Jean-Michel Iribarren
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Vie d'Ange
L'œil gauche de Vladimir
Barbe Bleue
H
L'acharnement de soi-même
J'ai écrasé le mégot
La photographe
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"Vie d'Ange" 1990 | ||
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résumé : Il était le désordre à lui tout seul Les années 70/80 à Paris. Ange Tournoyeur est le fils d’Odile, une comédienne ratée, et de Maurice, un cheminot qu’il méprise. Agrégée autour de Ange, sa bande d’adolescents, "Les Incorruptibles", qui se retrouve au café de Claire, la brune. Ange aime les garçons. Les garçons, pas les hommes. Un jour, après avoir observé le spectacle écœurant d’un pauvre enfant qui lave les vitres des voitures à un carrefour de la rue du Pont-Neuf, Ange décide de détourner le destin. Alors que rien ne l’y prédestinait, lui qui a toujours considéré le lycée comme un "lieu d’entraînement à se foutre du monde", il prend sa décision. Peu de temps après, le jour de ses 18 ans, sa rencontre sur les quais une nuit, avec un rescapé des camps qui l’avait dragué, fait basculer sa vie. Suit l’autre décision, définitive. Mais en attendant, il continuera son combat avec la vie, sera tenté par elle, rencontrera Vincent. Son œuvre sera sa vie : Retourner le couteau et mettre des années avant de l’enfoncer. (extrait) « Lorsqu'elle lui avait tendu la main Ange avait bien vu dans ses yeux tout le parti qu'il pourrait tirer d'elle. Il avait besoin d'argent et peu envie de redonner des cours. Mademoiselle Heraklès venait d'être placée par le nouveau gouvernement à la tête d'une université. Elle attendait cette promotion depuis des années et savourait son bonheur en repensant à ces années où elle n'avait rien concédé de ses idées. Combien de temps encore aurait-elle tenu ? Elle approchait de la retraite sans que son autorité unanimement reconnue fût récompensée. Tout ça à cause d'un fichu caractère qui l'avait poussée à ne pas se compromettre avec ceux qu'en privé elle appelait "les fascistes". Elle ajoutait dans la foulée un "je plaisante" dont personne n'aurait été capable de dire s'il était sincère. Mademoiselle Heraklès était une femme de petite taille. Elle s'était fait un nom dans l'étude du marxisme et elle participait systématiquement à toutes les émissions de télévision sur le sujet dont elle était l'invitée obligée. Elle avait acquis une certaine notoriété lors d'un de ses derniers passages grâce à un lapsus dont elle se serait bien passée. En effet bien avant que ce ne soit la mode mademoiselle Heraklès avait révisé son jugement sur le communisme. C'est ainsi qu'à propos des dirigeants soviétiques successifs elle avait prévu de lancer une formule qui dans sa bouche avait toutes les chances de faire date, "ce ne sont que des bêtes". Malheureusement sa langue avait fourché. Les "bêtes" s'étaient transformées en "bites". L'effet comique fut accentué par son attitude qui reflétait toujours une certaine gravité lorsqu'elle abordait sa sphère de compétence. En réalité ce lapsus était révélateur. Mademoiselle Heraklès avait toute sa vie enfoui sous une masse de bouquins et de thèses un appétit des hommes bien réel. Il n'eut que le tort d'être mis à nu sur un plateau de télévision. Ange rentrait de son premier été à Biarritz après l'intermède américain. Il s'était rendu à cette réception organisée à Normale Sup par désœuvrement car il ne savait pas trop ce qu'il allait faire de son année. Durant les semaines passées avec Carmen il avait vécu dans l'instant. Vincent était venu un mois. Il avait repris son boulot en banlieue et mettait la dernière main à son récit new yorkais. Ange lui reprochait d'être un peu absent comme si son livre lui suffisait. Mais c'était aussi parce que Vincent écrivait qu'Ange l'aimait. Il n'aurait pas voulu l'en détourner. Ils avaient très peu reparlé de leur voyage car ils s'étaient tout dit là-bas. La mort de Mr Matthew avait été un événement national. Le journal était repris par son fils aîné qui avait réadopté l'ancienne formule. On avait retrouvé des notes écrites par le milliardaire au fil des années. Il n'y parlait que des femmes. Matthew s'était fait tellement d'ennemis que la police désespérait de ne jamais trouver le coupable. Sa mort n'obsédait pas Ange. Il ne pensait plus. Il se sentait vidé. L'océan lui redonnerait la force. Un vent de liberté semblait souffler sur le pays, c'est vrai l'air était plus léger. C'était peut-être aussi ce qui l'avait conduit à retourner sur le lieu de ses études. Le directeur le présentait à la ronde comme un des prodiges de ces dernières années. "Mais qu'avez-vous donc fait depuis ? Je n'ai pas entendu parler de vous c'est anormal. Le monde vous attend soyez sûr et puis vos amis sont au pouvoir, profitez-en" lui avait-il dit en aparté. C'est lui qui présenta mademoiselle Heraklès à Ange. Elle n'était pas foncièrement belle mais on devinait que ces années de frustration pouvaient déboucher sur une explosion de débauche. Ange ne s'y était pas trompé. Mademoiselle Heraklès et lui allaient vivre ensemble une année étrange, comme un sursis. Dès le départ ils avaient conclu entre eux un contrat tacite. Elle l'avait invité à déjeuner pour parler de la Révolution de 17 dans sa maison de Montmartre. "Nous ne parlerons pas d'argent Ange. Vraisemblablement cela ne vous intéresse pas plus que moi." Elle avait montré une petite boîte devant la cheminée. "Il y en a toujours mais ne m'en parlez pas. Vous savez que vous êtes très beau. Cette beauté-là ne supporte pas grand-chose, surtout pas le fric, merde." Elle avait besoin de boire pour devenir grossière et oublier son statut qui lui avait toujours pesé. Heraklès lui ressemblait un peu. Ce fut aussi la méthode qu'elle utilisa pour obtenir de lui ce qu'elle visait depuis leur première rencontre. Évidemment Ange n'en avait aucune envie mais comme elle n'était plus la même quand elle buvait elle parvint à ses fins. Elle lui extorqua des aveux sur ses fantasmes secrets, acheta des cassettes vidéo, fit venir des inconnus, tant et si bien que leurs dîners se terminaient toujours en orgies au milieu des plats, du vin et des drogues de toutes sortes dont elle était adepte depuis des années. Parfois elle s'interrompait en pleins ébats pour aller chercher un livre dont elle disait qu'il était urgent qu'ils en parlent là, au beau milieu de la nuit. Hallucinés ils s'entretenaient de Lénine, Hemingway ou Jeanne d'Arc. Elle était nue, affreuse et irrésistible. Puis ils recommençaient. Rien n'était plus réel. Elle plut beaucoup à Vincent qui lui consacra un après-midi armé d'une expérience en la matière plus étendue que celle d'Ange. "Fais-ça pour moi, elle sera contente. Elle n'arrête pas d'imaginer ta queue, tu sais que c'est son obsession !" Elle les amena à Venise parce que "si on ne voit pas la beauté on ne sait rien. C'était ça le marxisme, enfin je crois et puis on s'en fout". Elle organisait des dîners qui mêlaient étudiants et professeurs pendant lesquels elle s'absentait avec Ange pour le supplier de lui décrire le plus beau des garçons de la soirée au bord de la jouissance. "On ne le regardera plus pareil après" s'esclaffait-elle. Et elle revenait grave en murmurant à l'oreille de son voisin une consigne pour le lendemain à la faculté. Rien n'étonnait Ange. Pourtant elle lui sortait souvent, "Ça t'étonne hein ?" Il répondait en rigolant, "J'ai voyagé tu sais. Tu me reposes". Ange avait voulu s'arrêter. Marre de l'héroïsme et des luttes sans fin. Il avait pris un grand seau de peinture qu'il avait balancé sur le tableau. Si elle avait raison ? Il fallait voir la beauté sans comprendre et n'y mettre aucun sens. Parfois Ange se demandait s'il ne foutait pas tout en l'air. Alors il repensait à New York et en comparant il se disait qu'il se trompait tellement moins maintenant. La vie devait être malade devant tant de blasphèmes et il s'en réjouissait. La gauche était au pouvoir peut-être pour peu de temps mais enfin elle y était. L'espoir s'était casé. Vincent avait trouvé un éditeur pour "Amérique, de sang et d'argent". Ses premiers romans furent publiés presque simultanément et contre toute attente se vendirent mieux que son polar. Les critiques persistèrent à les juger irréalistes. Quand Ange en eut assez de mademoiselle Heraklès il lui fit porter des fleurs et s'en alla. Il acheta un berger allemand. Arthur avait les meilleurs yeux qu'il eût jamais vus. Il le surnomma "brave homme". © » Amazon |
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Vie d'Ange L'œil gauche de Vladimir Barbe Bleue H L'acharnement de soi-même J'ai écrasé le mégot La photographe |
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"L'œil gauche de Vladimir" 1991 | ||
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résumé : "Accepter cet ordre infâme, et puis quoi !" Une nuit noire, sans électricité. Paris, rue Bonaparte. Elle est une actrice connue, Anna Va, elle se réfugie dans un café au moment de la panne, dans le noir elle parle à l'homme, un sculpteur de renom, si laid pourtant, Ferdinand Cerf, ils ne savent rien l'un de l'autre ; il faut absolument qu'elle appelle son fils de cinq ans, ils décident alors d'aller dans l'appartement de l'homme pour appeler, en attendant que la panne soit réparée. Mais la nuit sera noire d'un bout à l'autre. Paris les regarde, ses habitants, ses amoureux, ses ennemis parfois, elle se dit qu'elle doit faire quelque chose. Et un moine qui a trouvé le livre qu'il est venu rechercher à Paris, le livre qui parle de ce roi choisi par Dieu. Le moine s'appelle Vladimir, il est jeune, avant d'être prêtre il a épuisé la vie, d'en haut, d'en bas, il n'avait peur ni de crever ni de vivre. Enfin, un criminel de guerre, traqué par un homme depuis des années, mais le criminel a recruté deux types pour se débarrasser de cet homme. C'est là que Paris s'incarnera et agira, malgré tous les cars de police qui ont débarqué à Saint-Germain pour la traque. Menacés, éclairés d'une bougie ou d'un briquet, Anna et Ferdinand peu à peu, mot à mot, caresse à caresse, allumeront la nuit. Vladimir marche dans la ville noire vers le foyer où il dormira. Il croise sur sa route les gens de cette nuit-là, ceux à qui enfin la nuit donne leur chance. Près des Batignolles, il se rend compte qu'il a oublié son livre à l'église Saint-Germain-des-Prés. Il remarche en sens inverse. Il rencontre un enfant, Juanito, qui l'emmène dans une taverne avec ses clients à part, un monde hors du monde. Juanito lui présente Ange, avec qui Vladimir discutera longtemps. Jusqu'au moment où le jour reviendra, au petit matin. Que restera-t-il alors de cette nuit immense ? (extrait) « Un peu sonnée par ce qui venait de lui arriver, Paris finit par s'endormir. À peine eut-elle les yeux fermés, elle se réveilla à nouveau. La neige qui la couvrait, devenue invisible, lui faisait un manteau somptueux, elle se drapa dedans, arrogante et perverse. Elle regarda derrière elle amusée, un peu mélancolique. Toutes ces années passées à les couver, à cacher leurs colères, leurs amours dérisoires auxquels, à chaque fois, elle aussi se laissait prendre, les jours où ils s'étaient dressés, fiers, dans un dernier élan, toujours recommencé, la horde qu'ils formaient, bousculant tout sur leur passage, leurs armes de terreur et la permission qu'elle leur avait donnée de passer, leurs errances perdues dans ses moindres recoins où ils pleuraient abandonnés, prêts à tous les départs, et leurs larmes séchées à son souffle, elle les avait gardés, même ceux qui étaient partis, jamais contre elle, avec sa bénédiction, allez donc voir ailleurs, moi aussi j'en ai ma claque, elle les avait revus, les pendus, les trépassés, ils revenaient à elle lui donner des nouvelles, lui dire comment c'était au-dessus de son ciel, elle n'oubliait jamais les anges qui partaient. Justement cette nuit certains étaient repassés voir, lui tenir compagnie, partager un instant avec ceux d'aujourd'hui et qui leur ressemblaient, comme eux libres, comme eux soumis à ses désirs, ils n'avaient que le temps qu'il leur restait, et leurs envies de prendre, et de rendre au centuple. Mais ils ignoraient quoi. Dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés, Paris ignorait ces hommes en uniforme qui l'avaient envahie dans leurs cars. Elle n'avait jamais pu éviter les intrus, elle se contentait de leur tendre des pièges, ils ne restaient jamais longtemps. Les flics n'allaient plus tarder à quadriller les rues. Leur mission avait été minutieusement préparée et la panne ne les avait pas faits renoncer. La chasse à l'homme commencerait bientôt. L'un d'eux s'inquiétait pour sa femme et ses enfants. Pour se donner le change, il débitait les exploits de sa journée, tout en caressant la crosse de son arme. Il répétait des mots que Paris n'aimait guère, savait-elle-même leur sens ? Des mots qu'on ne trouvait jamais dans ses chansons, dans les serments des jardins après la pluie, ceux des amants fragiles, qui redoutent le temps, la seconde suivante, qui sont comme Saint-Thomas, qui veulent voir pour croire, mais qui ne voient jamais. C'était son jour de gloire au flic. Il partait capturer le plus grand terroriste. Il ne savait pas que l'homme était aussi un criminel de guerre. Immonde secret emporté dans sa mort par celui qui gisait sous un porche pas loin. Paris était vaccinée de tous les crimes depuis l'enfance. Elle s'en rappelait le goût de désespoir ou de soleil levant. Elle avait entretenu avec les meurtriers des rapports passionnés, muets, elle savait bien la compassion, la rage aussi. Elle se souvenait de l'enfant du canal, demeuré pour toujours au coin de sa mémoire, secret bien gardé, n'insistez pas, disait-elle. Pourtant elle n'aimait pas celui qu'on recherchait. Il portait trop la mort et elle aimait la vie, comme une forcenée, des fois à contrecœur. Il la ramenait des années en arrière, elle revoyait les visages. Le mal au cœur ne l'avait plus tout à fait quittée depuis. Elle laisserait donc faire la police. Sans illusions, elle s'échappait voir ailleurs. C'est à peine si elle aperçut les assassins du vieil homme qui dormaient, à moitié l'un sur l'autre parce qu'ils avaient froid. À la première occasion ils règleraient son compte à Ferdinand qu'ils avaient pris pour le moine. Ils ignoraient que le moine, le vrai, marchait bien loin de là. Mais on ne voyait rien, ils n'étaient pas les seuls à croire des choses fausses. Paris s'amusait bien de ce spectacle-là. Elle attendait de voir le vrai se démêler du faux. Enfin, pensait-elle, on saura. Elle connaissait Vladimir depuis longtemps, inquiète et rassurée. Au-dessus des dormeurs, quelques étages plus haut, la main d'Anna rejoignit celle de Ferdinand. Et ils ne savaient plus ni le jour ni la nuit. La bougie s'éteignit. © » Amazon |
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Vie d'Ange L'œil gauche de Vladimir Barbe Bleue H L'acharnement de soi-même J'ai écrasé le mégot La photographe |
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"Barbe Bleue" 1993 | ||
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résumé : "je suis accroc de Barbe Bleue, trop, je ne sais plus m'en passer et cependant je ne l'aime pas, il est bien trop obscur, trop compliqué, souvent je le trouve lâche" Deux ans de la vie d'Alexandre de Beaumanoir au collège Barbe Bleue, Première et Terminale, loin de Paris adoré. Barbe Bleue, au bord de la forêt et de l'océan, établissement à la réputation trouble mais aux résultats scolaires exceptionnels, est un ancien château dirigé par le terrible chanoine Laberge, personnage ambivalent, tyrannique mais bienveillant pour tout ce qui touche à la perpétuation de Barbe Bleue et aux "bandes" du collège ; il ne découragera pas Alexandre dans ses tentatives pour découvrir les secrets du château, malgré Vergez, le surveillant général sadique détesté par Alexandre. Alexandre le solitaire, différent, moqué, qui en cachette monte le cheval de l'étable qu'il appelle Alméria, et qui finira par agglomérer autour de lui un groupe de garçons, les Rieurs. Premier amour avec Francisco, plus jeune que lui. Alexandre aussi qui conclura un pacte avec Wagner, le sorcier de la forêt. Chute de cheval, coma, visite de Laberge à l'hôpital Saint-Louis, Alexandre récupère pour sa dernière année au collège. Tandis qu'à Paris une épidémie de morts suspectes endeuille la capitale, il fera le chemin pour découvrir les mystères du château Barbe Bleue et de ses habitants, sous le regard du vieux Lucien Zot, l'ancien professeur de latin prestigieux, qui l'observe, le protège de loin, sans même lui parler, et qui finira par partager avec lui le secret de sa vie, celui du blockhaus. Tant de rencontres qu'Alexandre n'aurait jamais imaginées : Il ne percera pas les mystères, il les traversera. (extrait) « Ce fut un mercredi 20 décembre au soir que les Terroristes s'en prirent à Alexandre. Gori lui avait demandé de le suivre au beau milieu de la nuit. Alexandre ne dormait pas, il savait que le jour approchait. Gori avait été presque doux, sa veste de pyjama était déboutonnée mais Alexandre ne le remarqua pas. Les Terroristes du dortoir attendaient dans le couloir, la plupart des autres garçons étaient réveillés, de connivence, tout se passa en silence pour ne pas alerter Julien Bridges qui cependant ne dormait pas. Il y avait quelque chose d'inexorable dans l'air cette nuit-là, quelque chose qu'on n'empêcherait pas, le surveillant le savait, Alexandre aussi. On n'échappait pas aux bandes de Barbe Bleue quand elles sortaient le grand jeu, c'était un peu de l'âme du château qui se mettait à vibrer, quand le diable profitait du répit de Dieu, on lui laissait son heure, il était souverain, son rire muet résonnait sur les murs, il emplissait la tête d'Alexandre. Le temps des bizutages était loin. On ne s'amusait plus, rien n'était laissé au hasard, c'était un long cortège qui descendait les marches. Les garçons oubliaient les programmes et les compositions, on les laissait passer, ils se fondaient dans Barbe Bleue pour ne plus faire qu'un, le passé du château qu'ils perpétuaient ainsi les faisait prisonniers, soumis ils acceptaient sa logique sombre, ses rites infaillibles. Ils imaginaient accomplir un devoir qu'eux-seuls connaissaient, ils étaient survivants de siècles ensevelis, des espoirs déçus, des monstres agonisants, seules flammes d'un monde qu'ils n'avaient pas encore arpenté, ils redoutaient ce monde même s'ils ne le disaient pas. Alexandre dans son pyjama noir savait tout cela. Il n'avait pas discuté, la solitude était totale, choisie, ce jour-là il n'y avait plus de doutes, c'était le prix qu'il fallait payer, payer pour les nobles de l'avenue de Breteuil, pour les flancs ruisselants d'Alméria, la profondeur du lac, le courage de parler à Wagner, fatalité de ses dix-huit années, misère de ses jambes menues, le souvenir de Sean, les différences irrémédiables, les fauves luttaient entre eux la nuit, il entendait leurs cris, retour douloureux de l'Afrique, maman, papa, jamais ils ne pourraient rien, fatalité de ses migraines, obsession de la dernière heure qu'il poursuivait acharné, esclave de Barbe Bleue, tragique amant de Paris impuissante à calmer les blessures, chemin de croix du diable, étranger, aux portes, aux couloirs, à la forêt, à la chapelle où ils le conduisaient silencieux, partie du silence que ponctuaient seulement les ricanements de Satan, ricanez, ricanez, vous n'avez fait que ça. Les Terroristes avaient élu domicile derrière l'autel, les visages éclairés par les quelques bougies, ils étaient une quinzaine aux allures de spectres. On l'avait mis assis au milieu d'eux, il avait accepté la cigarette que Gori lui avait proposée, sans se soucier de profaner les lieux, les profanateurs c'était eux, lui on le crucifiait comme l'autre sur sa croix. Ils découvraient certains garçons pour la première fois. Il reconnut Janicot et sa longue silhouette qui montait vers la voûte. Ni Marcellin ni Dufour n'étaient présents. Ils piétinèrent leurs mégots que l'un d'eux ramassa et un garçon lut un texte qu'Alexandre n'arrivait pas à suivre, odeurs de sang, rouges caniveaux, cadavres que charriaient des trains, si sombre, il croyait qu'il perdrait connaissance mais rien ne se passa, il en fallait beaucoup pour qu'il n'y ait plus rien, la vie ne tenait qu'à un fil mais Dieu qu'il était résistant ! Le garçon s'était mis torse nu, sur le cœur un tatouage, un aigle qu'Alexandre fixait comme hypnotisé, il connaissait l'aigle, il en était sûr, mais où avait-il bien pu croiser son vol ? Ce fut un court répit. Gori prit la parole pour expliquer les raisons de la présence d'Alexandre parmi eux. Il précisait que c'était exceptionnel, que les Terroristes se suffisaient à eux-mêmes, qu'ils ne se mélangeaient pas. Mais les Terroristes ne pouvaient se dérober, leur mission était claire, leurs cibles évidentes. S'ils punissaient c'était pour demeurer fidèles aux trois V : la victoire viendrait d'avoir tissé leur toile, la vigilance était de tous les instants, Versus, ils seraient toujours contre, contre ceux qui les narguaient, contre des billets de banque qui les faisaient prendre les armes, ils s'étaient dit dès le départ que l'argent ne ferait jamais la différence, ils tireraient dans le tas, à la moindre odeur, au hasard, la victime paierait pour les autres, elle avait juste le droit de se défendre, si elle savait les convaincre elle serait épargnée. On passa la parole à Alexandre. Gori l'avait appelé par son prénom, oublié Pas Encore Fait, à lui de s'expliquer, lui avait-on jamais fourni cette occasion ? Leur dire à eux, aux autres et à la terre entière qu'il n'avait rien choisi, qu'il était de Paris, Paris des clodos sous les ponts, des allumés de la nuit, de ceux qui n'en peuvent plus, Paris des quartiers sales, éclatant de la lumière qui se reflétait dans le canal, il était des jardins, tête haute, yeux de fou, des matins immobiles, il était de Paris et Paris se foutait de l'argent comme d'une guigne, alors de quoi lui en voulaient-ils ? De n'avoir pas dit non, d'avoir gardé la montre, de ne pas regarder, jamais oser ? Ne pas être passé de l'autre côté ? que pouvaient-ils comprendre s'ils n'avaient connu que celui-là ? Que pouvaient-ils savoir du gouffre qui séparait ce côté de celui où Léa et Daniel de Beaumanoir l'avaient planté ? Comme ils avaient beau jeu ! Il aurait pu leur décrire la route, leur dire combien elle était tortueuse, que c'était déjà beau d'être toujours vivant, de n'avoir pas encore rejoint Paris définitivement, là où personne ne viendrait plus le chercher, dans le fond du canal, il aurait vu passer les péniches au-dessus, et les sarcasmes, les rebuffades, les condamnations, cette impossibilité de dire seulement trois mots comme les autres, ce rire enfoui qui ne sortait jamais, ce surnom dont ils l'affublaient, tous ceux qui l'avaient précédé, le quai sur lequel il restait, tous les trains qui étaient partis sans lui, que savaient-ils de tout cela ? Et Poète où dormait-il aujourd'hui ? Comment avait-il fait sans Poète ? aucun remède ne calmerait ses migraines, la cicatrice sur le crâne ne s'effacerait pas. Ils ignoraient tout, que Sean l'avait choisi lui, qu'ils n'en auraient pas mené large s'il avait été là cette nuit. Sean n'avait pas besoin de ces messes bizarres, à l'abri des vieilles pierres, quelle mascarade ! il avait les mains nues, la ville lui appartenait, il ne leur demandait pas de l'absoudre, seul le Christ savait le pardonner, même lui, Alexandre, reconnaissait ses fautes, c'était déjà assez dur de vivre avec, pas une heure qu'il n'y pensât, il était seul avec ses fautes, personne pour lui dire : pose-toi là, c'est fini d'endurer, Poète et revenu et vous allez partir, la dernière heure ce n'était pas si loin, le jour est enfin venu. Il aurait pu leur dire. Mais il ne savait pas. S'il avait su il n'aurait pas été là à les laisser le juger. Il acceptait encore, comme avant, leur regard, leurs accusations, il ne se révoltait pas. C'était la vie qui voulait ça, c'était Barbe Bleue. Il ne servait à rien de se dérober, où se serait-il enfui ? Boire le calice jusqu'à la lie. Jardin des Oliviers. Où se cachait le traître qui l'avait dénoncé pour le livrer à la vindicte publique ? Le jour où il le trouverait… Alexandre n'avait rien décidé sauf peut-être cela, se constituer prisonnier, ne plus lutter contre le courant, il avait décidé sur le quai de la gare de Perrax, comme un aveugle il s'abandonnait à Barbe Bleue. Pas une larme à leur offrir, cœur sec asséché, yeux clairs, transparents. Les Terroristes l'avaient laissé ainsi longtemps, le plus longtemps qu'ils avaient pu, ils lui avaient donné sa chance. Un instant Alexandre crut qu'ils allaient comprendre son silence mais ils n'entendaient rien. " Faites ce que vous voulez, je m'en fous. " Ils pensèrent qu'il était lâche, qu'il n'y avait rien à en tirer, qu'il méritait son sort. Même les bêtes se défendaient. On le déshabilla. Alexandre se débattait. On l'allongea sur le venter contre les dalles glacées. Des garçons le maintenaient par terre. Lorsqu'il se fut immobilisé ils ne le lâchèrent pas. Gori tendit une ceinture à un autre. Alexandre ne saurait jamais son visage. L'autre frappa, frappa. Ils l'abandonnèrent sur le sol de l'église, Dieu n'avait pas bougé. © » Amazon Amazon |
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"H" 1994 | ||
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résumé : Après la mort de H à trente-cinq ans. Tout commence : "qui sait ? peut-être même qu'un jour la mort ne nous fera plus peur". (extrait) « (lettre de JM à H, 30 juillet 1985) J'ai reçu tes messages successifs. Hier je ne savais pas si tu avais reçu ma lettre... J'ai eu envie de te rappeler, de te revoir et de dîner avec toi mais qu'allons-nous nous dire ? Je ne puis rien te dire de plus que ma lettre. Et je pense que ce tu veux me dire tu y arriveras mal... Je pense beaucoup à toi. J'ai pensé, il y a si peu de choses qui comptent dans la vie, qui me la rendent moins insupportable, l'amour est de ces choses, mais c'est une chose trop grave pour en faire n'importe quoi. Or on était arrivé à en faire n'importe quoi de notre amour. J'ai pensé aussi que ce n'était pas Manuel mon véritable frère mais toi. On ne peut pas se revoir si tôt, pour nous. J'ai pensé qu'arrivera le moment où j'aurai besoin de te revoir. Peut-être que toi tu ne ressentiras pas ce besoin au même moment. Alors nous attendrons d'avoir compris en même temps. Si cela arrive. Tu resteras pendant ce temps celui à qui je tiens le plus, l'unique, et je ne serai pas seul. JM © » |
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"L'acharnement de soi-même" 1995 | ||
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résumé : une parenthèse dans la vie de Hugo, l'hôtel du Palais dans une ville qui ressemble à Amsterdam, la mer. Le cercle des amis de Hugo au Palais dont il est la lumière alors que lui-même essaie de survivre à la mort de Vincent. Cette ville où la chanteuse Bill Feria dit-on s'est suicidée dans la tour qui porte son nom désormais. (extrait) « On croyait à l'esprit. On baisait n'importe où, dans la vigilance de l'esprit. La vie ! J'aurais compté mes sous, j'en aurais gagnés toujours plus, j'aurais donné des coups de pied dans les carcasses qui m'empêchaient de marcher, jusqu'à ne plus les voir. Je ne t'aurais jamais quitté, t'aurais gardé pour moi, jusqu'à ne plus savoir quoi faire de toi. Je me serais interdit toute pensée, n'aurais jamais choisi, je m'en serais remis aux choix d'il y a longtemps, je serais mort ainsi, parce que c'était la vie. L'animal cherchait sa proie, là en plein jour, il buvait l'eau du fleuve, il dévorait à tout venant. Il se mit à pleurer. A son tour il se fit dévorer. Gisant, couvert de mouches, il entendait encore battre son cœur. Il décida alors de glisser dans la nuit, il s'y engouffra auréolé de toutes ses blessures. Tout changea. Les mouches une à une s'en allèrent voir ailleurs, elles ne supportaient plus l'odeur, ses yeux cherchèrent et cherchèrent, il se surprit à voir mieux qu'en plein jour. Finalement je t'ai laissé aller, j'ai gardé dans ma main des traces de baisers, sur mes lèvres des mots, un jour je me suis décidé à choisir, jamais comme ils voulaient, de doute en doute on s'est gardés : ce fut la nuit. On avait tant souffert, ton agonie la mienne, je ne voyais plus rien, parfois je t'entendais sourire, je décidai de rester. A l'animal tu pris sa chair défaite. Il me donna ses yeux. La nuit s'illumina à force de noirceur, le jour devint un souvenir de mort. Aujourd'hui on ne sait plus. Parfois je sens ta langue qui lèche la plaie qui se réveille. Pour toi je m'en vais rôder dans les terres d'avant, j'y sème le désordre, je fais tout à l'envers et lorsqu'on se retrouve tu me donnes raison. J'attends le jour où s'allumera la nuit et où les animaux retrouveront leur mère. Ils pueront des carnages anciens, ruisselleront d'écume dans le creux de leurs yeux. Ce sera la fin. A moins que toi et moi on invente autre chose. © » |
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"J'ai écrasé le mégot" 1997 | ||
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résumé : Aimer est plus fort que la vie. "Pardonne-moi. Nous nous aimons assez maintenant pour pouvoir se passer de la vie. Tu es le seul à pouvoir comprendre l'espoir dans le désespoir. Sois fort, je ne t'abandonnerai jamais. Notre éternité je l'ai peinte, dis-leur" Des meurtres à Paris sans lien apparent : œil crevé et sable sur le sol, 13 pages d'un livre arrachées ; des meurtres qui pourraient ressembler à ceux d'Angel, le personnage du roman noir, situé à New York, qu'est en train d'écrire Léo Tirictiscu ; roman qu'il écrit après le suicide de David, son jumeau ou tout comme, et au moment où il rencontre Coutil, étudiant à Sciences Po. Rencontre qui fera s'envoler la frontière entre le livre et sa vie. Léo, écrivain de trente-huit ans, dont les jeux sexuels aiment jouer avec la peur, est sujet à des crises d'épilepsie qui pour quelques secondes, qui paraissent des heures, le ramènent toujours à un lieu qui s'appelle 'La Prison'. La mort de David n'a pas empêché Léo de continuer la vie avec lui, David est partout, la mort n'est qu'un défi : Sa présence muette revêtait chaque instant d'éternité. Et David avant sa mort avait parlé à Léo d'une rencontre qu'il ferait, il en avait même fait un tableau, son dernier tableau. Léo ne cesse de se demander : est-ce Coutil cette rencontre ? Il finira par parler du tableau à Coutil, ils parlent de plus en plus ensemble, de tout, des meurtres, du tableau de David, tout. Le lien de Léo avec Coutil les amènera tous deux au point de non-retour. L'inspectrice de police chargée de l'affaire des meurtres, Gaby Steamer, une Noire originaire de New York, rencontrera Léo, l'écrivain de romans noirs qu'elle admire, en espérant qu'il l'aide dans une enquête qui la désespère au point de retourner quelques jours à New York demander l'avis de son vieux complice, Chet Roy. Léo accepte d'étudier de son côté le mystère des 13 pages arrachées. Mais ni lui, ni Coutil, ne sont portés à trahir... (extrait) « Il comprend seulement qu'il est là, face à l'inspecteur de police chargée de l'enquête sur une histoire qui imperceptiblement devient la sienne. Une histoire qui ressemble à celle qu'il est en train d'écrire. Il ne sait pas comment il en est arrivé là, quelle histoire pousse l'autre. À moins que l'une ne puisse exister sans l'autre. Oui, il est au courant pour le quatrième meurtre. Oui, il a parcouru des dizaines de fois les pages arrachées. Il a trouvé ce mot "Silence", dans chacune des trois séries de treize pages. Pour le reste il ne voit pas. "Silence", c'est comme un mot fait pour vous narguer, pour suggérer qu'il vaudrait mieux se taire. Il parle néanmoins. Elle écoute en silence justement. Elle rallume une cigarette, lui en propose une qu'il accepte sans hésitation. Il se sent mal à l'aise. Léo Tirictiscu n'aime pas tricher. Son penchant naturel serait de tout raconter. Il resterait à Gaby Steamer à trier, après tout c'est son job, trouver le détail signifiant. Que peut-elle attendre de lui ? Et qu'a-t-il écrit qu'il ne connaît pas lui-même, qui explique qu'elle espère tant de lui ? Il pose une question. Elle l'interrompt. C'est lui qui l'a appelée, il a sûrement quelque chose à lui dire. Elle attend. Et le voilà qui reparle de David. Il rafraîchit la mémoire de son hôte, les tableaux dans son appartement, c'est lui David. Curieusement elle n'a pas l'air surprise. Cela plaît à Léo. Il en a trop vu qui n'y comprenaient rien, pour qui ce seul prénom de David sonnait comme une menace à leur mortelle tranquillité. Du coup il va plus loin. Il évoque la rencontre que David avait prédite. Il dit qu'il croit à ce que David avait peint juste avant de se tuer, le tableau de lumières et d'ombre. Elle a paru troublée lorsqu'il a évoqué le suicide de David. Elle s'efforce de n'en rien montrer et se tait toujours. Il ajoute qu'il y a cent mille façons de rencontrer quelqu'un, que c'était bien dans leur genre à David et à lui de se tenir prêt à tout. Elle acquiesce en avalant la fumée. Il lui semble que ses yeux sont teintés d'un léger voile humide. "Pardonnez-moi, j'ai la larme facile", glisse-t-elle. Il n'en dira pas davantage sur le sujet. Il précise simplement que cette rencontre, si elle s'avère, sera probablement un homme ou un garçon, il a ses raisons pour penser ainsi. Qu'elle n'aille pas s'imaginer qu'il essaie de lui dire que la rencontre c'est elle ! © » Amazon |
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romans 2 poésie entretiens l'envol |
Vie d'Ange L'œil gauche de Vladimir Barbe Bleue H L'acharnement de soi-même J'ai écrasé le mégot La photographe |
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"La photographe" 1998 | ||
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résumé : "Y a ceux qui comprennent et les autres. Tu mets une croix sur les autres" Paris, rue Niepce. Amalia Sané, 35 ans, photographe, qui vit avec Tadzio, le petit singe de Lisbonne, et qui parfois vend son corps dans un petit hôtel près du Luxembourg : elle sait y faire, les hommes c'est sa culture. Amalia dont personne ne veut des photos, parce qu'elle refuse de se compromettre avec ceux qu'elle appelle 'les invertébrés' : Amalia refusée pour être ce qu'elle est, et qui recherche pour se venger celui qui un jour lui a donné sa caméra, Julien Rivière, le seul qui la comprend, le plus beau. Le livre est le monologue d'Amalia, qui invente des mots plus vrais que les mots. Et la mort de Vincent. Et Tadzio qui ne la quitte jamais. Il y a le monologue d'Amalia avant de retrouver Julien, et après. Elle est amie avec Thomas Bassumport, le jeune écrivain de 19 ans. Elle a photographié Barbara, madame Y., Duras, Mandela, Mitterrand, mais elle a gardé ces photos-là pour elle. Sa caméra, son appareil photo elle l'appelle le VL, VL comme Vladimir Lorentz, du nom du garçon sur la tombe du Père-Lachaise près de laquelle elle a rencontré Julien Rivière la première fois, le 8 novembre 1982. Elle recherche Julien partout, à Trouville surtout, parce que la première fois il lui avait parlé de 'la maison à Trouville'. Quand elle retrouvera Julien, elle ira jusqu'au bout de la vengeance et de l'amour : Si on aime Julien c'est parce qu'il sait aimer. C'est probablement la seule chose qu'il sait faire et tout le reste se ramène à ça. Il n'écrit pas il ne photographie pas mais aimer il sait. Tout de suite Tadzio a aimé Julien. Julien a le même âge qu'Amalia. Avec Julien elle ira dans la maison du quai d'Anjou, dans celle de Trouville, celle des Batignolles : Le corps de Julien a tout éclipsé. Jusqu'aux photos qu'ils feront ensemble dans la chambre du Pont-Neuf. Enfermés. (extrait) « Ils sont revenus de la plage. Il s'est mis à pleuvoir. C'est mieux comme ça. Julien a fait un feu de cheminée. Tadzio s'est prélassé en me tenant la main. S'il arrive quelque chose à Julien, Tadzio souffrira. Elle y pense. Elle s'était dit qu'elle ne ferait jamais souffrir Tadzio. La manipulation toujours. Julien a pris une douche. On a laissé le petit devant son feu de bois et on est sorti. Sans doute pour s'empêcher de refaire l'amour tout de suite. Il n'y a personne à Trouville début mars. On a refait le chemin qui m'avait menée jusqu'à la maison. Du pont jusqu'à la route qui longe la mer en haut. On a l'air d'un vieux couple. Il a calmé la mer. Les deux garçons du Père-Lachaise s'embrassent à nouveau. Ça n'était qu'un cauchemar. Je lui ai déjà raconté Maria, Mamoudou, Ange, Vincent. Tous les absents. Je suis blottie contre lui. Proie facile mais il protège quand même. Il m'a demandé quelles photos je voulais faire avec lui. J'ai juste parlé de la chambre du Pont-Neuf. J'ai dit aussi que je serai avec lui sur les photos. Dès que j'ai reparlé des photos le cauchemar est revenu plus vrai qu'avant. C'est lui qui éloigne le cauchemar et qui le ramène à chaque fois. Il a voulu que je parle de Benjamin. Je lui ai parlé de Jérónimo. On peut parler de n'importe quoi. Même de ce qui est important. Il suffit d'une photo. Et c'est reparti. Il m'a raconté les manies de sa mère quand elle reçoit des invités quai d'Anjou. Et comment elle a eu son permis de conduire en taillant une pipe à l'examinateur. Julien prétend qu'elle le lui a dit un jour qu'elle avait bu, il ne sait pas si ça ressemble à sa mère de tailler une pipe dans une voiture. Il ne sait pas ce qui ressemble à sa mère. Il peut parler d'elle longtemps. Il dit qu'elle est douce. Je lui ai dit : "Comme toi alors ?" Il a répondu : "Non, tu sais bien, vraiment douce". C'est là que j'ai eu envie à nouveau. Tout de suite sur la falaise. Il repleuvait des gouttes. Au-dessous la mer se cabossait elle-même. J'ai pensé que finalement il n'avait pas calmé la mer. Je l'ai aimé encore plus. Je ne voyais plus que son dos couvert de pluie. Il fallait que je lui rende l'espoir. Mes mains s'abîmaient à son dos. La chambre du Pont-Neuf est venue jusqu'à nous avec son air Lucifer. Il s'est retourné vers moi. J'ai à peine eu le temps de voir son doux visage aussi flou que l'envers des photos. À cause de la pluie nous n'avons su ni l'un ni l'autre si on pleurait. J'aurais voulu encore manger son sexe. Il ne m'a pas laissée faire. Cette fois c'était à lui. Quitter la chambre d'enfant où il ne faisait rien. J'aurais pu le supplier d'arrêter. À quoi bon supplier. Je le sais qu'une photo cabosse. Avec lui elle n'a jamais eu le choix. © » Amazon |
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romans 2 poésie entretiens l'envol |
Vie d'Ange L'œil gauche de Vladimir Barbe Bleue H L'acharnement de soi-même J'ai écrasé le mégot La photographe |
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"L'Insecte" 2000 Éditions du Seuil - collection Solo, dirigée par René de Ceccatty | ||
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résumé : "j'affirme que les autres les ont obligés eux à se cacher et à se taire et que eux en sont morts autant que eux sont morts de moi virus du sida" Le livre est un long monologue du virus du sida. L'auteur analyse et dénonce le silence qui a entouré la mort des homosexuels au début de l'épidémie (années 80 et début 90). C'est le virus du sida lui-même qui raconte l'histoire des "garçons du sida" : eux versus les autres, parce que le texte est tout du long articulé sur l'opposition entre "eux" et "les autres" : "Eux" ce sont les séropositifs et leurs amis homosexuels, victimes indirectes. Est-ce que "les autres" représentent les hétérosexuels ? Le virus raconte l'histoire personnelle de certains de ces garçons : Sang Inquiet (qui écrit un livre où il fait parler le virus du sida), Tête Perdue, Petit Balafré, Piotr et d'autres, leur combat de vivre, de survivre mais aussi de faire face à la mort. C'est l'histoire d'une génération sacrifiée qui n'a pas abandonné, et qui laissera au monde le legs toujours vivant d'une solidarité, contre l'homophobie. Le livre de Jean-Michel Iribarren a été originellement publié aux éditions du Seuil en 2000. (extrait) « La Dernière Heure je les entends qui reviennent les musiques espagnoles qui réchauffent il y a le froid, de plus en plus le froid mais aussi la chaleur très loin la chaleur avec les musiques espagnoles qui font peur aux fourmis où sont les fourmis presque plus de fourmis tout d'un coup autrefois, autrefois j'étais malade tu te souviens quelle maladie c'était, j'ai oublié, c'est comme si je revenais moi aussi toi tu ne peux pas avoir oublié la maladie je sais que tu l'aimais quand même, tu aimais la maladie inhumaine, tu la trouvais humaine les musiques espagnoles c'est pour toi aussi, pour l'échange quand est-ce qu'on a décidé d'échanger, je n'ai plus de souvenirs ou alors on a pas décidé, maintenant je décide, maintenant tu m'as rendu libre, on disait comme ça non, libre, c'est une longue histoire je m'en aperçois que maintenant c'est qui maman ? je m'entends encore dire où est maman mais j'ai oublié maman, ce doit être une voix j'entends encore la voix loin mon chéri mon chéri elle dit la voix, je ne comprends plus je ne comprends pas et je sais pourquoi, je ne suis plus malade, plus du tout malade, tiens regarde je bouge je repars à zéro, je serai là c'est toi qui vas reprendre la maladie inhumaine, tu voulais, mais tu verras c'est bien pire que tu crois, il va te falloir beaucoup de musiques espagnoles, beaucoup, pour éviter les fourmis, pour garder la maladie, pour que je puisse être là je sens que je reviens guéri, il a suffi de l'échange entre toi et moi, ce que j'ai décidé avec toi sans te le dire je te laisserai ce qui brille, ça ne sera pas de trop, moi je reste avec le mal, on y est bien, toi tu sais, tu n'es pas comme les fourmis je pourrai te faire mal encore elles doivent aller vers toi les fourmis, je n'en vois plus aucune, méfie-toi elles t'en voudront encore plus qu'avant elles ne connaissent pas la pitié reste avec la maladie inhumaine les fourmis ne pourront rien contre toi elles ont peur de ce qui brille ce sont de grandes froussardes les fourmis c'est incroyable qu'elles fassent autant peur des froussardes pareilles écoute les musiques espagnoles comme elles sont lentes maintenant, un fleuve lent et sans fin, de plus en plus profond, du sang je crois mon chéri mon chéri, il y a plusieurs voix maintenant, il y a une voix qui s'éloigne, elle vient vers toi, lorsqu'elle viendra vers toi écoute, c'est de la lumière, je crois qu'il est fragile, je ne peux rien d'autre pour toi, que ce qui est fragile moi tu ne me reconnaîtras pas tout de suite j'ai déjà beaucoup changé encore un peu, encore un instant il fait froid à nouveau, je crois que je n'ai plus que toi, j'en suis sûr maintenant, plus que toi je lis maintenant ce que tu n'as pas encore écrit, tu vas l'écrire hein, c'est pas gagné d'avance, même la voix fragile, surtout pas la voix fragile, je le connais à peine mais je suis près de lui tu l'as voulue la maladie inhumaine, c'est l'échange rappelle-toi tout est calme silencieux, les musiques espagnoles sont reparties et si finalement... mais non, c'est pas maintenant que je suis guéri que je vais renoncer, c'est à cause du mal tu comprends, mais je ne pourrai pas t'expliquer je n'ai plus de mots il n'y a plus de mots ils s'en vont aussi, l'échange c'est les mots qui s'en vont contre ma guérison pour moi le dernier mot... on se dira que je l'ai échappé belle mais on ne pourra pas s'en défaire, toujours il restera une trace, c'est l'échange, les mots qui s'en vont contre une trace ça y est, écoute : aucun mot © » Amazon article paru dans "Le Monde" Amazon Seuil voir interview France Culture |
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romans 2 poésie entretiens l'envol |
L'insecte Yaguine Undead Wild Samuel Géant Âmes dehors (trilogie) Matteo le magnifique |
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"Yaguine" 2000 | ||
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résumé : dialogue entre JM et Yaguine, l'enfant malien mort caché dans la soute de l'avion qui devait le porter jusqu'à la France. (extrait) « YAGUINE: Il y a quoi? MOI: Tu le sais. YAGUINE: Les mots. MOI: Pour quoi faire? YAGUINE: Ce n'est pas moi l'écrivain. MOI: Pour se venger. YAGUINE: De quoi?. MOI: De tout. YAGUINE: C'est rien. MOI: Pour aller vers toi. YAGUINE: C'est mieux. MOI: Contre tout. YAGUINE: Précise. MOI: Contre les gens qui marchent. YAGUINE: Contre la mer? MOI: Contre la mer aussi. YAGUINE: Contre la mort? MOI: Non. YAGUINE: Tu m'intéresses ! MOI: Tu es allé la chercher la mort. YAGUINE: C'était une solution. MOI: Je ne veux pas mourir. YAGUINE: Je n'y comprends rien. MOI: Moi non plus. YAGUINE: Ça ressemble à la guerre tes mots. MOI: On est des guerriers. YAGUINE: Tu rêves ! Au café de Flore? MOI: Laisse tomber les mots. YAGUINE: Quelle guerre? MOI: La nôtre. YAGUINE: Je ne suis pas avec toi. MOI: Maintenant oui. YAGUINE: Tu ne me laisses pas le choix. MOI: Toi non plus. YAGUINE: Tu n'abandonneras rien. MOI: Qui me le demande? YAGUINE: Moi, laisse tomber les mots. MOI: Tu proposes quoi à la place? YAGUINE: A l'intérieur de la vie, Foté va ! MOI: Y a quoi? YAGUINE: Rien qui vaille. MOI: Vas-y bon sang ! Dis ! YAGUINE: Trop facile. MOI: On continuera? YAGUINE: On écrira des mots qui laissent tomber les mots. MOI: Y aura quoi à la place? YAGUINE: Ce qui respire encore. MOI: Moi? YAGUINE: Laisse-toi tomber Foté ! © » |
romans 1
romans 2 poésie entretiens l'envol |
L'insecte Yaguine Undead Wild Samuel Géant Âmes dehors (trilogie) Matteo le magnifique |
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"Undead" 2002 | ||
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résumé : "j´étais pas aux ordres de la vie" Autobiographie, la jeunesse. Fils d'une mère parisienne, et d'un père venu en France d'un petit village de la Navarre espagnole. Enfance dans les Landes à écouter la radio et Mireille Mathieu, en rêvant de Paris. Collège religieux. Premier de la classe à défaut d'être voyou. Les garçons. L'amour terrible entre le fils et la mère. Le douloureux départ de la maison. Paris. Sciences Po : La rencontre déterminante avec Vincent. L'acceptation définitive de l'homosexualité d'un jour à l'autre. Vincent, premier amour, et puis devenu le frère, plus fort que toutes les rencontres éphémères. La révolution Barbara, pour toute une vie, celle sans qui la vie n'aurait pas été ce qu'elle fut : de Pantin au Châtelet en passant par Lily Passion. Après Sciences Po, le refus d'un travail normal, la recherche de la vie d'artiste. La radio, Macha Béranger, les radios libres. Comme il faut bien vivre, quelques boulots dans le monde politique : attaché de presse de ministres. L'incapacité à frayer avec les intermédiaires de toutes sortes, le prix cher de la liberté. L'envie d'être comédien enfin concrétisée. Cours Florent. Les amis théâtreux. Passage à la télévision. Finalement rôle de Frank dans le moyen métrage de Jean-Luc Godard "Puissance de la parole". Et toujours Vincent : "Mon destin est de t'avoir rencontré. Je voudrais encore plus." Rencontre de Vincent avec Hadrien. Naissance du trio infernal : L'amitié à la vie à la mort, les années sida commencent. Renoncement au cinéma, décision d'écrire, comme Vincent. Le premier roman doit être publié mais l'éditeur fait faillite. Manuscrits refusés. La mort de Vincent. Puis de Hadrien. Le deuil impossible de Vincent. Boulot de prof instit désespérant. Le heurt entre l'au-delà de Vincent et le monde. Jusqu'à la rencontre avec Matteo, deux ans après la mort de Vincent, comme un don que ferait Vincent après la mort : Matteo, le sauveur. Publication du livre dans lequel le virus du sida monologue. Quitter Paris. Avec Matteo. Pour toujours quoi qu'il arrive. (extrait) « dans les jours qui ont suivi on a recommencé à travailler ensemble, l'ambiance avait changé, je faisais des allusions de plus en plus précises, je croyais qu'il avait compris, un soir j'ai eu un rendez-vous avec un garçon que j'avais entendu parler à la radio, il avait appelé Macha Béranger une nuit, Macha que j'allais connaître quelques mois plus tard, je l'adorais Macha à l'époque, et donc ce garçon qui l'a appelée un soir, je sais plus ce qu'il lui avait raconté mais ça m'avait plu, j'ai passé un coup de fil à la radio pour avoir ses coordonnées, on s'est donné rendez-vous pour dîner, j'espérais qu'il ressemblerait à ce qu'il avait dit, j'en avais parlé à Vincent... je l'ai vu le garçon, il ressemblait pas du tout, on a parlé quand même, puis je suis rentré dans ma chambre, j'ai appelé Vincent, j'ai dit : de toute façon il était moche, je me suis dit cette fois il va comprendre, mais y avait rien à faire, il a seulement pensé que c'était normal de préférer quelqu'un de beau plutôt que moche, ça pouvait plus durer, je lui ai dit, alors t'as pas compris ? il a dit, quoi ? cette fois j'ai pas employé de circonlocutions, noir sur blanc je le lui ai dit, par la suite il m'a dit que si je lui avais annoncé que Mars était entré en collusion avec la terre, ça lui aurait pas fait plus d'effet, tout de suite il a répondu : "moi aussi", il devait être vingt-deux heures, on pouvait pas en rester là, on s'est donné rendez-vous au métro Duroc... je suis monté dans la rame qui le transportait, la première chose dont je lui ai parlé je me souviens c'est de droit administratif, fallait trouver une transition, on allait quand même pas faire comme si on venait de s'avouer un crime, et puis je l'ai emmené dans mes jardins, il les connaissait pas, maintenant on vit, avant on avait pas vécu, et on vivrait ensemble, le monde ce serait ensemble, on était nés à deux mois d'intervalle, on s'est tout raconté, lui sa "première fois" l'été d'avant, sur une plage, rien d'impérissable, depuis quelques semaines il connaissait un garçon de vingt-six ans qui travaillait chez Peugeot, rencontré dans un cinéma porno, rien à redire, tout compte fait Vincent aussi il avait une nouvelle vie, même si je le sentais bien, ce garçon c'était pas la passion, le lendemain quand on s'est retrouvés en cours, ça faisait drôle, Sciences Po je regretterai jamais… il est tombé amoureux, comme ça, d'une seconde sur l'autre, il me l'a dit le lendemain, dès qu'il m'avait vu sur le quai du métro la veille, plutôt il me l'a fait comprendre, quand on faisait la queue au resto U de Necker, on était dans de beaux draps, parce que de mon côté je m'attendais pas du tout à ça, ça venait trop tard son coup de foudre, c'était l'année d'avant qu'il aurait fallu, ma révélation de la veille c'était pour l'amitié, que dorénavant on chemine ensemble, on serait plus seuls dorénavant... ça l'a pas découragé Vincent, amoureux il restait, il acceptait juste que je le sois pas, il attendrait qu'il disait, c'était malin comme stratégie, me laisser faire mes tentatives avec d'autres et être toujours là pour me recueillir en cas de pépin, pour moi c'était pas si mal non plus, j'attendais quelqu'un mais j'étais pas seul pour autant, j'avais Vincent, on parlait de plus en plus, on parlait sans arrêt, ce serait mentir de dire que la vie commençait pas à nous paraître merveilleuse, et Paris pour accompagner tout ça, Paris aussi on le découvrait, en long en large et en travers, ce qu'on a pu marcher, on travaillait dans ma chambre et au bout d'un certain temps je lui disais, t'as envie de continuer ? il répondait à chaque fois quelque chose comme : pas vraiment, en fait il me laissait décider, je savais être convaincant si j'étais convaincu, il a toujours dit que j'aurais pu le convaincre de n'importe quoi quand je m'y mettais, convaincu je l'étais, qu'y avait plus de temps à perdre, qu'on avait assez donné, qu'y avait Paris derrière la porte et autant de merveilles, on laissait tout en plan, notre mauvaise conscience aussi, moi surtout, Vincent il se laissait vivre, on sortait de la chambre, on allait n'importe où, quand même encore beaucoup du côté des Champs-Élysées, et puis la Seine, on allait chez les marchands de disques, Vincent c'était pas vraiment son truc mais il se laissait faire, puis on retournait dans la chambre, on retravaillait, un minimum il fallait bien, les quelques heures qu'on extorquait ça nous paraissait l'éternité, déjà... © » Amazon |
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L'insecte Yaguine Undead Wild Samuel Géant Âmes dehors (trilogie) Matteo le magnifique |
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"Wild Samuel" 2013 | ||
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résumé : "Mathieu lui avait passé un papier : on a réussi, non ? C'est fou, avait murmuré, Wild. Non, c'est pas fou, c'est possible, je te l'avais dit, mais je me souviens pas bien, juste qu'on l'a fait" Paris, Berlin. Wild et Mathieu se connaissent à l'âge de onze ans au lycée Henri IV de Paris. Wild aime les filles et Mathieu les garçons mais leur lien est si fort qu'ils peuvent même se retrouver dans leurs rêves. Mathieu meurt à vingt ans. Wild se mariera à Berlin avec Elsa, il aura un fils, puis se séparera, il voyagera, sera comédien puis aujourd'hui une voix dans la radio, mais il ne pourra pas se résigner à être séparé de Mathieu et le recherchera même malgré lui. Il essaiera de retrouver "L'Endroit", accompagné par Ankhchen, la femme mystérieuse et si proche à la fois qu'il retrouve à Berlin. Mais dans ses rêves d'aujourd'hui : est-ce que Mathieu est vraiment Mathieu ? (extrait) « Il pousse la porte du peep-show. Il n'y va pas souvent, il ne sait même plus quand c'était la dernière fois, mais il va toujours au même. Il échange quelques mots avec l'homme qui tient le peep-show, Conrad. Il lui demande des nouvelles de ses enfants. Puis il s'enfonce dans les couloirs. Jusqu'à la porte en question, celle où la fille fera son numéro rien que pour lui, une belle fille noire comme il aime, c'est Conrad qui a dit ça. Il pousse la porte. Il n'y pense jamais quand il pousse une porte, que ça peut arriver. Comme là. Ça arrive. Maintenant il ne pense même plus à repousser la porte dans l'autre sens. Il ne comprend pas mais il sait que ça fait partie de l'histoire maintenant. Ankhchen le lui a dit, elle a dit aussi qu'elle ne peut pas aller avec lui, qu'il doit y aller seul. Tu en as parlé avec lui ? Pas encore, ça ne s'est pas trouvé. Il est dans un ascenseur. La porte de l'ascenseur est fermée. Il regarde le numéro : 143. 143ème étage. L'ascenseur est en verre, à part sa porte. Il voit la ville en bas. Une ville qu'il ne connaît pas. Des gens minuscules marchent en bas, peu nombreux. Le ciel est bleu. Aucune voiture. Il regarde encore. Quelqu'un s'est arrêté, quelqu'un de minuscule mais qu'il voit pourtant s'il cache son œil droit. Un homme. Un homme le regarde, lui. Il lui parle mais Wild ne l'entend pas. Il appuie sur le numéro huit. L'ascenseur se met à descendre, très lentement. L'homme ne le regarde plus, il s'éloigne au bras d'une femme, c'est bien une femme, ils parlent entre eux. Huitième étage, la porte s'ouvre. Un couloir vide. Il sort de l'ascenseur. Il regarde sa montre, la montre de Mathieu : 15h18. Il marche. Derrière un bureau vitré, il aperçoit un homme, en tenue militaire il lui semble. Il essaie de se cacher mais à ce moment l'homme se retourne. Ils se font face. Wild ne dit rien. Alors l'homme sort, passe devant lui, sans le voir. Wild pense, et si Mathieu était dans la tour ? Il reste au huitième étage, marche dans les couloirs, plus personne. Il s'approche de la vitre, regarde en bas. Un autre homme lève la tête, un autre homme que celui de tout à l'heure. L'homme le regarde. Il lui parle. Wild ne comprend pas, même s'il voit l'homme parfaitement en cachant son œil droit. L'homme lui fait signe de venir, avec la main. Wild allume une cigarette. Alors l'homme a le visage qui se décompose, horrifié, et il s'enfuit. Wild écrase la cigarette. Le militaire repasse devant lui. Wild le suit. L'homme entre dans une pièce fermée, Wild entre aussi. Une femme attend l'homme dans la pièce. Ils se déshabillent. La femme se baisse entre les jambes de l'homme. Wild sent l'excitation disparue revenir. Ils sont nus maintenant. Ils font du bruit, du bruit qui accompagne leurs gestes, ils ont l'air d'être emportés ailleurs. Wild se branle. La pièce est sombre mais il voit parfaitement. Il jouit en criant mais eux, ils continuent, sans l'entendre. Il referme son jean. Il sort une cigarette. À ce moment-là, l'homme et la femme le regardent en même temps, des yeux de fous. L'homme se précipite sur ses vêtements et sort un révolver. Wild s'enfuit. Il court dans les couloirs. L'homme nu le suit et tire des coups. C'est là que Wild a l'idée. Il se retourne soudain dans le couloir et fait face à l'homme. L'homme s'arrête aussi. Il ne tire plus. L'homme laisse tomber le révolver. Qui êtes-vous ? demande Wild. L'homme pleure. Doucement. Wild lui prend la main, venez. La femme les a rejoints. Elle s'est rhabillée. Elle regarde Wild, partez, dit-elle, laissez-le moi et fichez-nous la paix. Je peux vous aider ? dit Wild. Oui, dit la femme, en partant. Wild leur tourne le dos et se met en quête de l'ascenseur. Il entre. La porte se referme. Il appuie sur le bouton du rez-de-chaussée. Arrivé en bas, la porte s'ouvre. Il voit la mer, loin. Des gens sur le sable. La mer est tranquille. Il pense, je n'ai pas de maillot de bain. Il sourit. Il dit, je n'aime pas cette mer-là, trop tranquille, pas la nôtre. Il referme la porte de l'ascenseur. Quinze heures dix-huit à la montre de Mathieu. Il appuie à nouveau sur le numéro huit. Il sort au huitième étage. Il se met à la recherche de l'homme et de la femme. Il les retrouve dans la même pièce sombre. Ils ne le voient pas. Ils poussent des cris de plaisir, ou de douleur, Wild ne sait pas. Ils sont nus à nouveau. Wild sort son sexe à nouveau. Jusqu'à jouir une autre fois en les regardant. Il referme son jean. Il se dit, tant pis, je le fais. Il allume une cigarette. Alors l'homme prend son révolver qu'il avait gardé à côté. L'homme dit, trop tard cette fois, et il tire. Wild tombe. Quand il rouvre les yeux, il est toujours dans la même pièce. Il essaie de se relever. S'accroche aux murs. Puis aux murs des couloirs. Les couloirs sont toujours déserts. C'est la nuit dehors. Il voit des formes minuscules illuminées qui bougent. Il se traîne et s'écroule dans l'ascenseur. Il voudrait appuyer sur le numéro 143. Il ne peut pas. Il perd connaissance. Dans le rêve, Mathieu lui caresse le front. Il dit, je te l'avais pourtant dit, rien, ni personne. Wild rouvre les yeux. Cette fois il se relève pour appuyer sur le numéro 143. L'ascenseur monte aussi vite qu'il était descendu lentement. La porte s'ouvre. Alors, c'était bien ? Elle sait y faire, Ruby, hein ? Wild lui sourit, oui c'était chaud, dit-il un peu hébété. Puis il demande, tu as quelle heure, Conrad ? Quatre heures dans une minute. Quatre heures ? Oui, enfin, seize heures, dit Conrad, il te restait du temps, tu aurais dû en profiter ! La prochaine fois, dit Wild en sortant. Dehors il pleut toujours. Il marche vers les Batignolles. Puis il ira à la Maison de la radio. Un vieux journaliste illustre lance son livre de mémoires là-bas, Wild est invité. Il ne comptait pas y aller mais puisqu'il a du temps à tuer avant son émission. © » Amazon |
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L'insecte Yaguine Undead Wild Samuel Géant Âmes dehors (trilogie) Matteo le magnifique |
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"Géant" 2016 | ||
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résumé : "Ils sont beaux les futurs papes, un homosexuel noir trop beau pour eux et un vieil Italien terrifié à l'idée de devenir pape" Une heure dans la vie de trois personnages, la même heure : Vincent, Léa, Ben. Vincent, l'écrivain, dans sa chambre à Paris près du Canal Saint-Martin ; il écrit un roman dont le personnage principal serait Dieu, qu'il appelle Jim Mortail. Vincent vit avec Sarah et leur fils adoptif, Mamoudou, qui veut être comédien. Vincent revient de l'hôpital où sa mère vit ses derniers moments : "Elle était le paradis. Elle pouvait être l'enfer". Léa, la mère de Vincent, dans sa chambre de l'hôpital Pasteur où elle va mourir, et qui commence son dernier voyage dans un train sans heures, des visages, la mer, une fête aussi, même le Prince Mychkine est là. Et Benjamin Sané, le jeune cardinal noir, "Le guerrier" comme on l'appelle, originaire du Mali (sa mère y recueillait des orphelins du sida, parmi lesquels Mamoudou), ami de Vincent et de Léa. Ben à la dernière heure du conclave au Vatican qui l'élira, ou pas, comme le prochain pape ; assis à côté du mystérieux cardinal Visconti, Ben qui échange des regards avec le beau garde suisse, Danilo, et qui en attendant la fumée blanche, poursuit son dialogue méfiant avec Dieu, que parfois il appelle Géant. (extrait) « (Léa) tu crois qu'on peut fumer ? je sens une odeur de cigarette, le vent, par les fenêtres du train, je sais que je vais mourir tu sais, une cigarette ne va pas changer rien... mais ce n'est pas comme j'imaginais... je croyais, tu meurs et puis c'est tout, je ne voyais pas le train, la mer, je n'avais pas peur comme maintenant... trouve-moi une cigarette mon ange... bien sûr que je me rappelle, tu m'écrivais tous les jours, tu étais petit mais tu m'écrivais tous les jours, je me reposais à la neige, après ma maladie, les... tu sais, pour respirer, c'est là que j'ai arrêté de fumer... c'était les mêmes neiges que dans le train, et pas les mêmes, parce que là, dans le train, je suis vraiment au bord, je pourrais tomber tu sais mon chéri... mais je préfère mourir, ce n'était plus très drôle, c'était... tu es là ? Vincent ! ... je crois que Samia est revenue, douce Samia... tellement de douceur, je ne sais plus... ou c'est peut-être le chanoine... je vous salue Marie pleine de grâce... je n'ai jamais oublié les mots... le Seigneur est avec vous... bon, on va y aller maintenant, prépare mes affaires, le pantalon noir, ma petite veste, oui celle que tu aimes, la noire, un peu dorée, tu sais bien, allez dépêche-toi, il faut que je prépare le dîner, papa va bientôt rentrer... mon Thomas... je suis entrée dans la librairie et ça y est, toute une vie d'amour... bien sûr des disputes ! qu'est-ce que tu crois, il n'était pas facile mon Allemand, ce n'était pas une gourde, je l'admirais, beaucoup de disputes, c'est la vie mon chéri, ça va beaucoup me manquer, alors tu es prêt ? ce que tu es lent aujourd'hui ... oh lazuli, violet, du doré aussi... ils devraient savoir qu'il ne faut pas parler devant un malade... 'elle a l'air agitée'... je voudrais les y voir ! il faut me laisser maintenant, me laisser un peu seule, tu comprends, j'ai besoin de me reposer, oui même toi, va fumer dans le jardin, je sais que tu n'es pas loin, parle un peu avec ta sœur, vous ne vous voyez pas si souvent, quand je ne serai plus là... ... là... j'étais une femme indépendante... rue Notre-Dame-des-Champs, c'est bien ça... c'était un peu une autre maison... Pierre... je crois que c'était Pierre... il aimait ma murmureuse, quand je lui ai dit que j'étais amie avec elle, oh il ne tenait plus en place... et toi aussi mon chéri, quand tu m'as dit que tu voulais écrire, ça restait dans la famille, une librairie, une mère professeur de... français... il n'y a qu'Elsa... la danse, ça nous non, mais c'était toujours les artistes... Elsa c'était la plus indépendante... oh toi aussi Dieu sait... tu m'en as fait voir avec tes idées, tes façons de t'habiller... je l'avais dit à ton Julien, mais d'où ça lui vient tout ça, cette révolte !... et tu sais ce qu'il m'avait répondu ton Julien ? 'de vous', il avait dit, 'ça lui vient de vous'... moi je crois que ça venait de ton père... il n'y en a pas beaucoup comme votre père, qui aurait fait ce qu'il a fait, quitter son pays... j'aimerais aussi relire ton livre tu sais, celui que tu avais écrit sur moi, je ne me rappelle plus le titre... une histoire de mer je crois... il m'en reste tellement de choses à faire... ni triste ni joyeux, non, c'était le grand jardin des morts, c'est ça… tu vois mon chéri, tout est là... je n'ai pas besoin de Vous parler, mais Vous pouvez répondre si Vous voulez... Benjamin... beaucoup parlé de Vous avec Benjamin... oui mais pas assez... je vais refaire mes valises, il faut que j'y retourne... à Rome, c'est ça ? oui, chez Benjamin... là-bas... oh une odeur de cigarette, dans le vent... oh j'adore !... toutes ces couleurs tout à coup !... le train va tellement vite que je ne vois plus dehors... Jacqueline tu sais, c'était juste... un baiser... entre femmes... tu ne vas pas en faire une histoire hein mon chéri, il y a prescrition... oui, enfin tu sais comment on dit... c'était mon secret... les femmes... oh non, Thomas je ne l'aurais changé contre aucune femme, jamais de la vie, qu'est-ce que tu dis là... non, seulement un baiser, qu'est-ce que tu vas t'imaginer, je n'avais pas le temps, juste y penser, je pensais aux femmes parfois, on ne va pas en faire une montagne tout de même... oh toi encore moins... il était un peu jaloux mon Thomas, de nous, heureusement il y avait Elsa, mais il t'aimait tant aussi... tu sais quand tu étais petit, c'est lui qui se levait la nuit... bon, laisse-moi mon ange, va fumer dans le jardin... il est tard... je ne les entends plus... toutes ces lumières !... oh oui, je veux ! © » Amazon |
romans 1
romans 2 poésie entretiens l'envol |
L'insecte Yaguine Undead Wild Samuel Géant Âmes dehors (trilogie) Matteo le magnifique |
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trilogie « Âmes dehors » | ||
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premier roman : "Le pull gris fer" 2018 résumé : "Il a toujours été comme ça, même petit, il savait tout sans en donner l'impression, il me disait des choses auxquelles je n'avais jamais pensé, des choses de la vie, il était comme avec toi, des fois j'en pouvais plus qu'il soit lui" Velma, la soixantaine, est seule depuis un an. Alain, l'homme de sa vie, le self-made man, est mort. Velma est une journaliste française assez connue. Elle décide de s'en aller à la recherche de son fils, Frédéric, parti il y a dix ans aux Etats-Unis, il avait 22 ans, et dont elle n'a plus de nouvelles. Frédéric qui avait des rapports compliqués avec son père, et très (trop ?) proches avec sa mère. À Los Angeles elle descend dans l'hôtel où Janis Joplin est morte. Aidée par Asa, son ami de jeunesse américain, aujourd'hui scénariste à Hollywood, elle commence sa quête en Californie. Dans l'hôtel elle rencontre Matthew, le jeune poète, s'ensuit une sorte de romance inespérée. Allers et retours entre Los Angeles et San Francisco, Venice Beach, Santa Monica, la Paramount, à bord de la décapotable Camaro. Elle rencontre des amis de Frédéric, Tom, Dan, la fuyante Sandra, elle hante les lieux qu'il aurait fréquentés, des bars gays, une librairie à West Hollywood... Mais où s'en est allé Matthew ? Le hasard la fait tomber sur une certaine photo du Los Angeles Times qui la décide à partir à New York. Greenwich Village. Et puis Pierre, le petit ami de Frédéric au temps du lycée, l'appelle un jour de Paris : il veut lui parler d'un appel qu'il a reçu quelques semaines auparavant... À la radio, la voix de Jimmy Prince la nuit précipitera le dénouement. (extrait) « Elle se réveille. Elle vient de rêver encore à Frédéric. Elle cherche Alain. Bonjour mon amour. Quelle heure ? C'est le matin. Six heures. Mais Alain est mort. Los Angeles. Elle n'a plus sommeil. Le soleil. De l'eau sur le visage. Le matin elle est lente pour se préparer, plus lente qu'avant. Comme sa mère qui disait que le matin elle était de plus en plus lente le matin. Elle a faim. Elle a toujours eu faim, de la vie, des hommes, de lui surtout. Elle était pas du genre à déprimer. Sauf quand elle a vu venir la cinquantaine, elle voyait un psy, près du Luxembourg, une mauvaise passe. Le soleil, ça lui fait du bien quand elle ouvre les rideaux. Ça la réchauffe de la mort, des départs, des cheveux blancs. Elle garde les cheveux longs, teinture noire, des fois elle les ramène en chignon. Le petit-déjeuner au bord de la piscine, elle en profite. Elle voit la fresque sous-marine de la piscine, David Hockney. Elle peut pas se payer le Roosevelt trop longtemps, même si elle a tout hérité, ce qui veut dire beaucoup, mais quand même, Alain et elle ne jouaient pas les nouveaux riches, surtout pas lui, elle a pas envie de rester trop longtemps dans un hôtel comme ça même si elle aime ça là, pour quelques jours, le temps d'en trouver un autre, au bord de la piscine, le soleil, se dire qu'elle a quitté Paris, qu'elle l'a fait : partir, et loin. Elle est restée mince, même si elle aime manger, son jeans, ses cheveux en arrière, pas une seconde sans qu'elle y pense, où es-tu, la vie sans toi, et avec toi quand même, et puis mon enfant, où, le fils prodigue. Ah c'est vrai elle ne peut pas fumer là, c'est la Californie, elle avait oublié. La voilà sur Hollywood Boulevard, avec une cigarette. Elle imagine Frédéric déambulant là, entre les étoiles, dans ses rêves de jeune homme. L'étoile de Janis Joplin sur le trottoir, un peu plus loin que l'hôtel. Elle pense à sa mère, elle serait heureuse parmi toutes ces étoiles. Elle aussi est morte. Il y a quelques années, quelques années après son mari. Raymond et Raymonde Dupin. Velma Dupin, devenue Velma Leprince. Qu'est-ce que je fais ici. Elle sourit : Paris sans toi n'était plus Paris. Mais Velma sans Paris, ça lui fait drôle aussi. Elle n'est allée à Los Angeles qu'une fois, il y a longtemps, avec Alain. Mais plusieurs fois à New York pour son travail, pour l'élection de Clinton notamment. Elle aime New York bien sûr. Elle aurait pu aller là mais Asa dit que Frédéric n'y est plus, qu'il est là en Californie, en tout cas aux dernières nouvelles. Où est-il lui aussi, l'enfant parti loin de sa mère comme si c'était possible mais c'est impossible, ça, Frédéric sans Velma. Velma sans Alain. Mais il y a tant de choses impossibles qui deviennent possibles. La vie ne fait pas de quartiers. Elle non plus, Velma. C'est pour pas faire de quartiers à la vie qu'elle est venue. Pour que Frédéric sans elle, non, ce soit impossible. Elle traverse le boulevard. Il est encore tôt, pas trop de gens, pas trop de touristes. Toujours les étoiles. Elle tombe sur celle de Greta Garbo. Elle avait vu La Reine Christine quand elle était petite, sur le canapé de la maison à Biarritz, avec Raymonde à côté, Raymond préférait Ava Gardner, les hommes sont moins célestes, plus terre à terre, même si pas tous, Alain c'était son ciel à elle, Frédéric son rêveur difficile, Asa aussi avait ce côté féminin que même les hommes les plus virils ont parfois, surtout eux quelquefois, les hommes virils. Téléphoner à Asa. Ah, Asa. © » Amazon deuxième roman : "Rollercoaster" 2021 résumé : "je voulais partir, j'avais lu des livres, ceux qui font des choses, des grandes choses vous savez, ils partent toujours, tous. Même ceux qui restent, je me comprends" (Diego) New York 2019, Frédéric, Velma, Matthew. Matthew, né à New York, vit avec Frédéric le Parisien depuis douze ans, ils se marient. Matthew est aussi l'amoureux de la mère de Frédéric, Velma, qu'il a connue quand celle-ci recherchait son fils, dont elle était sans nouvelles, en Californie. Frédéric fait une émission de nuit dans une radio du Queens : Streetwalk, sous le nom de Jimmy Prince. Et il y a ceux qui l'écoutent la nuit dont les chemins de certains vont finir par se rencontrer, et parmi eux, Andrew et Pete à Columbia University ; et Diego, le jeune immigré mexicain qui rencontre madame Soledad (88 ans) et qui habitera chez elle à Manhattan Upper East Side, après avoir vécu des mois dans la rue et connu Lena, la fille des rues de la nuit. Et aussi celui qui a écrit à Jimmy une lettre étrange avec le mot 'rollercoaster'... jusqu'au virus qui désole la cité ; les amis s'organisent pendant le lockdown... mais, New York revit quand même, et nos personnages réunis aussi... (extrait) « Matthew, mon amour. Ainsi parle Frédéric. Quand Matthew est blotti contre lui, contre lui seul, pas les autres, et qu'il a le mal de vivre. Qu'est-ce qui se passe. Demande Frédéric, puis il dit, pleure, pleure, tu es vivant. Frédéric, le mal de vivre ne l'étonne pas, même quand on a l'amour, l'argent, ce que tu veux, le mal de vivre c'est vivre, pleure mon amour, et c'est la joie de vivre à la fin. Comme là, après l'émission, dans la rue froide de l'hiver qui revient, viens dans mes bras, sens mon énergie qui passe en toi, je te la donne, j'en ai tant que tu veux pour toi. C'est tout, dit Matthew, il veut dire, c'est à cause de tout, même de l'amour, tu m'aimes trop. Jamais trop. Il lui raconte son enfance, Bessie, Bob, les deux B, les parents, dans l'immeuble de Garbo, le Campanile. Elle était comment Garbo ? La plus belle femme au monde. Lui, il ne s'en souvient pas, trop petit. Le lycée français, les premières petites amies, et il y en avait des premières, à la pelle, les premiers poèmes, je t'attendais déjà. Le plus exigeant n'est pas celui qu'on croit, Matthew de lui veut tout, sans le dire, sans le montrer. Frédéric épuisé de son idée de l'amour, de son idée d'aimer, puisqu'il ne dit jamais le mot, amour, il dit, aimer. Les bêtises de la vie, les bêtises pour lesquelles on se heurte, ça leur arrive bien sûr, c'est le miracle, celui de revenir l'un à l'autre même dans les disputes, les drames, comme dans le poème de Matthew, Passe-pas. L'enfance, qu'en reste-t-il, si peu et tout, celle qui conduit à cette journée de juin de la rencontre, il y a douze ans. Les illusions. Je rêvais. De quoi ? De demain, de voyages, de livres, de mes parents, mais au bout du compte ce devait être toi. Pas elle ? demande Frédéric. Ta mère ? Oui, dit Frédéric en souriant. Non, toi, pas elle, elle c'est toi et tu le sais aussi bien que moi. Et la mort si tôt. La mort change tout. Tu la portes autant que ton enfance, davantage, elle tue l'enfance, ou elle te la redonne va savoir, la mort d'elle, sa mère, si tu n'étais pas venu, je ne sais pas ce qu… Il était beau Matthew mais Frédéric l'a rendu plus beau encore. Cette beauté d'aimer quand l'intérieur remonte au-dehors, et tu vois tout au-dehors, déjà à trente-quatre ans. Le même âge. Et si on s'était connus avant, dans l'enfance ? On se connaissait sûrement mais c'était trop tôt, on se préparait, enfant tu n'es pas toi, si peu, c'est rien l'enfance, personne ne demande à venir au monde, surtout à celui-là. Mais c'est ton monde, ça change tout, le tien, Frédéric. Les larmes ont cessé. Les rires. Les bêtises qu'on se dit. Le New Yorker qui publie un poème, mais pas le poème inachevé, puisqu'il sera toujours inachevé. Et la vie, demain il va chez le dentiste. Chaque jour est bon à prendre. Frédéric est dans le lit. Matthew est resté dans le salon pour lire, ou pour écrire, j'ai besoin d'être seul aussi. Je sais. Et lui donc ! Leurs deux solitudes. Matthew s'endort sur le divan. Réveille-toi, c'est l'heure, tu as ton rendez-vous chez le dentiste. Il lui demande parfois si d'être avec lui, bon, s'il ne regrette pas, ne pas avoir d'enfants, une famille. Il lui demande ça mais il sait la réponse. Ils se ressemblent, au fond ils se ressemblent. Il sait la réponse : on ne peut pas tout avoir dans la vie. Jamais, nulle part, ça n'existe pas. Tout avoir c'est ne rien avoir. Ne pas tout avoir, quand on a choisi, quand on a ses raisons d'avoir choisi, ne pas tout avoir c'est tout avoir. Tu es ma famille. Et l'enfant qu'il pourrait faire avec une femme, même une femme pour laquelle il éprouve quelque chose (Susan ?) ? ce pourrait être le nôtre aussi. Ils en ont déjà parlé de ça. Matthew sait que Frédéric au fond n'en veut pas, c'est juste pour en avoir le cœur net qu'il en parle, ne pas priver Matthew de sa liberté, Frédéric est obsessionné avec ça, que l'amour soit la liberté, pas une prison. On en a déjà parlé, de toute façon tu ne veux pas d'enfant. J'en voudrais si tu en voulais. Ce n'est pas vrai. Et oui ce n'est pas vrai. Frédéric pense qu'un enfant changerait leur amour, cet amour total, brutal, l'amour que décrit Matthew dans Passe-pas, un enfant et ce serait autre chose. Moi non plus je ne veux pas d'enfant, je ne serais pas un bon père, je suis trop, tu sais, ailleurs, égoïste, je suis ton fils et ton amant, nous sommes tout ; mais toi oui, tu ferais un bon père. Sans doute, pense Frédéric. Sans doute, peut-être, il dit, mais je m'en fous, ce n'est pas mon but, être un bon père, mettre un enfant au monde, ce n'est pas mon but, ni mon œuvre, c'est pas ça, je ne vis pas pour ça, je vis avec toi pour savoir pourquoi je vis, c'est une souffrance aussi. Et ils en souffrent tous les deux. Ils ont choisi cet amour douloureux, joyeux, de chaque instant, sombre et lumière, toujours à recommencer, dans les conversations, les drames, les nuits, les mots, la tragédie de vivre et la folie de vivre, c'est aimer, rien d'autre, la folie de vivre c'est aimer. Ils entrent dans la librairie. Ils en ressortent. De toute façon tu relis toujours les mêmes livres, il y a trop de livres dans ces librairies, c'est un cauchemar, viens, on va prendre un gâteau. Ils mangent en se regardant, pourquoi ? c'est la question qui revient sans cesse, sans le dire, pourquoi, pourquoi eux, pourquoi déjà douze ans, pourquoi lui, pourquoi moi, et manger des gâteaux ensemble à New York. © » Amazon Amazon troisième roman : "Hotel Monroe" 2024 résumé : "Notre hôtel ça va être le nouvel hôtel Chelsea, c'est ce que dit Jimmy. Et James explique aux autres que l'Hotel Chelsea à New York dans les années soixante-dix, et après, était l'hôtel des artistes, des poètes, des gens comme Mapplethorpe. Mapple quoi ? dit Andrew. Oh vous êtes tous des ignares, rétorque James." Suite de "Rollercoaster", New York (quand on espérait encore que T. ne soit pas réélu) : Frédéric (alias Jimmy), Matthew, Velma, Soledad, Diego, Pete et les autres quittent leurs appartements respectifs pour emménager tous dans l'Hotel Monroe près de l'Hudson, que Soledad et Velma ont racheté. Un hôtel librairie des années 30, genre art déco, un hôtel de trois étages pour eux seuls et qui n'aura qu'une seule chambre réservée pour des clients, dans laquelle vont défiler des personnages parfois célèbres, parfois étranges. Commence une nouvelle vie dans ce qui serait comme l'Hotel Chelsea des années 2020 où tous les âges sont représentés de 22 ans à 90 ans (Soledad) ; James tourne avec Scorsese, puis joue dans une pièce à Brooklyn au théâtre Nouvelle Vague avec une actrice qui fait son grand retour, Jimmy continue la nuit son émission de radio Streetwalk, Diego tourne dans une pub Levis, et on découvre de nouveaux venus comme le jeune inspecteur Frown qui demande des conseils à Soledad pour ses enquêtes policières, Celine qui rencontre Pete, devenu assistant parlementaire au Capitole, et même une comédienne très connue, et qui elle aussi écoute Jimmy à la radio... (extrait) « Il y a huit mois, Velma et Soledad ne se connaissaient pas. Velma était la seule de la Jimmy Fraternity à ne pas la connaître, elle n'avait pas pu assister au fameux dîner pour fêter la fin de la pandémie, elle avait dû rester auprès de Ronald (finalement lui non plus ne connaissait pas Soledad) qui venait d'être opéré pour son pace-maker au cœur. Depuis Ronald se porte comme un charme et continue à voir souvent Velma. La rencontre fut arrangée par Frédéric, son fils, et Diego, l'ange gardien de Soledad. Mais vous les garçons ne serez pas là, c'est une rencontre de femmes, de mères, avait ordonné Soledad, ils avaient évidemment obtempéré. Dire que la rencontre s'était bien passée est au-dessous de la vérité. Elle eut lieu dans l'appartement de Soledad, pas au Plaza même s'il avait fini par rouvrir. J'adore les hôtels, avait dit Soledad, je sais que votre mari en possédait beaucoup, n'est-ce pas ? une chaîne d'hôtels qui portaient votre nom (Hotel-V), n'est-ce pas ? Mais vous savez tout ! Oui, Frédéric et Matthew parlent beaucoup de vous, les hôtels sont des mondes, j'aurais pu y vivre, dans un hôtel. Est-ce que l'idée avait commencé à germer là ? qui sait. Mais à cette époque ils ignoraient que l'hôtel Monroe de Manhattan qu'ils ne connaissaient d'ailleurs pas, était fermé depuis la pandémie, que le mari de Mrs Monroe, comme celui de Velma, était mort, pas d'un cancer mais du covid, et qu'aujourd'hui il était en vente. Bref elles avaient trop en commun, tous ces garçons plus jeunes qui étaient leurs amis, ou leurs fils, ou comme leurs fils, pour ne pas s'entendre. Et Velma avait eu l'impression de retrouver la mère qu'elle n'avait plus depuis longtemps. Elles avaient parlé de tout, même du travail de Velma à la radio de Frédéric, où elle s'occupait de la France et plus précisément des élections présidentielles qui approchaient. Mais la politique en fait les intéressait assez peu toutes les deux, elles préféraient les choses de la vie, comme d'ailleurs tous ceux qui faisaient partie du groupe préféraient parler des choses de la vie. Elle parlèrent même de Vicente, le fils de Soledad mort du sida, la blessure. Je connais un écrivain français qui a écrit un livre sur ça, un livre de révolte. Et Soledad avait dit que la révolte ne l'avait jamais quittée. Sur ça ? Oui sur ça, et sur tout. Tout ? Oh oui tout, je ne suis pas née de la dernière pluie chère Velma, et c'est pour ça que Diego est devenu comme mon fils. Et ainsi de suite. Elles avaient ri. Elles s'étaient pris la main. Nous avons donc toutes les deux un fils homosexuel. C'est le moins qu'on puisse dire, avait répondu Soledad. Et leurs fils spirituels aussi, vous connaissez James bien sûr ? Bien sûr, comment faire. C'est une beauté, disait Soledad. Velma expliquait qu'au début les rapports avec James n'avaient pas été simples, et puis qu'avec la maladie de Ronald tout s'était arrangé (James vit chez Ronald). Mais elle n'avait pas parlé de la fameuse lettre avec le mot rollercoaster, la lettre de James à Jimmy (Frédéric) avant qu'ils ne se connaissent, Velma supposait à juste titre que Soledad ne la connaissait pas. Et puis, plus tard, elle lui avait parlé de la lettre, quelques mois plus tard. J'ai eu tort ? avait-elle demandé à Frédéric (Jimmy). Tu es libre ma chérie et puis c'est de l'histoire ancienne, mais il faut que tu le dises à James. Oh. Oui et vite, pas de mensonges entre nous. Et elle a dit quoi Soledad quand tu lui as raconté ? Elle a dit que c'était très romanesque et que James était un héros dostoïevskien. Tu m'étonnes, elle l'adore, pas comme elle aime Diego mais elle l'adore, quand on aime, on aime tout n'est-ce pas ? Moi je n'aime pas tout de toi, mais tu es mon fils. Mais si, tu aimes tout de moi, tu aimes même ce que tu n'aimes pas. Tu es très fort avec les mots, avait souri Velma. Tu crois ? c'est pas les mots ma belle, c'est la vie, c'est comme ça. Tu vois, tu continues. © » Amazon |
romans 1
romans 2 poésie entretiens l'envol |
L'insecte Yaguine Undead Wild Samuel Géant Âmes dehors (trilogie) Matteo le magnifique |
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"Matteo le magnifique" 2023 | ||
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résumé : deux longs voyages à 45 ans de distance, deux tournants qui se rejoignent (extrait) « Le petit papillon est mort. C'est ce que j'ai dit à Matteo le matin. Le petit papillon d'hier dans la chambre était mort au matin. Nous avons pris la voiture pour aller repérer notre Hilton du lendemain et ne pas avoir à le chercher le moment venu. Il se trouve près du fleuve qui va vers la mer. Après l'avoir repéré, de là à pied nous sommes allés au supermarché Woolworths, le supermarché australien immense et que l'on trouve partout. Nous avons acheté à manger pour le midi et pour le soir à l'hôtel. À un moment, dans le supermarché, une femme élégante est venue vers nous, elle a dit qu'elle nous avait vus avant, dans l'avion qui allait de Ayers Rock à Cairns, elle a dit quelque chose comme quoi elle nous avait remarqués ensemble, elle était avec son mari. Cela m'a plu que cette femme vienne à nous, qu'elle ait vu ce que nous étions tous les deux : parce que ça se voit, quand nous sommes ensemble, quand on se parle ou quand on rit, ça se voit. Mais qu'est-ce qui se voit ? Ce que nous sommes. Et ça me plaît plus que tout que ça se voie, que cette femme l'ait vu et nous l'ait dit. Retour à l'hôtel. Il pleuvait sans discontinuer. La mousson. Nous avons déjeuné devant la piscine, sous l'endroit abrité, qui est aussi comme une petite cuisine en plein air, assis sur un canapé, Matteo avait préparé des sandwichs, il est doué pour ça, aussi. Et puis la sieste dans la chambre. Ensuite sous le regard de Matteo et sous la pluie, je me suis baigné dans la piscine. On est resté là, sur le canapé, à regarder la pluie tomber dans l'eau de la piscine, à parler, de quoi ? je ne sais plus, des choses de notre vie, de quoi parler d'autre sinon ? Le soir on a dîné au même endroit, toujours devant la piscine. La nuit les oiseaux nous ont foutu la paix, ils devaient être épuisés du charivari d'hier. On repart le lendemain. Et le lendemain serait le jour du tournant. La maladie qui s'insinue à l'autre bout du monde. © » |
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L'insecte Yaguine Undead Wild Samuel Géant Âmes dehors (trilogie) Matteo le magnifique |
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"Parce qu'eux" 1989
"L'infini" 2026 | ||
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Sachez-le ! Rien n'est ici à sa place et tout y sonne juste. L'amour surgit de ces poèmes comme de rites impurs ("des anges y croisent des robes noires"), le désespoir affleure sans l'emporter jamais. Car..., là où le verbe nous entraîne, "l'écume au loin des vagues éclaire un peu ces lieux". Force et lucidité de la vie incarnées dans les mots. (Hervé Loyez) « (fin d'été) C'était curieux ces départs-là Au petit jour mal réveillés On n'avait pas très bien dormi On gardait les rites jusqu'au bout Petit-déjeuner sous l'auvent sans avoir faim On répétait que si on était triste C'est parce que tout s'était bien passé On avait envie de pleurer Se dire combien tous on s'aimait Encore la veille près de minuit Je m'étais mis dans mon fauteuil Tout au fond du jardin J'avais oublié d'le rentrer Ça devait être un signe Je me disais que décidément Tout prenait un autre prix lorsqu'il fallait partir Ne plus voir l'eau, les vagues Les garçons qu'on avait remarqués Sans jamais oser leur parler Et d'ailleurs c'était mieux comme ça Il était 8 heures du matin Catherine passait l'aspirateur Sûrement pour ne pas trop penser Elle l'aurait passé au jardin On avait tous les papillons Pourtant depuis trois jours déjà J'avais envie de Paris Ça n'empêchait pas d'être triste Même si je le savais bien L'année allait passer si vite Sans avoir le temps de penser Je retrouverais mon fauteuil Thierry aurait 21 ans Bref c'était tout le temps les larmes On passait sa vie à pleurer Et puis à oublier très vite Je ne serais pas plus resté Que j'étais triste de partir A Paris il fallait compter Réussir vite le temps passait C'était à portée de la main Et puis y avait pas que l'amour Il fallait pouvoir être monstre Tu t'attendris et t'es foutu On avait tellement été mal Qu'à l'arrivée devant la gare On n'avait plus envie de pleurer C'était avant ou bien jamais Papa serait à Hossegor à midi Histoire de pas laisser maman seule Pauvre maman qu'on n'aimait pas se séparer On part toujours de toute façon Même quand on aime Fallait s'y faire ! © » Amazon |
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France Culture : "Du jour au lendemain" par Alain Veinstein : "L'Insecte", de Jean-Michel Iribarren, éditions du Seuil, interview 2000
Alain Veinstein : Vous êtes né en 58 Jean-Michel Iribarren et votre éditeur nous informe que vous avez exercé divers métiers dans la politique et le cinéma, la politique et le cinéma c'est pas tout à fait la même chose... Jean-Michel Iribarren : II y a beaucoup de gens qui disent que c'est pareil, je ne sais pas... Vous voulez que je vous dise exactement ce que j'ai fait ?... Dites ce que vous voulez, vous êtes libre... C'est vrai que j'ai fait beaucoup de choses... le parcours qui m'a mené a l'écriture a été long... j'ai commencé à écrire tard, à l'âge de 30 ans à peu près et je crois que ce que j'ai fait avant n'a pas franchement d'intérêt... ce qui est intéressant, c'est que tout ça menait à l'écriture, que l'écriture était déjà là même quand je n'écrivais pas, que mon meilleur ami, dont je parle dans le livre, lui, voulait écrire depuis qu'il était petit, ça a été long... Et vous c'est une décision plus tardive ? Ce n'a pas été une décision, c'est toujours une chose qui m'a étonné... J'ai toujours voulu, ça paraît un peu bête à dire comme ça, je ne sais pas : trouver sa place, m'exprimer dans une chose artistique, et ça a pris des chemins contournés, j'ai fait de la radio, j'ai voulu être comédien, et cette place je ne la trouvais pas... j'ai même tourné un rôle dans un moyen métrage de Jean-Luc Godard, et je crois que ça date de là, je me suis dit : c'est vraiment lui qui crée quelque chose, moi rien... alors je me suis dit qu'est-ce qu'il me reste ? il me reste écrire, alors j'ai écrit... parce que ce livre, c'est quand même pas le premier que j'ai écrit, c'est le premier publié mais c'est pas le premier que j'ai écrit. J'allais vous poser la question J'en ai écrit beaucoup... Et pourquoi n'ont-ils pas été publiés... d'après vous ? C'est très difficile que l'auteur dise ça, parce que s'il dit : c'est la faute des autres, on va dire c'est facile... je crois que le chemin qui mène de toute façon à une certaine reconnaissance, il est long et j'ai toujours dit que tout le temps que j'ai écrit sans être publié, j'avais une extraordinaire liberté, je crois que peut-être je n'aurais pas écrit L'Insecte si je n'avais pas été autant refusé, parce que j'ai vraiment été extraordinairement refusé, partout... j'ai rencontré des gens qui me disaient en substance : c'est bien ce que vous faites mais on ne va pas l'éditer ou... enfin il y avait toujours des raisons, honnêtes ou moins honnêtes, je n'en sais rien... je n'en sais rien, c'est difficile parce que maintenant je suis publié, je suis dans une maison d'éditions, alors je ne peux pas non plus cracher dans ma propre soupe, mais en même temps pourquoi pas... Vous êtes publié mais en même temps, avec ce premier livre publié, vous faites une expérience dont vous m'avez parlé par écrit, puisque vous m'avez envoyé votre livre avec une lettre, une longue lettre, bien intéressante, vous faites l'expérience du silence, vous êtes heurté, c'est le mot que vous employez, au silence qui a accompagné la sortie de ce livre qui est sorti il y a 2-3 mois, et depuis 2-3 mois pas assez d'articles selon vous, pas assez de retentissement médiatique... Non, il n'y a pas que ça, parce que si ce n'était que ça... On m'a dit aussi que c'était le propre de tout auteur de se heurter, quand il a écrit, à un certain silence... vraisemblablement... Mais ce livre parle du silence, et en l'écrivant, et dans ce que j'ai écrit, j'ai dit qu'il se heurterait au silence... j'avais un peu anticipé le silence parce que je croyais qu'il ne serait pas publié, alors il l'a été, et même à bras ouverts, de manière presque un peu inquiétante, et le silence c'est plutôt après, ce n'est pas un silence total, c'est un silence sournois... Ce livre je m'attendais à ce qu'il soit - peut-être naïvement, alors que ce que j'ai écrit n'est, je crois, pas naïf, mais c'est peut -être ce qui prouve que je suis encore dans la vie dans ce qu'elle peut avoir de... je ne sais pas comment dire... - donc les gens qui auraient dû soutenir ce livre ne le soutiennent pas, on me dit qu'ils ne savent pas comment en parler... Et vous pensez qu'un livre ne peut pas se défendre tout seul... Oui... oui, à la limite c'est d'ailleurs ce qui pourrait lui arriver de mieux, sûrement même ce qui pourrait lui arriver de mieux, parce que je pense que quelquefois dans la manière dont on défend un livre il y a beaucoup de malentendus aussi... mais c'est difficile pour un livre de se défendre tout seul, je ne sais pas si c'est plus difficile aujourd'hui qu'avant... mais le problème d'écrire, c'est qu'on est très libre quand on écrit, presque trop, presque trop parce qu'on est quand même coupé d'une certaine réalité, même si c'est bien aussi de s'en couper de cette réalité, parce que peut-être si on n'en était pas coupé on n'écrirait pas, et peut-être qu'on est plus proche d'une réalité plus essentielle... mais en même temps quand ce livre est écrit, il a besoin des autres, il a besoin d'être défendu, moi depuis 2-3 mois je me pose la question : est-ce qu'un auteur doit vraiment défendre ce qu'il a écrit ? c'est une question... en fait je réponds toujours oui, il faut défendre ce qu'on a écrit... mais peut-être que l'on devrait laisser les mots... et puis tant pis s'il y a le silence, peut-être qu'on devrait se résoudre à ça... je crois qu'il y a un orgueil aussi de l'écrivain qui est mal placé, il y a une envie de reconnaissance, de gloire, de gloire oui, enfin de gloire c'est exagéré, qui est mal placée aussi, qui est mal placée mais en même temps si on a écrit c'est parce qu' on a envie que ses mots "passent", les mots qui ne "passent" pas ils meurent, et moi je parle du silence alors si ce livre reste dans le silence, c'est aussi un échec du livre. C'est un livre, c'est le moins qu'on puisse dire, qui crée un trouble... chez le lecteur... C'est-à-dire... L'Insecte, là, que vous publiez dans la collection de René de Ceccatty, Solo, parce que d'abord on ne sait pas si c'est un roman, ou si c'est un récit autobiographique... C'est déjà son problème, pour ceux qui seraient chargés de le défendre... c'est un livre qui ne rentre pas dans une catégorie, c'est pas un essai, ça pourrait l'être, c'est pas vraiment un témoignage mais ça l'est aussi, alors au bout du compte je dis que c'est un roman, je pense qu'à partir du moment où j'ai fait parler le virus du sida... Oui, parce que ça, c'est l'autre élément du trouble, c'est que dans ce livre-là, et à ma connaissance il n'y en a pas beaucoup qui en font autant, vous donnez la parole au mal, qui aujourd'hui en effet est le mal absolu, le mal qui à l'intérieur même du roman tue les personnages... Il les a tués déjà... oui... est-ce que c'est le mal absolu ?... Ce qui est écrit aussi dans le livre, c'est que le mal absolu, c'est peut -être de ne pas regarder le mal... L'indifférence... Oui, l'indifférence... mais l'indifférence quelquefois ça n'est pas voulu, alors qu'il y a aussi une volonté de ne pas regarder le mal, il y a une forme d'organisation qui est basée, bâtie sur : ne pas regarder le mal... Ce que j'ai essayé d'écrire, c'est que ce qui fonde la vie, c'est aussi de ne pas regarder le mal, que tout se ramène finalement à ça... Le virus du sida, le pauvre, il a fait son travail de virus du sida et si je lui ai donné la parole c'est parce que justement je me suis dit que personne ne pouvait raconter, que j'en étais là, que personne ne pouvait raconter ce qui s'était passé et que justement celui qui pourrait le mieux le dire, ce serait le virus du sida... mais à partir de là on est quand même dans un romanesque, c'est pour ça qu'on peut dire que c'est aussi un roman mais c'est vrai que je ne raconte pas vraiment une histoire... Non, c'est pas vraiment un roman à l'eau de rose... donc, il parle, il monologue, ce virus dans un livre écrit par un autre, un certain Sang Inquiet, qui est séronégatif, et qui vit avec Or Vif... Sang Inquiet, c'est celui qui écrit le livre... donc c'est moi... et Or Vif, c'est la personne avec laquelle je vis, oui... Sang Inquiet, c'est de l'encre noire... Qu'est-ce que vous voulez dire ? II est très noir... Je ne crois pas. ... par son inquiétude même... Non, ce qui est noir c'est justement de ne pas être inquiet, alors franchement je trouve que les gens qui vivent sans être inquiets sont... inquiétants... et qu'est-ce que ça veut dire être noir ?... Noir comme l'encre... Mais encore... l'encre de l'écriture de ce livre... parce que c'est tout de même un livre... ah oui, c'est un livre... un livre ça ne s'écrit pas avec rien, ça s'écrit avec son sang, c'est-à-dire avec de l'encre... Oui mais ça reste des mots... on ne sait pas en fait ce que c'est... et quand on a écrit un livre, on se dit que si ce n'est qu'un livre c'est pas la peine, si ce n'est qu'un livre... Et qu'est-ce que ça peut être d'autre... Peut-être qu' on écrit aussi pour le savoir... je crois qu' on se pose tout le temps la question... mais vous me disiez c'est noir, je sais que les gens qui ont aimé ce livre ne l'ont pas ressenti justement comme un livre "noir", ils l'ont ressenti comme un livre qui, je ne sais pas, qui leur donnait envie de lutter, qui n'était pas un livre désespéré, et que justement peut-être en disant le désespoir, en disant le mal, en approchant le mal, c'est là qu'on s'en sortait... C'est quand même ce que j'ai voulu raconter : que mes amis qui sont morts, ou ceux que je ne connaissais pas, j'ai eu l'impression que justement ils n'étaient pas morts pour rien, et que c'était le silence des autres qui voulait que cette mort soit vraiment une mort définitive... Dans la première page, je parle de colera alegria, j'ai voulu écrire une colère joyeuse, parce que ceux qui sont morts, dont on n'a pas parlé, n'ont pas cessé de rire, n'ont pas eu peur d'affronter leur mal... Mais la vraie question c'est quand même celle que vous m'avez posée, vous me dites c'est un livre, évidemment c'est un livre mais on se dit quand même, même si on a écrit ça, qu'un livre c'est pas grand-chose quelquefois, on ne peut pas se contenter de se dire qu'on a écrit, parce que quand on a écrit un livre on se sent un peu "quitte" aussi avec ce qu'on a écrit... je crois qu'on écrit pour savoir ce que c'est qu'un livre... Qu'est-ce qu'il vous a appris ce livre-là sur vous-même ? Il m'a appris que j'étais encore en vie... je ne sais pas s'il m'a vraiment appris quelque chose sur moi-même... et il continue de s'écrire ce livre, peut-être qu'il m'apprend presque plus de choses maintenant, peut-être qu'il me met aussi au pied du mur maintenant, puisqu'on parlait du silence qui peut aussi entourer ce livre, se dire : qu'est-ce que je fais maintenant, par rapport à ce livre ? est-ce que je me dis : je l'ai écrit voilà ou est-ce que je le défends ?... Et les autres continuent à écrire ce livre, je crois qu'on écrit avant, on écrit pendant et on écrit après, on écrit même quand on n'écrit pas. Est-ce qu'il m'a appris quelque chose sur moi ? je ne sais pas si on attend d'un livre... c'est pas une psychanalyse, un livre... on n'attend pas d'écrire un livre pour apprendre des choses sur soi, je crois que c'est plus d'aimer qui vous apprend quelque chose sur soi... c'est la confrontation au mal aussi qui vous apprend quelque chose sur soi, je n'essaie pas de me chercher dans mes livres... je pense que quand on écrit il ne faut pas non plus avoir une idolâtrie de la chose écrite, il faut être assez humble aussi, il faut aller vers les mots mais les mots... il y a quelque chose de très impuissant dans les mots, j'ai toujours dit qu'on écrivait plutôt entre les mots que les mots eux-mêmes... en même temps il y a cette chose quand on a écrit de dire : c'est écrit, alors c'est écrit c'est fini, et moi je déteste ce qui est fini, je ne crois pas a la fin, je ne crois pas à la fin d'aimer quand on aime, et je ne crois pas à la fin d'un livre, je pense que ce livre je l'avais commencé avant, que je le continuerai après... II n'y a pas de dernier mot... Non... on aimerait... Même pour le virus... Vous savez le virus, je l'ai fait parler mais je ne le connais pas si bien que ça, je crois que celui qui a écrit le livre... qui n'est pas totalement là, parce que c'est quand même un grand problème de venir parler de son livre, d'un livre, peut-être d'un livre comme celui-là... C'est pas vous Jean-Michel Iribarren... ? Oui, mais... vous savez j'aime beaucoup Barbara et elle disait : quand je chante c'est moi et ce n'est pas moi alors c'est moi et ce n'est pas moi... C'est peut-être ça, la recherche de soi-même... Et là c'est qui aujourd'hui qui est en face de moi... ? Ecoutez, c'est celui qui a écrit le livre qui est dans un studio de radio et qui... qui écrit mieux vraisemblablement qu'il ne parle... Ou l'inverse... Qui parle mieux qu'il n'écrit ?... C'est possible, non? ... oui, j'aime bien parler... j'aime bien parler de ce que j'écris... il faut trouver le mot, la chose qui va vous faire dévider la pelote, quand on parle... Vous savez, j'ai écrit un livre à propos des homosexuels qui sont morts et je sais qu'il y en a qui se sont dit : bon c'est très bien ce qu'il écrit mais ce n'est qu'un livre, lui il n'a pas milité, il n'a pas combattu, il est séronégatif en plus, ce n'est qu'un livre... ils n'ont pas tout à fait tort non plus mais ils ont tort aussi quand même, parce qu'un livre c'est quand même beaucoup, on ne peut pas dire que c'est tout mais c'est quand même beaucoup... peut-être que c'est ça aussi le silence sur ce livre, c'est de mésestimer la force d'un livre... parce qu'il y a une force des mots... et que les mots peuvent aller contre la mort, contre le mal... Ça, vous le pensez ?... ah oui si je le dis, quand même... C'est une drôle de confiance que vous leur faites aux mots... Oui mais regardez... Je sais que le personnage que j'appelle Tête Perdue dans le livre, mon meilleur ami, qui est mort en 1993, qui était écrivain, Hervé Loyez, je sais que cette histoire avec lui continue et je sais qu'elle a beaucoup continué par les mots, ce qui prouve bien que les mots ne sont pas que les mots... Si je devais un peu mieux expliquer : il y a eu dans beaucoup de choses qu'il a écrites et que j'ai écrites avant sa mort, des choses qui anticipaient sur notre histoire "après" la mort... vous savez quand on pense que quelqu'un est mort mais qu'il est quand même encore avec vous, on est bien désemparé devant cette présence qu'on sent et qui est quand même absente, elle est quelque part, si on en est persuadé elle est quelque part, elle peut être dans les mots... c'est peut-être un peu bizarre pour celui qui entendra ça... mais oui je leur fais confiance aux mots, c'est un fait, mais je ne les crois pas tout-puissants, et puis je pense qu'il y a les mots et puis il y a les mots, et puis il y a ce qu'il y a entre les mots, et puis il y a sa propre vie quand même, je pense qu'on ne peut pas dissocier les mots de sa propre vie, et que beaucoup d'auteurs écrivent, et sûrement moi aussi, sans se dire : où est ma propre vie dans tout ça ?... vous comprenez, si l'on est qu'une institution, ou quelqu'un qui vient faire son livre comme ça... les mots se vengent de ça, les mots attendent quelque chose dans votre propre vie... les mots exigent de vous, ou alors ils vous rattrapent... Vous n'êtes pas le maitre du jeu (je)... On l'est trop et pas assez, on l'est trop parce que rien ne vous empêche quand on écrit, on se sent un peu tout-puissant... on ne l'est pas assez parce que tout ce qu'on cherche à dire on ne l'atteint jamais, qu'on a vraisemblablement trop parlé de soi aussi, qu'on veut écrire pour se déporter de soi mais que les mots vous ramènent toujours à vous-même quand même... je ne sais pas si cela a un rapport quand vous me demandiez : se connaître soi-même... Je vous ai demandé ça, moi ? Oui... vous m'avez demandé si en écrivant je me connaissais mieux... Je vous ai demande ce que le livre vous avait appris sur vous-même... Ce n'est pas la même chose... ? Pas tout à fait mais enfin ne chicanons pas... II y a les mots et il y a les noms, il ya les noms que vous avez donnés aux personnages: Tête Perdue, Sang Inquiet, Or Vif... comme des noms d'indiens... C'est un peu ça oui... c'est parce que je ne voulais pas que ces noms soient... je voulais un peu qu'ils soient symboliques, emblématiques, que ce ne soit pas totalement la réalité, mais j'ai donné aussi d'autres noms... voilà, ça c'est fait comme ça, je n'étais pas à Paris d'ailleurs, je réfléchissais à ça et j'ai trouvé ces noms-là, Sang Inquiet, Tête Perdue, Petit Balafré... mais bon, il ne faut pas y voir plus qu'il n'y a... Et les indiens ont subi toujours de terribles hécatombes... Peut-être, c'est vrai que quand on écrit il y a beaucoup de choses qui... on se dit après : tiens j'ai écrit ça... effectivement, peut-être... peut-être c'est en ça qu'un livre n'est jamais fini parce qu'il s'inscrit dans un lien, alors pourquoi pas, oui, avec les indiens... c'est drôle ce que vous me dites parce que j'en parle presque plus dans le livre que je viens d'écrire, de l'histoire des indiens... Vous écrivez sur les indiens... Non. Mais j'ai écrit un livre là, mais je ne sais pas si c'est très intéressant qu'on en parle maintenant, à propos des deux petits Guinéens qui avaient été trouvés morts dans la soute de l'avion il y a un an... j'ai imaginé un dialogue entre moi et un des garçons de cet avion... et c'est vrai que là, il y a des histoires d'indiens oui... Et là dans L'Insecte, il y a une ligne, le livre suit une ligne qui est une ligne de partage entre "eux" et "les autres"... Alors il faut que je vous dise qui sont "eux" et qui sont "les autres"... ? C'est ça ? Bien, oui... mais vous pouvez y renoncer aussi mais ça serait dommage parce que c'est quand même au centre du livre... "Eux", ce sont les homosexuels qui sont morts du sida et ceux qui étaient à leur côté, les homosexuels qui étaient a leur côté; alors "les autres", c'est... comment dire ? C'est le grand problème des autres, les autres ! Beaucoup me disent : "les autres", c'est les hétérosexuels, je sais qu'on a envie que ce soient les hétérosexuels, c'est vrai que ponctuellement dans cette histoire du sida c'est les hétérosexuels mais pour moi ce livre ne tient pas si on dit que "les autres" ce sont les hétérosexuels, "les autres" c'est : tout le monde, et "eux" se sont détachés des autres dans cette histoire du sida, ils sont devenus : eux. Tout le monde, c'est-à-dire... Tout vivant. Tout vivant qui participe a cette perpétuation de la vie, à ce système qui ne veut pas regarder le mal... tout ce qui est complice de ce qui fait la vie... Vous laissez entendre que "les autres", ce sont les vrais malades... ceux qui disent n'importe quoi, qui disent par exemple que le sida a tué l'amour... Oui, cette chose du sida qui a tué l'amour, alors ça je... le problème, c'est qu'il faudrait que je raconte tout le livre si je me mets à parler de ça, parce que le sida n'a pas tué l'amour non, ça arrangeait de dire que le sida tuait l'amour mais le sida n'a jamais empêché personne d'aimer... je pense que ce qu'on appelle l'amour est quelque chose qui soutient aussi ce que j'appelle le système de la vie... aimer vraiment c'est aller contre la vie, vous savez cette histoire de dire que l'amour est plus fort que la mort... on nous fait croire que l'amour est partout alors que c'est faux, parce que s'il était vraiment partout la vie ne serait plus ce qu'elle est... aimer va contre la vie... et le sida n'a pas tué l'amour mais le dire c'était un moyen de laisser dans le silence la mort des homosexuels... Le sida n'a pas tué le rire non plus... Non, parce que tous ceux qui sont morts ont beaucoup ri, beaucoup vécu, sûrement bien plus que ceux qui sont vivants, et qu'on plaisantait de la mort... Un jour je me suis levé, à un de mes meilleurs amis je lui ai dit : "alors pas encore mort !"... il y a eu une extraordinaire dignité là-dedans... et beaucoup de vie... Moi, ce qui m'embête aujourd'hui, c'est que j'ai l'impression que, même chez les homosexuels, on ne veut pas parler de cette histoire du sida, parce que la vie aussi fonctionne comme ça, sur l'oubli... alors que je pense que, si on n'oublie pas, si on regarde le mal, si on regarde la mort, c'est là qu'on est vraiment vivant, je pense que c'est ceux qui oublient, ceux qui n'ont plus la mémoire, ceux-là sont morts... et ça se retrouvera... |
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"L'envol" | ||
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lettres à ma mère - lettres de ma mère (lettre à ma mère) août 1971 Ma petite maman cherie J'espère que votre soirée s'est passée au mieux. Ce soir j'ai rangé et essyé tous mes disques. J'ai mis mes lunettes. Je vais te dire pourquoi j'aimerais rentrer plus tôt à Dax (et lis !) = parce que quand je reviens j'ai comme un pincement au cœur, une sorte de cafard en pensant que dans 1 ou 2 jours c'est l'école tandis que si on à 3 bons jours avant la rentrée ça va et puis on peut bien ranger sa chambre - Le pincement au cœur m'arrivait quand on revenait de Gourette et que le lendemain c'était l'école - C'est pour quoi il faudrait rentrer dimanche - (avec Mimi) Triards de baisers à toi et Papa JMichel ![]() |
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