Jean-Michel Iribarren

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"Vie d'Ange"

 
résumé : vie de Ange Tournoyeur, qui à l'âge de 18 ans décide de mourir jeune, à l'heure qu'il choisira, seule réponse qu'il trouve pour se venger de l'horreur : Ange voulait mourir du temps de sa jeunesse. Sa volonté était à la mesure de la rage qu'il mettrait à vivre et qui sait à regretter la vie : il était le désordre à lui tout seul.

(extrait) « Il était sept heures du matin quand il avait entendu le prénom pour la première fois. Il avait ouvert les yeux dans un demi-sourire à celui qui l'avait ramené là, dans un appartement de la rue du Château, derrière Montparnasse, au cinquième étage sans ascenseur. Ange s'était rendormi aussitôt, tiraillé entre un mal de tête étrange et une envie de dégueuler qu'il oublia en retombant dans le sommeil. Vincent s'était déshabillé à côté de lui et l'observa un instant. C'est dans un bar du nord de Paris où il était allé draguer qu'il l'avait rencontré. Au départ la façon dont Ange le regardait l'avait découragé. Il s'était pourtant approché et ne sachant que dire il avait pris son courage à deux mains et avait attiré sa bouche un peu maladroitement. Ange avait voulu l'entraîner dans un coin sombre mais Vincent hésitait. Ils étaient restés là à se caresser et s'embrasser sans dire un mot. Vincent lui plaisait beaucoup. Ange aimait le visage volontaire et un brin romantique, les cheveux mi-longs, légèrement bouclés et dorés. Il avait le regard franc et profond. Vincent était du genre qu'aimait Ange. Alors il avait joui très vite et comme il était soûl il s'était affalé sur son épaule pour dormir. "Moi c'est Ange, t'en va pas" avait-il à peine eu le temps de lui souffler. Vincent était resté un moment comme ça avec Ange contre lui très près. Il avait eu la tentation de jouir aussi mais il était trop absorbé à l'examiner. Ange ressemblait à un enfant en alerte. C'était un vendredi soir, le bar allait fermer, les derniers mecs se tiraient. Vincent était encore assez clair. L'endroit sentait les odeurs renfermés de la nuit, du plaisir des garçons, celui qu'ils avaient pris ou traqué sans l'obtenir. Le barman ramassait les derniers verres. Il aurait pu le laisser là, pourtant il le prit par le bras qu'il mit autour de son épaule. Ange ne s'aperçut de rien. Un taxi les conduisit dans le quatorzième arrondissement. Le chauffeur avait une mine hostile mais Vincent s'en foutait.
Ange ne fréquentait ce genre d'endroit que depuis quelques semaines. Il y trouvait un plaisir différent, les garçons aussi n'étaient pas les mêmes. C'était un monde plus clos, au sombre cérémonial. Il lui semblait qu'on pouvait reculer les limites même s'il ne le faisait pas encore. Sa nuit et ses jours étaient dissemblables mais ils étaient le prolongement l'un de l'autre, chacun possédant sa parcelle de vérité. Pour Ange c'est la nuit qui comptait. Il n'avait jamais eu besoin de beaucoup de sommeil. Le noir l'attirait. Les heures semblaient sans fin. Ange pressentait l'éternité. Il trouvait là le repos de la vie qu'il menait sur un fil. Elle ne s'éclairait qu'à cette lumière-là, obscure.
Vincent avait fini par jouir et s'était laissé gagner par le sommeil sans avoir le courage de passer à la salle de bains. Le samedi matin il s'était levé alors qu'Ange dormait encore. Il était sorti acheter de quoi prendre un petit-déjeuner. À son retour Ange était debout, à moitié habillé. Il n'aimait pas vraiment les brioches que Vincent avait achetées mais il s'était bien garder de le montrer. Il n'aurait rien voulu gâcher. Le visage de Vincent lui plaisait toujours autant au réveil. Dès ce moment-là il y avait eu entre eux quelque chose de familier qui les poussait à demeurer ensemble. © »

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Vie d'Ange

L'œil gauche de Vladimir

Le violeur

H

L'acharnement de soi-même

La solitude du mal

Amalia




"L'œil gauche de Vladimir"

 
résumé : une nuit de Paris, noire, sans électricité, un homme et une femme sous les toits, un moine à la recherche d'un livre, un assassin, et Paris comme une femme veillant sur ses enfants.

(extrait) « Il reconnut la chaleur d'une bouche d'aération et voulut s'y coucher. Il sentit près de lui l'odeur pestilentielle d'un clochard qui dormait. Une odeur impossible, celle des hommes au rebut, comme rien, bas-côtés, pas même un sourire, les oubliés de Dieu. Il parla doucement à l'autre qui ronflait, à son souffle aviné, ses pauvres mains tremblantes. Il lui disait que la nuit lui donnait une chance, que les derniers seraient les premiers. C'était peut-être ce soir. Il lui parlait comme il s'était battu jadis. Il se battait sans savoir la lutte, sans vouloir. Parce qu'il était comme eux, qu'il partageait leur misère, contre ceux qui passaient sans donner un regard, ils donnaient leur mépris, parce qu'ils étaient des frères, qu'il n'aurait pas pu expliquer, parce que c'était comme ça. Comme une fête, c'était toujours la fête, petit aussi, il en donnait des coups. On le voyait en rire, exténué, passer à autre chose. L'homme ne se réveilla pas. Vladimir longeait la rue. Le visage de Maria lui revint, quand elle l'entraînait dans les rues désertées, sans lui lâcher la main, des heures sans voir, à marcher près de sa folie. Et puis elle l'attirait à elle, tout au fond d'une impasse, pour le sentir dedans, infiniment perdue, prête à tout pour ces quelques secondes où, enfin, elle vivait, ses yeux au fond des siens. Soleil des favelas qui bravait les lames des couteaux, le sang des caniveaux, or rouge de son souffle contre son cou, les larmes de Maria qui coulaient au moment de jouir. Ils rentraient comme ils étaient venus, elle agrippait sa main fort, ils allaient vite, ils jouaient à se faire peur, la peur était partout. Maria morte au petit jour d'un jour semblable aux précédents, sans avoir grandi, cœur défoncé, assassiné, trop plein d'espoir. Pas eu le temps de te faire voir Paris qui te faisait rêver : raconte, raconte encore avant qu'ils ne viennent me trouver, je sens leur pas, dépêche-toi. Il devinait sa présence, il reprenait sa main, vite, vite. Et soudain l'Opéra, et le son d'un violon. Le violoniste a peut-être quinze ans. Vladimir s'assoit sur les marches. "C'est ce soir ou jamais pour jouer à l'Opéra !" Sa mère. Elle avait eu beau faire, rien à faire, Vladimir ne serait jamais pianiste. Il raconte l'histoire. L'enfant prend son archer, se met à le frapper. "Imbécile ! la musique, c'est mieux que tes prières !" Le garçon est par terre, Vladimir lui a pris son archer, l'a mis contre la gorge. Et l'envie de ses lèvres, apprendre sa musique, nier leur âge. Il n'y eut pas de baiser. L'adolescent prit ses jambes à son cou et déguerpit. Vladimir se dirige vers une voiture vide. Trop tard pour la musique. Il reste le silence. © »

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L'œil gauche de Vladimir

Le violeur

H

L'acharnement de soi-même

La solitude du mal

Amalia




"Le Violeur"

 
résumé : Deux ans de la vie d'Alexandre de Beaumanoir au collège Barbe Bleue, loin de Paris adoré, Alexandre le solitaire, différent, qui fera le chemin pour découvrir les mystères du château Barbe Bleue, de vie et de mort, jusqu'à trouver l'amitié, et la liberté toujours à recommencer.

(extrait) « A Barbe Bleue on disait "la chapelle", elle avait tout d'une cathédrale. Pour la rejoindre Alexandre et les autres avaient pris de longs couloirs sombres du rez-de-chaussée, au château ils étaient tous longs et sombres, des couloirs qu'il n'avait pas encore traversés, près des jardins, à l'opposé de la forêt. Des couloirs longés de portes, des grandes et des petites qui lui semblaient autant de mystères, guidés par Trotsky ils avançaient très vite, pas le temps d'aller voir derrière, à peine celui d'imaginer, être un peu effrayé par cette immensité de Barbe Bleue, dans un brouhaha dont l'écho se perdait vers d'autres portes, des escaliers entr'aperçus, des grands et des petits aussi, à Barbe Bleue le silence et le bruit faisaient un savant mélange où le silence l'emportait toujours, les garçons se défoulaient avant le recueillement obligé qui suivrait. Dans le cortège Alexandre remarqua un garçon bien charpenté, il était grand et parlait à un autre avec un air entendu et une moue moqueuse. Le garçon ne le remarqua pas, ce genre de garçons de toute façon ne le remarquait jamais. Alexandre envia tout de suite la désinvolture qu'il dégageait, et dans ses yeux il y avait autre chose, que lui seul paraissait connaître, qui s'épanouissait dans les bras, les épaules, les cheveux noirs et courts. Alexandre se demanda s'ils seraient tous deux dans la même classe, en première C, la section scientifique où on l'avait mis parce qu'il obtenait ses meilleures notes en mathématique, sans se forcer d'ailleurs, il n'aimait pas les études, c'était juste une facilité qu'il avait, si on l'avait laissé choisir il aurait préféré la section littéraire, celle où l'on apprenait les auteurs qu'il avait déjà lus à Paris, au secret de sa chambre ou dans quelque café, mais il ne les lisait jamais comme on les enseignait et ses notes en français n'étaient pas bonnes, il ne s'était pas battu pour être en A, cela ne lui importait pas assez, on avait choisi pour lui, une fois de plus, son père disait qu'une section C ménageait mieux l'avenir, il pensait : un avenir semblable à leur passé, celui contre lequel Alexandre ne s'était pas dressé mais qu'il n'imaginait pas rejoindre un jour, ça lui semblait si loin le temps de leur ressembler. Dufour. Il entendit seulement ce nom avant que le garçon, qu'un autre venait d'apostropher, ne se perde dans la foule. Dufour, il s'en rappellerait. Le chanoine Laberge, dans son éternelle soutane noire impeccable sur laquelle il avait enfilé un surplis blanc, les fit s'agenouiller dès leur arrivée. © »

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"H"

 
résumé : Après la mort de H à trente-cinq ans. Tout commence : "qui sait ? peut-être même qu'un jour la mort ne nous fera plus peur".

(extrait) « le cendrier de poche que je lui avait offert c'était ça, son rêve où une femme voulait le dérober sans y parvenir, le cendrier ne recueillait pas de cendres, H y rangeait ses médicaments, la femme c'était la mort, vaincue, contrainte à observer défaite notre triomphe de vivre, l'esprit partout, on se rattrapait sur d'autres corps sans nom, des corps il n'en manquait jamais, et les corps nous ramenaient l'esprit par quelque maléfice que nous étions les seuls à comprendre, partout on se retrouvait, ne pas croire que la vie en était plus facile, le contraire, l'esprit manquait d'air, de ses quêtes persévérantes il rentrait souvent blessé, parfois il faisait peine à voir, je n'ai changé aucun rite depuis la mort de H, c'est bon pour les hommes d'église d'être bouleversés par la mort, je lui parlais, je cherchais H partout : l'année qui a suivi le 26 juillet 1993, notre année, celle où tout pouvait basculer, "ah ! cette présence !" lui répétais-je, j'ignorais tout, accroché à sa seule volonté, la nôtre, aucun testament, simplement les lignes écrites à notre insu, j'ai les dates, je peux fournir les lettres, les références des chapitres, j'étais au pied du mur, "tu es là ? et bien dis-le !", ce silence !, tous les vendredis soirs je faisais le chemin du canal Saint-Martin et de l'hôpital Saint-Louis, besoin de H pour me redonner courage, semaines mortelles d'ennui où la vie se faisait tentatrice, car elle n'abandonnait pas, elle redoublait de morgue depuis que H lui avait échappé et de quelle manière ! elle me regardait la narguer, des naufragés pareils qui rient à belles dents cela la rendait folle, elle est intelligente, elle me croyait quand je parlais de catastrophe, la mort de H pour moi c'était le pire, sans lui j'avais imaginé ma vie sur terre comme un désert, le désert s'étalait devant moi un peu plus grand chaque jour, oublier H ! quand bien même je voudrais que je ne pourrais pas, H était dans tout depuis si longtemps et il y resterait, cette année-là je demeurais seul pour mieux le retrouver, il devait y avoir un moyen, restaurants seul moi qui détestais ça auparavant, nécessaire solitude que H peuplerait, rien d'une prison, pas plus qu'avant nous ne serions prison, en cela aussi notre vie se ressemblait, les caresses de la vie j'y répondais par des coups, retrouver le canal avec lui pour ajuster les coups, l'entrée dans la cour de l'ancien hôpital, presque noire à la tombée du jour, à cette seconde H se faisait plus proche, aide-moi, les quelques gens que je finissais par revoir soulignaient le désert, revenir à H pour continuer à les voir, comme au passé, petit à petit je comprenais que je ne saurais jamais rien de cette présence... © »

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"L'acharnement de soi-même"

 
résumé : une parenthèse dans la vie de Hugo, l'hôtel du Palais dans une ville qui ressemble à Amsterdam, la mer. Le cercle des amis de Hugo au Palais dont il est la lumière alors que lui-même essaie de survivre à la mort de Vincent. Cette ville où la chanteuse Bill Feria dit-on s'est suicidée dans la tour qui porte son nom désormais.

(extrait) « Je te reviens. Je ne serai pas parti pour rien. Te revenir comme on retourne à soi-même, dans ce noir où seulement je vois. Il n'y a pas de mots. L'instinct me commandait d'oublier. Pas toi, pas le noir, pas la mer. Je n'ai pas oublié Hugo. J'avais treize ans, je promenais la solitude, déjà ils se trompaient sur moi. De ton côté tu imaginais l'improbable, tu guerroyais sur des champs de bataille inventés, la musique faisait le reste, tu commençais ta vie d'artiste, tu t'éblouissais de solitude. Au cœur des solitudes il y eut cet amour, méconnaissable et méconnu. L'instinct, pouah ! J'ai fait le contraire de ce que j'aurais voulu. Quand je dis "je", je veux dire "ils". Ce "ils" qui résume le monde, sur lequel on crachait, ce "ils" qui prétendait aimer. Tu feras que jamais je n'oublie le sens, ce fil ténu qui lie la bête à l'homme, cette lumière comme la bougie que portait l'enfant, si faible qu'elle permit de voir, qu'elle évita le chaos. Nous ne nous sommes jamais résignés au chaos. On l'aimait sans jamais y succomber. Le chaos, c'est nous. Ce gouffre traversé. Nous ne pactisons que de loin. On recouvre de noir ce qui brille avec tant de morgue. On tend la main pour mieux préserver l'autre. Nous, jamais là où on aurait voulu. Tu ne voulais pas y aller, tu y es allé quand même. Je m'inventais une parenthèse. Des cygnes blancs d'hier aux minotaures de demain. Je veux en venir que sans toi il n'y aurait plus d'espoir. Que sans toi le bal serait fini, la main aurait sculpté pour rien, l'aube aurait pleuré des larmes inutiles. Elle est belle l'absence. Qu'on a nourrie de chair, de foutre, d'impuissance. Sans la vie nous n'aurions rien pu faire. Si on vomit la vie c'est qu'on en a partout. On en a pour dix mille ans encore. Toutes ces différences qui nous faisaient souffrir. Pour une nuit elles se sont rencontrées. Contraintes de se voir. Contraintes d'avoir peur. Sur la terrasse je suis parti te rejoindre. Je déteste la fin, il n'y en aura jamais, comment le leur montrer ? Un jour ils voient et le lendemain ils oublient. Il y a son regard, il n'ignore pas l'effroi, déjà il t'aime, sans quoi je n'aurais fait que rêver, et même rêver c'est toi. Elle est cruelle l'absence d'être à ce point facile. S'il me reste le monde, tu me restes. Mourir mais une autre fois. Quand mourir ne sera que déposer le masque. Je sais le décor, les habits, presque le texte. L'essentiel est ailleurs. Ici ou autre part ce sera toujours ailleurs, alors... Ils ne savent pas. Ton ailleurs j'en ai déjà les mains salies. Je ne verrai plus mes mains. Un jour je ne te verrai plus. Il n'y a pas que toi, il n'y a pas que moi. Ce jour-là tu m'apparaîtras à nouveau. Il y a dans le ciel un oiseau. Il semble que je sois le seul à le voir. Il vole, disparaît, il revient, il ressemble à un loup. De ma chambre je le guette chaque jour. Ne m'en veux pas, je repars, il m'attend, cet oiseau-là il a confiance en toi. Prépare-toi à le voir arriver, il appartient au silence et aux mers infinies, aime-le, dis-lui qu'un jour il pourra se poser, mais ne lui dis pas quand. © »

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"La solitude du Mal"

 
résumé : des meurtres sans explication, œil crevé et sable sur le sol, qui ressemblent au roman noir qu'écrit Léo Tirictiscu au moment où il rencontre Coutil, rencontre qui fera s'envoler la frontière entre le livre et sa vie.

(extrait)
« "Voilà, c'était ici, c'est fini, ça s'est fini, dit-il à Coutil.
- C'est toujours beau pourtant, regarde ! Toutes ces tours, les fumées, le métro aérien, on dirait New York !
- Angel ?
- (Coutil sourit) Qui sait ? Et puis c'est peut-être fini mais tu as de la chance quand même.
- Quelle chance ?
- D'abord, je ne comprends pas que tu dises que c'est fini, reprit Coutil. Cela ne te ressemble pas. C'est pas fini puisque tu en parles. Moi je ne connais ni hier ni demain.
- D'accord, j'ai tort de parler de fin. Mais toi, tu mens quand tu dis que tu t'en fous d'hier, même de demain.
- Non, Léo, je t'assure.
- Alors c'est que tu ne te rends pas compte. C'est de ça que tu te fous, de te rendre compte.
- Tu dois savoir mieux que moi. Je m'en porte très bien.
- Tu en es sûr ? demanda Léo.
- Tu es là.
- Et si je ne suis plus là ?
- Tu seras toujours là, dit Coutil. C'est fait maintenant. Ce n'est pas fini. Justement ce n'est pas fini. C'est comme Angel, je ne crois pas qu'il ait fini.
- De tuer ?
- De tuer oui. Ou, je ne sais pas, je ne crois pas qu'il ait fini, c'est tout. Ne me demande pas plus. (Coutil paraissait énervé)
- Ne t'énerve pas ! Ça non plus, ça ne te ressemble pas.
- (Coutil sourit) Alors on ne se ressemble pas aujourd'hui.
- J'ai un pressentiment, dit Léo.
- Attends. N'aie pas peur. Nous deux on n'a pas peur, hein ? Ils ne peuvent rien contre nous.
- Ils peuvent. Ils peuvent un peu. On verra bien ce qu'ils peuvent.
- Rien, je te dis ! Non, reparle-moi, dis-moi, d'autres endroits, parle encore.
- On a de la chance, il y a tellement de malheur... "
Ils n'avaient pas le coeur à se faire du mal. Ils avaient déjà mal, il leur fallait parler. De ce qui passe et pourtant ne passe jamais, ils avaient envie de rire, fort, ils voulaient retenir, des choses qui n'appartenaient qu'à eux, pour nier la mort, pour qu'on ne puisse rien contre eux, jamais. Ainsi ils reculaient l'instant. Celui qui arriva. Fatalement il arriva. Ce fut Coutil qui recommença : "Alors dis-moi, c'est quoi ce pressentiment ?
- C'est... On est allé loin toi et moi, tu le sais ?
- Jamais trop loin, répondit Coutil.
- C'est pour ça, maintenant, ni toi ni moi on n'a envie d'abandonner...
- On n'abandonnera rien..."
Ce qu'ils se dirent ensuite coulait de source. Puis ils rentrèrent. Léo quai des Grands-Augustins. Coutil chez ses parents. © »

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"Amalia"

 
résumé : Amalia Sané photographe, qui vit avec Tadzio le petit singe de Lisbonne, Amalia dont personne ne veut des photos et qui recherche pour se venger celui qui un jour lui a donné sa caméra (VL), Julien Rivière, le seul qui la comprend, le plus beau.

(extrait) « Je fais "chut" en mettant un doigt sur les lèvres. Je porte une jupe noire serrée mais pas celle pour les clients. Puisqu'il ne peut pas parler il m'embrasse. Un seul baiser sur une joue. Je pense à Judas que je suis. Surtout j'oublie ce qui s'est passé le matin. Lorsque Julien est près de moi il y a autre chose qui s'éloigne. Elle ne cherche pas à retenir ce qui s'éloigne. C'est la première fois qu'il m'embrasse. Je ne lui ai pas rendu son baiser. Ce ne sont pas les photos qu'il voit d'abord c'est Tadzio. Pourtant il est blotti au coin du lit, il se confond au reste. Julien comprend pourquoi je lui ai demandé d'être silencieux. On dirait qu'il connaît cette chambre. Il est chez lui comme dans la maison à Trouville. Pourtant il n'est pas chez lui partout, elle le sait. On va se parler en chuchotant comme on parle devant une tombe. Il demande : "Qu'est-ce qui s'est passé ?" Je le regarde, j'essaie de comprendre comment il a deviné que Tadzio ne dort pas comme d'habitude. C'est moi, il a dû lire sur mon visage je dois être laide. Pourtant il m'a embrassée. Lui expliquer ce qui s'est passé ce matin, ce serait parler de la manipulation. Et la manipulation c'est lui. Encore une fois elle se piégeait elle-même. Face à Julien je n'avais pas d'autre solution que de dire la vérité. Il suffisait de le regarder. Il caressait Tadzio doucement. Si doux que le petit ne se réveillait pas, il poussait juste les petits soupirs que je connais bien, les petits soupirs de Tadzio au bord de la souffrance quand il se réfugie dans le sommeil. Tadzio a commencé à aimer Julien dans le sommeil, sans un mot, même un regard. Et la voilà qui s'attendrit ratatouille comme si la manipulation n'avait jamais existé. Ou plutôt elle s'attendrit en pleine manipulation. C'est une photo qu'elle ne fera pas. Il n'y a que les photos pour échapper à la manipulation parce que les photos aussi sont dedans. Une photo qui n'y est pas tu la jettes. Expliquer à Julien l'agression de Tadzio, c'était commencer par lui montrer des photos. C'était raconter Mamoudou. Tout raconter. Il va en falloir des jours si elle veut tout lui dire. Tout en sachant qu'il y a une limite au-delà de laquelle la vengeance se bouchonnerait toute seule. Ce jour-là elle a commencé à jouer avec cette limite. C'est un jeu qu'elle déteste jouer avec Julien et en même temps il lui plaît. Elle revoit les yeux de Lucifer au zoo de Lisbonne. © »

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Amalia




"L'Insecte"
Éditions du Seuil
 


résumé : monologue du virus du sida : eux et les autres.

(extrait) « La Dernière Heure de Tête Perdue

c'est maintenant, tu sais que c'est maintenant, maman n'est toujours pas là, où est maman ? j'aimerais sentir maman après il sera sûrement trop tard, toi je te sens je ne peux pas me débarrasser de toi je n'ai pas pu je n'ai pas voulu
c'est autrement ce n'est pas ce que je croyais j'aimerais pouvoir l'écrire toi tu l'écriras tu écriras tout tu me réfléchiras
je me sens enveloppé d'amour ça se rapproche c'est l'amour qui se rapproche il est inhumain l'amour c'est ce qui m'a fait vraiment peur tout à l'heure quand j'ai crié, toi tu savais combien c'était inhumain et que c'était trop pour nous, qu'il n'y avait pas de solution ici
je déciderai bientôt, tout de suite, cela me semble une éternité
je vois la rivière là tout près celle de la maison de grand-mère j'entends le bruit j'aimerais bien la toucher je suis si près mais je ne peux pas j'entends aussi la voix de maman qui m'appelle j'ai toujours aimé sa voix je l'ai toujours reconnue où est donc maman toi tu lui diras que je l'aimais moi je n'ai pas pu, seulement maintenant, avant c'était inhumain, pense à emporter mes livres avec toi il faudra bien que tu te remettes à lire un jour
pourquoi ce n'était jamais possible d'être comme c'est maintenant, c'est à cause des fourmis, là je les vois bien elles n'ont jamais été aussi proches de moi mais elles ne me font plus peur je sais qu'elles ne me toucheront pas mais elles ne le savent pas, c'est bien que moi je sache, même toi tu ne le sais pas, pourtant tu en sais des histoires, plus que moi, alors aujourd'hui c'est moi qui sais, si tu veux je te protégerai
c'était quand le moment où j'aurais pu si j'avais voulu ? y avait quoi au commencement
© »

article dans "Le Monde": https://archive.is/VyGL

Amazon: https://www.amazon.com/Linsecte-French-Edition-Jean-Michel-Iribarren/dp/2020407205

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Yaguine

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"Yaguine"

 
résumé : dialogue entre JM et Yaguine, l'enfant malien mort caché dans la soute de l'avion qui devait le porter jusqu'à la France.

(extrait)
« YAGUINE : Je voulais dire, on s'est trompé sur tout, nous les Noirs.
MOI : C'est la première fois que tu dis Noir.
YAGUINE : Et toi, tu dis Blanc ?
MOI : Je ne suis pas avec toi pour ça.
YAGUINE : Tu as tort.
MOI : Je m'en fous d'être blanc.
YAGUINE : Tu ne sais pas ce que tu dis.
MOI : On ne pourrait pas vivre.
YAGUINE : La vie n'est pas une excuse.
MOI : Si je te dis : je suis responsable de tout et pour tout.
YAGUINE : Ce n'est pas de toi, ça.
MOI : Alors on devrait se taire, c'est toi qui l'as dit.
YAGUINE : On ferait quoi ?
MOI : A toi de le dire.
YAGUINE : Mais si toi, tu ne dis rien...
MOI : On commence par quoi ?
YAGUINE : Ce que tu veux, tu disais : des choses que tu aimes dans la vie...
MOI : Etre là, parler, me dire qu'il est impossible de se contenter de ce qu'on a. Alfredo, j'aime Alfredo. Si tu le rencontrais tu l'aimerais.
YAGUINE : J'ai assez à faire avec toi !
MOI : Il est moins fatigant que moi, c'est dans ses yeux, même quand il dort. Voilà ce que j'aime : me dire que j'ai rencontré Alfredo, le regarder vivre, le laisser vivre. Laisser vivre quelqu'un qu'on aime, voilà. Tu aimes la vie à force de la détester... Je ne suis pas aussi blanc que tu crois. Je suis seul.
YAGUINE : Et Alfredo ?
MOI : Justement. L'amour c'est la solitude, pas se regarder dans le blanc des yeux : ça, c'est ce que te raconte la vie, l'amour c'est contre la vie.
YAGUINE : Moi aussi j'étais seul. Ce n'était pas la même solitude.
MOI : Alors raconte, si je comprenais tout je ne serais pas là...
YAGUINE : Quand j'allais devant la mer : j'étais seul. Je pensais à la France. Et ne m'interromps pas, tu ne sais pas écouter : c'est très Foté ça !... J'avais lu des livres de ta France. Parce que c'est la tienne quoi que tu te fasses. Je les ai lus vos livres, j'ai dit que les mots ne sauvent pas mais c'est pire : c'était un mot terrible, France. Chez nous tout le monde voulait y aller et la France, elle refusait tout le monde.
MOI : Alors tu savais ?
YAGUINE : Bien sûr, puisque je n'ai même pas essayé d'obtenir un visa ! Et après ? Qu'est-ce qui peut t'empêcher ? Tout était possible : même les paradis de vos livres qui ne sauvent pas. Je serais venu en France j'y aurais foutu le feu. J'aurais ramené le feu en Afrique. Je partais pour revenir. Je n'aurais jamais pu parler de mon pays comme toi du tien.
MOI : T'as raison, dire du mal c'est encore accorder trop d'importance. Mais le mensonge c'est pire. La vie, c'est le seul mensonge. Tu le sais vraiment qu'ils t'auraient foutu dehors ? Ils ne veulent plus personne. D'un côté, ça se comprend. Il y a des fois quand je croise un Noir ou un Arabe dans la rue, je te dis pas que je me sens en sécurité, rien que la façon dont ils me regardent. Oui, le regard, même si ton regard à toi est différent.
YAGUINE : Et tu vas écrire ça, griot ?
MOI : Ca te fait sourire ? Tu me serviras de caution...
YAGUINE : Tes Noirs ou tes Arabes, ils ne te regardent pas mal : ils ont peur des chefs de canton.
MOI : Y a de quoi. Je sais qu'il n'y aura pas de pardon, que c'est impossible.
YAGUINE : Alors, toi et moi ? © »

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"Undead"

 
résumé : autobiographie.

(extrait) « j'ai marché toute la journée, je sais plus où, dans ces grandes avenues où je sentais le souffle de ma vie, où ma vie était déjà là sans moi qui m'attendait, y avait en ce temps dans Paris une partie de moi qui me courait après, qui désarmait pas... vers le soir j'ai pris le chemin du retour, je suis monté dans un bus qui me ramènerait chez moi, rien avait changé, simplement j'avais arrêté de travailler le temps d'une journée, j'étais assis au fond du bus, à un moment j'ai regardé en face de moi : il devait avoir mon âge ou un peu moins, il était blond, il était magnifique de beauté, je lui ai jamais parlé, il sait pas qui je suis, je lui dois tout... c'est en le voyant lui, ce garçon blond qui avait je crois un manteau vert, qu'en une seconde j'ai basculé : vers moi, pour ce que j'ai toujours appelé l'acceptation, pas la résignation, l'acceptation des garçons, que ce serait ça et pas autre chose, que depuis toujours j'étais homosexuel, sale mot mais puisque c'est le mot : c'est ce que j'étais, en une seconde ça m'a paru magnifique de l'être, et stupéfiant d'avoir tant attendu, j'allais le dire à la terre entière, la terre entière allait le savoir, je voyais celui que j'étais déguerpir sans demander son reste, il reviendrait plus jamais, je le plantais là l'inaudible, il me laissait aucun regret, il me dégoûtait presque et avec lui tous ceux qui l'avaient forcé à rester inaudible... en même temps j'avais envie de leur dire merci à ceux-là, tous, les humiliateurs, les empêcheurs, je leur devrai toujours tout aux humiliateurs et aux empêcheurs, je leur devrai toujours cette seconde dans le bus, sans eux y aurait jamais eu cette seconde, ce moment où tout a basculé, où demain s'est écrit d'un seul coup, tout ce qui allait venir, j'en voudrai jamais au malheur comme les autres lui en veulent, le malheur m'a tout donné de jamais l'avoir accepté, les empêcheurs de jamais leur avoir cédé, cette seconde restera pour toujours indescriptible, y aura jamais de mots pour dire ce que c'est de devenir soi-même, ç'allait se voir physiquement le changement dû à cette seconde dans le bus, ç'allait se voir pour tout, je viens de cette seconde qui elle-même vient de si loin que je saurai jamais d'où : de l'enfance peut-être, de l'oppression que c'est l'enfance, que ce sera toujours et quelle que soit l'enfance, l'oppression que c'est la famille, que ce sera toujours et quelle que soit la famille, elle venait la seconde du garçon à la barque qui me souriait près du canal et que j'avais laissé repartir, de cet autre croisé devant un marchand de journaux, elle venait peut-être de Lucien quand il avait dit l'important c'est d'aimer, elle venait de la solitude, ces nuits passées seul avec Kali dans ses pattes et son flanc, de tous les regards assassins que j'avais dû affronter, elle venait du meurtre ma seconde, de tous ceux qui sont morts parce qu'ils ont jamais eu comme moi une seconde dans un bus une fin d'après-midi : elle venait de tous les autres, de lui le garçon blond qui saura jamais ce que je lui dois, ceux d'avant moi qui comme moi un jour s'étaient pas résignés, ceux d'après moi qui comme moi se résigneraient pas que le monde soit ce qu'il est, impitoyable et sans aucune raison, assassin et sans aucune raison, et nos bourreaux, un grand merci à nos bourreaux d'être ce qu'ils sont, on leur doit à nos bourreaux de pas leur ressembler, de pas aimer la vie qu'ils servent avec tant de zèle et sans aucune raison, qu'ils continueront de servir avec autant de zèle qu'avant et sans aucune autre raison que celle de faire des victimes, toujours davantage de victimes, elle venait ma seconde de Vincent et elle lui reviendrait, tout pouvait commencer. © »

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L'insecte

Yaguine

Undead

Wild Samuel

Géant

décal'âge

(rollercoaster)




"Wild Samuel"

 
résumé : Wild et Mathieu se connaissent à l'âge de onze ans, leur lien est si fort qu'ils peuvent même se retrouver dans leurs rêves. Mathieu meurt à vingt ans. Wild ne pourra se résigner à être séparé de lui et le recherchera même malgré lui, accompagné par Ankhchen, la femme mystérieuse et si proche à la fois qu'il retrouve à Berlin.

(extrait) « Ils montent dans le taxi de John. Bonjour John. Good evening, Mr. Wild. Le taxi démarre. Où m'emmenez-vous ? C'est une surprise, vous aimez les surprises, n'est-ce pas ? Le taxi roule vers le Sud. Potsdamerstraße. Eisenacherstraße. Vers Steglitz. Le quartier résidentiel du sud de Berlin où il y a de très belles maisons. Donc, vous n'avez pas passé votre anniversaire avec Ellen ? Non, elle voulait me laisser avec Elsa et Matthew. Ah, je vois. Qu'est-ce que vous voyez ? Je vois que c'est une femme différente. Des autres ? Différente, et puis elles se connaissent n'est-ce pas ? Elsa et Ellen, oui. Il pense que oui, elle est différente, il l'imagine, peut-être dort-elle, de son sommeil fatigué. Il pense aussi, il y pense depuis un certain temps, est-ce que je vais le dire à Ankhchen : le Normandie, la Boîte à films, la porte. Il pense que c'est trop tôt pour aller lui raconter. Mais il n'aime pas lui cacher des choses. Vous me cachez des choses, mon petit Wild ? Il sursaute. Je vous jure que non, pourquoi ? Je vous connais, vous savez, mais je n'aime pas vous brusquer, vous avez besoin de douceur, je l'ai toujours su. Je n'en ai pas toujours de la douceur. Oh vous n'avez pas à vous plaindre non plus, trop de douceur et vous vous endormiriez sur vos histoires. Mes histoires ? Oui, bon, votre histoire. Le taxi s'arrête. La rue est déserte. Ils sortent. John reste dans la voiture. Vous repartez John ? John fait signe que non, qu'il reste. Ils se dirigent vers la grille de l'entrée. John n'est pas très bavard, fait remarquer Wild. C'est avec vous, vous l'intimidez. Moi, je l'intimide ? Oui vous l'intimidez parce que normalement lui et moi, nous n'arrêtons pas de parler. C'est une maison immense. Il fait sombre mais Wild entrevoit une masse imposante, sombre. Ils montent l'escalier menant au perron. Ankhchen porte un pantalon serré rentré dans de grosses bottes faites pour la neige. Elle porte un grand chapeau aux larges bords. Des gants noirs. Sa cape noire. Et de quoi parlez-vous ? De tout, de la vie, de la mort, de vous parfois. Ils entrent. Elle allume une faible lumière. Il fait chaud dans la maison. C'est la maison de mon ami Archibald Aschenbauer, il est à l'étranger en ce moment, à un congrès médical, vous voulez visiter ? Je vous suis. Alors venez, vous visiterez plus tard. Ils s'engagent dans un grand escalier sombre, comme du marbre. En montant, Wild aperçoit en bas une porte ouverte sur une grande bibliothèque éclairée. Premier étage. Deuxième étage. Troisième étage. Quatrième, elle le conduit dans la seule pièce de l'étage, une pièce ovale, pas très grande, entourée toute entière de baies vitrées et d'une sorte de canapé, ovale aussi. Au-dehors, les lumières, Berlin. Elle enlève sa cape et son chapeau. Il enlève son manteau et son bonnet. Je vous laisse et je reviens. Il s'assoit. Il se croit au bout du monde. Elle revient avec deux coupes et une bouteille de Ruinart. Vous êtes redescendue ? Non, au troisième, faut pas pousser grand-mère. Puis, ouvrez-la mon petit Wild, vous avez plus de force que moi. Ils trinquent. A vos trente-neuf ans ! © »

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L'insecte

Yaguine

Undead

Wild Samuel

Géant

décal'âge

(rollercoaster)




"Géant"

 
résumé : une heure dans la vie de trois personnages, la même heure. Vincent l'écrivain, dans sa chambre à Paris. Léa dans sa chambre d'hôpital où elle va mourir. Et Ben, le jeune cardinal noir au conclave de Rome qui élira le prochain pape.

(extrait) « (Ben) Monseigneur des Ursins venait souvent le soir parler avec mama. Ils s'asseyaient sous le micocoulier, lui sur ce que mama appelait le trampoline musical, une espèce de vieux fauteuil qui ne tenait debout que parce que c'était la mode, mais des Ursins adorait le trampoline musical qu'il n'appelait pas ainsi mais, mon fauteuil. Ils parlaient de Vous, ils se disputaient. Des Ursins respectait mama. Il respectait peu de gens. Je lève les yeux sur la voûte de la chapelle. Les trois cardinaux scrutateurs comme on les appelle sont devant l'autel. Je connais bien le cardinal Fernandez, l'un des scrutateurs, je l'ai connu à Madrid, nous n'avions pas parlé de Toi mais beaucoup parlé quand même, de livres, de Stendhal je me rappelle. Il était ébloui de mon parcours, comme il disait. Mama n'était jamais éblouie par moi. Elle m'aimait avec exigence, elle me disait souvent non, elle se démenait pour tout, pour nous, ses enfants, son travail d'employée des postes, et puis à la fin pour les enfants malades du sida. Elle m'a appris qu'il n'y a jamais de paix. Elle m'a peut-être conduit à Vous mais elle ne Vous aimait pas paisiblement, elle Vous aimait peut-être mais elle Vous détestait aussi. Il faut Vous détester. Vous le voulez. Le cardinal Obama du Kenya se lève, il tient à peine debout, il ne reste plus beaucoup de cardinaux à voter. Les vieilles biques papotent moins. Elles sont nerveuses. Que ferai-je si je suis élu ? A Tombouctou j'ai fondé cet institut de formation des professeurs. Le "bon pape" m'a dit que c'était encore plus important que la lutte contre le sida. Je ne suis pas sûr. Ils m'appellent le guerrier depuis que j'ai parlé du préservatif. Le "bon pape" ne m'avait pas découragé de continuer à en parler. Danilo. Le nouveau garde suisse s'appelle Danilo. C'est Visconti qui vient de me passer un autre de ses petits mots. Quelle garce ce Visconti. Comment peut-il trouver naturel de me passer des petits mots sur ce garde suisse. Je ne dis rien. Juste, ah. Visconti me traite comme un enfant, mais je dois aimer ça. Je serai un pape enfant, autoritaire et doux. Je relève les yeux sur la voûte de la chapelle. Je regarde ces corps de jeunes athlètes nus. Je ne regarde pas Visconti. Il continue à faire semblant de lire "La fin d'une liaison". Je l'ai lu moi aussi. Je me rappelle Sarah et le vœu qu'elle Vous fait. Et je me rappelle Bendrix qui Vous maudit, Vous et Votre cruauté. Mais est-ce que Vous écoutez ? Est-ce que nous n'imaginons pas ? Qu'avez-Vous à faire de nous ? Qu'avez-Vous à faire des enfants du sida ? Moi, je crois que Vous avez à faire mais que nous ignorons comment. Je crois en Votre présence mais je ne sais pas quelle est cette présence, comment Vous vous y prenez, ni pourquoi Vous acceptez, ni comment Vous nous aimez. Est-ce que Vous aimez comme nous qui aimons mal ? © »

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L'insecte

Yaguine

Undead

Wild Samuel

Géant

décal'âge

(rollercoaster)




"décal'âge"

 
résumé : Velma est veuve depuis un an. Alain, l'homme de sa vie, est mort. Elle décide de s'en aller à la recherche de son fils parti il y a dix ans aux Etats-Unis et dont elle n'a plus de nouvelles. Ce roman raconte la quête de Velma là-bas, loin de Paris.

(extrait) « Ils s'arrêtent dans un coin où on peut s'allonger. Je n'en peux plus, elle dit. On ne peut pas fumer ici, il dit. Je m'en tape. Et ils rient. Tu as toujours été une révoltée l'air de rien. C'est toujours ces films que tu aimais, tu sais, les films contre la vie, les histoires d'amour, tu sais, ces histoires d'amour. Elle : ça me manquait de ne plus aller au cinéma avec toi, sur les Champs, au Châtelet. Mais tu y allais avec papa. Papa. Tu sais bien qu'on avait pas tout à fait les mêmes goûts. Tu parles ! jamais vu deux personnes aussi désespérantes, vous pouviez tout faire ensemble. Peut-être mais le cinéma c'était toi..., à propos j'ai le numéro de téléphone personnel de Glenn Close, à cause de toi.
Il connaît son histoire par Matthew, l'histoire de sa mère en Californie, puis ici, mais il l'interroge quand même. Elle lui parle de Bill, de la route, du Romance et du Leopards, de Dan, tu les connais bien non ? Mmm... Ils t'appellent sweet Jimmy. Oh so sweet, dit Frédéric. Elle parle de Sandra, je ne l'aime pas du tout. Moi non plus, enfin, c'est une pauvre fille, alors, tu as connu Tom ? tu connais tout de ma vie alors ? C'est ça, moque-toi, tu es toujours aussi moqueur. Il rit. Elle aime le voir rire. Je croyais que tu étais mort. Moi aussi, dit-il, par moments, mais Matt me ressuscite à chaque fois, il est comme ça, il est fort, il est fort pour moi. Elle ne compte plus les Matthew dans la conversation. Parle-moi de lui, demande Frédéric à sa mère. Qui ? Ton Matthew, c'est un ange, avec toi aussi, non ? c'est un vrai écrivain, lui, il n'écrit pas pour la gloire, tu verras, son nouveau livre, tu lui as inspiré des poèmes, c'est magnifique, je suis toujours son premier lecteur, et lui mon premier auditeur. Ils sont toujours sur la High Line. Ça leur ressemble, High Line. La ligne droite d'eux qu'il a tordue et retordue, qu'elle a redressée et redressée, la ligne droite vers Matthew, au-dessus de la ville, par-dessus l'amour qui meurt, renaître et ne pas mourir, eux trois maintenant. C'est plus doux maintenant entre eux deux, entre elle et son fils, c'est comme si c'était hier, quand il est parti, qu'elle l'a accompagné à Roissy, aucune différence, eux ensemble, le même inceste jamais réalisé, réalisé maintenant par l'autre, l'ange qu'il dit, attends un peu avant de parler d'anges, la vie est longue mon ange, aucune différence mais tout a changé, la douceur entre eux n'a jamais été vraiment douce, violente, à fleur de peau, trop d'amour, Alain le disait, ton fils ne m'aime pas, il n'aime que toi, c'était faux bien sûr, elle n'a même pas besoin que Frédéric le lui dise, c'était faux mais invivable, l'amour est invivable... © »
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L'insecte

Yaguine

Undead

Wild Samuel

Géant

décal'âge

(rollercoaster)




"rollercoaster"
(titre provisoire)
en cours d'écriture


 
résumé : suite de "Décal'âge" : New York, Frédéric, Velma (sa mère), Matthew. Matthew vit avec Frédéric depuis douze ans, il est aussi l'amoureux de la mère de Frédéric. Frédéric fait une émission de nuit à la radio : Streetwalk, sous le nom de Jimmy Prince. Et il y a ceux qui l'écoutent la nuit dont les chemins se croisent, et parmi eux, Diego, le jeune immigré qui rencontre madame Soledad, et aussi celui qui a écrit à Jimmy une lettre avec le mot 'rollercoaster'... jusqu'au virus qui désole NYC... mais la cité revit quand même...

(extrait) « Nous voilà à Governors Island, sur nos chaises. Devant nous, l'Hudson river. Et le froid soleil. Nous attendons le printemps, la renaissance. La cité renaît chaque année, comme nous. Hier nous avons dîné avec Velma. Pauvre Velma qui est venue vivre ici pour lui, son fils, pour nous, et qui se retrouve coincée avec une pandémie. Frédéric lui demande si elle a des projets, un livre, quelque chose. Mais Velma flotte dans sa vie sans projets autres que nous. Dans le café de Alex, Léa, sa compagne, est venue en renfort, elle travaillait dans une boutique de luxe dans la Cinquième Avenue mais la boutique restreint ses coûts, virus. Le projet de Velma c'est continuer à vivre. Le projet de nous tous en somme. Dans sa tête oui elle en a des projets, des villes, des livres, des films. Tu pourrais produire mon film, a dit en souriant Frédéric. Mais Velma a fait un trait sur la production de films, je t'aiderai si tu as besoin mais productrice de films à mon âge... Qu'est-ce qu'il a ton âge ? Elle ne sait pas ce qu'il a son âge, elle va avoir soixante-six ans c'est tout, le mois prochain, la vie s'inscrit au passé et le présent il faut le conquérir pied à pied. Elle reste belle. Tu es belle, dit Frédéric. Moi je ne me risque pas à dire ces choses, ce serait parler de notre relation amoureuse et quand on est tous les trois, nous n'en parlons pas. Sur nos chaises devant l'Hudson nous parlons de la vie. Depuis qu'on s'est connu nous parlons de la vie. Nous n'épuisons jamais le sujet. À nous voir vivre de loin les autres doivent penser que nous ne sommes pas un couple, juste deux garçons dont chacun est le meilleur ami de l'autre. C'est un peu ça mais ce n'est pas ça non plus. D'abord, on fait quand même encore l'amour, peu mais oui, un peu encore. Et puis surtout il y a la tendresse. J'ai besoin de son corps dans mes bras, les caresses, les baisers, dormir ensemble, des meilleurs amis ne font pas ça. Frédéric dit que de toute façon les autres ne comprendront jamais. Il répète ça depuis le début. Il aime penser que les autres ne comprennent pas, lui qui a tant besoin des autres, sinon il ne ferait jamais ses émissions de nuit. Mais c'est vrai, les autres ne peuvent pas comprendre. Nous sommes comme les amants d'un jour, comme des naufragés superbes, des amants éternels qui luttent pour leur éternité en sachant que demain peut ruiner l'éternité parce que c'est dans l'ordre des choses. Frédéric lutte contre l'ordre des choses en sachant qu'on ne peut pas lutter contre l'ordre des choses, c'est là qu'il ressemble à John Wild. On lui dit que son livre s'il était un film ne serait pas de l'espoir pour les gens d'aujourd'hui, parce que John se tue à la fin, comme il l'a décidé à dix-huit ans. Je lui prends la main sur nos chaises. Tu m'accompagnes à la radio ce soir ? Oui. Je suis le pot de fleurs de sa radio. Ne dis pas ça, le pot de fleurs c'est moi. Non, il dit, ce n'est pas vrai, John n'est pas le désespoir, c'est le contraire, il n'y a rien de plus vivant que lui, rien de plus vivant que sa vie, sa mort n'est pas un échec, mais va leur faire comprendre. Il y en a bien qui comprendront, dis-je. Oui je sais, et beaucoup, les gens ne sont pas aussi bornés qu'eux. On rit. Les gens. Son public, ses amoureux, ses fans. On sort les gâteaux qu'on a achetés sur le chemin. Nous sommes des amants qui mangent des gâteaux. J'envie Frédéric d'avoir encore sa mère, je pense à la mienne tous les jours, je vis amputé d'elle, quand j'ai rencontré Frédéric elle venait de mourir. Ta mère morte. Moi aussi je cherchais à continuer à vivre. C'est ce qu'on fait là sur nos chaises. Et c'est beau. Il fait froid, le jour tombe. Il tombe tant qu'il va se casser la gueule. On ira au studio bien avant l'émission. Il aime être là-bas même quand il n'est pas à l'antenne, c'est chez lui. On ira manger en bas, dans une terrasse, il écrira ses mots de nuit, j'écrirai aussi peut-être. Diego, me dit Frédéric, veut que je rencontre sa femme, la Soledad, c'est elle qui veut, tu viendras ? Mais si elle veut te voir toi. Oh quand elle te verra..., selon James elle aime les beaux garçons. Moi je crois que c'est Diego qu'elle aime, c'est fou leur histoire, tu pourrais l'écrire. Encore des histoires à écrire. Ces histoires qui s'écrivent toutes seules et qui n'ont pas besoin qu'on y foute des mots. Allez, viens ! La voiture roule dans la nuit froide de la cité et deux amants transpercent la nuit. Dis-je. © »

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L'insecte

Yaguine

Undead

Wild Samuel

Géant

décal'âge

(rollercoaster)




"Parce qu'eux"
Éditions Saint-Germain-des-Prés
(et autres poèmes)

 


Sachez-le ! Rien n'est ici à sa place et tout y sonne juste. L'amour surgit de ces poèmes comme de rites impurs («des anges y croisent des robes noires »), le désespoir affleure sans l'emporter jamais. Car..., là où le verbe nous entraîne, « l'écume au loin des vagues éclaire un peu ces lieux ». Force et lucidité de la vie incarnées dans les mots.
(Hervé Loyez)

« (je)

J'ai envie d'un destin singulier
Que je cherche perdu comme un enfant pressé
Ma vie n'est pas ici
Elle n'est pas là non plus
On me condamne à vivre
Moi je voudrais voler
Ne pas être d'ici
C'est ça le désespoir
Alors je refaisais le monde
La beauté retrouvée
Au pinceau au stylo
Surtout ne pas tricher
L'amour pour commencer
Aimer finalement
Mes yeux pour seul miroir
Les autres n'existent pas
Entre action et pensée
Ou partir et rester
Entre violence et paix
Je voulais être là
Mais j'étais à côté
Je pressentais la gloire
Cet amour impossible
Dès le début j'avais senti mes ailes
Quand les autres à peine savent marcher
Mais je ne pus jamais vraiment les déployer
Qui m'avait fait ainsi
Pour me laisser sur place
Point d'interrogation final
Je m'arrangeais de tout
Et je n'acceptais rien
Le corps ne mentait pas
Lui seul avait raison
Depuis le premier jour
J'étais bien las de vivre
Effrayé de mourir
Elle transpirait partout la mort
Au cœur même de mes vingt ans
J'en souffrais bien souvent
Ou alors je riais
Je faisais l'ordre en apparence
Mais j'avais la raison du côté du désordre
L'enfant voulait la paix
Et je faisais la guerre
En dépit de mon cœur
Qui me disait des leurs
J'étais de nulle part
Ne demande jamais
Il ne faut pas vouloir
Mais seulement savoir
Alors ils seront à tes pieds
Le hasard le destin ce ne sont que des mots
Tu en as fait assez
Mais l'instant est trompeur
Et mes journées à l'ombre
Semblaient l'éternité
C'était définitif
Rien n'était important
Etranger à la haine
Les autres n'existaient pas
Je prenais tout à cœur
En me foutant de tout
Je voulais être libre
Et mon père et ma mère
Me ramenaient l'amour
J'étais de mon enfance
Dont j'avais tout rayé
Trop occupé à vivre ces années
Comme l'alpha et l'oméga
J'étais absent au monde
Toujours en retard d'un printemps
Ce maudit décalage
Serait-ce toute ma vie
Les questions se pressaient
Les réponses changeaient
Le temps passait ainsi
Je n'attendais plus rien
Tout pouvait arriver © »


Amazon: https://www.amazon.fr/Parce-queux-Jean-Michel-Iribarren/dp/2243031795/ref=sr_1_2?s=books&ie=UTF8&qid=1431619725&sr=1-2&keywords=jean+michel+iribarren

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Parce qu'eux




France Culture : "Du jour au lendemain" par Alain Veinstein : "L'Insecte", de Jean-Michel Iribarren, éditions du Seuil, interview

Alain Veinstein : Vous êtes né en 58 Jean-Michel Iribarren et votre éditeur nous informe que vous avez exercé divers métiers dans la politique et le cinéma, la politique et le cinéma c'est pas tout à fait la même chose...

Jean-Michel Iribarren : II y a beaucoup de gens qui disent que c'est pareil, je ne sais pas... Vous voulez que je vous dise exactement ce que j'ai fait ?...


Dites ce que vous voulez, vous êtes libre...

C'est vrai que j'ai fait beaucoup de choses... le parcours qui m'a mené a l'écriture a été long... j'ai commencé à écrire tard, à l'âge de 30 ans à peu près et je crois que ce que j'ai fait avant n'a pas franchement d'intérêt... ce qui est intéressant, c'est que tout ça menait à l'écriture, que l'écriture était déjà là même quand je n'écrivais pas, que mon meilleur ami, dont je parle dans le livre, lui, voulait écrire depuis qu'il était petit, ça a été long...


Et vous c'est une décision plus tardive ?

Ce n'a pas été une décision, c'est toujours une chose qui m'a étonné... J'ai toujours voulu, ça paraît un peu bête à dire comme ça, je ne sais pas : trouver sa place, m'exprimer dans une chose artistique, et ça a pris des chemins contournés, j'ai fait de la radio, j'ai voulu être comédien, et cette place je ne la trouvais pas... j'ai même tourné un rôle dans un moyen métrage de Jean-Luc Godard, et je crois que ça date de là, je me suis dit : c'est vraiment lui qui crée quelque chose, moi rien... alors je me suis dit qu'est-ce qu'il me reste ? il me reste écrire, alors j'ai écrit... parce que ce livre, c'est quand même pas le premier que j'ai écrit, c'est le premier publié mais c'est pas le premier que j'ai écrit.


J'allais vous poser la question

J'en ai écrit beaucoup...


Et pourquoi n'ont-ils pas été publiés... d'après vous ?

C'est très difficile que l'auteur dise ça, parce que s'il dit : c'est la faute des autres, on va dire c'est facile... je crois que le chemin qui mène de toute façon à une certaine reconnaissance, il est long et j'ai toujours dit que tout le temps que j'ai écrit sans être publié, j'avais une extraordinaire liberté, je crois que peut-être je n'aurais pas écrit L'Insecte si je n'avais pas été autant refusé, parce que j'ai vraiment été extraordinairement refusé, partout... j'ai rencontré des gens qui me disaient en substance : c'est bien ce que vous faites mais on ne va pas l'éditer ou... enfin il y avait toujours des raisons, honnêtes ou moins honnêtes, je n'en sais rien... je n'en sais rien, c'est difficile parce que maintenant je suis publié, je suis dans une maison d'éditions, alors je ne peux pas non plus cracher dans ma propre soupe, mais en même temps pourquoi pas...


Vous êtes publié mais en même temps, avec ce premier livre publié, vous faites une expérience dont vous m'avez parlé par écrit, puisque vous m'avez envoyé votre livre avec une lettre, une longue lettre, bien intéressante, vous faites l'expérience du silence, vous êtes heurté, c'est le mot que vous employez, au silence qui a accompagné la sortie de ce livre qui est sorti il y a 2-3 mois, et depuis 2-3 mois pas assez d'articles selon vous, pas assez de retentissement médiatique...


Non, il n'y a pas que ça, parce que si ce n'était que ça... On m'a dit aussi que c'était le propre de tout auteur de se heurter, quand il a écrit, à un certain silence... vraisemblablement... Mais ce livre parle du silence, et en l'écrivant, et dans ce que j'ai écrit, j'ai dit qu'il se heurterait au silence... j'avais un peu anticipé le silence parce que je croyais qu'il ne serait pas publié, alors il l'a été, et même à bras ouverts, de manière presque un peu inquiétante, et le silence c'est plutôt après, ce n'est pas un silence total, c'est un silence sournois... Ce livre je m'attendais à ce qu'il soit - peut-être naïvement, alors que ce que j'ai écrit n'est, je crois, pas naïf, mais c'est peut -être ce qui prouve que je suis encore dans la vie dans ce qu'elle peut avoir de... je ne sais pas comment dire... - donc les gens qui auraient dû soutenir ce livre ne le soutiennent pas, on me dit qu'ils ne savent pas comment en parler...


Et vous pensez qu'un livre ne peut pas se défendre tout seul...

Oui... oui, à la limite c'est d'ailleurs ce qui pourrait lui arriver de mieux, sûrement même ce qui pourrait lui arriver de mieux, parce que je pense que quelquefois dans la manière dont on défend un livre il y a beaucoup de malentendus aussi... mais c'est difficile pour un livre de se défendre tout seul, je ne sais pas si c'est plus difficile aujourd'hui qu'avant... mais le problème d'écrire, c'est qu'on est très libre quand on écrit, presque trop, presque trop parce qu'on est quand même coupé d'une certaine réalité, même si c'est bien aussi de s'en couper de cette réalité, parce que peut-être si on n'en était pas coupé on n'écrirait pas, et peut-être qu'on est plus proche d'une réalité plus essentielle... mais en même temps quand ce livre est écrit, il a besoin des autres, il a besoin d'être défendu, moi depuis 2-3 mois je me pose la question : est-ce qu'un auteur doit vraiment défendre ce qu'il a écrit ? c'est une question... en fait je réponds toujours oui, il faut défendre ce qu'on a écrit... mais peut-être que l'on devrait laisser les mots... et puis tant pis s'il y a le silence, peut-être qu'on devrait se résoudre à ça... je crois qu'il y a un orgueil aussi de l'écrivain qui est mal placé, il y a une envie de reconnaissance, de gloire, de gloire oui, enfin de gloire c'est exagéré, qui est mal placée aussi, qui est mal placée mais en même temps si on a écrit c'est parce qu' on a envie que ses mots "passent", les mots qui ne "passent" pas ils meurent, et moi je parle du silence alors si ce livre reste dans le silence, c'est aussi un échec du livre.


C'est un livre, c'est le moins qu'on puisse dire, qui crée un trouble... chez le lecteur...

C'est-à-dire...


L'Insecte, là, que vous publiez dans la collection de René de Ceccatty, Solo, parce que d'abord on ne sait pas si c'est un roman, ou si c'est un récit autobiographique...

C'est déjà son problème, pour ceux qui seraient chargés de le défendre... c'est un livre qui ne rentre pas dans une catégorie, c'est pas un essai, ça pourrait l'être, c'est pas vraiment un témoignage mais ça l'est aussi, alors au bout du compte je dis que c'est un roman, je pense qu'à partir du moment où j'ai fait parler le virus du sida...


Oui, parce que ça, c'est l'autre élément du trouble, c'est que dans ce livre-là, et à ma connaissance il n'y en a pas beaucoup qui en font autant, vous donnez la parole au mal, qui aujourd'hui en effet est le mal absolu, le mal qui à l'intérieur même du roman tue les personnages...

Il les a tués déjà... oui... est-ce que c'est le mal absolu ?... Ce qui est écrit aussi dans le livre, c'est que le mal absolu, c'est peut -être de ne pas regarder le mal...


L'indifférence...

Oui, l'indifférence... mais l'indifférence quelquefois ça n'est pas voulu, alors qu'il y a aussi une volonté de ne pas regarder le mal, il y a une forme d'organisation qui est basée, bâtie sur : ne pas regarder le mal... Ce que j'ai essayé d'écrire, c'est que ce qui fonde la vie, c'est aussi de ne pas regarder le mal, que tout se ramène finalement à ça... Le virus du sida, le pauvre, il a fait son travail de virus du sida et si je lui ai donné la parole c'est parce que justement je me suis dit que personne ne pouvait raconter, que j'en étais là, que personne ne pouvait raconter ce qui s'était passé et que justement celui qui pourrait le mieux le dire, ce serait le virus du sida... mais à partir de là on est quand même dans un romanesque, c'est pour ça qu'on peut dire que c'est aussi un roman mais c'est vrai que je ne raconte pas vraiment une histoire...


Non, c'est pas vraiment un roman à l'eau de rose... donc, il parle, il monologue, ce virus dans un livre écrit par un autre, un certain Sang Inquiet, qui est séronégatif, et qui vit avec Or Vif...

Sang Inquiet, c'est celui qui écrit le livre... donc c'est moi... et Or Vif, c'est la personne avec laquelle je vis, oui...


Sang Inquiet, c'est de l'encre noire...

Qu'est-ce que vous voulez dire ?


II est très noir...

Je ne crois pas.


... par son inquiétude même...

Non, ce qui est noir c'est justement de ne pas être inquiet, alors franchement je trouve que les gens qui vivent sans être inquiets sont... inquiétants... et qu'est-ce que ça veut dire être noir ?...


Noir comme l'encre...

Mais encore...


l'encre de l'écriture de ce livre... parce que c'est tout de même un livre...

ah oui, c'est un livre...


un livre ça ne s'écrit pas avec rien, ça s'écrit avec son sang, c'est-à-dire avec de l'encre...

Oui mais ça reste des mots... on ne sait pas en fait ce que c'est... et quand on a écrit un livre, on se dit que si ce n'est qu'un livre c'est pas la peine, si ce n'est qu'un livre...


Et qu'est-ce que ça peut être d'autre...

Peut-être qu' on écrit aussi pour le savoir... je crois qu' on se pose tout le temps la question... mais vous me disiez c'est noir, je sais que les gens qui ont aimé ce livre ne l'ont pas ressenti justement comme un livre "noir", ils l'ont ressenti comme un livre qui, je ne sais pas, qui leur donnait envie de lutter, qui n'était pas un livre désespéré, et que justement peut-être en disant le désespoir, en disant le mal, en approchant le mal, c'est là qu'on s'en sortait... C'est quand même ce que j'ai voulu raconter : que mes amis qui sont morts, ou ceux que je ne connaissais pas, j'ai eu l'impression que justement ils n'étaient pas morts pour rien, et que c'était le silence des autres qui voulait que cette mort soit vraiment une mort définitive... Dans la première page, je parle de colera alegria, j'ai voulu écrire une colère joyeuse, parce que ceux qui sont morts, dont on n'a pas parlé, n'ont pas cessé de rire, n'ont pas eu peur d'affronter leur mal... Mais la vraie question c'est quand même celle que vous m'avez posée, vous me dites c'est un livre, évidemment c'est un livre mais on se dit quand même, même si on a écrit ça, qu'un livre c'est pas grand-chose quelquefois, on ne peut pas se contenter de se dire qu'on a écrit, parce que quand on a écrit un livre on se sent un peu "quitte" aussi avec ce qu'on a écrit... je crois qu'on écrit pour savoir ce que c'est qu'un livre...


Qu'est-ce qu'il vous a appris ce livre-là sur vous-même ?

Il m'a appris que j'étais encore en vie... je ne sais pas s'il m'a vraiment appris quelque chose sur moi-même... et il continue de s'écrire ce livre, peut-être qu'il m'apprend presque plus de choses maintenant, peut-être qu'il me met aussi au pied du mur maintenant, puisqu'on parlait du silence qui peut aussi entourer ce livre, se dire : qu'est-ce que je fais maintenant, par rapport à ce livre ? est-ce que je me dis : je l'ai écrit voilà ou est-ce que je le défends ?... Et les autres continuent à écrire ce livre, je crois qu'on écrit avant, on écrit pendant et on écrit après, on écrit même quand on n'écrit pas. Est-ce qu'il m'a appris quelque chose sur moi ? je ne sais pas si on attend d'un livre... c'est pas une psychanalyse, un livre... on n'attend pas d'écrire un livre pour apprendre des choses sur soi, je crois que c'est plus d'aimer qui vous apprend quelque chose sur soi... c'est la confrontation au mal aussi qui vous apprend quelque chose sur soi, je n'essaie pas de me chercher dans mes livres... je pense que quand on écrit il ne faut pas non plus avoir une idolâtrie de la chose écrite, il faut être assez humble aussi, il faut aller vers les mots mais les mots... il y a quelque chose de très impuissant dans les mots, j'ai toujours dit qu'on écrivait plutôt entre les mots que les mots eux-mêmes... en même temps il y a cette chose quand on a écrit de dire : c'est écrit, alors c'est écrit c'est fini, et moi je déteste ce qui est fini, je ne crois pas a la fin, je ne crois pas à la fin d'aimer quand on aime, et je ne crois pas à la fin d'un livre, je pense que ce livre je l'avais commencé avant, que je le continuerai après...


II n'y a pas de dernier mot...

Non... on aimerait...


Même pour le virus...

Vous savez le virus, je l'ai fait parler mais je ne le connais pas si bien que ça, je crois que celui qui a écrit le livre... qui n'est pas totalement là, parce que c'est quand même un grand problème de venir parler de son livre, d'un livre, peut-être d'un livre comme celui-là...


C'est pas vous Jean-Michel Iribarren... ?

Oui, mais... vous savez j'aime beaucoup Barbara et elle disait : quand je chante c'est moi et ce n'est pas moi alors c'est moi et ce n'est pas moi... C'est peut-être ça, la recherche de soi-même...


Et là c'est qui aujourd'hui qui est en face de moi... ?

Ecoutez, c'est celui qui a écrit le livre qui est dans un studio de radio et qui... qui écrit mieux vraisemblablement qu'il ne parle...


Ou l'inverse...

Qui parle mieux qu'il n'écrit ?...


C'est possible, non?

... oui, j'aime bien parler... j'aime bien parler de ce que j'écris... il faut trouver le mot, la chose qui va vous faire dévider la pelote, quand on parle... Vous savez, j'ai écrit un livre à propos des homosexuels qui sont morts et je sais qu'il y en a qui se sont dit : bon c'est très bien ce qu'il écrit mais ce n'est qu'un livre, lui il n'a pas milité, il n'a pas combattu, il est séronégatif en plus, ce n'est qu'un livre... ils n'ont pas tout à fait tort non plus mais ils ont tort aussi quand même, parce qu'un livre c'est quand même beaucoup, on ne peut pas dire que c'est tout mais c'est quand même beaucoup... peut-être que c'est ça aussi le silence sur ce livre, c'est de mésestimer la force d'un livre... parce qu'il y a une force des mots... et que les mots peuvent aller contre la mort, contre le mal...


Ça, vous le pensez ?...

ah oui si je le dis, quand même...


C'est une drôle de confiance que vous leur faites aux mots...

Oui mais regardez... Je sais que le personnage que j'appelle Tête Perdue dans le livre, mon meilleur ami, qui est mort en 1993, qui était écrivain, Hervé Loyez, je sais que cette histoire avec lui continue et je sais qu'elle a beaucoup continué par les mots, ce qui prouve bien que les mots ne sont pas que les mots... Si je devais un peu mieux expliquer : il y a eu dans beaucoup de choses qu'il a écrites et que j'ai écrites avant sa mort, des choses qui anticipaient sur notre histoire "après" la mort... vous savez quand on pense que quelqu'un est mort mais qu'il est quand même encore avec vous, on est bien désemparé devant cette présence qu'on sent et qui est quand même absente, elle est quelque part, si on en est persuadé elle est quelque part, elle peut être dans les mots... c'est peut-être un peu bizarre pour celui qui entendra ça... mais oui je leur fais confiance aux mots, c'est un fait, mais je ne les crois pas tout-puissants, et puis je pense qu'il y a les mots et puis il y a les mots, et puis il y a ce qu'il y a entre les mots, et puis il y a sa propre vie quand même, je pense qu'on ne peut pas dissocier les mots de sa propre vie, et que beaucoup d'auteurs écrivent, et sûrement moi aussi, sans se dire : où est ma propre vie dans tout ça ?... vous comprenez, si l'on est qu'une institution, ou quelqu'un qui vient faire son livre comme ça... les mots se vengent de ça, les mots attendent quelque chose dans votre propre vie... les mots exigent de vous, ou alors ils vous rattrapent...


Vous n'êtes pas le maitre du jeu (je)...

On l'est trop et pas assez, on l'est trop parce que rien ne vous empêche quand on écrit, on se sent un peu tout-puissant... on ne l'est pas assez parce que tout ce qu'on cherche à dire on ne l'atteint jamais, qu'on a vraisemblablement trop parlé de soi aussi, qu'on veut écrire pour se déporter de soi mais que les mots vous ramènent toujours à vous-même quand même... je ne sais pas si cela a un rapport quand vous me demandiez : se connaître soi-même...


Je vous ai demandé ça, moi ?

Oui... vous m'avez demandé si en écrivant je me connaissais mieux...


Je vous ai demande ce que le livre vous avait appris sur vous-même...

Ce n'est pas la même chose... ?


Pas tout à fait mais enfin ne chicanons pas... II y a les mots et il y a les noms, il ya les noms que vous avez donnés aux personnages: Tête Perdue, Sang Inquiet, Or Vif... comme des noms d'indiens...

C'est un peu ça oui... c'est parce que je ne voulais pas que ces noms soient... je voulais un peu qu'ils soient symboliques, emblématiques, que ce ne soit pas totalement la réalité, mais j'ai donné aussi d'autres noms... voilà, ça c'est fait comme ça, je n'étais pas à Paris d'ailleurs, je réfléchissais à ça et j'ai trouvé ces noms-là, Sang Inquiet, Tête Perdue, Petit Balafré... mais bon, il ne faut pas y voir plus qu'il n'y a...


Et les indiens ont subi toujours de terribles hécatombes...

Peut-être, c'est vrai que quand on écrit il y a beaucoup de choses qui... on se dit après : tiens j'ai écrit ça... effectivement, peut-être... peut-être c'est en ça qu'un livre n'est jamais fini parce qu'il s'inscrit dans un lien, alors pourquoi pas, oui, avec les indiens... c'est drôle ce que vous me dites parce que j'en parle presque plus dans le livre que je viens d'écrire, de l'histoire des indiens...


Vous écrivez sur les indiens...

Non. Mais j'ai écrit un livre là, mais je ne sais pas si c'est très intéressant qu'on en parle maintenant, à propos des deux petits Guinéens qui avaient été trouvés morts dans la soute de l'avion il y a un an... j'ai imaginé un dialogue entre moi et un des garçons de cet avion... et c'est vrai que là, il y a des histoires d'indiens oui...


Et là dans L'Insecte, il y a une ligne, le livre suit une ligne qui est une ligne de partage entre "eux" et "les autres"...

Alors il faut que je vous dise qui sont "eux" et qui sont "les autres"... ? C'est ça ?


Bien, oui... mais vous pouvez y renoncer aussi mais ça serait dommage parce que c'est quand même au centre du livre...

"Eux", ce sont les homosexuels qui sont morts du sida et ceux qui étaient à leur côté, les homosexuels qui étaient a leur côté; alors "les autres", c'est... comment dire ? C'est le grand problème des autres, les autres ! Beaucoup me disent : "les autres", c'est les hétérosexuels, je sais qu'on a envie que ce soient les hétérosexuels, c'est vrai que ponctuellement dans cette histoire du sida c'est les hétérosexuels mais pour moi ce livre ne tient pas si on dit que "les autres" ce sont les hétérosexuels, "les autres" c'est : tout le monde, et "eux" se sont détachés des autres dans cette histoire du sida, ils sont devenus : eux.


Tout le monde, c'est-à-dire...

Tout vivant. Tout vivant qui participe a cette perpétuation de la vie, à ce système qui ne veut pas regarder le mal... tout ce qui est complice de ce qui fait la vie...


Vous laissez entendre que "les autres", ce sont les vrais malades... ceux qui disent n'importe quoi, qui disent par exemple que le sida a tué l'amour...

Oui, cette chose du sida qui a tué l'amour, alors ça je... le problème, c'est qu'il faudrait que je raconte tout le livre si je me mets à parler de ça, parce que le sida n'a pas tué l'amour non, ça arrangeait de dire que le sida tuait l'amour mais le sida n'a jamais empêché personne d'aimer... je pense que ce qu'on appelle l'amour est quelque chose qui soutient aussi ce que j'appelle le système de la vie... aimer vraiment c'est aller contre la vie, vous savez cette histoire de dire que l'amour est plus fort que la mort... on nous fait croire que l'amour est partout alors que c'est faux, parce que s'il était vraiment partout la vie ne serait plus ce qu'elle est... aimer va contre la vie... et le sida n'a pas tué l'amour mais le dire c'était un moyen de laisser dans le silence la mort des homosexuels...


Le sida n'a pas tué le rire non plus...

Non, parce que tous ceux qui sont morts ont beaucoup ri, beaucoup vécu, sûrement bien plus que ceux qui sont vivants, et qu'on plaisantait de la mort... Un jour je me suis levé, à un de mes meilleurs amis je lui ai dit : "alors pas encore mort !"... il y a eu une extraordinaire dignité là-dedans... et beaucoup de vie... Moi, ce qui m'embête aujourd'hui, c'est que j'ai l'impression que, même chez les homosexuels, on ne veut pas parler de cette histoire du sida, parce que la vie aussi fonctionne comme ça, sur l'oubli... alors que je pense que, si on n'oublie pas, si on regarde le mal, si on regarde la mort, c'est là qu'on est vraiment vivant, je pense que c'est ceux qui oublient, ceux qui n'ont plus la mémoire, ceux-là sont morts... et ça se retrouvera...


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