bill Feria dit-on s'est suicidée dans la tour qui porte son nom désormais.

(extrait) « On croyait à l'esprit. On baisait n'importe où, dans la vigilance de l'esprit. La vie ! J'aurais compté mes sous, j'en aurais gagnés toujours plus, j'aurais donné des coups de pied dans les carcasses qui m'empêchaient de marcher, jusqu'à ne plus les voir. Je ne t'aurais jamais quitté, t'aurais gardé pour moi, jusqu'à ne plus savoir quoi faire de toi. Je me serais interdit toute pensée, n'aurais jamais choisi, je m'en serais remis aux choix d'il y a longtemps, je serais mort ainsi, parce que c'était la vie. L'animal cherchait sa proie, là en plein jour, il buvait l'eau du fleuve, il dévorait à tout venant. Il se mit à pleurer. A son tour il se fit dévorer. Gisant, couvert de mouches, il entendait encore battre son cur. Il décida alors de glisser dans la nuit, il s'y engouffra auréolé de toutes ses blessures. Tout changea. Les mouches une à une s'en allèrent voir ailleurs, elles ne supportaient plus l'odeur, ses yeux cherchèrent et cherchèrent, il se surprit à voir mieux qu'en plein jour. Finalement je t'ai laissé aller, j'ai gardé dans ma main des traces de baisers, sur mes lèvres des mots, un jour je me suis décidé à choisir, jamais comme ils voulaient, de doute en doute on s'est gardés : ce fut la nuit. On avait tant souffert, ton agonie la mienne, je ne voyais plus rien, parfois je t'entendais sourire, je décidai de rester. A l'animal tu pris sa chair défaite. Il me donna ses yeux. La nuit s'illumina à force de noirceur, le jour devint un souvenir de mort. Aujourd'hui on ne sait plus. Parfois je sens ta langue qui lèche la plaie qui se réveille. Pour toi je m'en vais rôder dans les terres d'avant, j'y sème le désordre, je fais tout à l'envers et lorsqu'on se retrouve tu me donnes raison. J'attends le jour où s'allumera la nuit et où les animaux retrouveront leur mère. Ils pueront des carnages anciens, ruisselleront d'écume dans le creux de leurs yeux. Ce sera la fin. A moins que toi et moi on invente autre chose. © »

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La solitude du mal

Amalia




"La solitude du Mal" 1997

 
résumé : des meurtres sans explication, il crevé et sable sur le sol, qui ressemblent au roman noir qu'écrit Léo Tirictiscu au moment où il rencontre Coutil, rencontre qui fera s'envoler la frontière entre le livre et sa vie.

(extrait) « - Les meurtres avec le sable sur le sang ?
- Oui ceux-là ! on dirait des cadavres rejetés par la marée."
Coutil avait prononcé ces derniers mots doucement, on eût dit à regret, c'est ce que crut Léo. Ils se trouvaient derrière la Grande Arche, dos tourné à Paris, sans se voir comme la première fois au Palais-Royal. "J'ai froid, tu en veux un peu ?", lui proposa Léo. Coutil avala en faisant la grimace. "J'ai lu ça quelque part, poursuivit Léo, c'est horrible.
- Tu ne m'as pas dit que tu écrivais des romans noirs ?
- Exactement, et alors ?
- Alors tu dois être habitué !
- Habitué à quoi ? A tuer ? Mon cher Coutil, j'écris, je ne tue pas !
- C'est pareil, ou cela le sera, ou bien à quoi ça sert ?"
Coutil venait de prononcer la question que Léo ne se posait jamais et qui pourtant le harcelait. Le froid les avait rapprochés sur la rambarde. Léo pouvait sentir l'haleine du jeune garçon, du lait, et quelque chose qui n'allait pas avec, la justesse de ses paroles, une intansigeance bien cachée qui ne désarmait pas : "Dis-moi, à quoi ça sert ?", insistait-il. "Tu ne veux pas aller prendre un café, répondit Léo, j'ai froid.
- On est bien, je suis bien avec toi.
- Je ne sais pas à quoi ça sert, j'ai toujours eu envie d'écrire, bien avant de comprendre, et lorsque j'ai commencé à comprendre je n'ai plus voulu qu'on m'explique. Si j'écris, la mort de David n'existe plus, David reste avec moi, c'était ce qu'il voulait, l'esprit l'emporte toujours.
- C'est la mer qui l'emporte, on le sait bien tous les deux, les plages dont tu m'as parlé l'autre fois, et puis si tu crois en l'esprit tu dois pouvoir répondre, moi ce n'est pas mon affaire.
- Justement, toi, qu'est-ce qui t'intéresse ?
- Tout, tout m'intéresse, monsieur le professeur ! j'aime lire, mais je n'ai jamais vraiment pensé à écrire.
- Pourquoi "jamais vraiment" ?
- Bon, disons jamais, c'est toi l'écrivain !"
A cet instant Léo se mit à sourire. Il avait beau dire à Coutil qu'il ne voulait pas de réponses, il savait bien qu'il réfléchissait sans cesse, trop, ce besoin de croire. "Je suis en train de commencer un nouveau roman, reprit-il. Dans ces meurtres dont tu parles il y a quelque chose de ce que je voudrais écrire, enfin, je ne sais pas, c'est la première fois que ça m'arrive, ne pas connaître la fin, douter...
- Parle-moi de l'histoire, qui est-ce qui tue cette fois ? (Coutil le regardait dans les yeux)"
Léo tenta de lui expliquer, le vieil homme, l'enfant, il s'emmêlait : "En fait, moi aussi j'aimerais bien savoir pourquoi ! (il se mit à reboire) Alors tu aimes les livres et puis quoi ?... © »

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La solitude du mal

Amalia




"Amalia" 1998

 
résumé : Amalia Sané photographe, qui vit avec Tadzio le petit singe de Lisbonne, Amalia dont personne ne veut des photos et qui recherche pour se venger celui qui un jour lui a donné sa caméra (VL), Julien Rivière, le seul qui la comprend, le plus beau.

(extrait) « Si je parle du temps passé à chercher une photo ses mains s'enfoncent dans mon ventre. C'est sur le ventre que tout est écrit. Si je parle de tout ce que j'ai fait pour faire connaître les photos ses mains m'insultent. Elles ne comprennent pas. Puis elles comprennent et elles me soignent. Je parle de la femme aux urgences. La photo Venger. Ses mains font mal. A crier. Depuis longtemps elles font mal. Ses mains disent qu'il a compris pourquoi je l'ai cherché pendant toutes ces années. Il a crié aussi quand j'ai refermé ma bouche. Nos cris sont plus forts que le bruit de la mer. Ils sont plein de cris.

On n'a plus rien à manger. On lèche. On suce tout ce qu'on peut. La sueur. Le sang. L'esprit. Quelle heure est-il ? Quel jour ? Où est-on ? Combien de photos ? Est-ce qu'on a dormi ? Comment trouver la force de changer la pellicule ?
Je le regarde. Il n'y a plus son sourire. Plus de douleur. Il y a Julien. Il ne le sait pas. Il croit qu'il n'y a plus rien. Elle l'a fait.
Il me regarde. Il sait qu'il y aura toujours Amalia.
Il y a cette odeur. Il y a nos corps sacrifiés.
Il y a les murs méconnaissables.
Où est la mer ?

Je sors dans la rue. On me regarde bouchonné. On m'a toujours regardée comme ça. J'appelle SOS médecins.
Un médecin est arrivé. "Non, moi ça va. Non, je n'ai besoin de rien. C'est pour lui. "Je suis à ses côtés. Le médecin dit qu'il n'y a rien de grave. Il lui fait une piqûre.
Je suis restée avec lui dans la chambre. Je lui ai écrit un mot en partant. Il dormait. "Est-ce que tu sais ce que ton père faisait pendant la guerre ?" Et puis je l'ai laissé. Je ne sais pas ce que j'ai fait dans les heures qui ont suivi. J'ai dû passer chez Thomas. Je me suis retrouvée rue Niepce. Avec Tadzio qui me léchait partout en pleurnichant. Et puis j'ai dû dormir. Je crois que j'ai rêvé que j'étais dans un train. Je croyais qu'il allait à Trouville mais quand je suis descendue il n'y avait qu'une route. Une route avec des arbres et même pas la mer au bout. © »

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L'acharnement de soi-même

La solitude du mal

Amalia




"L'Insecte" 1999
Éditions du Seuil - collection Solo, dirigée par René de Ceccatty
 


résumé : monologue du virus du sida : On a beaucoup parlé de moi et pas d'eux.

(extrait) « La Dernière Heure

je les entends qui reviennent les musiques espagnoles qui réchauffent
il y a le froid, de plus en plus le froid mais aussi la chaleur très loin la chaleur avec les musiques espagnoles qui font peur aux fourmis où sont les fourmis presque plus de fourmis tout d'un coup
autrefois, autrefois j'étais malade tu te souviens quelle maladie c'était, j'ai oublié, c'est comme si je revenais moi aussi
toi tu ne peux pas avoir oublié la maladie je sais que tu l'aimais quand même, tu aimais la maladie inhumaine, tu la trouvais humaine
les musiques espagnoles c'est pour toi aussi, pour l'échange
quand est-ce qu'on a décidé d'échanger, je n'ai plus de souvenirs
ou alors on a pas décidé, maintenant je décide, maintenant tu m'as rendu libre, on disait comme ça non, libre, c'est une longue histoire je m'en aperçois que maintenant
c'est qui maman ? je m'entends encore dire où est maman mais j'ai oublié maman, ce doit être une voix j'entends encore la voix loin
mon chéri mon chéri elle dit la voix, je ne comprends plus
je ne comprends pas et je sais pourquoi, je ne suis plus malade, plus du tout malade, tiens regarde je bouge je repars à zéro, je serai là
c'est toi qui vas reprendre la maladie inhumaine, tu voulais, mais tu verras c'est bien pire que tu crois, il va te falloir beaucoup de musiques espagnoles, beaucoup, pour éviter les fourmis, pour garder la maladie, pour que je puisse être là
je sens que je reviens guéri, il a suffi de l'échange entre toi et moi, ce que j'ai décidé avec toi sans te le dire
je te laisserai ce qui brille, ça ne sera pas de trop, moi je reste avec le mal, on y est bien, toi tu sais, tu n'es pas comme les fourmis je pourrai te faire mal encore
elles doivent aller vers toi les fourmis, je n'en vois plus aucune, méfie-toi elles t'en voudront encore plus qu'avant elles ne connaissent pas la pitié
reste avec la maladie inhumaine les fourmis ne pourront rien contre toi elles ont peur de ce qui brille ce sont de grandes froussardes les fourmis c'est incroyable qu'elles fassent autant peur des froussardes pareilles
écoute les musiques espagnoles comme elles sont lentes maintenant, un fleuve lent et sans fin, de plus en plus profond, du sang je crois
mon chéri mon chéri, il y a plusieurs voix maintenant, il y a une voix qui s'éloigne, elle vient vers toi, lorsqu'elle viendra vers toi écoute, c'est de la lumière, je crois qu'il est fragile, je ne peux rien d'autre pour toi, que ce qui est fragile
moi tu ne me reconnaîtras pas tout de suite j'ai déjà beaucoup changé
encore un peu, encore un instant
il fait froid à nouveau, je crois que je n'ai plus que toi, j'en suis sûr maintenant, plus que toi
je lis maintenant ce que tu n'as pas encore écrit, tu vas l'écrire hein, c'est pas gagné d'avance, même la voix fragile, surtout pas la voix fragile, je le connais à peine mais je suis près de lui
tu l'as voulue la maladie inhumaine, c'est l'échange rappelle-toi
tout est calme silencieux, les musiques espagnoles sont reparties
et si finalement... mais non, c'est pas maintenant que je suis guéri que je vais renoncer, c'est à cause du mal tu comprends, mais je ne pourrai pas t'expliquer je n'ai plus de mots il n'y a plus de mots ils s'en vont aussi, l'échange c'est les mots qui s'en vont contre ma guérison
pour moi le dernier mot...
on se dira que je l'ai échappé belle mais on ne pourra pas s'en défaire, toujours il restera une trace, c'est l'échange, les mots qui s'en vont contre une trace
ça y est, écoute : aucun mot
© »

article dans "Le Monde": https://archive.is/VyGL

Amazon: https://www.amazon.com/Linsecte-French-Edition-Jean-Michel-Iribarren/dp/2020407205

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Yaguine

Undead

Wild Samuel

Géant

Âmes dehors (trilogie)

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"Yaguine" 2000

 
résumé : dialogue entre JM et Yaguine, l'enfant malien mort caché dans la soute de l'avion qui devait le porter jusqu'à la France.

(extrait) « Le monde reste incroyablement beau. Même la misère quand tu la regardes elle est belle, incroyablement belle. Pasolini assassiné mais les garçons de Rome s'embrassent dans les parcs la nuit, à deux pas de ce qu'il reste des dieux. On fait toujours l'amour, un beau couple c'est toujours bouleversant, rien n'y fait. Les écrivains écrivent, ils n'ont jamais été aussi nombreux et quand on sait ce que ça peut te coûter d'écrire, même une merde... La mort ne tue toujours pas l'amour. Ceux qui meurent sont beaux : l'infirmière disait d'Hervé sur son lit de coma qu'il ressemblait à un ange, tu as embrassé son front glacé à la morgue. Les enfants croient tout ce qu'on leur raconte, ou bien ils pleurent mais ça ne dure jamais. La mer a toujours de ces couleurs. Les gens écoutent encore les gens : va faire un tour dans les cafés, le matin à Paris. Les gens consolent encore les gens. Les femmes étendent encore le linge. Dans les banlieues il y a de ces femmes noires et comment elles regardent leurs enfants : les mères restent les mères, avec la peur. L'horreur non plus n'a pas disparu, on peut encore mourir de faim, ou dans une flaque de sang : les cris résonnent encore, partout, même en silence. Ni l'horreur, ni la révolte, tu connais des curs à éclater de révolte. Le monde reste incroyablement humain quand même.
Alors d'où ça vient ? Cette impression de fin du monde. © »

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"Undead" 2002

 
résumé : autobiographie.

(extrait) « j'ai marché toute la journée, je sais plus où, dans ces grandes avenues où je sentais le souffle de ma vie, où ma vie était déjà là sans moi qui m'attendait, y avait en ce temps dans Paris une partie de moi qui me courait après, qui désarmait pas... vers le soir j'ai pris le chemin du retour, je suis monté dans un bus qui me ramènerait chez moi, rien avait changé, simplement j'avais arrêté de travailler le temps d'une journée, j'étais assis au fond du bus, à un moment j'ai regardé en face de moi : il devait avoir mon âge ou un peu moins, il était blond, il était magnifique de beauté, je lui ai jamais parlé, il sait pas qui je suis, je lui dois tout... c'est en le voyant lui, ce garçon blond qui avait je crois un manteau vert, qu'en une seconde j'ai basculé : vers moi, pour ce que j'ai toujours appelé l'acceptation, pas la résignation, l'acceptation des garçons, que ce serait ça et pas autre chose, que depuis toujours j'étais homosexuel, sale mot mais puisque c'est le mot : c'est ce que j'étais, en une seconde ça m'a paru magnifique de l'être, et stupéfiant d'avoir tant attendu, j'allais le dire à la terre entière, la terre entière allait le savoir, je voyais celui que j'étais déguerpir sans demander son reste, il reviendrait plus jamais, je le plantais là l'inaudible, il me laissait aucun regret, il me dégoûtait presque et avec lui tous ceux qui l'avaient forcé à rester inaudible... en même temps j'avais envie de leur dire merci à ceux-là, tous, les humiliateurs, les empêcheurs, je leur devrai toujours tout aux humiliateurs et aux empêcheurs, je leur devrai toujours cette seconde dans le bus, sans eux y aurait jamais eu cette seconde, ce moment où tout a basculé, où demain s'est écrit d'un seul coup, tout ce qui allait venir, j'en voudrai jamais au malheur comme les autres lui en veulent, le malheur m'a tout donné de jamais l'avoir accepté, les empêcheurs de jamais leur avoir cédé, cette seconde restera pour toujours indescriptible, y aura jamais de mots pour dire ce que c'est de devenir soi-même, ç'allait se voir physiquement le changement dû à cette seconde dans le bus, ç'allait se voir pour tout, je viens de cette seconde qui elle-même vient de si loin que je saurai jamais d'où : de l'enfance peut-être, de l'oppression que c'est l'enfance, que ce sera toujours et quelle que soit l'enfance, l'oppression que c'est la famille, que ce sera toujours et quelle que soit la famille, elle venait la seconde du garçon à la barque qui me souriait près du canal et que j'avais laissé repartir, de cet autre croisé devant un marchand de journaux, elle venait peut-être de Lucien quand il avait dit l'important c'est d'aimer, elle venait de la solitude, ces nuits passées seul avec Kali dans ses pattes et son flanc, de tous les regards assassins que j'avais dû affronter, elle venait du meurtre ma seconde, de tous ceux qui sont morts parce qu'ils ont jamais eu comme moi une seconde dans un bus une fin d'après-midi : elle venait de tous les autres, de lui le garçon blond qui saura jamais ce que je lui dois, ceux d'avant moi qui comme moi un jour s'étaient pas résignés, ceux d'après moi qui comme moi se résigneraient pas que le monde soit ce qu'il est, impitoyable et sans aucune raison, assassin et sans aucune raison, et nos bourreaux, un grand merci à nos bourreaux d'être ce qu'ils sont, on leur doit à nos bourreaux de pas leur ressembler, de pas aimer la vie qu'ils servent avec tant de zèle et sans aucune raison, qu'ils continueront de servir avec autant de zèle qu'avant et sans aucune autre raison que celle de faire des victimes, toujours davantage de victimes, elle venait ma seconde de Vincent et elle lui reviendrait, tout pouvait commencer. © »

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L'insecte

Yaguine

Undead

Wild Samuel

Géant

Âmes dehors (trilogie)

Matteo le magnifique




"Wild Samuel" 2013

 
résumé : Wild et Mathieu se connaissent à l'âge de onze ans, leur lien est si fort qu'ils peuvent même se retrouver dans leurs rêves. Mathieu meurt à vingt ans. Wild ne pourra se résigner à être séparé de lui et le recherchera même malgré lui, accompagné par Ankhchen, la femme mystérieuse et si proche à la fois qu'il retrouve à Berlin.

(extrait) « Ça n'avait pas marché. Le lendemain, Wild avait pris Mathieu par l'épaule en cour de récréation, ça existe pas ces choses, il lui avait dit résigné en s'efforçant de sourire. Mathieu lui avait enlevé la main. Ecoute, si, il faut essayer. Je t'avais dit d'y penser avant de t'endormir, tu y as pensé ? Oui, j'y ai pensé. Alors tu n'y as pas pensé sérieusement, il faut que tu y penses sérieusement, en y croyant. D'accord, avait répondu Wild. C'est drôle, entre les deux c'était toujours Wild qui donnait l'impression d'être le plus fort, physiquement il l'était, Mathieu donnait plus l'impression de la fragilité. Wild était grand, Mathieu pas très grand. Et pourtant. Ils s'étaient laissés à Maubert. Tout près de la rue de Bièvre fermée à ses deux extrémités parce que le Président y habitait. La fille du Président était dans leur classe, ils le savaient, elle le leur avait dit, parce qu'ils étaient différents des autres elle avait dit, ils l'avaient crue et partagé le secret. Cette nuit-là, de décembre, pour la première fois ils s'étaient retrouvés en rêve. Dans la bibliothèque du lycée, très sombre. Quand Wild avait poussé la porte, Mathieu était déjà là. Tu en as mis du temps ! La bibliothèque était vide. Ils s'étaient assis sur une table. A un moment madame Véra, la professeur d'histoire qui aimait bien Mathieu, était entrée mais elle ne les avait pas dérangés, comme si elle ne les voyait pas. Dans un coin de la bibliothèque, sur un écran, on jouait le film Au revoir les enfants, qu'ils venaient de voir ensemble quelques semaines avant au cinéma, avec les grands-parents de Wild. Les enfants du film dans le rêve étaient plus âgés mais c'était bien ce film. Pourquoi tu t'appelles Wild, avait demandé Mathieu. C'était mon grand-père, John Wild, un soldat américain. Puis ils avaient poussé une porte mais étaient retombés dans la bibliothèque. Je n'ai plus peur, avait dit Wild. Peu à peu d'autres garçons et filles étaient entrés, mais ils ne voyaient pas Wild et Mathieu, puis la bibliothèque était redevenue vide. Ils avaient parlé de s'enfuir. S'enfuir, disait Mathieu. C'est lui le soldat ? Par la fenêtre ils avaient vu un beau soldat, en bas. Je ne sais pas, il n'est resté qu'un jour, on ne l'a plus revu. Ils s'étaient quittés au métro Maubert, juste à l'une des entrées du jardin du Luxembourg. © »

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Wild Samuel

Géant

Âmes dehors (trilogie)

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"Géant" 2016

 
résumé : une heure dans la vie de trois personnages, la même heure. Vincent l'écrivain, dans sa chambre à Paris. Léa dans sa chambre d'hôpital où elle va mourir. Et Ben, le jeune cardinal noir au conclave de Rome qui élira le prochain pape.

(extrait) « (Ben) Je ne fais pas le compte des voix, je n'écoute plus. Visconti à côté, lui, tient les comptes comme un expert-comptable, et il me jette des regards à la dérobée, je ne sais plus ce que ces regards veulent dire. Je contemple Danilo. Il me regarde aussi, il n'y a que nous. Je me perds dans la contemplation de Danilo sans me gêner. Les vieilles biques sont trop occupées sur leur feuille à noter, elles n'osent même pas me regarder. Seul d'Angelo me regarde d'un air de dire, si seulement c'était toi. J'imagine Republica faisant le ménage dans une chambre à l'Hôtel du Désir, la télévision allumée pour voir si son frère sera le prochain pape. J'imagine le monde les yeux rivés sur Rome pour savoir qui commandera à l'Eglise, si l'Afrique enfin y aura droit, au blanc. Pourquoi suis-je devenu prêtre ? Mama avait été élevée par "les bons pères", comme elle disait en rigolant. Elle m'a appris à me méfier de Géant, pense à toi d'abord, Il est trop débordé là-haut pour s'occuper de toi, ne compte que sur toi, Il ne peut faire face à l'afflux des demandes, et d'ailleurs Il s'en fout, elle croyait en Vous mais elle se méfiait. Est-ce qu'on sait pourquoi la Providence vous plante là, sur la route, dans le train, et allez débrouille-toi, je ne sais pas pourquoi je suis devenu prêtre, peut-être pour qu'on me fiche la paix à propos des garçons et qu'on ne dise pas, pourquoi ne se marie-t-il pas. Ce n'est pas glorieux mais on ne décide pas. Le jour où j'ai vraiment décidé, c'était fait, embarqué Benjamin Sané dans cette Providence maudite et aimée, la Vierge Marie me protégeait, et moi je décidais de plus en plus, j'ai mis longtemps à me décider à décider, j'avais un peu honte d'être noir et j'en étais tellement fier aussi, j'apprenais la guerre et je n'allais pas m'en défaire. J'ai l'impression que Visconti fredonne à côté, une chanson de Sylvie Vartan, il ne manquait plus que ça, mais l'imagination me joue peut-être des tours. Peut-être même que Danilo ne me regarde pas. Peut-être que Danilo n'existe pas. Comme Vous. Les hommes inventent, je me demande s'ils n'inventent pas comme Vous n'inventerez jamais. Vous, Vous êtes simple, comme Danilo, c'est nous qui compliquons toujours tout. Et Visconti, est-ce qu'il a seulement voté pour moi ? Pervers comme il est il a peut-être voté pour moi pour me mettre dans la merde, ça doit lui plaire l'idée d'avoir un jeune pape beau et inexpérimenté, il se dit peut-être qu'il sera mon mentor, mais moi le seul mentor que j'ai c'est Vous, Vous, l'absent, le difficile, l'inconnu. Personne n'a été mon mentor, j'ai eu mieux, on m'a aimé. L'orage me manque, j'avais l'impression d'être dans un film, dans un drame shakespearien comme ceux où brille Samuel. Samuel était éblouissant avant même de devenir comédien, il était éblouissant dans sa vie, il était éblouissant quand il me disait, viens, ce soir on va voir Garbo. Il y a des êtres qui doivent Vous ressembler, on se rend à eux, on Vous devine derrière, le fou que Vous êtes. Et puis la horde des autres sans qui il ne servirait à rien de briller, je Vous voyais encore davantage dans les enfants du sida qui mouraient dans ma main que dans ceux qui brillent et devant qui on se rend. © »

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L'insecte

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Wild Samuel

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Âmes dehors (trilogie)

Matteo le magnifique




trilogie « Âmes dehors »

 

premier roman : "Décal'âge" 2018

résumé : Velma est veuve depuis un an. Alain, l'homme de sa vie, est mort. Elle décide de s'en aller à la recherche de son fils parti il y a dix ans aux Etats-Unis et dont elle n'a plus de nouvelles. Ce roman raconte la quête de Velma là-bas, loin de Paris.

(extrait) « ils passent près d'un immeuble un peu délabré, graffiti, avec le drapeau arc-en-ciel au balcon, le drapeau Stonewall, gay, elle le regarde, tu as vu ? oui, il dit, j'ai changé mais je ne suis pas aveugle, c'est beau non ? je t'emmènerai, à Stonewall, on ira tous les trois, on fera la fête, je veux pas être malheureux, je veux pas que vous soyez malheureux toi et lui, elle dit : et dans dix ans, tu y as pensé ? à quoi ? à moi et lui, ou à toi et lui ? les deux mon chéri, les deux, il dit : j'y pense et puis j'oublie, on sera vigilants, Matt dit toujours ça, sois vigilant mon amour, il t'appelle mon amour ? parfois oui, et vous aussi vous serez vigilants, et lui, là-haut il continuera à te protéger, lui là-haut, nous en bas, mais qu'est-ce que tu racontes ! tu es devenu croyant ? il m'a ouvert les yeux, dit Frédéric, il doit être triste sans nous, je devrais l'appeler, mais il est heureux aussi, c'est grâce à lui tout ça, elle : il a dit que c'était ton idée, oh il dit ça mais c'est lui qui t'a cherchée, pour moi, on lui doit tout. Peu à peu ils se rapprochent de la fin de la High Line. Ils auraient bien continué comme ça sans fin, elle à son bras, avec tous les Matthew dans la conversation, elle a peur qu'il l'appelle, ça lui fait étrange, son fils parlant avec Matt, le jour tombe, il fait plus frais, fin septembre, tu vas avoir froid, quelle idée tu as eu d'aller courir comme ça avant le rendez-vous, si je n'avais pas couru je n'aurais pas pu venir, j'en avais besoin, oh n'exagère pas, tu frissonnes, non je t'assure, non je vais t'acheter un pull ou quelque chose ou alors on prend un taxi et tu retournes te changer, oui et comme ça tu verras Matt, ça ce n'est pas la meilleure idée aujourd'hui elle pense, non je vais t'acheter quelque chose pour avoir chaud, cela fait si longtemps que je ne t'ai rien acheté, tu te rappelles quand on allait au Bon Marché tous les deux, dit Frédéric et il lui prend le bras, j'aimerais qu'il connaisse Paris mais le problème c'est que moi je n'y retournerai pas, alors il pourrait y aller avec toi, tais-toi un peu mon chéri, tu me soûles, c'est parce que je suis ivre. © »



deuxième roman : "Rollercoaster" 2021


résumé : suite de "Décal'âge" : New York, Frédéric, Velma (sa mère), Matthew. Matthew vit avec Frédéric depuis douze ans, il est aussi l'amoureux de la mère de Frédéric. Frédéric fait une émission de nuit à la radio : Streetwalk, sous le nom de Jimmy Prince. Et il y a ceux qui l'écoutent la nuit dont les chemins de certains vont finir par se rencontrer, et parmi eux, Diego, le jeune immigré qui rencontre madame Soledad, et aussi celui qui a écrit à Jimmy une lettre avec le mot 'rollercoaster'... jusqu'au virus qui désole NYC... mais la cité revit quand même...

(extrait) « Pendant l'été Soledad Balboa eut plusieurs rendez-vous avec Chet Lone. Tout est fin prêt maintenant pour sa succession en faveur de Diego quand l'heure de sa mort arrivera. Diego se douta bien un peu de la teneur de ces rendez-vous mais ne lui demanda rien. Juste : où étiez-vous ? Au Pierre bien sûr, Diego. Encore ? Oui encore, nous aimons les hôtels vous et moi, vous êtes d'accord ? En juillet ils étaient allés tous les deux comme prévu à l'hôtel Monroe, pour l'anniversaire de Diego, ses vingt et un ans. Ils s'étaient promenés au bord de la mer, elle à son bras, ils faisaient des projets, peut-être que finalement Diego allait travailler dans la radio de Jimmy, ce ne sera qu'un début, avait dit Soledad, un début ? oui, je vous vois aller loin, Diego, quand je dis loin je me comprends, pas là où vont les autres, vous savez bien, enfin, je ne suis pas née de la dernière pluie. Ils riaient beaucoup, nous nous comprenons, Diego, nous nous comprenons totalement.
La santé de Soledad déclina début septembre. Puis elle alla mieux. Je veux être en forme lors de la venue de votre mère, Diego. Et vous lui présenterez Lena n'est-ce pas ? Peut-être, avait répondu Diego, oui, je crois. Mais oui, cette petite le mérite bien (encore cette petite ! pensa-t-il).
À Columbia les cours ont repris pour Andrew, Pete, Steven et James, leur dernière année. James n'était finalement pas allé à Miami, pour rester auprès de Ronald et continuer à répéter la scène de La chatte sur un toit brûlant. Ils la répétaient même dans leurs rêves ! Les cours de Marmelstein ont repris aussi et James donc passera dans quelques jours son audition pour l'Actors Studio, pourtant il ne sait plus s'il a vraiment envie d'être comédien. Ronald se porte bien et continue à voir souvent Velma. Ils ont le projet d'aller eux aussi à l'hôtel Monroe.
Matthew avait dit à Frédéric : le jour où Soledad mourra, Diego sera inconsolable. Alors on le consolera, avait dit Frédéric, c'est ce qu'on fait quand on aime, aimer n'est rien qu'une grande consolation. Donne-moi ta main.
Salut, Jimmy avec vous jusqu'à trois heures du matin pour déambuler la ville qui console les âmes, les âmes dehors.
(à suivre) © »





troisième roman : "Hotel Monroe" 2022-... à suivre



résumé : suite de "Rollercoaster" : New York - Frédéric, Matthew, Soledad, Diego et les autres emménagent tous dans l'hôtel Monroe de Manhattan que Soledad et Velma ont acheté... commence une nouvelle vie

(extrait) « Il fait froid, des gens partout, Frédéric prend le bras de Matthew, direction le fleuve. On aurait dû rester, dit Matthew. Non, je veux être seul avec toi, je me fous de la laisser seule, une autre année commence, cela fera bientôt dix-sept ans qu'on se connaît. Mon Dieu, amour, tu ne changeras jamais. C'est ton travail ça, que je ne change jamais, les gens se trahissent, nous non. Ils sont près du fleuve. Ils se prennent dans les bras, bonne année. L'eau est comme la vie, elle t'attire mais elle est prête à nous engloutir. Tu diras ça à l'antenne ? J'ai déjà dû le dire, je radote beaucoup mais personne ne s'en rend compte. Tu sais, dit Frédéric, la vie va continuer pour nous, on ne sait pas, on aura des bonheurs mais aussi, enfin tu sais, peut-être des malheurs, des maladies, mais cela fera partie de l'histoire, tant qu'on est ensenble on sera sauvé. Tu crois ça ? Je l'ai toujours cru, c'est l'envers du prix. Pourquoi tu es avec moi ? demande Matthew. Je n'ai jamais su, c'était comme ça, ce ne sera jamais autrement, putain comme je t'aime.

Ils rentrèrent. Dans l'hôtel ils étaient tous descendus au sous-sol près de la piscine, avec la musique, pour ne pas déranger Soledad, qui au demeurant ne dormait pas et s'était allongée sur le lit de Diego. Ils dansaient. Meryl se balançait. Les autres pensaient à tous les rôles qu'elle avait incarnés. Ils dansaient avec Miranda, Thatcher ou la baronne Blixen, avec la plus grande actrice du monde mais cela ne veut rien dire, la plus grande actrice du monde, elle était comme Barbara, qui était une femme qui chante, elle était juste une femme qui interprète la vie des autres. La piscine était vide, Velma un peu inquiète qu'on y tombe, mais ça n'arriva pas. Elle partit le lendemain matin sans faire de bruit. Quelques jours après ils reçurent chacun une lettre. Elle a raison, avait dit Frédéric, il faut dire son âme, jamais la taire, son âme, la foutre au dehors, l'aimer comme on peut. © »

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"Matteo le magnifique" 2023

 
résumé : deux longs voyages à 45 ans de distance, deux tournants qui se rejoignent

(extrait) « L'après-midi nous sommes allés laver tout le linge sale depuis le début du voyage, dans l'endroit avec les machines à laver et sécher presqu'en face de notre chambre. Je n'étais pas très en forme, la chaleur, les insectes, tout le tralala qu'on sait. Quand Matteo est revenu avec le linge sec, j'étais dans la chambre, il est revenu furieux, contre moi. Matteo peut exploser comme ça d'une minute sur l'autre, je pense qu'il a des problèmes disons psychologiques, nous les avons tous, mais depuis quelques années chez lui les choses ne se sont pas arrangées. Parfois il peut dormir quarante-huit heures d'affilée quand il est dans une phase de dépression. Dans ces cas-là je vis un enfer, j'ai peur pour lui, je passe près de lui pour voir s'il respire encore. Depuis la mort d'Hervé, j'ai cette peur de revivre ça, la mort, c'est là. Je n'exclus pas que ce soit d'ailleurs, tous ces jours où je me suis tant inquiété pour lui qui m'aient donné un cancer, je le pense en fait, cancer d'aimer, mais je ne lui en veux évidemment pas : pour le meilleur et pour le pire, il s'agit de ça. Et dans son cas le meilleur a tout recouvert depuis longtemps. Matteo est ma faiblesse mais il sait aussi être mon protecteur, si je suis resté ce que je suis, dans la vie, dans cette vie-là d'aujourd'hui, c'est aussi grâce à lui. Matteo a changé avec le temps. Il est devenu plus homme. Mais il est resté enfant aussi. Il dort toujours comme un enfant. Il est devenu manuel aussi, il peut te remettre en état tout le système électrique de l'appartement, il a appris. Il se tient au courant des choses de ce monde bien plus que moi, chaque semaine il lit le Spiegel de A à Z. Dans la chambre, quand il est rentré avec le linge, il a dit qu'il en avait assez que je réagisse ici comme si j'étais à Auschwitz. Auschwitz il a dit ça le démon. J'ai senti revenir les nausées qui reviennent souvent comme ça quand je suis contrarié, blessé. Je le connais et je n'ai pas voulu l'escalade. D'ailleurs entre nous il n'y a jamais ou presque d'escalade, plutôt le silence qui suit le drame. Je l'ai rassuré. Pris dans mes bras. J'ai essayé de lui expliquer, mes doutes, mes inquiétudes, ce qu'on sait. Ça s'est arrangé. Il a même réussi à ressortir une de ses chaussettes du sèche-linge, qui était restée coincée dans les filtres. Parfois il n'en faut pas beaucoup pour aller mieux, une chaussette. Nous avons ri parce qu'un ami à nous, à qui nous venions d'envoyer une photo de nous dans le désert, nous a répondu en disant que nous avions l'air de vrais aborigènes sans gêne. Et le dîner du soir de mon anniversaire aura peut-être été le dîner le plus réussi du voyage. Ce que je disais : les bas engendrent des hauts encore plus hauts. Nous ne sommes pas retournés au restaurant du premier soir mais dans un autre de l'hôtel, moins élégant et plus à notre goût où on commande ses plats et où on va les chercher quand ils sont prêts. J'ai mangé la meilleure pizza de ma vie, j'avais faim, pas de nausée. Dans le journal de bord j'ai écrit : formidable dîner pour la conversation sur le temps, le présent qui ne prend son sens qu'après, le passé et le désert de Dieu ! Et si le dîner a été formidable cela a été dû bien sûr davantage à la conversation qu'à la nourriture, comme toujours. J'étais dans un de ces états, le vin aidant, où ma vie est là, avec ses mystères, où je peux comme la toucher, l'expliquer, où je suis à fleur de peau et conquérant à la fois. Je disais que mes instants de malheur me rendaient le bonheur encore plus fort quand il était là. J'étais proche de lui comme il m'est souvent arrivé, nous étions nous, et un. J'ai dit que je ne regrettais pas le désert parce qu'il y avait dans le désert quelque chose de spirituel. D'ailleurs je ne suis pas du genre à regretter quoi que ce soit fait avec lui, même quelque chose de raté, justement parce que même ce qui est raté fait partie de l'histoire : tout se tient. Et surtout, oui, nous avons parlé du temps. De cette chose que ce que l'on vit, notamment dans nos voyages, les choses intenses, ne se vivent pas seulement sur le moment. Souvent elles prennent tout leur sens après, juste après ou longtemps après, dans le souvenir, le temps ce n'est sûrement pas que le présent, Matteo était d'accord. On le sent quand on vit quelque chose de fort, d'heureux, le présent s'échappe tout de suite, on ne peut pas retenir, on ne retient qu'après, dans son âme. On a parlé de tout cela, c'était formidable. © »

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L'insecte

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"Parce qu'eux" 1989
Éditions Saint-Germain-des-Prés
(et autres poèmes)

 



Sachez-le ! Rien n'est ici à sa place et tout y sonne juste. L'amour surgit de ces poèmes comme de rites impurs ("des anges y croisent des robes noires"), le désespoir affleure sans l'emporter jamais. Car..., là où le verbe nous entraîne, "l'écume au loin des vagues éclaire un peu ces lieux". Force et lucidité de la vie incarnées dans les mots.
(Hervé Loyez)

« (Barbara revient)

Trou noir
Fatigue
Démons
Trop plein
Mais... Barbara revient
Avec son mal de vivre
Défatigué ...

Libre mais fauché
Je garde les derniers sous
Pour elle
Barbara revient
Je suis riche

Je me perds
Je complique
J'ai peur
Je m'enivre de mort
Le cur bat trop fort
Alors Barbara revient
La voix me remonte
Je me gagne
Me reconquérir, par elle
Moi

La vie lourde
La vie pèse
la vie vide
Comment renaître
Comment encore un peu
Comment l'enfant
La vie blesse
Tout dedans
Le poids
Mais l'envie
A chaque fois elle revient
Je la voix
L'entends
Me consoler
Me redonner les ailes
Quand elle revient © »


Amazon: https://www.amazon.fr/Parce-queux-Jean-Michel-Iribarren/dp/2243031795/ref=sr_1_2?s=books&ie=UTF8&qid=1431619725&sr=1-2&keywords=jean+michel+iribarren

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Parce qu'eux




France Culture : "Du jour au lendemain" par Alain Veinstein : "L'Insecte", de Jean-Michel Iribarren, éditions du Seuil, interview 2000

Alain Veinstein : Vous êtes né en 58 Jean-Michel Iribarren et votre éditeur nous informe que vous avez exercé divers métiers dans la politique et le cinéma, la politique et le cinéma c'est pas tout à fait la même chose...

Jean-Michel Iribarren : II y a beaucoup de gens qui disent que c'est pareil, je ne sais pas... Vous voulez que je vous dise exactement ce que j'ai fait ?...


Dites ce que vous voulez, vous êtes libre...

C'est vrai que j'ai fait beaucoup de choses... le parcours qui m'a mené a l'écriture a été long... j'ai commencé à écrire tard, à l'âge de 30 ans à peu près et je crois que ce que j'ai fait avant n'a pas franchement d'intérêt... ce qui est intéressant, c'est que tout ça menait à l'écriture, que l'écriture était déjà là même quand je n'écrivais pas, que mon meilleur ami, dont je parle dans le livre, lui, voulait écrire depuis qu'il était petit, ça a été long...


Et vous c'est une décision plus tardive ?

Ce n'a pas été une décision, c'est toujours une chose qui m'a étonné... J'ai toujours voulu, ça paraît un peu bête à dire comme ça, je ne sais pas : trouver sa place, m'exprimer dans une chose artistique, et ça a pris des chemins contournés, j'ai fait de la radio, j'ai voulu être comédien, et cette place je ne la trouvais pas... j'ai même tourné un rôle dans un moyen métrage de Jean-Luc Godard, et je crois que ça date de là, je me suis dit : c'est vraiment lui qui crée quelque chose, moi rien... alors je me suis dit qu'est-ce qu'il me reste ? il me reste écrire, alors j'ai écrit... parce que ce livre, c'est quand même pas le premier que j'ai écrit, c'est le premier publié mais c'est pas le premier que j'ai écrit.


J'allais vous poser la question

J'en ai écrit beaucoup...


Et pourquoi n'ont-ils pas été publiés... d'après vous ?

C'est très difficile que l'auteur dise ça, parce que s'il dit : c'est la faute des autres, on va dire c'est facile... je crois que le chemin qui mène de toute façon à une certaine reconnaissance, il est long et j'ai toujours dit que tout le temps que j'ai écrit sans être publié, j'avais une extraordinaire liberté, je crois que peut-être je n'aurais pas écrit L'Insecte si je n'avais pas été autant refusé, parce que j'ai vraiment été extraordinairement refusé, partout... j'ai rencontré des gens qui me disaient en substance : c'est bien ce que vous faites mais on ne va pas l'éditer ou... enfin il y avait toujours des raisons, honnêtes ou moins honnêtes, je n'en sais rien... je n'en sais rien, c'est difficile parce que maintenant je suis publié, je suis dans une maison d'éditions, alors je ne peux pas non plus cracher dans ma propre soupe, mais en même temps pourquoi pas...


Vous êtes publié mais en même temps, avec ce premier livre publié, vous faites une expérience dont vous m'avez parlé par écrit, puisque vous m'avez envoyé votre livre avec une lettre, une longue lettre, bien intéressante, vous faites l'expérience du silence, vous êtes heurté, c'est le mot que vous employez, au silence qui a accompagné la sortie de ce livre qui est sorti il y a 2-3 mois, et depuis 2-3 mois pas assez d'articles selon vous, pas assez de retentissement médiatique...


Non, il n'y a pas que ça, parce que si ce n'était que ça... On m'a dit aussi que c'était le propre de tout auteur de se heurter, quand il a écrit, à un certain silence... vraisemblablement... Mais ce livre parle du silence, et en l'écrivant, et dans ce que j'ai écrit, j'ai dit qu'il se heurterait au silence... j'avais un peu anticipé le silence parce que je croyais qu'il ne serait pas publié, alors il l'a été, et même à bras ouverts, de manière presque un peu inquiétante, et le silence c'est plutôt après, ce n'est pas un silence total, c'est un silence sournois... Ce livre je m'attendais à ce qu'il soit - peut-être naïvement, alors que ce que j'ai écrit n'est, je crois, pas naïf, mais c'est peut -être ce qui prouve que je suis encore dans la vie dans ce qu'elle peut avoir de... je ne sais pas comment dire... - donc les gens qui auraient dû soutenir ce livre ne le soutiennent pas, on me dit qu'ils ne savent pas comment en parler...


Et vous pensez qu'un livre ne peut pas se défendre tout seul...

Oui... oui, à la limite c'est d'ailleurs ce qui pourrait lui arriver de mieux, sûrement même ce qui pourrait lui arriver de mieux, parce que je pense que quelquefois dans la manière dont on défend un livre il y a beaucoup de malentendus aussi... mais c'est difficile pour un livre de se défendre tout seul, je ne sais pas si c'est plus difficile aujourd'hui qu'avant... mais le problème d'écrire, c'est qu'on est très libre quand on écrit, presque trop, presque trop parce qu'on est quand même coupé d'une certaine réalité, même si c'est bien aussi de s'en couper de cette réalité, parce que peut-être si on n'en était pas coupé on n'écrirait pas, et peut-être qu'on est plus proche d'une réalité plus essentielle... mais en même temps quand ce livre est écrit, il a besoin des autres, il a besoin d'être défendu, moi depuis 2-3 mois je me pose la question : est-ce qu'un auteur doit vraiment défendre ce qu'il a écrit ? c'est une question... en fait je réponds toujours oui, il faut défendre ce qu'on a écrit... mais peut-être que l'on devrait laisser les mots... et puis tant pis s'il y a le silence, peut-être qu'on devrait se résoudre à ça... je crois qu'il y a un orgueil aussi de l'écrivain qui est mal placé, il y a une envie de reconnaissance, de gloire, de gloire oui, enfin de gloire c'est exagéré, qui est mal placée aussi, qui est mal placée mais en même temps si on a écrit c'est parce qu' on a envie que ses mots "passent", les mots qui ne "passent" pas ils meurent, et moi je parle du silence alors si ce livre reste dans le silence, c'est aussi un échec du livre.


C'est un livre, c'est le moins qu'on puisse dire, qui crée un trouble... chez le lecteur...

C'est-à-dire...


L'Insecte, là, que vous publiez dans la collection de René de Ceccatty, Solo, parce que d'abord on ne sait pas si c'est un roman, ou si c'est un récit autobiographique...

C'est déjà son problème, pour ceux qui seraient chargés de le défendre... c'est un livre qui ne rentre pas dans une catégorie, c'est pas un essai, ça pourrait l'être, c'est pas vraiment un témoignage mais ça l'est aussi, alors au bout du compte je dis que c'est un roman, je pense qu'à partir du moment où j'ai fait parler le virus du sida...


Oui, parce que ça, c'est l'autre élément du trouble, c'est que dans ce livre-là, et à ma connaissance il n'y en a pas beaucoup qui en font autant, vous donnez la parole au mal, qui aujourd'hui en effet est le mal absolu, le mal qui à l'intérieur même du roman tue les personnages...

Il les a tués déjà... oui... est-ce que c'est le mal absolu ?... Ce qui est écrit aussi dans le livre, c'est que le mal absolu, c'est peut -être de ne pas regarder le mal...


L'indifférence...

Oui, l'indifférence... mais l'indifférence quelquefois ça n'est pas voulu, alors qu'il y a aussi une volonté de ne pas regarder le mal, il y a une forme d'organisation qui est basée, bâtie sur : ne pas regarder le mal... Ce que j'ai essayé d'écrire, c'est que ce qui fonde la vie, c'est aussi de ne pas regarder le mal, que tout se ramène finalement à ça... Le virus du sida, le pauvre, il a fait son travail de virus du sida et si je lui ai donné la parole c'est parce que justement je me suis dit que personne ne pouvait raconter, que j'en étais là, que personne ne pouvait raconter ce qui s'était passé et que justement celui qui pourrait le mieux le dire, ce serait le virus du sida... mais à partir de là on est quand même dans un romanesque, c'est pour ça qu'on peut dire que c'est aussi un roman mais c'est vrai que je ne raconte pas vraiment une histoire...


Non, c'est pas vraiment un roman à l'eau de rose... donc, il parle, il monologue, ce virus dans un livre écrit par un autre, un certain Sang Inquiet, qui est séronégatif, et qui vit avec Or Vif...

Sang Inquiet, c'est celui qui écrit le livre... donc c'est moi... et Or Vif, c'est la personne avec laquelle je vis, oui...


Sang Inquiet, c'est de l'encre noire...

Qu'est-ce que vous voulez dire ?


II est très noir...

Je ne crois pas.


... par son inquiétude même...

Non, ce qui est noir c'est justement de ne pas être inquiet, alors franchement je trouve que les gens qui vivent sans être inquiets sont... inquiétants... et qu'est-ce que ça veut dire être noir ?...


Noir comme l'encre...

Mais encore...


l'encre de l'écriture de ce livre... parce que c'est tout de même un livre...

ah oui, c'est un livre...


un livre ça ne s'écrit pas avec rien, ça s'écrit avec son sang, c'est-à-dire avec de l'encre...

Oui mais ça reste des mots... on ne sait pas en fait ce que c'est... et quand on a écrit un livre, on se dit que si ce n'est qu'un livre c'est pas la peine, si ce n'est qu'un livre...


Et qu'est-ce que ça peut être d'autre...

Peut-être qu' on écrit aussi pour le savoir... je crois qu' on se pose tout le temps la question... mais vous me disiez c'est noir, je sais que les gens qui ont aimé ce livre ne l'ont pas ressenti justement comme un livre "noir", ils l'ont ressenti comme un livre qui, je ne sais pas, qui leur donnait envie de lutter, qui n'était pas un livre désespéré, et que justement peut-être en disant le désespoir, en disant le mal, en approchant le mal, c'est là qu'on s'en sortait... C'est quand même ce que j'ai voulu raconter : que mes amis qui sont morts, ou ceux que je ne connaissais pas, j'ai eu l'impression que justement ils n'étaient pas morts pour rien, et que c'était le silence des autres qui voulait que cette mort soit vraiment une mort définitive... Dans la première page, je parle de colera alegria, j'ai voulu écrire une colère joyeuse, parce que ceux qui sont morts, dont on n'a pas parlé, n'ont pas cessé de rire, n'ont pas eu peur d'affronter leur mal... Mais la vraie question c'est quand même celle que vous m'avez posée, vous me dites c'est un livre, évidemment c'est un livre mais on se dit quand même, même si on a écrit ça, qu'un livre c'est pas grand-chose quelquefois, on ne peut pas se contenter de se dire qu'on a écrit, parce que quand on a écrit un livre on se sent un peu "quitte" aussi avec ce qu'on a écrit... je crois qu'on écrit pour savoir ce que c'est qu'un livre...


Qu'est-ce qu'il vous a appris ce livre-là sur vous-même ?

Il m'a appris que j'étais encore en vie... je ne sais pas s'il m'a vraiment appris quelque chose sur moi-même... et il continue de s'écrire ce livre, peut-être qu'il m'apprend presque plus de choses maintenant, peut-être qu'il me met aussi au pied du mur maintenant, puisqu'on parlait du silence qui peut aussi entourer ce livre, se dire : qu'est-ce que je fais maintenant, par rapport à ce livre ? est-ce que je me dis : je l'ai écrit voilà ou est-ce que je le défends ?... Et les autres continuent à écrire ce livre, je crois qu'on écrit avant, on écrit pendant et on écrit après, on écrit même quand on n'écrit pas. Est-ce qu'il m'a appris quelque chose sur moi ? je ne sais pas si on attend d'un livre... c'est pas une psychanalyse, un livre... on n'attend pas d'écrire un livre pour apprendre des choses sur soi, je crois que c'est plus d'aimer qui vous apprend quelque chose sur soi... c'est la confrontation au mal aussi qui vous apprend quelque chose sur soi, je n'essaie pas de me chercher dans mes livres... je pense que quand on écrit il ne faut pas non plus avoir une idolâtrie de la chose écrite, il faut être assez humble aussi, il faut aller vers les mots mais les mots... il y a quelque chose de très impuissant dans les mots, j'ai toujours dit qu'on écrivait plutôt entre les mots que les mots eux-mêmes... en même temps il y a cette chose quand on a écrit de dire : c'est écrit, alors c'est écrit c'est fini, et moi je déteste ce qui est fini, je ne crois pas a la fin, je ne crois pas à la fin d'aimer quand on aime, et je ne crois pas à la fin d'un livre, je pense que ce livre je l'avais commencé avant, que je le continuerai après...


II n'y a pas de dernier mot...

Non... on aimerait...


Même pour le virus...

Vous savez le virus, je l'ai fait parler mais je ne le connais pas si bien que ça, je crois que celui qui a écrit le livre... qui n'est pas totalement là, parce que c'est quand même un grand problème de venir parler de son livre, d'un livre, peut-être d'un livre comme celui-là...


C'est pas vous Jean-Michel Iribarren... ?

Oui, mais... vous savez j'aime beaucoup Barbara et elle disait : quand je chante c'est moi et ce n'est pas moi alors c'est moi et ce n'est pas moi... C'est peut-être ça, la recherche de soi-même...


Et là c'est qui aujourd'hui qui est en face de moi... ?

Ecoutez, c'est celui qui a écrit le livre qui est dans un studio de radio et qui... qui écrit mieux vraisemblablement qu'il ne parle...


Ou l'inverse...

Qui parle mieux qu'il n'écrit ?...


C'est possible, non?

... oui, j'aime bien parler... j'aime bien parler de ce que j'écris... il faut trouver le mot, la chose qui va vous faire dévider la pelote, quand on parle... Vous savez, j'ai écrit un livre à propos des homosexuels qui sont morts et je sais qu'il y en a qui se sont dit : bon c'est très bien ce qu'il écrit mais ce n'est qu'un livre, lui il n'a pas milité, il n'a pas combattu, il est séronégatif en plus, ce n'est qu'un livre... ils n'ont pas tout à fait tort non plus mais ils ont tort aussi quand même, parce qu'un livre c'est quand même beaucoup, on ne peut pas dire que c'est tout mais c'est quand même beaucoup... peut-être que c'est ça aussi le silence sur ce livre, c'est de mésestimer la force d'un livre... parce qu'il y a une force des mots... et que les mots peuvent aller contre la mort, contre le mal...


Ça, vous le pensez ?...

ah oui si je le dis, quand même...


C'est une drôle de confiance que vous leur faites aux mots...

Oui mais regardez... Je sais que le personnage que j'appelle Tête Perdue dans le livre, mon meilleur ami, qui est mort en 1993, qui était écrivain, Hervé Loyez, je sais que cette histoire avec lui continue et je sais qu'elle a beaucoup continué par les mots, ce qui prouve bien que les mots ne sont pas que les mots... Si je devais un peu mieux expliquer : il y a eu dans beaucoup de choses qu'il a écrites et que j'ai écrites avant sa mort, des choses qui anticipaient sur notre histoire "après" la mort... vous savez quand on pense que quelqu'un est mort mais qu'il est quand même encore avec vous, on est bien désemparé devant cette présence qu'on sent et qui est quand même absente, elle est quelque part, si on en est persuadé elle est quelque part, elle peut être dans les mots... c'est peut-être un peu bizarre pour celui qui entendra ça... mais oui je leur fais confiance aux mots, c'est un fait, mais je ne les crois pas tout-puissants, et puis je pense qu'il y a les mots et puis il y a les mots, et puis il y a ce qu'il y a entre les mots, et puis il y a sa propre vie quand même, je pense qu'on ne peut pas dissocier les mots de sa propre vie, et que beaucoup d'auteurs écrivent, et sûrement moi aussi, sans se dire : où est ma propre vie dans tout ça ?... vous comprenez, si l'on est qu'une institution, ou quelqu'un qui vient faire son livre comme ça... les mots se vengent de ça, les mots attendent quelque chose dans votre propre vie... les mots exigent de vous, ou alors ils vous rattrapent...


Vous n'êtes pas le maitre du jeu (je)...

On l'est trop et pas assez, on l'est trop parce que rien ne vous empêche quand on écrit, on se sent un peu tout-puissant... on ne l'est pas assez parce que tout ce qu'on cherche à dire on ne l'atteint jamais, qu'on a vraisemblablement trop parlé de soi aussi, qu'on veut écrire pour se déporter de soi mais que les mots vous ramènent toujours à vous-même quand même... je ne sais pas si cela a un rapport quand vous me demandiez : se connaître soi-même...


Je vous ai demandé ça, moi ?

Oui... vous m'avez demandé si en écrivant je me connaissais mieux...


Je vous ai demande ce que le livre vous avait appris sur vous-même...

Ce n'est pas la même chose... ?


Pas tout à fait mais enfin ne chicanons pas... II y a les mots et il y a les noms, il ya les noms que vous avez donnés aux personnages: Tête Perdue, Sang Inquiet, Or Vif... comme des noms d'indiens...

C'est un peu ça oui... c'est parce que je ne voulais pas que ces noms soient... je voulais un peu qu'ils soient symboliques, emblématiques, que ce ne soit pas totalement la réalité, mais j'ai donné aussi d'autres noms... voilà, ça c'est fait comme ça, je n'étais pas à Paris d'ailleurs, je réfléchissais à ça et j'ai trouvé ces noms-là, Sang Inquiet, Tête Perdue, Petit Balafré... mais bon, il ne faut pas y voir plus qu'il n'y a...


Et les indiens ont subi toujours de terribles hécatombes...

Peut-être, c'est vrai que quand on écrit il y a beaucoup de choses qui... on se dit après : tiens j'ai écrit ça... effectivement, peut-être... peut-être c'est en ça qu'un livre n'est jamais fini parce qu'il s'inscrit dans un lien, alors pourquoi pas, oui, avec les indiens... c'est drôle ce que vous me dites parce que j'en parle presque plus dans le livre que je viens d'écrire, de l'histoire des indiens...


Vous écrivez sur les indiens...

Non. Mais j'ai écrit un livre là, mais je ne sais pas si c'est très intéressant qu'on en parle maintenant, à propos des deux petits Guinéens qui avaient été trouvés morts dans la soute de l'avion il y a un an... j'ai imaginé un dialogue entre moi et un des garçons de cet avion... et c'est vrai que là, il y a des histoires d'indiens oui...


Et là dans L'Insecte, il y a une ligne, le livre suit une ligne qui est une ligne de partage entre "eux" et "les autres"...

Alors il faut que je vous dise qui sont "eux" et qui sont "les autres"... ? C'est ça ?


Bien, oui... mais vous pouvez y renoncer aussi mais ça serait dommage parce que c'est quand même au centre du livre...

"Eux", ce sont les homosexuels qui sont morts du sida et ceux qui étaient à leur côté, les homosexuels qui étaient a leur côté; alors "les autres", c'est... comment dire ? C'est le grand problème des autres, les autres ! Beaucoup me disent : "les autres", c'est les hétérosexuels, je sais qu'on a envie que ce soient les hétérosexuels, c'est vrai que ponctuellement dans cette histoire du sida c'est les hétérosexuels mais pour moi ce livre ne tient pas si on dit que "les autres" ce sont les hétérosexuels, "les autres" c'est : tout le monde, et "eux" se sont détachés des autres dans cette histoire du sida, ils sont devenus : eux.


Tout le monde, c'est-à-dire...

Tout vivant. Tout vivant qui participe a cette perpétuation de la vie, à ce système qui ne veut pas regarder le mal... tout ce qui est complice de ce qui fait la vie...


Vous laissez entendre que "les autres", ce sont les vrais malades... ceux qui disent n'importe quoi, qui disent par exemple que le sida a tué l'amour...

Oui, cette chose du sida qui a tué l'amour, alors ça je... le problème, c'est qu'il faudrait que je raconte tout le livre si je me mets à parler de ça, parce que le sida n'a pas tué l'amour non, ça arrangeait de dire que le sida tuait l'amour mais le sida n'a jamais empêché personne d'aimer... je pense que ce qu'on appelle l'amour est quelque chose qui soutient aussi ce que j'appelle le système de la vie... aimer vraiment c'est aller contre la vie, vous savez cette histoire de dire que l'amour est plus fort que la mort... on nous fait croire que l'amour est partout alors que c'est faux, parce que s'il était vraiment partout la vie ne serait plus ce qu'elle est... aimer va contre la vie... et le sida n'a pas tué l'amour mais le dire c'était un moyen de laisser dans le silence la mort des homosexuels...


Le sida n'a pas tué le rire non plus...

Non, parce que tous ceux qui sont morts ont beaucoup ri, beaucoup vécu, sûrement bien plus que ceux qui sont vivants, et qu'on plaisantait de la mort... Un jour je me suis levé, à un de mes meilleurs amis je lui ai dit : "alors pas encore mort !"... il y a eu une extraordinaire dignité là-dedans... et beaucoup de vie... Moi, ce qui m'embête aujourd'hui, c'est que j'ai l'impression que, même chez les homosexuels, on ne veut pas parler de cette histoire du sida, parce que la vie aussi fonctionne comme ça, sur l'oubli... alors que je pense que, si on n'oublie pas, si on regarde le mal, si on regarde la mort, c'est là qu'on est vraiment vivant, je pense que c'est ceux qui oublient, ceux qui n'ont plus la mémoire, ceux-là sont morts... et ça se retrouvera...


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"L'envol"

 
lettres à ma mère - lettres de ma mère


(lettre à ma mère)

1985

« et j'ai pensé que je t'aimais comme il aime sa mère dans le film - comme quand il l'invite à déjeuner et qu'il n'a pas d'argent pour payer - Comme quand ils sont encore à table au restaurant et que tout le monde a quitté la salle et qu'ils se parlent - Comme quand ils marchent tous les 2 dans une gare parce qu'elle aime les gares - Comme quand elle lui dit qu'il est son premier amour.
J'ai vu beaucoup de films dont "l'été prochain" très beau par moments. Et "Another country" : en as-tu entendu parler ? cela se passe dans un collège anglais dans les années 30 ça m'a beaucoup plu - si tu le vois tu comprendras
Dis à Papa que je l'aime-
Tiens je voulais répondre à quelque chose que tu m'avais écrit - Tu disais que Papa avait dit qu'Hervé et moi aimions bien vivre et que rien ne se faisait dans la facilité-
Mais ce n'est pas comprendre comment je veux vivre. Vouloir être fidèle à soi-même et aller jusqu'au bout de soi, de sa différence, Maman, ce n'est pas le choix de la facilité - Au contraire, je le vis et parfois le paye chaque jour-
J'ai vu un film "le matelot 512". Au début du film le narrateur dit à propos du héros "Max pensait que la vie n'est belle que lorsque l'on fait ce que l'on aime"-
Je suis si près de vous-
Merci de votre amour et de me comprendre - ce dont j'ai tant besoin-
Jean Michel © »


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