Jean-Michel Iribarren
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l'envol
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Vie d'Ange
L'œil gauche de Vladimir
Barbe Bleue
H
L'acharnement de soi-même
J'ai écrasé le mégot
La photographe
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"Vie d'Ange" 1990 | ||
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résumé : Il était le désordre à lui tout seul Les années 70/80 à Paris. Ange Tournoyeur est le fils d’Odile, une comédienne ratée, et de Maurice, un cheminot qu’il méprise. Agrégée autour de Ange, sa bande d’adolescents, "Les Incorruptibles", qui se retrouve au café de Claire, la brune. Ange aime les garçons. Les garçons, pas les hommes. Un jour, après avoir observé le spectacle écœurant d’un pauvre enfant qui lave les vitres des voitures à un carrefour de la rue du Pont-Neuf, Ange décide de détourner le destin. Alors que rien ne l’y prédestinait, lui qui a toujours considéré le lycée comme un "lieu d’entraînement à se foutre du monde", il prend sa décision. Peu de temps après, le jour de ses 18 ans, sa rencontre sur les quais une nuit, avec un rescapé des camps qui l’avait dragué, fait basculer sa vie. Suit l’autre décision, définitive. Mais en attendant, il continuera son combat avec la vie, sera tenté par elle, rencontrera Vincent. Son œuvre sera sa vie : Retourner le couteau et mettre des années avant de l’enfoncer. (extrait) « C'est là qu'il aperçut l'enfant. Il était blond et frêle. Peut-être avait-il treize ou quatorze ans. Ses cheveux courts ondulaient légèrement. L'enfant était au milieu des voitures arrêtées, prêtes à foncer lorsque le feu passerait au vert. Alors il choisissait l'une d'elles et se mettait à laver la vitre avant. Il avait un seau et une éponge. L'enfant mal habillé commençait sans demander au conducteur. Il s'y prenait comme s'il n'avait jamais fait que ça. Il avait l'énergie et l'air appliqué. Il ne souriait pas beaucoup, seulement de temps en temps, d'un sourire un peu forcé. Il n'était pas encore très grand. Il semblait ne pas se poser de questions. Et Ange ne quittait pas l'enfant des yeux. Il s'était arrêté, ne pensait plus à rien. Seulement regarder cet enfant. Quand il avait fini, il se dirigeait vers le conducteur, doucement et il tendait la main. Ange voyait cet enfant frêle qui leur tendait la main. Certains donnaient un peu d'argent, on devinait au regard du gamin que ce n'était jamais beaucoup. Ange sut que les femmes donnaient plus que les hommes. Il y en avait, alors qu'il nettoyait la vitre, qui gueulaient dans leurs bagnoles pour l'empêcher de faire. Et l'enfant s'arrêtait, ils auraient pu devenir fous. Et puis il continuait avec un autre, inlassablement. Il ne répondait rien, il aurait sans doute supporté pire que leur haine parfois. Ange crut voir dans sa main un peu abîmée que quelqu'un glissait une pièce dérisoire que l'enfant ajoutait à celles déjà reçues. Quelquefois il riait avec un automobiliste et avait l'air insouciant. Et Ange ne détournait pas les yeux, le regard fixe et noir. De belles voitures passaient que l'enfant avec un bon sourire lavait avec plus d'ardeur. Des gens parfois ne lui prêtaient aucune attention comme s'il n'existait pas. Mais l'enfant frottait leurs vitres avec zèle. Ceux-là lui donnaient une pièce avec la même indifférence. Quelquefois l'enfant aux yeux bleus s'arrêtait un instant. Pas souvent, sur le bord du trottoir, il ne se donnait pas beaucoup de répit. Quand il était assis là, sur le pavé, il comptait bien les pièces. Les minutes passaient, Ange ne bougeait pas et ses yeux avaient une dureté qui effrayait les passants. Son sang coulait plus vite. Il aurait voulu partir, courir mais il restait sur place. Il vit un homme descendre de voiture furieux et qui voulait frapper l'enfant mal habillé. Mais il avait les réflexes de son âge et détala sur le champ. Il se dirigea vers une autre voiture. Ange découvrit très distinctement celui qui était au volant. C'était un garçon à peine plus âgé que lui. La voiture qu'il conduisait était un tout dernier modèle. Ange ne s'y connaissait pas bien mais ça crevait les yeux. L'engin était flambant neuf. Le garçon était beau, de cette beauté un peu passe-partout des gosses de riches à cet âge, bien coiffé, bien habillé. À la mode mais sans plus. Ange l'aurait enculé sous une porte cochère et l'autre aurait crié. L'enfant aux cheveux courts avec le gros chandail s'avança vers le jeune bourgeois avec des gestes lents. Il ne le regarda pas et commença son travail. Le jeune homme le suivait d'un air amusé et condescendant. Ange s'était approché pour examiner la scène. Dans les yeux du conducteur il vit bien le mépris pour l'enfant. Et puis le jeune homme fut distrait par une belle fille à qui il fit du gringue avec un sourire un peu bête mais que certainement il croyait irrésistible. Quand l'enfant au seau vint lui tendre la main il chercha agacé quelques sous dans sa poche qu'il lui donna brusquement. Il l'avait empêché de poursuivre son manège et il en était tout contrarié. Le feu passa au vert. Alors Ange reprit sa marche en se retournant souvent vers l'enfant jusqu'à ce qu'il ne pût plus l'apercevoir. Il avançait à l'aveuglette. Il pensait à l'œuvre d'art que devait être sa vie. À ses plaisirs. Ouvrir les yeux. Ange aurait voulu être aveugle. Retrouver ses endroits. C'était impossible. La vengeance était là. © » Amazon |
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Vie d'Ange L'œil gauche de Vladimir Barbe Bleue H L'acharnement de soi-même J'ai écrasé le mégot La photographe |
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"L'œil gauche de Vladimir" 1991 | ||
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résumé : "Accepter cet ordre infâme, et puis quoi !" Une nuit noire, sans électricité. Paris, rue Bonaparte. Elle est une actrice connue, Anna Va, elle se réfugie dans un café au moment de la panne, dans le noir elle parle à l'homme, un sculpteur de renom, si laid pourtant, Ferdinand Cerf, ils ne savent rien l'un de l'autre ; il faut absolument qu'elle appelle son fils de cinq ans, ils décident alors d'aller dans l'appartement de l'homme pour appeler, en attendant que la panne soit réparée. Mais la nuit sera noire d'un bout à l'autre. Paris les regarde, ses habitants, ses amoureux, ses ennemis parfois, elle se dit qu'elle doit faire quelque chose. Et un moine qui a trouvé le livre qu'il est venu rechercher à Paris, le livre qui parle de ce roi choisi par Dieu. Le moine s'appelle Vladimir, il est jeune, avant d'être prêtre il a épuisé la vie, d'en haut, d'en bas, il n'avait peur ni de crever ni de vivre. Enfin, un criminel de guerre, traqué par un homme depuis des années, mais le criminel a recruté deux types pour se débarrasser de cet homme. C'est là que Paris s'incarnera et agira, malgré tous les cars de police qui ont débarqué à Saint-Germain pour la traque. Menacés, éclairés d'une bougie ou d'un briquet, Anna et Ferdinand peu à peu, mot à mot, caresse à caresse, allumeront la nuit. Vladimir marche dans la ville noire vers le foyer où il dormira. Il croise sur sa route les gens de cette nuit-là, ceux à qui enfin la nuit donne leur chance. Près des Batignolles, il se rend compte qu'il a oublié son livre à l'église Saint-Germain-des-Prés. Il remarche en sens inverse. Il rencontre un enfant, Juanito, qui l'emmène dans une taverne avec ses clients à part, un monde hors du monde. Juanito lui présente Ange, avec qui Vladimir discutera longtemps. Jusqu'au moment où le jour reviendra, au petit matin. Que restera-t-il alors de cette nuit immense ? (extrait) « Vladimir l'écoutait, ils étaient bien des mêmes endroits, même côté, bas-côtés, les mêmes enfers, ceux qui brûlaient dedans, mêmes cris de plaisir côtoyant d'autres cris, ils étaient de ce monde. Les deux hommes se regardaient pour chercher dans leurs yeux la clef qu'ils espéraient, chacun à leur manière, inlassables chercheurs, au port jamais trouvé, peut-être bien refusé. Le cloître de Vladimir n'avait jamais été la paix, pas celle que l'on croyait. Si Ange était parti, c'était pour mieux rester. Comprendrait qui pourrait, il s'en fichait. Vladimir le voyait dans ses rires, ses mains qui lui rejouaient l'espoir, dans ses yeux que la vie avait creusés sans réussir à prendre toute la place. Pourtant, si Vladimir avait lui aussi enculé la vie jusqu'à la déchirer, c'était pour lui faire du bien. Il était innocent. S'il avait dû choisir, Ange, c'était le mal. Le bien n'existait pas. Puisqu'il l'avait cherché, sans jamais le trouver, c'est qu'il n'existait pas. Le mal était le bien, le courage d'une poignée- étaient-ils seulement une poignée ?- celui des enfants de la nuit, leurs bâtons à la main, celui des insoumis. Le mal qu'il avait vu lui avait tellement donné la nausée, une nausée sans répit, ce goût dans la bouche jusqu'à la fin, qu'il l'avait retourné contre tout, c'était sa loi, la seule absolution, son secret emporté. Il ne pouvait tout expliquer à Vladimir, son incroyable stratagème pour régler son compte à la vie, et puis toujours la nausée qui revenait, toutes les fois qu'il s'était pris à croire. Croire, c'était le lien entre eux. Là, ils se retrouvaient. Pour ça qu'il n'y avait pas besoin d'expliquer, et puis, Ange n'avait jamais expliqué sa vie, il n'allait pas commencer cette nuit, il n'avait pas changé, il restait libre jusqu'au bout. Vladimir saurait sans discours. Juanito avait tout préparé. Il connaissait et l'un et l'autre. "Alors réponds, dit Ange, dis-moi si la vie a changé, parfois j'imaginais un tas de choses, des mots, tiens ! liberté, que le désordre fût l'ordre, les enfants triomphants, leurs cadavres vengés, je savais un homme qui seul avait stoppé un tank, j'ai perdu le souvenir exact, il me semblait qu'alors j'étais à leur côté, que j'oubliais un peu. Je sais que tu es de ceux qui se cognent au mur, si fort qu'ils n'ont même plus mal, qu'ils en oublient le mur, ou qu'ils l'ont traversé. Dis-moi." Et ils boivent encore, à ceux qui les entourent, et qui boivent aussi, ou bien qui font l'amour. Une fille qui passe caresse les cheveux d'Ange puis se perd dans un coin. L'homme de la cuisine fait des comptes sur le bout d'une table. Une autre fille danse et un garçon la tient. Mais Vladimir ne put rien dire qui l'aurait rassuré. Il parla d'une guerre qu'on avait faite et puis, pendant ce temps, tout près du bruit des armes, la faim de millions d'autres, et cette indifférence. Il disait que c'était à peine si on pouvait les regarder, les visages des enfants recouverts par les mouches, leurs gros ventres malingres, leurs mères aux jambes comme des bâtons. Il disait qu'à côté, on brassait de l'argent, qu'ils ne savaient qu'en faire, qu'ils ignoraient même tous ceux qui n'avaient rien, ils passaient sans les voir, pourtant ils étaient tout près d'eux et le nombre des oubliés gonflait, la terre tremblait déjà. Il disait aussi qu'on abandonnait pour rien des hommes qui mouraient, d'indifférence, toujours l'indifférence, les marchands du temple avaient pris leur revanche. Vladimir lui parla d'une femme qui avait tendu sa main. Elle s'excusait : "pour ma petite fille de trois ans". Il racontait des lieux où l'on récupérait tous les déchets des villes. Il décrivait tous ceux qui triaient les papiers, les mains dans les ordures, les détritus. Leurs visages étaient noirs, ou blancs parfois, mais toujours noircis par le mépris qu'ils portaient. Il lui parlait d'un gosse qu'on nourrissait de restes et à la table d'à côté, d'autres qui s'empiffraient, sûrs d'être différents. Il disait le regard de l'enfant qui ne protestait pas, qui seulement s'étonnait. Vladimir revoyait des jambes désarticulées, des hommes qui fouillaient des poubelles. Ange l'écoutait sans un mot puis son rire résonna dans la salle. "Décidément ! qu'elle crève ! elle ne changera jamais !" © » Amazon |
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Vie d'Ange L'œil gauche de Vladimir Barbe Bleue H L'acharnement de soi-même J'ai écrasé le mégot La photographe |
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"Barbe Bleue" 1993 | ||
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résumé : "je suis accroc de Barbe Bleue, trop, je ne sais plus m'en passer et cependant je ne l'aime pas, il est bien trop obscur, trop compliqué, souvent je le trouve lâche" Deux ans de la vie d'Alexandre de Beaumanoir au collège Barbe Bleue, Première et Terminale, loin de Paris adoré. Barbe Bleue, au bord de la forêt et de l'océan, établissement à la réputation trouble mais aux résultats scolaires exceptionnels, est un ancien château dirigé par le terrible chanoine Laberge, personnage ambivalent, tyrannique mais bienveillant pour tout ce qui touche à la perpétuation de Barbe Bleue et aux "bandes" du collège ; il ne découragera pas Alexandre dans ses tentatives pour découvrir les secrets du château, malgré Vergez, le surveillant général sadique détesté par Alexandre. Alexandre le solitaire, différent, moqué, qui en cachette monte le cheval de l'étable qu'il appelle Alméria, et qui finira par agglomérer autour de lui un groupe de garçons, les Rieurs. Premier amour avec Francisco, plus jeune que lui. Alexandre aussi qui conclura un pacte avec Wagner, le sorcier de la forêt. Chute de cheval, coma, visite de Laberge à l'hôpital Saint-Louis, Alexandre récupère pour sa dernière année au collège. Tandis qu'à Paris une épidémie de morts suspectes endeuille la capitale, il fera le chemin pour découvrir les mystères du château Barbe Bleue et de ses habitants, sous le regard du vieux Lucien Zot, l'ancien professeur de latin prestigieux, qui l'observe, le protège de loin, sans même lui parler, et qui finira par partager avec lui le secret de sa vie, celui du blockhaus. Tant de rencontres qu'Alexandre n'aurait jamais imaginées : Il ne percera pas les mystères, il les traversera. (extrait) « La langue du chien sur sa main ne l'effraya pas. "Viens, montre-moi !" C'était un chien, il n'avait pas eu besoin de l'éclairer pour savoir. Il haletait comme les chiens. Il n'avançait pas vite, il devait être vieux. La main d'Alexandre se réchauffait à ses longs poils, ils étaient doux, le chien devait être vieux mais beau. Puis Alexandre n'entendit plus le souffle du chien, ni ses pas sur le parquet ancien, la musique l'enveloppait, il crut qu'il allait perdre connaissance, une intense migraine l'espace de quelques secondes. Quand il ralluma le briquet le chien n'était plus là et l'orgue s'était tu. Il ferma les yeux pour les rouvrir l'instant d'après. Recommença. Il voulait se réveiller. Ne plus voir ce qu'il voyait. Se réveiller dans son lit, sa chambre de l'avenue de Breteuil, la fenêtre ouverte sur le souffle de Paris, il le sentait jusque dans ses draps, ou le dortoir de Barbe Bleue dans l'aile du côté de la mer, il le quitterait au milieu de la nuit pour retrouver son cheval ou la terrasse, ou la bibliothèque, ou une autre aile du château, celle qui était abandonnée, il y avait son piano, celui de Francisco, il fallait qu'il aille au piano tous les jours, comme on va travailler, à la guerre, s'en aller vers le monde, maintenant il se souvenait : comment il était arrivé là, le pacte avec Wagner, les secrets du château, celui de Lucien Zot, c'était lui qui avait voulu, non c'était le château, mais Alexandre l'avait imploré, il était impossible de s'en aller. Barbe Bleue était là qui le fixait. Alors Alexandre lui rendit son regard. Il y plongea les yeux, ses yeux venus de la mer jusqu'au cœur de Barbe Bleue, bleus ou noirs, toutes les couleurs de la première heure il venait de les traverser, seulement les traverser, il était temps de s'arrêter. L'endroit s'était élargi à son insu, la pièce dans laquelle il se trouvait était grande mais il en devinait les limites. Son regard fut attiré dans un coin, pressentiment. Le cadavre de l'aigle dormait là, les ailes refermées, il lui semblait si petit, il reconnut ses yeux. Alexandre attira l'aigle inanimé vers lui et le prit dans ses bras. Sans rien dire. Il posa à nouveau sa tête contre la sienne. Il aurait voulu lui murmurer des mots une dernière fois, il connaissait les mots, certains qu'il lui avait déjà dits et puis d'autres, les mots n'auraient servi à rien, il serra l'aigle encore plus fort puis le reposa doucement, l'oiseau attendait ça de lui, toujours messager, laisse-moi, regarde, regarde bien. L'aigle lui montrait la direction. Regarde là, à côté. "Bobby, c'est toi ? Ce n'est pas vrai ! Teddy ?..." Alexandre ne bougeait plus. Fou. Il pensa qu'il était devenu fou. Avant on le lui avait dit. Pas Encore Fait. Barbe Bleue l'observait goguenard. Alexandre lui avait dit merci innocemment, sans se douter que le château lui avait joué un tour de plus, inoculé cette folie qu'Alexandre avait devinée dès le premier jour. Il fut saisi de tremblements. La peur. Il savait bien qu'il n'était rien qu'un enfant, il suppliait qu'on l'épargnât, la flamme éteinte, prière à Barbe Bleue, il se rendait, ne voulait plus se battre. Pourtant durant le temps que dura son effroi il contemplait sa peur, il aurait presque pu la disséquer froidement, comme lorsqu'il était petit il comprenait sa folie et elle s'en trouvait diminuée, il se força à rallumer le briquet. "Jamais je n'aurais cru... je suis tellement heureux... je vous enviais... j'avais peur comme vous... je comprenais votre départ et en même temps...", Alexandre pleurait des larmes inaudibles, il émettait des sons qui se voulaient des mots. "Pourquoi vous ne dites rien ? Pourquoi ? On ne me dit jamais rien !" Dans l'air flottait l'odeur à l'entrée du blockhaus, des haleines d'enfants arrêtées dans leur course, intactes de douceur. Il n'y avait pas prêté attention en entrant dans la pièce, il avait imaginé d'autres tableaux, des hommes sur les tableaux, amis du Christ, maintenant il réalisait qu'il n'était pas seul, les anges qui l'avaient escorté s'étaient groupés autour de lui, en silence pour ne pas le déranger mais ils étaient bien là, il repensa à l'aigle tout près de lui, ne pas le décevoir, il se rapprocha des jumeaux, tendit la main, caressa la joue, les cheveux, ils n'avaient pas changé, plus beaux qu'avant leur disparition, disparue dans leurs yeux cette crainte qu'on ne voyait pas tout de suite. Muets. Bobby et Teddy ne regardaient pas Alexandre. Ils regardaient ailleurs. Peut-être bien s'émerveillaient-ils d'une dernière heure qui n'en finissait plus. Alexandre comprit qu'il n'était pas fou, pas plus que les jumeaux, pas plus que l'aigle, il se laissa aller dans les bras de Teddy, repu du voyage, dépossédé des forces qu'il avait déployées sur le chemin sans la moindre fatigue, ébahi, tout ce que Barbe Bleue avait pu obtenir de lui, reconnaissant de la confiance du château, assommé à la pensée que Barbe Bleue lui demanderait de la lui rendre un jour, demain ou là, dans la seconde qui viendrait, Barbe Bleue ne changerait pas, Alexandre ne se berçait pas d'illusions, donnant donnant, il aimait le château pour son intransigeance. Les jumeaux sentaient bon. "C'est quoi votre parfum ? Barbe Bleue numéro quoi ?" Un petit rire entre les larmes. "Vous voyez, je n'ai pas cessé de rire depuis que vous êtes partis, vous ne m'avez pas quitté, pas un jour ne se passe où vous n'êtes à mes côtés. Vous avez des nouvelles de Francisco ? Si vous l'apercevez vous lui direz que j'apprends le piano, que je n'ai encore rien joué, il restera toujours quelque chose que je n'aurai pas joué, c'est ce que je crois." Alexandre se demandait la main qui avait gardé aux jumeaux leur allure d'autrefois, ouvrier de Barbe Bleue, fossoyeur, embaumeur, il n'avait que l'embarras du choix, qui sait si Barbe Bleue n'avait pas payé de sa personne pour empêcher que les vers fassent leur besogne immonde, le château détestait la mort, pour ça qu'il avait survécu, il ne supportait pas son visage, c'était contre elle qu'il ferraillait sans répit, pas contre Alexandre. "Comment vais-je pouvoir continuer à détester Barbe Bleue maintenant que je vous ai retrouvés ? Je restais parce que je ne l'aimais pas. Lui aussi a appris à m'aimer. Il veut que je m'en aille le cœur léger. Va ! il me redonnera bien l'occasion de le détester, c'est notre histoire après tout ! rester fidèle, même si je m'en vais." Bobby était blotti contre son frère, Alexandre sentit un papier qui dépassait d'une de ses poches, il se souvint du message de l'aigle, une nuit sur le ponton, l'histoire se répétait, Véra les avait mis en garde, il n'y avait que des recommencements. Il éclaira le papier froissé. "Je savais bien que tu me parlerais !" Se mit à lire. "J'ai retrouvé mon frère, tout va bien. J'aurais aimé qu'on vive centenaires, des fois je nous imaginais vieux, énormes, bouffant comme des ogres. Teddy ne voulait pas. Il devait avoir ses raisons. Je le rejoins. Il m'expliquera tout. Si quelqu'un me lit un jour, surtout qu'il ne soit pas triste, rien de triste là-dedans, nous on savait bien la tristesse, c'était avant. Nous ne sommes pas si nombreux mais qu'au moins on nous écoute ! une fois, une seule. Que celui-là ne nous oublie pas, nous et les autres. Et puis qu'il s'occupe des vivants, c'est ce que nous étions, vivants, et c'était bien." Alexandre s'endormit au dernier mot de la lettre. Dans son rêve Wagner lui demandait d'approcher, Alexandre hésitait, d'ordinaire l'autre n'avait de cesse que de le rabrouer, "viens cette fois ! un esprit m'a parlé de toi !", Alexandre le rejoignit sur le banc devant le lac, "non tu ne rêves pas, tu vois que je ne parlais pas en l'air, quand je te disais que tu ignorais tout, tu n'en sais pas beaucoup plus mais désormais tu n'as plus le choix, oublier et ne pas oublier, regarde les couleurs, perds-toi dedans, dors un peu, tout ça ne fait que commencer, je préfère ne pas te parler de ce qui t'attend, dis-toi seulement qu'il est toujours possible de revenir en arrière, un rien suffirait, alors regarde bien les couleurs, elles ne mentiront pas, n'essaie pas de les compter, tu n'y parviendrais pas, tu as de la chance". Le repos d'Alexandre ne dura pas longtemps, bien qu'il crût le contraire. À son réveil il délaissa les deux frères et alluma la flamme en direction des anges. Au sortir du sommeil il savait bien qu'ils n'étaient pas des anges. Ils étaient quelques-uns de ces autres dont Bobby parlait dans sa lettre. Cadavres embaumés les uns contre les autres. Alexandre éclairait leur regard, le regard de l'enfance épargné. Le secret de Lucien Zot devenait sien définitivement, sans honte, sans gloire. Il aurait aimé savoir lequel était Hugo, car il en était sûr : Hugo était bien parmi eux. Mais chacun d'entre eux aurait pu être Hugo. Ils étaient un petit nombre. Ceux qui n'avaient pu se résoudre à quitter Barbe Bleue ou bien qui croyaient que même loin le château leur collerait toujours à la peau, alors ils en avaient fait leur tombeau dans un dernier défi. Alexandre passait de l'un à l'autre muet, il aurait eu envie de leur parler, ils se seraient dit ce qu'ils savaient, partager l'ignorance puisqu'ils acceptaient d'être ignorants. Le gros Zot avait bien fait les choses, les enfants n'avaient pas vieilli, leur triomphe était un peu celui de leur maître. Toucher le secret, y plonger son regard, une vie n'aurait pas suffi, le vrai secret c'était eux, leur silence, leurs existences, les cris qu'ils avaient entendus, ceux que les autres refusaient d'entendre, qui les avaient fait frapper à la porte de leur professeur de latin une dernière fois, emporté ce qu'ils avaient vu, car ils avaient vu c'était certain, Alexandre devinait dans leurs yeux, leurs yeux au moment du départ, il ne lisait pas tout, il y avait autre chose qui préoccupait Alexandre, le laissait sur sa faim, il agrippait un bras, soutenait une nuque, caressait une joue, la peur s'était enfuie depuis longtemps, ensemble, eux et lui, ils partageaient le mépris de la peur. Autre chose. Alexandre aussi avait souvent pensé qu'il n'aurait pas la force de laisser Barbe Bleue, en même temps son insistance à demeurer au château cachait mal le désir de s'affranchir un jour, pas n'importe quand, lui aussi attendait le moment de rendre au château tout le mal qu'il lui avait fait, mal qui faisait du bien c'était le pire, la mort ne lui était pas étrangère, plus d'une fois il l'avait sollicitée à sa façon, en la comptant pour rien, et il était resté vivant, si Zot lui avait dit le secret ce n'était pas pour qu'il fasse comme ses enfants, le vieux aussi attendait autre chose mais quoi ? ignorant comme les autres l'auteur du traité ! quand il ne s'agissait pas des mots il n'y avait plus personne ! Alexandre réduit à interroger des masques, des fantômes et les fantômes se taisaient drapés dans le seul luxe qu'ils avaient préservé, leur silence, pourtant Alexandre en était sûr : Zot le comptait parmi ses enfants, ceux devant lesquels il passait et repassait, les supplier d'enfin parler, et Zot avait raison, ils étaient bien semblables lui et les embaumés, seul le secret voulait qu'il demeurât vivant, tâche ingrate de perpétuer la mort sans être autorisé à tomber dans ses bras, cruel fardeau pour des épaules hier encore si frêles, comment rivaliser avec Barbe Bleue sur son propre terrain, ceux qui s'y étaient risqués l'avaient payé cher, comment nier Barbe Bleue quand tout vous le rappellerait la fidélité comme la trahison ? Tout avait pris racine dans le château, que ne lui devait-il pas ? perdu au milieu des vieux enfants il repensa à la fin de Barbe Bleue, cette fin dont la simple perspective l'avait terrifié lorsque le supérieur leur avait annoncé qu'il pliait bagages, la seule chose inconcevable, sa propre fin, refusée obstinément, Alexandre avait du mal à admettre que Barbe Bleue se sacrifierait pour lui, qu'il ferait le dernier sale boulot, celui qu'Alexandre n'oserait jamais, son suicide, plus de château plus de choix à faire, Alexandre contemplerait sa lâcheté de n'avoir pas voulu se salir les mains, dernière ruse de Barbe Bleue et encore ! qui sait si le château ne garderait pas un tour dans son sac ! sans Barbe Bleue qui resterait-il à combattre ? pourrait-il se contenter de petites querelles ? était-ce cela qu'attendait son piano ? le piano exigeait les tempêtes, tous les désordres de la terre, lorsque les tempêtes seraient sous ses doigts les mots n'auraient plus de raison, seulement les tempêtes, ouvrir les portes derrière lesquelles elles rugissaient, portes verrouillées à triple tour, déjà pour trouver les portes et après les forcer que de sueur et d'effroi, de patience ! il fallait au piano du sang, des incendies, pas des petites querelles que l'on disait humaines, que diantre l'homme ne connaissait-il Barbe Bleue ! la mémoire du château lui aurait fait se souvenir de ce qui était humain ! fallait-il pour cela nourrir cette mémoire de cadavres d'enfants, était-ce le prix pour que le cœur demeure immaculé ? Alexandre ne se décidait pas à quitter les enfants sous la terre, à errer parmi les corps il était devenu l'un d'entre eux, cela ne durerait pas, ne rien oublier disait Wagner, il se voyait cajoler le secret, il en était maintenant le seul dépositaire, faire attention, le secret demeurait fragile, ses mains parcouraient les habits poussiéreux, lentement, il craignait d'être brusque, que la poussière fût une poudre de perlimpinpin, un geste et tout s'envolerait, il devina une poche à l'extérieur d'une veste, il palpa doucement, ses doigts s'y glissèrent à la dérobée, il regardait ailleurs, il s'attendait à voir l'enfant se rebeller devant tant de curiosité, il savait que ces enfants protégeaient leurs mystères, poches vides, de l'un à l'autre, personne pour le blâmer, ils comprenaient qu'Alexandre ne leur voulait aucun mal, il ne trahirait pas, les enfants devinaient son tourment, le leur du temps où ils vivaient, récompenser sa persévérance, dans la poche de l'un d'eux un vieux devoir à l'encre presqu'effacée, assez pour lire quelques lignes éparses, c'était une vieille dissertation dont le sujet restait lisible, Alexandre rapprocha la flamme, à genoux aux pieds de l'auteur probable de la dissertation, "doit-on souhaiter la fin de la misère ?", il éclaira les rares mots qu'il pouvait lire, l'enfant disait ne pouvoir supporter la misère, mais plus loin il affirmait que le bonheur aussi portait la mort, Alexandre ne put en lire plus, trop décousu, emporté à jamais, il rangea le papier là où il l'avait pris. Il s'allongea sur le parquet les bras en croix comme il l'avait fait une fois à la retraite du père Chauvard. Barbe Bleue ne l'avait pas rendu heureux et il ne voulait pas le quitter. Barbe Bleue sans le malheur ? Il revit le moine de l'hôpital Saint-Louis, le malade qu'il serrait, Taba, ceux qui avaient envoyé l'aigle jusqu'au lac, les mêmes pour qui Everian avait donné sa vie, la rage de Sean, la fureur dans les rues, les bras grand ouverts de Paris, elle aussi devait bien aimer le malheur pour tant le supporter, pourtant elle ne le montrait pas, elle lui avait affirmé le contraire à chacune de leurs rencontres, elle disait de partir, ne pas accepter, maintenant il faisait des recoupements, Paris drapée dans son malheur qui lui allait si bien, elle était trop intelligente pour ne pas le savoir que le malheur lui allait bien, Paris sans son malheur, Barbe Bleue sans ses morts, Lucien Zot sans son secret, comment auraient-ils fait ? Et comment Alexandre ferait-il sans eux ? Son visage contre le sol de la pièce noire, déformé de questions, éteinte la flamme, quelque chose d'insupportable là au creux des reins, le piano n'attendait pas de réponse ? tant mieux parce qu'il n'en avait pas, personne, personne ne voulait lui en donner, chacun s'efforçait au contraire à compliquer sa tâche, quelle tâche ? Laberge parlait d'une longue tradition, Wagner de ses esprits, et Zot de ses voyages, au cœur de Barbe Bleue, tous ils étaient restés au cœur de Barbe Bleue, même le monde dont il avait perçu l'écho près de la mer, même le monde s'arc-boutait au château. "Il faut que vous viviez." Comme ils en parlaient à leur aise ! il n'y avait guère que le sorcier pour ne lui avoir rien caché, il n'avait cessé de le mettre en garde, Alexandre n'avait rien écouté, les gens parlaient pour qu'on n'écoutât pas, et de fil en aiguille Barbe Bleue avait tissé sa toile, de quel talent le créditaient-ils pour espérer qu'il s'en sortît ? Gustafson l'avait prévenu : "le talent n'existe pas ! il y en a tant que c'est comme s'il n'existait pas, il y a autre chose, ne comptez pas sur moi pour vous dire quoi !". Jusqu'à cette seconde l'idée ne l'avait même pas traversé qu'il pourrait rester prisonnier de l'endroit, pas de sortie et son problème aurait été réglé, le secret définitivement enfoui, les enfants lui auraient fait une place parmi eux, ils se seraient tenus chaud, puisqu'il était comme eux, et au-dehors perdu dans la brume des vagues le monde n'aurait pas cessé de gronder pour autant. Il n'y avait pas songé, les enfants avaient besoin de lui là-bas, au-dessus, semblables et différents, comme si c'était cela que cachait leur regard. Il se mit à sourire de leur connivence, elle ne s'encombrait pas des années, la mémoire du château pouvait faire des miracles, Alexandre souriait à la pensée du temps avant Barbe Bleue, ceux qu'il avait rencontrés depuis, sa docilité à chaque fois, plus loin d'autres enfants attendaient, à eux aussi il croyait ressembler, eux ils vivaient encore, au grand jour, ceux qu'il surnommait les Rieurs, ils s'étaient promis : surtout rester vivant, puisqu'ils l'attendaient il devait bien y avoir une sortie, pas une seconde il n'avait cru pouvoir rester. Partir encore. À regret il s'éloigna d'Hugo, les jumeaux et les autres, l'aigle, leur doux parfum, sans un signe d'adieu, il resterait quand même. Et le sourire aux lèvres il avança à la lueur du briquet. Buta sur le vieil orgue qui se remit à jouer. Un tour de manivelle, on ne savait jamais. Après avoir marché quelques secondes ou une heure Alexandre gravit des marches et des marches. Il poussa une porte et se retrouva dans la bibliothèque du château. Il pensa à Laberge. Dehors il faisait jour. Mais le ciel était gris. © » Amazon Amazon |
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Vie d'Ange L'œil gauche de Vladimir Barbe Bleue H L'acharnement de soi-même J'ai écrasé le mégot La photographe |
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"H" 1994 | ||
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résumé : Après la mort de H à trente-cinq ans. Tout commence : "qui sait ? peut-être même qu'un jour la mort ne nous fera plus peur". (extrait) « (lettre de JM à H, jeudi 24 mai 1979) Je suis en train de penser que c'est la première fois que je t'écris une lettre depuis le fameux jour où, au téléphone, je t'ai appris l'incroyable vérité (beaucoup plus croyable aujourd'hui !). Je vais mieux mais j'ai eu un truc assez grave... L'an prochain en principe le Droit, le conservatoire et puis plus ou moins vite la radio et après la vie où j'espère réussir ! ... Tout ce que je te dis, plus ou moins bien, c'est parce que je t'aime, et pour toi, crois-moi. J'ai bien conscience que l'amour que je voudrais entre nous deux est exigeant... Et pour que cet amour soit grand, durable, il faut faire beaucoup. Ça ne peut pas s'obtenir comme ça, ce serait trop facile. Un grand amour facile ne dure pas. C'est pour ça que les gens en général ne connaissent que des amours éphémères... un grand amour c'est être "tout" l'un pour l'autre. C'est pour ça que je dis qu'il ne faut pas que tu sois dépendant de tes parents et en particulier de ta mère... tu m'as toujours dit que si tu ne disais rien à ta mère c'est parce qu'elle était fragile moralement ; mais maman est je suis sûr aussi sensible et aussi fragile... il faut du courage pour les choses importantes de sa vie. ... Et crois-moi, quand je t'ai dit que si c'était toi qui avais été malade j'aurais été voir le directeur de Sciences Po pour passer les examens en septembre avec toi, ce n'était pas en l'air. Tout ce que je te dis je ne le dis pas en l'air. Dans le fond quand je te disais que j'avais besoin de quelqu'un qui "m'apporte", de quelqu'un avec une personnalité, je suis sûr que ce peut être toi tel que tu es et tel que tu deviendras si tu agis en fonction de toi, de nous, de ce que tu ressens et non en fonction d'autre chose et en particulier de tes parents. Tu es je crois, mon H..., un garçon riche, sensible, intelligent, capable de t'ouvrir aux autres, de changer, tu l'as fait avec moi, vraiment... Tu peux réussir ta vie. Mais ce n'est pas facile de réussir sa vie... il me semble que tout ce que tu portes dans ton cœur- l'an dernier, tu me disais que si tu avais vécu avant, tu aurais aimé partir à l'aventure- ces rencontres que tu voudrais faire, ces envies de vivre que tu as parfois, tout cela tu le rêves mais tu n'arrives pas à le concrétiser. Il me semble qu'il te manque souvent le courage, la volonté. Mais sans ça, tu sais, l'on a rien... Je suis prêt à t'aider, à t'aimer, mais il faut que l'on soit tous les deux et nous deux seuls, que nous nous fassions totalement confiance. C'est exigeant. Ne va pas croire quand je dis "nous deux seuls" que ce sera s'isoler des autres : il faut sortir, voir d'autres gens... Ce que je voulais dire c'est tous les deux sans personne qui pourrait nous éloigner l'un de l'autre. J'ai bien conscience que ma lettre est idéaliste mais pas tant finalement car tout ce que j'ai envie de faire, beaucoup trouveraient cela idéaliste or je le ferai : la radio, le cinéma, notre amour, Paris... Il faut qu'entre nous ce soit comme aux premiers jours. Cela demande de penser à l'autre, de ne pas laisser passer sa mauvaise humeur sur l'autre quand ça ne va pas, être attentif à l'autre, lui parler gentiment... ... il me semble que souvent quand tu manifestais ta personnalité, c'était négativement : mauvaise humeur, coups de barre, critiquer des gens... Tu as changé, je t'assure. Mais continue. Je t'aime toujours le plus fort quand tu me dis que l'on ne se quittera pas, quand tu es accueillant aux autres, à la vie, reconnaissant au bonheur que nous vivons, souriant à la vie... J'espère que l'on continuera à se parler longtemps comme au début. On se connaît tellement mieux maintenant, on se comprend tellement mieux. Il faut que l'on ait toujours quelque chose à se dire... Je t'aime oui, mais j'ai besoin de réciprocité totale... Pense à nous. JM © » |
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Vie d'Ange L'œil gauche de Vladimir Barbe Bleue H L'acharnement de soi-même J'ai écrasé le mégot La photographe |
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"L'acharnement de soi-même" 1995 | ||
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résumé : une parenthèse dans la vie de Hugo, l'hôtel du Palais dans une ville qui ressemble à Amsterdam, la mer. Le cercle des amis de Hugo au Palais dont il est la lumière alors que lui-même essaie de survivre à la mort de Vincent. Cette ville où la chanteuse Bill Feria dit-on s'est suicidée dans la tour qui porte son nom désormais. (extrait) « On croyait à l'esprit. On baisait n'importe où, dans la vigilance de l'esprit. La vie ! J'aurais compté mes sous, j'en aurais gagnés toujours plus, j'aurais donné des coups de pied dans les carcasses qui m'empêchaient de marcher, jusqu'à ne plus les voir. Je ne t'aurais jamais quitté, t'aurais gardé pour moi, jusqu'à ne plus savoir quoi faire de toi. Je me serais interdit toute pensée, n'aurais jamais choisi, je m'en serais remis aux choix d'il y a longtemps, je serais mort ainsi, parce que c'était la vie. L'animal cherchait sa proie, là en plein jour, il buvait l'eau du fleuve, il dévorait à tout venant. Il se mit à pleurer. À son tour il se fit dévorer. Gisant, couvert de mouches, il entendait encore battre son cœur. Il décida alors de glisser dans la nuit, il s'y engouffra auréolé de toutes ses blessures. Tout changea. Les mouches une à une s'en allèrent voir ailleurs, elles ne supportaient plus l'odeur, ses yeux cherchèrent et cherchèrent, il se surprit à voir mieux qu'en plein jour. Finalement je t'ai laissé aller, j'ai gardé dans ma main des traces de baisers, sur mes lèvres des mots, un jour je me suis décidé à choisir, jamais comme ils voulaient, de doute en doute on s'est gardés : ce fut la nuit. On avait tant souffert, ton agonie la mienne, je ne voyais plus rien, parfois je t'entendais sourire, je décidai de rester. À l'animal tu pris sa chair défaite. Il me donna ses yeux. La nuit s'illumina à force de noirceur, le jour devint un souvenir de mort. Aujourd'hui on ne sait plus. Parfois je sens ta langue qui lèche la plaie qui se réveille. Pour toi je m'en vais rôder dans les terres d'avant, j'y sème le désordre, je fais tout à l'envers et lorsqu'on se retrouve tu me donnes raison. J'attends le jour où s'allumera la nuit et où les animaux retrouveront leur mère. Ils pueront des carnages anciens, ruisselleront d'écume dans le creux de leurs yeux. Ce sera la fin. À moins que toi et moi on invente autre chose. © » |
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Vie d'Ange L'œil gauche de Vladimir Barbe Bleue H L'acharnement de soi-même J'ai écrasé le mégot La photographe |
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"J'ai écrasé le mégot" 1997 | ||
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résumé : Aimer est plus fort que la vie. "Pardonne-moi. Nous nous aimons assez maintenant pour pouvoir se passer de la vie. Tu es le seul à pouvoir comprendre l'espoir dans le désespoir. Sois fort, je ne t'abandonnerai jamais. Notre éternité je l'ai peinte, dis-leur" Des meurtres à Paris sans lien apparent : œil crevé et sable sur le sol, 13 pages d'un livre arrachées ; des meurtres qui pourraient ressembler à ceux d'Angel, le personnage du roman noir, situé à New York, qu'est en train d'écrire Léo Tirictiscu ; roman qu'il écrit après le suicide de David, son jumeau ou tout comme, et au moment où il rencontre Coutil, étudiant à Sciences Po. Rencontre qui fera s'envoler la frontière entre le livre et sa vie. Léo, écrivain de trente-huit ans, dont les jeux sexuels aiment jouer avec la peur, est sujet à des crises d'épilepsie qui pour quelques secondes, qui paraissent des heures, le ramènent toujours à un lieu qui s'appelle 'La Prison'. La mort de David n'a pas empêché Léo de continuer la vie avec lui, David est partout, la mort n'est qu'un défi : Sa présence muette revêtait chaque instant d'éternité. Et David avant sa mort avait parlé à Léo d'une rencontre qu'il ferait, il en avait même fait un tableau, son dernier tableau. Léo ne cesse de se demander : est-ce Coutil cette rencontre ? Il finira par parler du tableau à Coutil, ils parlent de plus en plus ensemble, de tout, des meurtres, du tableau de David, tout. Le lien de Léo avec Coutil les amènera tous deux au point de non-retour. L'inspectrice de police chargée de l'affaire des meurtres, Gaby Steamer, une Noire originaire de New York, rencontrera Léo, l'écrivain de romans noirs qu'elle admire, en espérant qu'il l'aide dans une enquête qui la désespère au point de retourner quelques jours à New York demander l'avis de son vieux complice, Chet Roy. Léo accepte d'étudier de son côté le mystère des 13 pages arrachées. Mais ni lui, ni Coutil, ne sont portés à trahir... (extrait) « "Et tes examens ? - Bien. On passe à autre chose ? - Tu ne veux jamais en parler, hein ? Est-ce que tu es à Sciences Po au moins ? - Je ne t'ai jamais menti. - Tu ne me mentiras jamais ? - Jamais. - Pourquoi tu fais des études ? - (un silence) Tu te rappelles quand on avait parlé de la condition humaine ? - Oui, comme si c'était hier ! répondit Léo. - La condition humaine c'est ça, du bétail, à Sciences Po ou ailleurs tu n'y échappes pas. - Ce n'est pas que ça la condition humaine... (Léo eut l'air soudain absent) - Oui, je t'écoute (Coutil souriait, attendant que Léo veuille bien reprendre) - Je ne sais pas. Sans elle ce serait impossible d'écrire. Tu peux faire de grandes choses avec la condition humaine... (Léo parlait lentement, comme absent. Il continua ainsi.) ... Dis-moi Coutil... Tu ne m'as jamais dit ton nom de famille ? - C'est Cristie. Pourquoi ? Qu'est-ce qui te fait sourire ? (Léo s'était mis à sourire, il ne le regardait pas, il se taisait) Alors dis-moi ! Pourquoi tu ris ? (Léo finit par regarder Coutil) - Non, c'est bien... C'est un beau nom... Ça te ressemble. - Moi, je préfère Coutil. Quand je pense que ce n'est même pas mon vrai prénom ! Tu ne m'as jamais demandé mon vrai prénom, maintenant que j'y pense. (Léo le regardait toujours, avec douceur) - Ce doit être parce que pour moi tu es Coutil. Coutil Cristie, c'est bien. Alors c'est quoi ton vrai prénom ? - Jérôme." Il étaient revenus là où ils s'étaient trouvés. Dans les jardins du Palais Royal. Léo avait eu la candeur de croire qu'ils s'étaient rencontrés par hasard. Il avait remarqué que, depuis quelque temps, les crises d'épilepsie se faisaient plus rares. Même les débuts de crises avortées, lorsqu'il sentait qu'il allait basculer et que finalement il y échappait. Un jour il avait lu que la capacité de réflexion d'un homme était inversement proportionnelle à sa capacité à supporter le bruit. La théorie lui avait plu d'emblée et il ne voulait surtout pas la vérifier. Elle expliquait parfaitement son allergie au bruit et les crises qui en résultaient. L'époque dans laquelle il vivait faisait d'autant plus de bruit qu'elle avait cessé de penser. Elle comptait. À peine pensait-elle qu'elle comptait. Alors Léo s'en évadait pour retrouver cette Prison qui au moins ne trompait pas son monde : tout un chacun savait qu'il était dans La Prison. Et c'était là que penser redevenait essentiel. La mer, les endroits inconnus du Grand Jardin, seule la pensée permettait d'y accéder. Léo n'avait jamais rien trouvé à redire à ses crises. Sans doute était-ce pour cette raison que ses résolutions de prendre les médicaments ne duraient jamais. Aussi n'était-il pas vraiment ravi de constater que son allergie au bruit se faisait plus discrète. Devenait-il comme les autres ? Rentrait-il dans ce "rang" que tout son être n'avait cessé de fuir. Le rang calamité, celui que David avait abandonné une fois pour toutes. Aujourd'hui de moins en moins de têtes dépassaient. Pourtant on affirmait le contraire. La fameuse Libertad de La Prison c'était ça. L'imposture finale qui rendait fou Léo. Ou bien désespéré. Et pas le désespoir que David lui avait écrit avant de mettre les voiles. Celui-là avait de l'allure, il valait bien tous les petits espoirs qui mystifiaient les hommes. Cet après-midi-là il comprit. Il ne rentrait pas dans le rang. C'était même peut-être le dernier pas pour en sortir tout à fait. Le plus beau. Pour ça qu'il souriait. Le plus dur aussi. Celui sur lequel on ne revient jamais. Qu'avait-il besoin maintenant de retourner voir Jérôme dans La Prison puisqu'il était devant lui ? Dans ces jardins fleuris des fleurs qu'ils aimaient tant, la boucle était bouclée. À ce détail près que tout allait commencer. Lui qui n'aimait pas les fins serait servi. Oui, Léo souriait de savoir enfin, et sans l'ombre d'un doute, que son seul lien sur terre désormais était un assassin. Il souriait du dernier coup que David lui avait réservé. Son plus beau tableau, où tout se mêlait, son chef d'œuvre de vie avant de la quitter. À cet instant tout était bien. Il était soulagé. Ce qu'il espérait tant qu'il préférait le refuser venait jusqu'à lui. Le livre qu'il écrivait ne serait pas qu'un exercice de style. Angel n'était plus seul, peut-être était-ce pour ça qu'il avait attendu si longtemps. Jusque dans l'impasse sale de Manhattan. Depuis l'adolescence Léo en rêvait sans le savoir. Aller plus loin que l'écrit. Plus loin qu'être libre. On mettait la liberté à toutes les sauces. Il fallait la meurtrir aussi pour prouver qu'elle n'était pas qu'un mot. C'était fait. L'océan se recouvrait de sang. Le chaos libéré, Léo réconcilié. Ils restèrent sur le banc. Le jour durait. Il faisait bon. Depuis la nuit passée ensemble ils se voyaient encore plus souvent. Ils marchaient dans Paris : Barbès, le Louvre, la Cité Universitaire, les quais ou les Tuileries, ils aimaient Paris comme on aime sa mère, incestueusement. Ils parlaient. Comme, là, ils continuaient à parler. Ils avaient peur du lendemain alors ils se pressaient. Depuis le début c'était la même conversation. Coutil provoquait Léo et Léo n'esquivait pas. Il ne se lassait pas du sourire de Coutil quand celui-ci avait l'air heureux. Dans ce sourire il avait toujours vu la souffrance, ou quelque chose d'approchant. Coutil avait le visage de la douleur et il ne le savait pas. C'était le contraire qu'on lisait lorsqu'on le voyait pour la première fois. Léo comptait les instants où la douleur était remontée, brutale, tragique. Une nuit, un escalier sans lumières. C'était peut-être tout. Tous les deux profitaient du répit qui leur était donné. Le couteau dans la plaie, immobile. Léo ne doutait pas qu'il bougerait bientôt, il ignorait quand. Bientôt. © » Amazon |
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Vie d'Ange L'œil gauche de Vladimir Barbe Bleue H L'acharnement de soi-même J'ai écrasé le mégot La photographe |
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"La photographe" 1998 | ||
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résumé : "Y a ceux qui comprennent et les autres. Tu mets une croix sur les autres" Paris, rue Niepce. Amalia Sané, 35 ans, photographe, qui vit avec Tadzio, le petit singe de Lisbonne, et qui parfois vend son corps dans un petit hôtel près du Luxembourg : elle sait y faire, les hommes c'est sa culture. Amalia dont personne ne veut des photos, parce qu'elle refuse de se compromettre avec ceux qu'elle appelle 'les invertébrés' : Amalia refusée pour être ce qu'elle est, et qui recherche pour se venger celui qui un jour lui a donné sa caméra, Julien Rivière, le seul qui la comprend, le plus beau. Le livre est le monologue d'Amalia, qui invente des mots plus vrais que les mots. Et la mort de Vincent. Et Tadzio qui ne la quitte jamais. Il y a le monologue d'Amalia avant de retrouver Julien, et après. Elle est amie avec Thomas Bassumport, le jeune écrivain de 19 ans. Elle a photographié Barbara, madame Y., Duras, Mandela, Mitterrand, mais elle a gardé ces photos-là pour elle. Sa caméra, son appareil photo elle l'appelle le VL, VL comme Vladimir Lorentz, du nom du garçon sur la tombe du Père-Lachaise près de laquelle elle a rencontré Julien Rivière la première fois, le 8 novembre 1982. Elle recherche Julien partout, à Trouville surtout, parce que la première fois il lui avait parlé de 'la maison à Trouville'. Quand elle retrouvera Julien, elle ira jusqu'au bout de la vengeance et de l'amour : Si on aime Julien c'est parce qu'il sait aimer. C'est probablement la seule chose qu'il sait faire et tout le reste se ramène à ça. Il n'écrit pas il ne photographie pas mais aimer il sait. Tout de suite Tadzio a aimé Julien. Julien a le même âge qu'Amalia. Avec Julien elle ira dans la maison du quai d'Anjou, dans celle de Trouville, celle des Batignolles : Le corps de Julien a tout éclipsé. Jusqu'aux photos qu'ils feront ensemble dans la chambre du Pont-Neuf. Enfermés. (extrait) « On a repris le chemin des quais. En silence d'abord. C'est Julien qui l'a rompu : "Ne crois pas ce que dit ma mère, mon père est toujours comme ça. Avec lui elle n'avait pas d'autre solution que de croire qu'il était autrement". J'ai dit à Julien de se taire et je l'ai embrassé. Elle en a assez qu'il la connaisse aussi bien. À quel jeu joue-t-il ? Il ne joue aucun jeu. Il n'y a qu'un Julien. Elle l'a vu avec ses parents comme il est partout. Elle ne sait toujours pas qui il est. C'est un enfant qui tue parce qu'il ignore son venin. On a passé Châtelet, on a continué à marcher. On s'est arrêté devant la pyramide du Louvre. "Pourquoi tu l'as appelée "Mitterrand", la photo avec Mitterrand ?" "Parce que je n'ai jamais pris de pseudonyme pour mes photos, j'ai toujours dit Amalia, Amalia Sané." On marchait encore. On chantait Barbara. Avec Julien elle peut tout oublier elle n'oubliera jamais. Julien c'est vigilance. C'est l'aile qu'il lui manque. Sur la place de la Concorde il s'est moqué de son père. Quand son père est au restaurant, il interdit à tout le monde de parler pour mieux déguster la bouffe. Je crois que j'ai crié. T'interdire de parler c'est pire que tout. Si Tadzio m'a suivie à Paris c'est parce qu'il savait qu'avec moi il aurait toujours le droit de parler. Et puis on a pris un taxi jusqu'au square des Batignolles. On est entré dans le square. Tadzio a sympathisé avec un garçon qui draguait et qui avait regardé Julien. J'ai parlé à Julien des deux garçons que j'avais vus s'embrasser quand j'étais petite. Il n'a pas ri comme Benjamin. Il a dit que Louison voulait qu'il fasse l'amour avec un garçon et qu'il lui raconte. Il ne l'avait pas fait, il s'en voulait. Il en parlait avec le même air désolé qu'il avait quand il voulait se débarrasser du VL. Je me sentais incapable de le consoler d'être Julien. C'est impossible de consoler Julien. C'est là qu'il m'a demandé de commencer les photos le plus vite possible. Aucune consolation, seulement les photos dans la chambre du pont-Neuf. J'ai dit qu'il fallait d'abord en parler et qu'il connaisse la chambre. "On va faire l'amour et tu m'en parleras pendant qu'on fera l'amour." Elle se revoit dans les trains pour Trouville. Il ne veut plus qu'elle hésite maintenant. Ils font l'amour. Je griffe son dos jusqu'au sang. Comme la main blanche qui griffait le dos noir sur la photo. On a joui quand le sang a coulé. Le lendemain à la tombée de la nuit je lui ai montré la chambre. "J'aimerais que les photos tu les appelles Enfermés." Elle l'enfermera à nouveau comme enfant dans sa chambre dans la maison à Trouville. Quand ils regardaient la mer tous les deux. Il savait en lui donnant le VL qu'un jour elle l'enfermerait à nouveau. © » Amazon |
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Vie d'Ange L'œil gauche de Vladimir Barbe Bleue H L'acharnement de soi-même J'ai écrasé le mégot La photographe |
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"L'Insecte" 2000 Éditions du Seuil - collection Solo, dirigée par René de Ceccatty | ||
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résumé : "j'affirme que les autres les ont obligés eux à se cacher et à se taire et que eux en sont morts autant que eux sont morts de moi virus du sida" Le livre est un long monologue du virus du sida. L'auteur analyse et dénonce le silence qui a entouré la mort des homosexuels au début de l'épidémie (années 80 et début 90). C'est le virus du sida lui-même qui raconte l'histoire des "garçons du sida" : eux versus les autres, parce que le texte est tout du long articulé sur l'opposition entre "eux" et "les autres" : "Eux" ce sont les séropositifs et leurs amis homosexuels, victimes indirectes. Est-ce que "les autres" représentent les hétérosexuels ? Le virus raconte l'histoire personnelle de certains de ces garçons : Sang Inquiet (qui écrit un livre où il fait parler le virus du sida), Tête Perdue, Petit Balafré, Piotr et d'autres, leur combat de vivre, de survivre mais aussi de faire face à la mort. C'est l'histoire d'une génération sacrifiée qui n'a pas abandonné, et qui laissera au monde le legs toujours vivant d'une solidarité, contre l'homophobie. Le livre de Jean-Michel Iribarren a été originellement publié aux éditions du Seuil en 2000. (extrait) « un jour seulement, un jour bien sûr les autres fatalement consentiront à parler d'eux mais ce jour-là ce ne sera plus eux, seulement un placebo d'eux, un jour les autres fatalement parleront d'eux parce que les autres finissent par tout assimiler, comme ils ont fini par assimiler les six millions de juifs qui sont morts dans les camps de concentration et même aujourd'hui ils inventent des histoires sur les camps de concentration et ils en font des films auxquels les autres accordent toutes sortes de récompenses, les autres ont tellement bien assimilé les millions de juifs qui sont morts dans les camps de concentration qu'ils se scandaliseront sûrement qu'on puisse faire ne serait-ce qu'un rapprochement entre eux et les millions de juifs qui sont morts dans les camps de concentration, les autres qui d'ailleurs ont déjà commencé à les assimiler eux puisque même les pédés aujourd'hui préfèrent oublier, préfèrent les oublier eux, et c'est comme ça que les autres ont toujours opéré : en contraignant tout ce qui ne leur ressemble pas à se rallier et à oublier, les autres finissent par tout assimiler pour le plus grand bien de l'implacable système immunitaire qui perpétue "la vie", finalement le seul système immunitaire qui soit, un jour donc les autres parleront d'eux en donnant libre cours à leur propension inouïe à s'émouvoir, ils se feront peut-être même des reproches comme les autres adorent faire leur mea culpa (les autres, par exemple, ont déjà fait un procès à des hommes politiques- donc à eux-mêmes- à propos des hémophiles que l'on avait soignés avec du sang contaminé par moi-même, mais ils n'ont fait ce procès que pour se dispenser encore une fois de parler d'eux) mais ils ne feront leur mea culpa que dans le seul but de perpétuer "la vie" et son implacable système immunitaire et sans attacher aucune importance aux mots qu'ils diront puisque les autres ont toujours méprisé les mots et n'ont fait que s'en servir pour le seul intérêt de "la vie" et de son implacable système immunitaire, les autres parleront d'eux mais ce ne sera plus eux, il ne restera plus que les autres, il ne faudra jamais compter sur les autres pour dire eux et c'est pour ça que Sang Inquiet écrit son livre dans lequel il me fait monologuer... © » Amazon article paru dans "Le Monde" Amazon Seuil voir interview France Culture |
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L'insecte Yaguine Undead Wild Samuel Géant Âmes dehors (trilogie) Matteo le magnifique |
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"Yaguine" 2000 | ||
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résumé : dialogue entre JM et Yaguine, l'enfant malien mort caché dans la soute de l'avion qui devait le porter jusqu'à la France. (extrait) « Amadou, Aïssa, Koli, soeur Mouna, soeur Koumba : l'amour des hommes. S'il a cru, c'est bien grâce à l'amour des hommes. L'amour des hommes ça te fait croire à la France, ça peut te faire croire en tout. L'amour des hommes pourrit à côté de lui dans la soute, congelé, étouffé. L'amour des hommes pourrit juste à côté de la vie. Exactement comme il a vécu : à côté de la vie. Il ne reste plus que lui à tuer. Ce sera un suicide. Le contraire de ce qu'il avait prévu. Est-ce que Dieu se suicide ? Non, trop timide Dieu, pas eu le courage. Il fera ce que Dieu n'ose pas : Dieu n'a jamais osé suicider la vie. Il nargue l'oeuvre de Dieu. Plus le temps de prier. Il a trop prié, trop passé de temps à remercier Dieu d'une œuvre que lui-même, Dieu, avait renoncé à terminer depuis longtemps. Il se demande : timide, Dieu, ou content de lui ? Une oeuvre n'est jamais finie. Comme un livre. Il en a lu des livres. C'est parce qu'elle écrivait qu'il a voulu la France. Il n'aura pas la France. A cause des livres impossibles à terminer. Dieu, lui, n'a écrit qu'une seule fois et puis débrouillez-vous ! Il s'est débrouillé. Personne n'a jamais imaginé ce qui s'écrit dans l'âme d'un garçon africain. Tout est tué. L'argent et la peur. La vie aussi agonise autour de lui. Il n'a rien dit à Fodé qui prie à ses côtés. Il a juste voulu le protéger, parce qu'il a eu honte des mensonges qu'il lui avait racontés. Il vole recroquevillé au creux de la vérité maintenant. - N'aie pas peur petit frère, c'est rien. On sera un secret tous les deux. - Comme dans les histoires ? - Si tu veux, les histoires de quand on était petit. Serre-toi plus fort. - Tu es chaud ! - C'est le soleil. - Donne-le ! ©» |
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L'insecte Yaguine Undead Wild Samuel Géant Âmes dehors (trilogie) Matteo le magnifique |
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"Undead" 2002 | ||
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résumé : "j´étais pas aux ordres de la vie" Autobiographie, la jeunesse. Fils d'une mère parisienne, et d'un père venu en France d'un petit village de la Navarre espagnole. Enfance dans les Landes à écouter la radio et Mireille Mathieu, en rêvant de Paris. Collège religieux. Premier de la classe à défaut d'être voyou. Les garçons. L'amour terrible entre le fils et la mère. Le douloureux départ de la maison. Paris. Sciences Po : La rencontre déterminante avec Vincent. L'acceptation définitive de l'homosexualité d'un jour à l'autre. Vincent, premier amour, et puis devenu le frère, plus fort que toutes les rencontres éphémères. La révolution Barbara, pour toute une vie, celle sans qui la vie n'aurait pas été ce qu'elle fut : de Pantin au Châtelet en passant par Lily Passion. Après Sciences Po, le refus d'un travail normal, la recherche de la vie d'artiste. La radio, Macha Béranger, les radios libres. Comme il faut bien vivre, quelques boulots dans le monde politique : attaché de presse de ministres. L'incapacité à frayer avec les intermédiaires de toutes sortes, le prix cher de la liberté. L'envie d'être comédien enfin concrétisée. Cours Florent. Les amis théâtreux. Passage à la télévision. Finalement rôle de Frank dans le moyen métrage de Jean-Luc Godard "Puissance de la parole". Et toujours Vincent : "Mon destin est de t'avoir rencontré. Je voudrais encore plus." Rencontre de Vincent avec Hadrien. Naissance du trio infernal : L'amitié à la vie à la mort, les années sida commencent. Renoncement au cinéma, décision d'écrire, comme Vincent. Le premier roman doit être publié mais l'éditeur fait faillite. Manuscrits refusés. La mort de Vincent. Puis de Hadrien. Le deuil impossible de Vincent. Boulot de prof instit désespérant. Le heurt entre l'au-delà de Vincent et le monde. Jusqu'à la rencontre avec Matteo, deux ans après la mort de Vincent, comme un don que ferait Vincent après la mort : Matteo, le sauveur. Publication du livre dans lequel le virus du sida monologue. Quitter Paris. Avec Matteo. Pour toujours quoi qu'il arrive. (extrait) « j'ai marché toute la journée, je sais plus où, dans ces grandes avenues où je sentais le souffle de ma vie, où ma vie était déjà là sans moi qui m'attendait, y avait en ce temps dans Paris une partie de moi qui me courait après, qui désarmait pas... vers le soir j'ai pris le chemin du retour, je suis monté dans un bus qui me ramènerait chez moi, rien avait changé, simplement j'avais arrêté de travailler le temps d'une journée, j'étais assis au fond du bus, à un moment j'ai regardé en face de moi : il devait avoir mon âge ou un peu moins, il était blond, il était magnifique de beauté, je lui ai jamais parlé, il sait pas qui je suis, je lui dois tout... c'est en le voyant lui, ce garçon blond qui avait je crois un manteau vert, qu'en une seconde j'ai basculé : vers moi, en une seconde j'ai tiré un trait sur les pourcentages, pour ce que j'ai toujours appelé l'acceptation, pas la résignation, l'acceptation des garçons, que ce serait ça et pas autre chose, que depuis toujours j'étais homosexuel, sale mot mais puisque c'est le mot, c'est ce que j'étais, en une seconde ça m'a paru magnifique de l'être, et stupéfiant d'avoir tant attendu, j'allais le dire à la terre entière, la terre entière allait le savoir, je voyais celui que j'étais déguerpir sans demander son reste, il reviendrait plus jamais, je le plantais là, il me laissait aucun regret, avec lui tous ceux qui l'avaient forcé à rester inaudible... en même temps j'avais envie de leur dire merci à ceux-là, tous, les humiliateurs, les empêcheurs, je leur devrai toujours tout aux humiliateurs et aux empêcheurs, je leur devrai toujours cette seconde dans le bus, sans eux y aurait jamais eu cette seconde, ce moment où tout a basculé, où demain s'est écrit d'un seul coup, tout ce qui allait venir, j'en voudrai jamais au malheur comme les autres lui en veulent, le malheur m'a tout donné de jamais l'avoir accepté, les empêcheurs de jamais leur avoir cédé, cette seconde restera pour toujours indescriptible, y aura jamais de mots pour dire ce que c'est de devenir soi-même, ç'allait se voir physiquement le changement dû à cette seconde dans le bus, ç'allait se voir pour tout, je viens de cette seconde qui elle-même vient de si loin que je saurai jamais d'où, de l'enfance peut-être, de l'oppression que c'est l'enfance, que ce sera toujours et quelle que soit l'enfance, l'oppression que c'est la famille, que ce sera toujours et quelle que soit la famille, elle venait la seconde du garçon à la barque qui me souriait près du canal et que j'avais laissé repartir, de cet autre croisé devant un marchand de journaux, elle venait peut-être de Lucien quand il avait dit, l'important c'est d'aimer, elle venait de la solitude, ces nuits passées seul avec Kali dans ses pattes et son flanc, de tous les regards assassins que j'avais dû affronter, elle venait du meurtre ma seconde, de tous ceux qui sont morts parce qu'ils ont jamais eu comme moi une seconde dans un bus une fin d'après-midi : elle venait de tous les autres, de lui le garçon blond qui saura jamais ce que je lui dois, ceux d'avant moi qui comme moi un jour s'étaient pas résignés, ceux d'après moi qui comme moi se résigneraient pas que le monde soit ce qu'il est, impitoyable et sans aucune raison, assassin et sans aucune raison, et nos bourreaux, un grand merci à nos bourreaux d'être ce qu'ils sont, on leur doit à nos bourreaux de pas leur ressembler, de pas aimer la vie qu'ils servent avec tant de zèle et sans aucune raison, qu'ils continueront de servir avec autant de zèle qu'avant et sans aucune autre raison que celle de faire des victimes, toujours davantage de victimes, elle venait ma seconde de Vincent et elle lui reviendrait, tout pouvait commencer. © » Amazon |
romans 1
romans 2 poésie entretiens l'envol |
L'insecte Yaguine Undead Wild Samuel Géant Âmes dehors (trilogie) Matteo le magnifique |
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"Wild Samuel" 2013 | ||
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résumé : "Mathieu lui avait passé un papier : on a réussi, non ? C'est fou, avait murmuré, Wild. Non, c'est pas fou, c'est possible, je te l'avais dit, mais je me souviens pas bien, juste qu'on l'a fait" Paris, Berlin. Wild et Mathieu se connaissent à l'âge de onze ans au lycée Henri IV de Paris. Wild aime les filles et Mathieu les garçons mais leur lien est si fort qu'ils peuvent même se retrouver dans leurs rêves. Mathieu meurt à vingt ans. Wild se mariera à Berlin avec Elsa, il aura un fils, puis se séparera, il voyagera, sera comédien puis aujourd'hui une voix dans la radio, mais il ne pourra pas se résigner à être séparé de Mathieu et le recherchera même malgré lui. Il essaiera de retrouver "L'Endroit", accompagné par Ankhchen, la femme mystérieuse et si proche à la fois qu'il retrouve à Berlin. Mais dans ses rêves d'aujourd'hui : est-ce que Mathieu est vraiment Mathieu ? (extrait) « Ils montent dans le taxi de John. Bonjour John. Good evening, Mr. Wild. Le taxi démarre. Où m'emmenez-vous ? C'est une surprise, vous aimez les surprises, n'est-ce pas ? Le taxi roule vers le Sud. Potsdamerstraße. Eisenacherstraße. Vers Steglitz. Le quartier résidentiel du sud de Berlin où il y a de très belles maisons. Donc, vous n'avez pas passé votre anniversaire avec Ellen ? Non, elle voulait me laisser avec Elsa et Matthew. Ah, je vois. Qu'est-ce que vous voyez ? Je vois que c'est une femme différente. Des autres ? Différente, et puis elles se connaissent n'est-ce pas ? Elsa et Ellen, oui. Il pense que oui, elle est différente, il l'imagine, peut-être dort-elle, de son sommeil fatigué. Il pense aussi, il y pense depuis un certain temps, est-ce que je vais le dire à Ankhchen : le Normandie, la Boîte à films, la porte. Il pense que c'est trop tôt pour aller lui raconter. Mais il n'aime pas lui cacher des choses. Vous me cachez des choses, mon petit Wild ? Il sursaute. Je vous jure que non, pourquoi ? Je vous connais, vous savez, mais je n'aime pas vous brusquer, vous avez besoin de douceur, je l'ai toujours su. Je n'en ai pas toujours de la douceur. Oh vous n'avez pas à vous plaindre non plus, trop de douceur et vous vous endormiriez sur vos histoires. Mes histoires ? Oui, bon, votre histoire. Le taxi s'arrête. La rue est déserte. Ils sortent. John reste dans la voiture. Vous repartez John ? John fait signe que non, qu'il reste. Ils se dirigent vers la grille de l'entrée. John n'est pas très bavard, fait remarquer Wild. C'est avec vous, vous l'intimidez. Moi, je l'intimide ? Oui vous l'intimidez parce que normalement lui et moi, nous n'arrêtons pas de parler. C'est une maison immense. Il fait sombre mais Wild entrevoit une masse imposante, sombre. Ils montent l'escalier menant au perron. Ankhchen porte un pantalon serré rentré dans de grosses bottes faites pour la neige. Elle porte un grand chapeau aux larges bords. Des gants noirs. Sa cape noire. Et de quoi parlez-vous ? De tout, de la vie, de la mort, de vous parfois. Ils entrent. Elle allume une faible lumière. Il fait chaud dans la maison. C'est la maison de mon ami Archibald Aschenbauer, il est à l'étranger en ce moment, à un congrès médical, vous voulez visiter ? Je vous suis. Alors venez, vous visiterez plus tard. Ils s'engagent dans un grand escalier sombre, comme du marbre. En montant, Wild aperçoit en bas une porte ouverte sur une grande bibliothèque éclairée. Premier étage. Deuxième étage. Troisième étage. Quatrième, elle le conduit dans la seule pièce de l'étage, une pièce ovale, pas très grande, entourée toute entière de baies vitrées et d'une sorte de canapé, ovale aussi. Au-dehors, les lumières, Berlin. Elle enlève sa cape et son chapeau. Il enlève son manteau et son bonnet. Je vous laisse et je reviens. Il s'assoit. Il se croit au bout du monde. Elle revient avec deux coupes et une bouteille de Ruinart. Vous êtes redescendue ? Non, au troisième, faut pas pousser grand-mère. Puis, ouvrez-la mon petit Wild, vous avez plus de force que moi. Ils trinquent. À vos trente-neuf ans ! Allez voir sur la table, c'est votre cadeau. Il ne fallait pas. Oh Wild, ne soyez pas pénible. Il ouvre le paquet. Dedans une dizaine de paquets de cigarettes. C'est celles que j'ai fumées il y a un mois, que vous faites venir spécialement d'Argentine ? Celles-là, vous les ouvrirez quand vous serez chez vous, c'est mieux, non, non, ne m'embrassez pas, quand vous buvez du Champagne cela ne vous réussit pas, et soyez gentil, éteignez la lumière. C'était si désagréable que ça l'autre fois? dit-il en s'asseyant à côté d'elle. Hmm, murmure Ankhchen en allumant une cigarette. Lui aussi. Ils ont enlevé leurs chaussures. Elle a les jambes repliées sur le canapé. Le diamant autour de son cou comme seule lumière au-dedans. Il se demande comment elle fait pour être aussi agile avec ses jambes. Elle n'est pas maquillée. Il a enlevé son pull. Il fait très chaud. Pourquoi fêtez-vous mon anniversaire puisque vous ne croyez pas au temps, dit-il. Parce que vous et moi aimons faire la fête, n'est-ce pas ?... et puis non si vous voulez savoir, ce n'était pas désagréable mais maintenant il vaut mieux réserver vos élans pour Ellen. Pour elle seule ? Elle seule je ne sais pas, j'espère pour vous que non mais vous ne trouverez pas toujours quelqu'un aussi compréhensif que Mathieu. Alors je suis condamné à n'embrasser qu'elle ? Vous êtes condamné à vivre, mon petit Wild, c'est tout, et qu'en pense-t-il, lui ? vous en êtes toujours à tralala ? Nous étions tous les trois l'autre fois, elle, Mathieu et moi, alors je me suis dit que je ne faisais que rêver de Mathieu mais c'est tout, puisqu'elle était là aussi. Qu'est-ce que vous en savez ? dit Ankhchen. Vous croyez toujours que c'est lui alors ? dit Wild. Ce que je pense n'a pas d'importance, c'est vous, vous seul, lui et vous. Oui, je sais. Il revient chaque nuit. Une nuit, nous étions chacun dans un lit, c'était deux lits superposés, il était au-dessus de moi avec un autre garçon. Quand le garçon est parti, il a dit que c'était un savoyard, ça voulait dire un connard, vous savez qu'il disait ça, connard, de ceux qu'il n'aimait pas. Il y en avait beaucoup ? Pas mal oui, ceux qui l'empêchaient de vivre vraiment, il disait ça. Par exemple il n'aimait pas quand une fille tombait amoureuse de lui, ça le terrorisait, il aurait dû être flatté mais non, il me disait, t'as qu'à t'en occuper. Et vous le faisiez ? Il rit, oui, parfois. Et il s'occupait des garçons qui tombaient amoureux de vous ? Ça non, il aurait détesté ça. Elle lui dit que son ami Archibald est un spécialiste des rêves, très renommé, et aussi un vieux militant de la cause homosexuelle. Vous pourriez aller le voir, il a son cabinet à l'hôpital de la Charité, c'est à côté de votre radio. Ça l'étonne qu'elle lui propose ça. Mais vous dites toujours qu'il faut que je me débrouille seul. Oui et je le redis, mais ça vous rassurerait peut-être, et puis c'est un grand ami à moi. Il la regarde. Non, dit-elle, je vous ai dit qu'il était homosexuel, très pratiquant, enfin, il l'était, il est vieux maintenant. Je ne sais pas, ça ne m'emballe pas, et ça n'emballera pas Mathieu non plus. Elle sourit. Mathieu disait que la science c'était le contraire de la vie. Il a peut-être changé d'avis, dit-elle. Je ne crois pas, personne ne peut comprendre notre histoire, même nous on la comprenait pas, personne n'y croira. J'y crois bien moi. Ellen y croit aussi, dit-il. Vous voyez, ça fait déjà deux. Elsa aussi, je crois. Trois, dit-elle. La bouteille de Ruinart est presque vide. Ceux qui y croient m'aiment, ce n'est pas scientifique, c'est autre chose. Archibald y croirait aussi, c'est un être supérieurement intelligent. Ce n'est pas une histoire d'intelligence, répond doucement Wild. Je sais, je sais, mais enfin un savoyard ne comprendrait rien à tout ça. Et Ellen ? dit-il. Elle s'est levée. Elle regarde au-dehors en fumant. Ellen ? Ellen, vous êtes en train de l'embarquer dans un sacré voyage, vous en êtes conscient ? Puis elle dit, vous avez envie d'aimer, Wild ? Il la regarde, dites-le moi, vous. Moi, quand je vous ai rencontré, vous savez, là-bas, il y a longtemps, c'est ce que j'ai vu, aimer, et j'ai vu aussi que vous ne le saviez pas... est-ce que vous aimez la vida, Wild ? Il se lève aussi. Je ne me suis jamais posé la question, mais je suppose que je ne la déteste pas, et vous ? Moi, je la trouve monstrueuse, mais j'aime la mort aussi, elle aussi, monstrueuse, comme vous savez, monstrueusement belle, comme vous êtes en train de l'apprendre. Mathieu a dit que vous n'étiez pas morte, il avait l'apparence d'un chien loup cette nuit-là. Oui, il dit ça, je sais, dit Ankhchen. J'ai sommeil, dit-il, je me demande si Ellen ne m'a pas transmis sa maladie. La narcolepsie ne se transmet pas, mon petit Wild, mais après tout, on ne sait jamais, allongez-vous. Elle s'assoit. Il s'allonge et pose sa tête sur ses genoux. Elle lui caresse les cheveux. Monstrueusement belle, alors ? il murmure. Puis, merci pour cet anniversaire. Les paupières se ferment. Il s'endort. Il attend qu'il revienne. Il se réveille dans la nuit, se rendort. Il revient. Quand finalement il se réveille, pour de bon, il se lève et cherche dans son manteau son stylo. Il voit sur le canapé ovale un bout de papier avec l'écriture de Ankhchen et écrit vite quelque chose au dos. Mathieu lui a dit quelque chose dans le rêve. Quelque chose qu'il doit maintenant vérifier. Ankhchen a dû oublier le livre qu'elle avait sorti de son sac, The beautiful and damned, Fitzgerald. Il lit le mot qu'elle a laissé sur le papier : faites de beaux rêves, John vous ramènera chez vous, je vous laisse les coordonnées d'Archibald, à bientôt, A. © » Amazon |
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romans 2 poésie entretiens l'envol |
L'insecte Yaguine Undead Wild Samuel Géant Âmes dehors (trilogie) Matteo le magnifique |
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"Géant" 2016 | ||
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résumé : "Ils sont beaux les futurs papes, un homosexuel noir trop beau pour eux et un vieil Italien terrifié à l'idée de devenir pape" Une heure dans la vie de trois personnages, la même heure : Vincent, Léa, Ben. Vincent, l'écrivain, dans sa chambre à Paris près du Canal Saint-Martin ; il écrit un roman dont le personnage principal serait Dieu, qu'il appelle Jim Mortail. Vincent vit avec Sarah et leur fils adoptif, Mamoudou, qui veut être comédien. Vincent revient de l'hôpital où sa mère vit ses derniers moments : "Elle était le paradis. Elle pouvait être l'enfer". Léa, la mère de Vincent, dans sa chambre de l'hôpital Pasteur où elle va mourir, et qui commence son dernier voyage dans un train sans heures, des visages, la mer, une fête aussi, même le Prince Mychkine est là. Et Benjamin Sané, le jeune cardinal noir, "Le guerrier" comme on l'appelle, originaire du Mali (sa mère y recueillait des orphelins du sida, parmi lesquels Mamoudou), ami de Vincent et de Léa. Ben à la dernière heure du conclave au Vatican qui l'élira, ou pas, comme le prochain pape ; assis à côté du mystérieux cardinal Visconti, Ben qui échange des regards avec le beau garde suisse, Danilo, et qui en attendant la fumée blanche, poursuit son dialogue méfiant avec Dieu, que parfois il appelle Géant. (extrait) « (Vincent) J'écris ce livre depuis trois ans, j'y ai mis ma vie, sa vie, celle de Mamoudou, j'ai relié Dieu à nous. J'ai fait parler Dieu avec Roman, avec Mama, j'ai imaginé le dialogue entre David, dans sa librairie, et un visiteur qui serait le Diable et que j'appelle Lucien. Je ne vais pas me mettre à tout raconter. On ne peut pas parler d'un livre qu'on écrit, on l'écrit. La fille de la passerelle ne bouge pas, elle attend. Je pense, est-ce qu'il reviendra, le jeune homme ? Les photos sur les murs je ne les regarde presque jamais, elles sont là mais je ne les regarde pas, ce n'est que là, dans la chambre où je devais écrire et où je n'écris pas, où je me suis réfugié après avoir laissé ma mère dans sa propre chambre, dans son agonie, où je me suis réfugié parce que ça devenait insupportable de rester là-bas, ce n'est que là que je les regarde un peu. La cigarette se termine. Quelle vie ! Elle n'était plus la même, souvent je pensais, ce serait mieux d'en finir, ce n'était plus elle mais ça l'était encore un peu, comme cette phrase, quelques mots qu'elle disait encore quand elle pouvait encore parler, son sourire parfois, un quart de seconde, et puis elle a fermé les yeux, mais on lisait encore sur son visage, son voyage qui n'est pas un voyage tranquille et qui me tourmente aussi, quelle vie quand je pense au temps passé avec elle, même encore récemment, quand je l'emmenais dans un café et qu'elle me tenait la main, qu'on parlait encore un peu mais plus comme avant parce qu'on avait déjà tellement parlé. La guerre s'était apaisée mais avec la guerre qui se termine c'est aussi l'amour qui n'avance plus, qui est là, pour toujours mais un toujours inconnu. Ce lit de sa chambre où je suis à côté d'elle sans y croire vraiment. Un jour, j'étais encore adolescent, nous étions allés à Lourdes tous les deux, elle s'était baignée dans l'eau de la grotte, je n'ai jamais su pourquoi, je ne sais même pas si je le lui ai demandé, on préservait un peu nos secrets quand même. Je me souviens du voyage pour aller là-bas, notre amour c'était un peu comme un inceste, parce que quand ce n'était pas la guerre, c'était tout, c'était trop d'être si près l'un de l'autre, en voulant toujours plus, ce qui est impossible, l'amour entre un fils et sa mère bute contre l'étau de la vie. © » Amazon |
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L'insecte Yaguine Undead Wild Samuel Géant Âmes dehors (trilogie) Matteo le magnifique |
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trilogie « Âmes dehors » | ||
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premier roman : "Le pull gris fer" 2018 résumé : "Il a toujours été comme ça, même petit, il savait tout sans en donner l'impression, il me disait des choses auxquelles je n'avais jamais pensé, des choses de la vie, il était comme avec toi, des fois j'en pouvais plus qu'il soit lui" Velma, la soixantaine, est seule depuis un an. Alain, l'homme de sa vie, le self-made man, est mort. Velma est une journaliste française assez connue. Elle décide de s'en aller à la recherche de son fils, Frédéric, parti il y a dix ans aux Etats-Unis, il avait 22 ans, et dont elle n'a plus de nouvelles. Frédéric qui avait des rapports compliqués avec son père, et très (trop ?) proches avec sa mère. À Los Angeles elle descend dans l'hôtel où Janis Joplin est morte. Aidée par Asa, son ami de jeunesse américain, aujourd'hui scénariste à Hollywood, elle commence sa quête en Californie. Dans l'hôtel elle rencontre Matthew, le jeune poète, s'ensuit une sorte de romance inespérée. Allers et retours entre Los Angeles et San Francisco, Venice Beach, Santa Monica, la Paramount, à bord de la décapotable Camaro. Elle rencontre des amis de Frédéric, Tom, Dan, la fuyante Sandra, elle hante les lieux qu'il aurait fréquentés, des bars gays, une librairie à West Hollywood... Mais où s'en est allé Matthew ? Le hasard la fait tomber sur une certaine photo du Los Angeles Times qui la décide à partir à New York. Greenwich Village. Et puis Pierre, le petit ami de Frédéric au temps du lycée, l'appelle un jour de Paris : il veut lui parler d'un appel qu'il a reçu quelques semaines auparavant... À la radio, la voix de Jimmy Prince la nuit précipitera le dénouement. (extrait) « Elle se gare. Le bar est fermé, elle frappe à la porte, Dan vient ouvrir, on prend un verre ? Mon Dieu, j'ai déjà trop bu mais si vous voulez. C'est une nuit douce, pesante à se saouler, à prolonger la nuit quand on sait que de toute façon on ne dormira pas, une contrariété et elle ne dort pas, ou alors c'est le trou au milieu de la nuit, se réveiller et ne plus pouvoir dormir avant le petit matin, mais au petit matin parisien il fallait se lever. C'est West Hollywood, il y a plein de bars gays, Dan l'emmène dans un qui n'est pas loin, Leopards, c'est le nom du bar, il dit, ça ne vous ennuie pas d'aller à un bar où Jimmy allait ? J'ai le choix ? Ils rient. Rires de nuit quand les gens dorment. Le Leopards est plein, les garçons en terrasse, Dan fait signe de loin à des amis, vous voulez que je vous présente ? Non, pas vraiment envie, à moins que... il y a des amis de mon fils ce soir ? Mmm... Dan regarde. Elle dit, Holden est là ? Holden ? qui est Holden ? On avance, pense-t-elle, ou pas. On ne peut pas fumer à la terrasse du Leopards, pas comme au Romance. La cigarette la démange, elle la sort, Dan dit, je les connais, on fera une exception, les mecs sont cools ici. Cool, elle pense, nuit cool. C'est un ami à Jimmy ? C'est ce qu'on m'a dit, il ne s'appelle pas Holden mais Jimmy l'appelait comme ça, elle dit, Jimmy, pas Frédéric, parfois elle dit, mon fils. Vous recherchez Jimmy ? vous êtes venue de France pour ça ? Combien de fois n'a-t-elle pas déjà raconté l'histoire, même à Harold, à Teresa ou Laura. À Matt. Bien sûr Dan ne peut pas l'aider beaucoup mais il pense qu'il connaît ce Holden, il venait souvent avec un garçon, le même âge je pense, ce doit être lui Holden, charmant, ils avaient l'air bien ensemble, ils riaient beaucoup, ou ils parlaient, je les ai vus se disputer mais ça ne durait pas, maintenant que j'y pense oui, c'est ça, Holden, cela fait longtemps que..., Jimmy me l'a présenté, Holden, ça y est, pourquoi Jimmy ne vous contacte-t-il plus, vous êtes fâchés ? Quoi répondre ? Que peut-elle répondre à ça puisque c'est LA question et qu'elle ne sait pas. Non, on n'est pas fâchés, il vit sa vie je suppose, tout le monde fait ça non ? Dan réfléchit, tout le monde ne se coupe pas de sa famille. Il doit avoir ses raisons. Surtout vous, vous avez l'air d'être une bonne mère, good mother, un garçon vient embrasser Dan, Dan présente Velma mais sans parler de son fils, a friend, il dit d'elle, elle l'aime bien ce Dan, elle boit son coca, pour un peu, mais non, plus de vin, la cigarette est finie depuis longtemps, tu peux me le décrire ce Holden ? Au téléphone tard dans la nuit, Asa lui dira qu'il n'a jamais entendu parler d'un autre garçon que Tom, je ne sais pas, ça paraît fou. Allongée dans le lit à chercher le sommeil, elle y pense, encore plus fou qu'il puisse imaginer, Asa. Elle s'endormira avec les premiers rayons du soleil sur sa peau de femme qui tremble. Qui en tremble. © » Amazon deuxième roman : "Rollercoaster" 2021 résumé : "je voulais partir, j'avais lu des livres, ceux qui font des choses, des grandes choses vous savez, ils partent toujours, tous. Même ceux qui restent, je me comprends" (Diego) New York 2019, Frédéric, Velma, Matthew. Matthew, né à New York, vit avec Frédéric le Parisien depuis douze ans, ils se marient. Matthew est aussi l'amoureux de la mère de Frédéric, Velma, qu'il a connue quand celle-ci recherchait son fils, dont elle était sans nouvelles, en Californie. Frédéric fait une émission de nuit dans une radio du Queens : Streetwalk, sous le nom de Jimmy Prince. Et il y a ceux qui l'écoutent la nuit dont les chemins de certains vont finir par se rencontrer, et parmi eux, Andrew et Pete à Columbia University ; et Diego, le jeune immigré mexicain qui rencontre madame Soledad (88 ans) et qui habitera chez elle à Manhattan Upper East Side, après avoir vécu des mois dans la rue et connu Lena, la fille des rues de la nuit. Et aussi celui qui a écrit à Jimmy une lettre étrange avec le mot 'rollercoaster'... jusqu'au virus qui désole la cité ; les amis s'organisent pendant le lockdown... mais, New York revit quand même, et nos personnages réunis aussi... (extrait) « James vient de faire sa pré-inscription pour l'Actors Studio, en ligne (Why would you like to become a lifetime member?). Laquelle consiste essentiellement en l'envoi d'un curriculum et d'une lettre de motivation. Il n'a pas encore choisi la scène (théâtre contemporain) qu'il jouera et qui doit durer autour de cinq minutes. Voici la lettre qu'il a écrite, écrite sans brouillon, d'un seul jet et pratiquement pas corrigée : Je m'appelle James Duran, du nom de mes parents adoptifs. Je suis étudiant à l'université de Columbia, en journalisme. Mais mes études ne me définissent pas. Elles sont juste la prolongation de l'adolescence et de mes bonnes notes au lycée. Alors qu'est-ce qui me définit ? J'ai passé mon enfance dans le sud et puis suis venu à New York. New York, mon envie d'y vivre, me définit, une part de moi. Les choses qui me définissent sont au-dedans de moi et ne pourront pas être ici dites, peut-être est-ce là la raison de mon envie de devenir comédien : faire vivre ce dedans de moi. Je ne voudrais pas être compliqué alors simplement vous dire que j'ai toujours aimé le cinéma, je connais peu le théâtre, pourquoi mentir, mais je connais bien Hamlet. Le cinéma m'a nourri au-dedans pendant cette enfance et adolescence où seule la solitude était avec moi. Peut-être qu'il m'a sauvé, m'a appris la vie, combien la vie est un défi et une ennemie à la fois. Est-ce que je voulais être comédien depuis toujours ? Pas consciemment en tout cas. À l'époque il y avait plus urgent que devenir comédien, travailler en classe, ce qui m'était très facile, ça ne comptait pas, je travaillais bien sans effort. Plus urgent, quitter l'endroit où j'avais été élevé, mais ai-je vraiment été élevé ? Plus urgent, rêver ma vie, résister à ne pas devenir ce qu'on aurait voulu que je sois, je ne sais pas bien quoi mais en tout cas pas ce que moi je voulais. J'admirais des acteurs, des actrices, inutile de les citer, ou alors seulement Robert De Niro, Leonardo, Isabelle Adjani, Dans son curriculum : son âge, sa date de naissance, son adresse, Columbia, ses lectures (Dostoïevski, Richard Yates, Fitzgerald, Proust, Denton Welch…) et une photo genre photo d'identité. Dans la lettre il a menti sur les cours de théâtre au lycée, et sur Roméo, c'est faux, il a menti pour préserver sa vérité, de toute façon je n'aurais pas joué Roméo mais Hamlet, c'est ce qu'il pense. © » Amazon Amazon troisième roman : "Hotel Monroe" 2024 résumé : "Notre hôtel ça va être le nouvel hôtel Chelsea, c'est ce que dit Jimmy. Et James explique aux autres que l'Hotel Chelsea à New York dans les années soixante-dix, et après, était l'hôtel des artistes, des poètes, des gens comme Mapplethorpe. Mapple quoi ? dit Andrew. Oh vous êtes tous des ignares, rétorque James." Suite de "Rollercoaster", New York (quand on espérait encore que T. ne soit pas réélu) : Frédéric (alias Jimmy), Matthew, Velma, Soledad, Diego, Pete et les autres quittent leurs appartements respectifs pour emménager tous dans l'Hotel Monroe près de l'Hudson, que Soledad et Velma ont racheté. Un hôtel librairie des années 30, genre art déco, un hôtel de trois étages pour eux seuls et qui n'aura qu'une seule chambre réservée pour des clients, dans laquelle vont défiler des personnages parfois célèbres, parfois étranges. Commence une nouvelle vie dans ce qui serait comme l'Hotel Chelsea des années 2020 où tous les âges sont représentés de 22 ans à 90 ans (Soledad) ; James tourne avec Scorsese, puis joue dans une pièce à Brooklyn au théâtre Nouvelle Vague avec une actrice qui fait son grand retour, Jimmy continue la nuit son émission de radio Streetwalk, Diego tourne dans une pub Levis, et on découvre de nouveaux venus comme le jeune inspecteur Frown qui demande des conseils à Soledad pour ses enquêtes policières, Celine qui rencontre Pete, devenu assistant parlementaire au Capitole, et même une comédienne très connue, et qui elle aussi écoute Jimmy à la radio... (extrait) « J'ai beaucoup entendu parler de vous. C'est ce qu'on dit toujours, n'est-ce pas ? mais là c'est vrai. Ronald s'assoit sur le fauteuil à côté d'elle, au Plaza. Vous recevez toujours au Plaza ? Souvent oui et j'ai pensé que ça vous plairait, n'est-ce pas. Il sourit, beaucoup, j'y ai des tas de souvenirs, le Met n'est pas loin. Je sais, je sais beaucoup de choses sur vous à vrai dire, James, vous savez, et Velma aussi. Ronald est le seul du groupe qui ne la connaissait pas. James a arrangé le rendez-vous, il vous plaira lui aussi, a-t-il dit à Soledad, et puis vous pourrez parler de tout. Tout, cela voulait dire Vicente, le fils de Soledad mort du sida. Mais James je peux aussi parler d'autre chose que du sida. Elle pouvait Dieu sait, mais elle était touchée que James le dise comme ça, sans détour. Il aurait à peu près votre âge s'il avait vécu, dirait-elle plus tard à Ronald. Alors Ronald, vous serez un de nos hôtes ? Elle voulait dire l'hôtel, la folle aventure. Ils en parlèrent longtemps. Même des choses matérielles, les frais fixes, et si c'était viable, comme on dit. Diego n'arrête pas de me parler de ça, ces choses, il a raison mais enfin si on commence à penser à toutes ces choses, dans la vie, vous savez bien, on ne fait jamais rien. Il était d'accord, les choses matérielles étaient importantes mais pas si importantes, on s'arrangeait toujours avec les choses matérielles, c'était rien que la vie, la vie on la contourne, on ne la laisse pas faire, cette destructrice des rêves et des aventures. Ce jour-là Ronald avait le cœur fragile, pas le cœur du pace-maker, l'autre cœur, celui de la vie, celui qu'il faut recharger chaque jour même quand on a aucune envie de le recharger. Alors ils étaient passés des choses matérielles à celles du cœur. Diego. Son ange. La plus grande des aventures. James. Son aventure à lui. On ne fait des aventures qu'avec la jeunesse, vous êtes d'accord, Ronald ? Il était plus que d'accord. Et puis si la jeunesse vieillit on s'en fiche, puisqu'on l'a connue jeune, la jeunesse. Ça paraissait compliqué mais pour eux ça ne l'était pas. Et il parla de l'autre James, son ami mort peut-être en même temps que Vicente (quelle année ? demanda-t-elle). Elle écoutait. Elle pensait à son fils. Et ils en parlèrent enfin. Vous l'avez peut-être connu ? Mais il ne se souvenait pas de ce prénom-là, Vicente. Pourtant il dit, oui, c'est possible, on se connaissait presque tous, même de vue. Oui, dans vos endroits, elle avait dit. Oh Ronald ne faites pas cette tête, oui vos endroits, je ne suis pas née de la dernière pluie, vous en avez eu de la chance d'avoir ça, vos endroits, ce devait être, enfin, c'était vos endroits à vous, pas aux autres. Vu comme ça. Ils rirent. S'il n'y avait pas eu le sida ! Vous étiez des héros et personne ne le sait. Vous, vous le savez. Moi oui, et quelques autres, Frédéric par exemple, ou James, votre James de maintenant, ils ont beau ne pas avoir connu ce temps-là, ils savent, ils savent que c'est leur histoire aussi. Vous êtes une femme formidable. Ça lui a échappé sans vouloir. Ils se lançaient des mots comme ça à la figure, héros, formidable. Et le cœur de Ronald se remit à battre, se défragilisa, parfois il suffisait de peu, une conversation, qu'on vous le dise ça, cette évidence qu'ils étaient des héros, mais on ne le leur disait pas souvent, et justement, c'était de le dire qui comptait, et si c'était juste de temps en temps, encore mieux, on ne galvaude pas les héros. Vous vous souvenez quand on fumait encore à l'intérieur du Plaza ? Ne m'en parlez pas, vous fumez Ronald ? Un peu, et vous ? Un peu aussi, à vous aussi ils vous empêchent de fumer ? Oui mais c'est parce qu'ils nous aiment. Écoutez, en sortant nous irons fumer tous les deux au parc, vous me donnerez le bras. Il était beau je suppose ? dit Ronald. Vous aussi je suppose, c'était de beaux garçons, on les a tués. Ça les faisait rire de dire ça parce que c'était vrai. Vous voyez Ronald, il n'y a que nous qui pouvons rire de ces choses-là, n'est-ce pas ? c'est notre privilège. Alors on est des privilégiés ? En quelque sorte mais ils ne le savent pas. C'est qui ils ? Ceux qui ne sont pas comme nous, vous savez bien, ceux qui ne sont pas Frédéric, ou Diego, ceux dont on se fout après tout. Elle se sentait guerrière. Il se sentait chevalier. C'était bon de recharger les accus qu'on n'avait pas prévu de recharger. Donc, à l'hôtel, vous prendrez la suite ? Ne m'en parlez pas, Diego m'a convaincue, il veut que je meure dans une suite et pas dans une chambre normale, et puis pour revenir aux frais, ne vous en faites pas, Velma et moi on en fait notre affaire, et puis vous aussi vous participerez, vous allez tous vendre vos appartements, non ? Moi oui, je pense, mais Frédéric et Matthew veulent le garder, ils disent que ce sera le refuge pour tout le monde quand on en aura marre de se supporter. Ça n'arrivera pas, vous verrez, l'hôtel est très grand, moi aussi je vendrai mon appartement, j'y ai vécu des dizaines d'années, mon fils aussi, j'y ai connu Diego mais je le vends, le seul moyen de ne pas y mourir tout en y restant, c'est de le quitter, vous pensez que c'est clair ce que je dis ? C'était clair parce que c'était la journée de la clairvoyance, clair de femme, clair de survivant. J'adore passer sous ce tunnel avec vous en fumant, Ronald, lui dit-elle dans le parc. Le printemps revient, n'est-ce pas ? Le printemps revenait toujours. On y pouvait rien. Après l'hiver. Ils le savaient. Vous pleurez ? Oui, dit Ronald, ça faisait longtemps, ça fait du bien. Pleurez mon enfant, pleurez, je suis là. Clair de larmes. Quand je suis comme ça, j'ai toujours envie d'aller aux toilettes. Ne m'en parlez pas Ronald, rien que de vous entendre dire ça, moi aussi j'ai envie. Au retour James ne l'interrogea pas et le prit seulement dans ses bras. Et elle, au retour, Diego n'était pas encore rentré, quand elle entendit la porte s'ouvrir, elle s'avança vers lui, ne dites rien Diego, elle avait les yeux humides, il ne dit rien, il pensa, elle vit toujours intensément, elle a peur mais elle vit intensément, et ils se regardèrent, et ils parlèrent comme ça, leurs yeux, tout ça est épuisant Diego, il pensa que oui, que c'était épuisant de vivre comme ça toujours, d'être eux à ce point. © » Amazon |
romans 1
romans 2 poésie entretiens l'envol |
L'insecte Yaguine Undead Wild Samuel Géant Âmes dehors (trilogie) Matteo le magnifique |
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"Matteo le magnifique" 2023 | ||
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résumé : deux longs voyages à 45 ans de distance, deux tournants qui se rejoignent (extrait) « Sur notre promontoire, Robert a voulu faire une photo de Matteo tout près du vide. Je me suis précipité comme pour le retenir, j'avais peur mais on a fait la photo, et puis une autre avec nous deux les bras en l'air triomphants sur notre roc. C'est la photo qui me reste le plus, celle du triomphe qui précéderait les malheurs parce que la vie est ainsi, jalouse, mesquine et revancharde. On a repris notre bus. Puis on a pris une espèce de téléphérique qui nous a amenés dans la brousse des montagnes bleues. Il y avait beaucoup de monde sur le chemin, des groupes et des groupes, je commençais à en avoir assez, surtout que Robert s'étalait dans les explications. Moi, les explications ça m'ennuie. Dans les bus touristiques je ne mets jamais les écouteurs. J'ai pas besoin qu'on m'explique, je regarde et j'imagine. C'est peut-être idiot mais c'est ainsi, je n'ai jamais vraiment été curieux dans ce sens-là, je suis curieux d'autre chose, des choses de la vie, de ces choses-là, pas des choses qu'on t'explique dans une excursion et même si c'est Robert qui les explique. J'ai parlé avec un gros gay qui adorait Dalida mais comme il était gros et pas beau j'ai pas trop prolongé la conversation. Et puis on a fait la queue avec la foule pour prendre un autre énorme téléphérique, entassés les uns sur les autres, j'en avais ma claque, Matteo le voyait, j'aurais pas dû lui montrer que j'en avais ma claque mais j'en avais ma claque, je n'aime pourtant pas le faire souffrir surtout dans un voyage tel que celui-là. On s'est retrouvé dans une espèce d'hôtel où on nous avait réservé une table avec un menu à choisir sur trois menus. On a pris le Fish and Ships mais je n'avais pas très faim. Je suis sorti fumer au parking, j'avais mal au ventre. Matteo est venu me rejoindre. Il était doux avec moi, il devait un peu m'en vouloir d'être comme ça mais il ne le montrait pas. Dans le bus j'ai été mieux. C'est là que j'étais bien en fait, en roulant, avec les plaisanteries de Robert, les choses humaines qu'il disait parfois, et Matteo à côté de moi. Le dernier arrêt je crois a été pour un zoo avec tous les animaux qu'on trouve en Australie, les koalas surtout, et les petits kangourous qu'on appelle des wallabys. Au moins là dans ce petit zoo on faisait ce qu'on voulait, on allait où on voulait. Matteo donnait à manger des graines aux kangourous. Les koalas dormaient dans les arbres comme des bébés, ils dorment tout le temps en fait. Matteo et moi on a fait une photo, payante évidemment, avec un koala dans les bras, le koala s'est juste réveillé au moment de notre photo, c'était mignon et bizarre. Dans le magasin du zoo, Matteo a acheté un autre chapeau, genre cow-boy. On a terminé le voyage par le stade olympique et le bus nous a amenés au ferry pour rentrer à Sydney. Robert nous a dit au revoir à chacun et moi je lui a fait un hug. Il nous a demandé si possible de faire un commentaire sur lui sur google. Ce qu'on a fait avec plaisir, ce fut la seule fois. Le ferry nous a ramenés au port, Darling Harbour, une des parties du port de Sydney avec plein de restaurants. On a mangé une pizza calzone dans un italien. J'étais pas si mal mais j'avais encore des problèmes de ventre, comme s'il était gonflé. On est rentré à pied à l'hôtel. J'avais tellement d'amour pour lui et je voulais tellement qu'il soit heureux. Mais ces vacances ne s'annonçaient pas comme les vacances sans taches ni problèmes qu'on avait toujours eues, partout, à Tel Aviv, New York ou en Californie, et ailleurs. Il nous restait un jour à Sydney avant d'entamer la folie des escales un peu partout. Faire les valises et les défaire. J'avais l'impression d'être au bout du monde, je l'étais, j'aurais voulu être tout le temps heureux avec lui. © » |
romans 1
romans 2 poésie entretiens l'envol |
L'insecte Yaguine Undead Wild Samuel Géant Âmes dehors (trilogie) Matteo le magnifique |
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"Parce qu'eux" 1989
"L'infini" 2026 | ||
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« (la déchirure) Assis près de ton lit la vie long l'amor l'histoire l'histoire finit, pas le souffle à peine mais mon corps les tourments s'accrochent sois tranquille je dis Et j'écris les mêmes questions je tenais le monde entre mes mains cette grandeur tu es où tu me diras ? fait chaud fait froid le soleil ça sert à quoi l'enfer l'idée ma mère au bout du gouffre ma mère au bout du souffle revivre vaincre vaincu tu disais ? tu disais que j'étais… ? on s'aimait sans trembler on en tremblait trembler mais vivre mourir, et après, l'or… Aimer jusqu'à la déchirure tu l'as voulu tu l'as j'veux rien d'autre je le lui ai dit elle a dit oui toujours la déchirure © » Amazon |
romans 1
romans 2 poésie entretiens l'envol |
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France Culture : "Du jour au lendemain" par Alain Veinstein : "L'Insecte", de Jean-Michel Iribarren, éditions du Seuil, interview 2000
Alain Veinstein : Vous êtes né en 58 Jean-Michel Iribarren et votre éditeur nous informe que vous avez exercé divers métiers dans la politique et le cinéma, la politique et le cinéma c'est pas tout à fait la même chose... Jean-Michel Iribarren : II y a beaucoup de gens qui disent que c'est pareil, je ne sais pas... Vous voulez que je vous dise exactement ce que j'ai fait ?... Dites ce que vous voulez, vous êtes libre... C'est vrai que j'ai fait beaucoup de choses... le parcours qui m'a mené a l'écriture a été long... j'ai commencé à écrire tard, à l'âge de 30 ans à peu près et je crois que ce que j'ai fait avant n'a pas franchement d'intérêt... ce qui est intéressant, c'est que tout ça menait à l'écriture, que l'écriture était déjà là même quand je n'écrivais pas, que mon meilleur ami, dont je parle dans le livre, lui, voulait écrire depuis qu'il était petit, ça a été long... Et vous c'est une décision plus tardive ? Ce n'a pas été une décision, c'est toujours une chose qui m'a étonné... J'ai toujours voulu, ça paraît un peu bête à dire comme ça, je ne sais pas : trouver sa place, m'exprimer dans une chose artistique, et ça a pris des chemins contournés, j'ai fait de la radio, j'ai voulu être comédien, et cette place je ne la trouvais pas... j'ai même tourné un rôle dans un moyen métrage de Jean-Luc Godard, et je crois que ça date de là, je me suis dit : c'est vraiment lui qui crée quelque chose, moi rien... alors je me suis dit qu'est-ce qu'il me reste ? il me reste écrire, alors j'ai écrit... parce que ce livre, c'est quand même pas le premier que j'ai écrit, c'est le premier publié mais c'est pas le premier que j'ai écrit. J'allais vous poser la question J'en ai écrit beaucoup... Et pourquoi n'ont-ils pas été publiés... d'après vous ? C'est très difficile que l'auteur dise ça, parce que s'il dit : c'est la faute des autres, on va dire c'est facile... je crois que le chemin qui mène de toute façon à une certaine reconnaissance, il est long et j'ai toujours dit que tout le temps que j'ai écrit sans être publié, j'avais une extraordinaire liberté, je crois que peut-être je n'aurais pas écrit L'Insecte si je n'avais pas été autant refusé, parce que j'ai vraiment été extraordinairement refusé, partout... j'ai rencontré des gens qui me disaient en substance : c'est bien ce que vous faites mais on ne va pas l'éditer ou... enfin il y avait toujours des raisons, honnêtes ou moins honnêtes, je n'en sais rien... je n'en sais rien, c'est difficile parce que maintenant je suis publié, je suis dans une maison d'éditions, alors je ne peux pas non plus cracher dans ma propre soupe, mais en même temps pourquoi pas... Vous êtes publié mais en même temps, avec ce premier livre publié, vous faites une expérience dont vous m'avez parlé par écrit, puisque vous m'avez envoyé votre livre avec une lettre, une longue lettre, bien intéressante, vous faites l'expérience du silence, vous êtes heurté, c'est le mot que vous employez, au silence qui a accompagné la sortie de ce livre qui est sorti il y a 2-3 mois, et depuis 2-3 mois pas assez d'articles selon vous, pas assez de retentissement médiatique... Non, il n'y a pas que ça, parce que si ce n'était que ça... On m'a dit aussi que c'était le propre de tout auteur de se heurter, quand il a écrit, à un certain silence... vraisemblablement... Mais ce livre parle du silence, et en l'écrivant, et dans ce que j'ai écrit, j'ai dit qu'il se heurterait au silence... j'avais un peu anticipé le silence parce que je croyais qu'il ne serait pas publié, alors il l'a été, et même à bras ouverts, de manière presque un peu inquiétante, et le silence c'est plutôt après, ce n'est pas un silence total, c'est un silence sournois... Ce livre je m'attendais à ce qu'il soit - peut-être naïvement, alors que ce que j'ai écrit n'est, je crois, pas naïf, mais c'est peut -être ce qui prouve que je suis encore dans la vie dans ce qu'elle peut avoir de... je ne sais pas comment dire... - donc les gens qui auraient dû soutenir ce livre ne le soutiennent pas, on me dit qu'ils ne savent pas comment en parler... Et vous pensez qu'un livre ne peut pas se défendre tout seul... Oui... oui, à la limite c'est d'ailleurs ce qui pourrait lui arriver de mieux, sûrement même ce qui pourrait lui arriver de mieux, parce que je pense que quelquefois dans la manière dont on défend un livre il y a beaucoup de malentendus aussi... mais c'est difficile pour un livre de se défendre tout seul, je ne sais pas si c'est plus difficile aujourd'hui qu'avant... mais le problème d'écrire, c'est qu'on est très libre quand on écrit, presque trop, presque trop parce qu'on est quand même coupé d'une certaine réalité, même si c'est bien aussi de s'en couper de cette réalité, parce que peut-être si on n'en était pas coupé on n'écrirait pas, et peut-être qu'on est plus proche d'une réalité plus essentielle... mais en même temps quand ce livre est écrit, il a besoin des autres, il a besoin d'être défendu, moi depuis 2-3 mois je me pose la question : est-ce qu'un auteur doit vraiment défendre ce qu'il a écrit ? c'est une question... en fait je réponds toujours oui, il faut défendre ce qu'on a écrit... mais peut-être que l'on devrait laisser les mots... et puis tant pis s'il y a le silence, peut-être qu'on devrait se résoudre à ça... je crois qu'il y a un orgueil aussi de l'écrivain qui est mal placé, il y a une envie de reconnaissance, de gloire, de gloire oui, enfin de gloire c'est exagéré, qui est mal placée aussi, qui est mal placée mais en même temps si on a écrit c'est parce qu' on a envie que ses mots "passent", les mots qui ne "passent" pas ils meurent, et moi je parle du silence alors si ce livre reste dans le silence, c'est aussi un échec du livre. C'est un livre, c'est le moins qu'on puisse dire, qui crée un trouble... chez le lecteur... C'est-à-dire... L'Insecte, là, que vous publiez dans la collection de René de Ceccatty, Solo, parce que d'abord on ne sait pas si c'est un roman, ou si c'est un récit autobiographique... C'est déjà son problème, pour ceux qui seraient chargés de le défendre... c'est un livre qui ne rentre pas dans une catégorie, c'est pas un essai, ça pourrait l'être, c'est pas vraiment un témoignage mais ça l'est aussi, alors au bout du compte je dis que c'est un roman, je pense qu'à partir du moment où j'ai fait parler le virus du sida... Oui, parce que ça, c'est l'autre élément du trouble, c'est que dans ce livre-là, et à ma connaissance il n'y en a pas beaucoup qui en font autant, vous donnez la parole au mal, qui aujourd'hui en effet est le mal absolu, le mal qui à l'intérieur même du roman tue les personnages... Il les a tués déjà... oui... est-ce que c'est le mal absolu ?... Ce qui est écrit aussi dans le livre, c'est que le mal absolu, c'est peut -être de ne pas regarder le mal... L'indifférence... Oui, l'indifférence... mais l'indifférence quelquefois ça n'est pas voulu, alors qu'il y a aussi une volonté de ne pas regarder le mal, il y a une forme d'organisation qui est basée, bâtie sur : ne pas regarder le mal... Ce que j'ai essayé d'écrire, c'est que ce qui fonde la vie, c'est aussi de ne pas regarder le mal, que tout se ramène finalement à ça... Le virus du sida, le pauvre, il a fait son travail de virus du sida et si je lui ai donné la parole c'est parce que justement je me suis dit que personne ne pouvait raconter, que j'en étais là, que personne ne pouvait raconter ce qui s'était passé et que justement celui qui pourrait le mieux le dire, ce serait le virus du sida... mais à partir de là on est quand même dans un romanesque, c'est pour ça qu'on peut dire que c'est aussi un roman mais c'est vrai que je ne raconte pas vraiment une histoire... Non, c'est pas vraiment un roman à l'eau de rose... donc, il parle, il monologue, ce virus dans un livre écrit par un autre, un certain Sang Inquiet, qui est séronégatif, et qui vit avec Or Vif... Sang Inquiet, c'est celui qui écrit le livre... donc c'est moi... et Or Vif, c'est la personne avec laquelle je vis, oui... Sang Inquiet, c'est de l'encre noire... Qu'est-ce que vous voulez dire ? II est très noir... Je ne crois pas. ... par son inquiétude même... Non, ce qui est noir c'est justement de ne pas être inquiet, alors franchement je trouve que les gens qui vivent sans être inquiets sont... inquiétants... et qu'est-ce que ça veut dire être noir ?... Noir comme l'encre... Mais encore... l'encre de l'écriture de ce livre... parce que c'est tout de même un livre... ah oui, c'est un livre... un livre ça ne s'écrit pas avec rien, ça s'écrit avec son sang, c'est-à-dire avec de l'encre... Oui mais ça reste des mots... on ne sait pas en fait ce que c'est... et quand on a écrit un livre, on se dit que si ce n'est qu'un livre c'est pas la peine, si ce n'est qu'un livre... Et qu'est-ce que ça peut être d'autre... Peut-être qu' on écrit aussi pour le savoir... je crois qu' on se pose tout le temps la question... mais vous me disiez c'est noir, je sais que les gens qui ont aimé ce livre ne l'ont pas ressenti justement comme un livre "noir", ils l'ont ressenti comme un livre qui, je ne sais pas, qui leur donnait envie de lutter, qui n'était pas un livre désespéré, et que justement peut-être en disant le désespoir, en disant le mal, en approchant le mal, c'est là qu'on s'en sortait... C'est quand même ce que j'ai voulu raconter : que mes amis qui sont morts, ou ceux que je ne connaissais pas, j'ai eu l'impression que justement ils n'étaient pas morts pour rien, et que c'était le silence des autres qui voulait que cette mort soit vraiment une mort définitive... Dans la première page, je parle de colera alegria, j'ai voulu écrire une colère joyeuse, parce que ceux qui sont morts, dont on n'a pas parlé, n'ont pas cessé de rire, n'ont pas eu peur d'affronter leur mal... Mais la vraie question c'est quand même celle que vous m'avez posée, vous me dites c'est un livre, évidemment c'est un livre mais on se dit quand même, même si on a écrit ça, qu'un livre c'est pas grand-chose quelquefois, on ne peut pas se contenter de se dire qu'on a écrit, parce que quand on a écrit un livre on se sent un peu "quitte" aussi avec ce qu'on a écrit... je crois qu'on écrit pour savoir ce que c'est qu'un livre... Qu'est-ce qu'il vous a appris ce livre-là sur vous-même ? Il m'a appris que j'étais encore en vie... je ne sais pas s'il m'a vraiment appris quelque chose sur moi-même... et il continue de s'écrire ce livre, peut-être qu'il m'apprend presque plus de choses maintenant, peut-être qu'il me met aussi au pied du mur maintenant, puisqu'on parlait du silence qui peut aussi entourer ce livre, se dire : qu'est-ce que je fais maintenant, par rapport à ce livre ? est-ce que je me dis : je l'ai écrit voilà ou est-ce que je le défends ?... Et les autres continuent à écrire ce livre, je crois qu'on écrit avant, on écrit pendant et on écrit après, on écrit même quand on n'écrit pas. Est-ce qu'il m'a appris quelque chose sur moi ? je ne sais pas si on attend d'un livre... c'est pas une psychanalyse, un livre... on n'attend pas d'écrire un livre pour apprendre des choses sur soi, je crois que c'est plus d'aimer qui vous apprend quelque chose sur soi... c'est la confrontation au mal aussi qui vous apprend quelque chose sur soi, je n'essaie pas de me chercher dans mes livres... je pense que quand on écrit il ne faut pas non plus avoir une idolâtrie de la chose écrite, il faut être assez humble aussi, il faut aller vers les mots mais les mots... il y a quelque chose de très impuissant dans les mots, j'ai toujours dit qu'on écrivait plutôt entre les mots que les mots eux-mêmes... en même temps il y a cette chose quand on a écrit de dire : c'est écrit, alors c'est écrit c'est fini, et moi je déteste ce qui est fini, je ne crois pas a la fin, je ne crois pas à la fin d'aimer quand on aime, et je ne crois pas à la fin d'un livre, je pense que ce livre je l'avais commencé avant, que je le continuerai après... II n'y a pas de dernier mot... Non... on aimerait... Même pour le virus... Vous savez le virus, je l'ai fait parler mais je ne le connais pas si bien que ça, je crois que celui qui a écrit le livre... qui n'est pas totalement là, parce que c'est quand même un grand problème de venir parler de son livre, d'un livre, peut-être d'un livre comme celui-là... C'est pas vous Jean-Michel Iribarren... ? Oui, mais... vous savez j'aime beaucoup Barbara et elle disait : quand je chante c'est moi et ce n'est pas moi alors c'est moi et ce n'est pas moi... C'est peut-être ça, la recherche de soi-même... Et là c'est qui aujourd'hui qui est en face de moi... ? Ecoutez, c'est celui qui a écrit le livre qui est dans un studio de radio et qui... qui écrit mieux vraisemblablement qu'il ne parle... Ou l'inverse... Qui parle mieux qu'il n'écrit ?... C'est possible, non? ... oui, j'aime bien parler... j'aime bien parler de ce que j'écris... il faut trouver le mot, la chose qui va vous faire dévider la pelote, quand on parle... Vous savez, j'ai écrit un livre à propos des homosexuels qui sont morts et je sais qu'il y en a qui se sont dit : bon c'est très bien ce qu'il écrit mais ce n'est qu'un livre, lui il n'a pas milité, il n'a pas combattu, il est séronégatif en plus, ce n'est qu'un livre... ils n'ont pas tout à fait tort non plus mais ils ont tort aussi quand même, parce qu'un livre c'est quand même beaucoup, on ne peut pas dire que c'est tout mais c'est quand même beaucoup... peut-être que c'est ça aussi le silence sur ce livre, c'est de mésestimer la force d'un livre... parce qu'il y a une force des mots... et que les mots peuvent aller contre la mort, contre le mal... Ça, vous le pensez ?... ah oui si je le dis, quand même... C'est une drôle de confiance que vous leur faites aux mots... Oui mais regardez... Je sais que le personnage que j'appelle Tête Perdue dans le livre, mon meilleur ami, qui est mort en 1993, qui était écrivain, Hervé Loyez, je sais que cette histoire avec lui continue et je sais qu'elle a beaucoup continué par les mots, ce qui prouve bien que les mots ne sont pas que les mots... Si je devais un peu mieux expliquer : il y a eu dans beaucoup de choses qu'il a écrites et que j'ai écrites avant sa mort, des choses qui anticipaient sur notre histoire "après" la mort... vous savez quand on pense que quelqu'un est mort mais qu'il est quand même encore avec vous, on est bien désemparé devant cette présence qu'on sent et qui est quand même absente, elle est quelque part, si on en est persuadé elle est quelque part, elle peut être dans les mots... c'est peut-être un peu bizarre pour celui qui entendra ça... mais oui je leur fais confiance aux mots, c'est un fait, mais je ne les crois pas tout-puissants, et puis je pense qu'il y a les mots et puis il y a les mots, et puis il y a ce qu'il y a entre les mots, et puis il y a sa propre vie quand même, je pense qu'on ne peut pas dissocier les mots de sa propre vie, et que beaucoup d'auteurs écrivent, et sûrement moi aussi, sans se dire : où est ma propre vie dans tout ça ?... vous comprenez, si l'on est qu'une institution, ou quelqu'un qui vient faire son livre comme ça... les mots se vengent de ça, les mots attendent quelque chose dans votre propre vie... les mots exigent de vous, ou alors ils vous rattrapent... Vous n'êtes pas le maitre du jeu (je)... On l'est trop et pas assez, on l'est trop parce que rien ne vous empêche quand on écrit, on se sent un peu tout-puissant... on ne l'est pas assez parce que tout ce qu'on cherche à dire on ne l'atteint jamais, qu'on a vraisemblablement trop parlé de soi aussi, qu'on veut écrire pour se déporter de soi mais que les mots vous ramènent toujours à vous-même quand même... je ne sais pas si cela a un rapport quand vous me demandiez : se connaître soi-même... Je vous ai demandé ça, moi ? Oui... vous m'avez demandé si en écrivant je me connaissais mieux... Je vous ai demande ce que le livre vous avait appris sur vous-même... Ce n'est pas la même chose... ? Pas tout à fait mais enfin ne chicanons pas... II y a les mots et il y a les noms, il ya les noms que vous avez donnés aux personnages: Tête Perdue, Sang Inquiet, Or Vif... comme des noms d'indiens... C'est un peu ça oui... c'est parce que je ne voulais pas que ces noms soient... je voulais un peu qu'ils soient symboliques, emblématiques, que ce ne soit pas totalement la réalité, mais j'ai donné aussi d'autres noms... voilà, ça c'est fait comme ça, je n'étais pas à Paris d'ailleurs, je réfléchissais à ça et j'ai trouvé ces noms-là, Sang Inquiet, Tête Perdue, Petit Balafré... mais bon, il ne faut pas y voir plus qu'il n'y a... Et les indiens ont subi toujours de terribles hécatombes... Peut-être, c'est vrai que quand on écrit il y a beaucoup de choses qui... on se dit après : tiens j'ai écrit ça... effectivement, peut-être... peut-être c'est en ça qu'un livre n'est jamais fini parce qu'il s'inscrit dans un lien, alors pourquoi pas, oui, avec les indiens... c'est drôle ce que vous me dites parce que j'en parle presque plus dans le livre que je viens d'écrire, de l'histoire des indiens... Vous écrivez sur les indiens... Non. Mais j'ai écrit un livre là, mais je ne sais pas si c'est très intéressant qu'on en parle maintenant, à propos des deux petits Guinéens qui avaient été trouvés morts dans la soute de l'avion il y a un an... j'ai imaginé un dialogue entre moi et un des garçons de cet avion... et c'est vrai que là, il y a des histoires d'indiens oui... Et là dans L'Insecte, il y a une ligne, le livre suit une ligne qui est une ligne de partage entre "eux" et "les autres"... Alors il faut que je vous dise qui sont "eux" et qui sont "les autres"... ? C'est ça ? Bien, oui... mais vous pouvez y renoncer aussi mais ça serait dommage parce que c'est quand même au centre du livre... "Eux", ce sont les homosexuels qui sont morts du sida et ceux qui étaient à leur côté, les homosexuels qui étaient a leur côté; alors "les autres", c'est... comment dire ? C'est le grand problème des autres, les autres ! Beaucoup me disent : "les autres", c'est les hétérosexuels, je sais qu'on a envie que ce soient les hétérosexuels, c'est vrai que ponctuellement dans cette histoire du sida c'est les hétérosexuels mais pour moi ce livre ne tient pas si on dit que "les autres" ce sont les hétérosexuels, "les autres" c'est : tout le monde, et "eux" se sont détachés des autres dans cette histoire du sida, ils sont devenus : eux. Tout le monde, c'est-à-dire... Tout vivant. Tout vivant qui participe a cette perpétuation de la vie, à ce système qui ne veut pas regarder le mal... tout ce qui est complice de ce qui fait la vie... Vous laissez entendre que "les autres", ce sont les vrais malades... ceux qui disent n'importe quoi, qui disent par exemple que le sida a tué l'amour... Oui, cette chose du sida qui a tué l'amour, alors ça je... le problème, c'est qu'il faudrait que je raconte tout le livre si je me mets à parler de ça, parce que le sida n'a pas tué l'amour non, ça arrangeait de dire que le sida tuait l'amour mais le sida n'a jamais empêché personne d'aimer... je pense que ce qu'on appelle l'amour est quelque chose qui soutient aussi ce que j'appelle le système de la vie... aimer vraiment c'est aller contre la vie, vous savez cette histoire de dire que l'amour est plus fort que la mort... on nous fait croire que l'amour est partout alors que c'est faux, parce que s'il était vraiment partout la vie ne serait plus ce qu'elle est... aimer va contre la vie... et le sida n'a pas tué l'amour mais le dire c'était un moyen de laisser dans le silence la mort des homosexuels... Le sida n'a pas tué le rire non plus... Non, parce que tous ceux qui sont morts ont beaucoup ri, beaucoup vécu, sûrement bien plus que ceux qui sont vivants, et qu'on plaisantait de la mort... Un jour je me suis levé, à un de mes meilleurs amis je lui ai dit : "alors pas encore mort !"... il y a eu une extraordinaire dignité là-dedans... et beaucoup de vie... Moi, ce qui m'embête aujourd'hui, c'est que j'ai l'impression que, même chez les homosexuels, on ne veut pas parler de cette histoire du sida, parce que la vie aussi fonctionne comme ça, sur l'oubli... alors que je pense que, si on n'oublie pas, si on regarde le mal, si on regarde la mort, c'est là qu'on est vraiment vivant, je pense que c'est ceux qui oublient, ceux qui n'ont plus la mémoire, ceux-là sont morts... et ça se retrouvera... |
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"L'envol" | ||
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lettres à ma mère - lettres de ma mère (lettre de ma mère) sans date (début années 2000) M. me dit que j'ai changé, en mieux... !! que je suis devenue positive, plus gaie. et pourtant mes pleurs.. !! sans doute, tu m'as fait changer, en prenant mieux conscience de certaines choses. Car, dans l'ensemble, je suis en communion d'idées avec toi. Serais-tu le bon apôtre de la maison après toutes les révoltes qui ont abouti sur du positif !!?. Tendrement de Maman. ![]() |
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