Jean-Michel Iribarren

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"Vie d'Ange"

 
résumé : vie de Ange Tournoyeur, qui à l'âge de 18 ans décide de mourir jeune, à l'heure qu'il choisira, seule réponse qu'il trouve pour se venger de l'horreur : Ange voulait mourir du temps de sa jeunesse. Sa volonté était à la mesure de la rage qu'il mettrait à vivre et qui sait à regretter la vie : il était le désordre à lui tout seul.

(extrait) « Les quais de la Seine n'étaient pas tout à fait noirs. Il aperçut l'horloge au loin, presqu'une heure de la nuit. Il regardait les ombres qui dansaient. Des yeux déjà si proches arrachaient du plaisir. Son plaisir que la bière allait rendre plus fort. Plus doux. Elle frappait à ses tempes, faisait la nuit plus noire. Et pour fêter ses dix-huit ans c'est en toute lucidité qu'Ange avait décidé de venir jouir ici. "Les Incorruptibles" poursuivaient sans lui la fête organisée pour lui dans le bar de Claire, la brune. Il attira un cul. Sa langue souriait. Heureux anniversaire.
Quand il en eut assez il arrêta le jeu. Le garçon s'en alla en cherchant à comprendre. Ange murmura qu'il n'y avait rien à comprendre. Il avait dix-huit ans aujourd'hui c'est tout.
L'homme le suivait des yeux depuis un certain temps. Ange le voyait bien. Sale vieux ! Plus loin ! Il lui gâchait sa nuit. Il effleura le couteau dans sa poche gauche. Il y glissa la main, sentit le couteau et son sexe encore dur. La haine qui montait. Ange voulait la jeunesse. Comme ses dix-huit ans. Fallait qu'il foute le camp !
Les deux adolescents s'embrassaient, se tenaient. Ange approchait. Regardait. L'un des deux acquiesça. Ils se mêlèrent. Sans compter les secondes. Alors il l'aperçut, tout près qui l'avait suivi là. Ils ne virent pas Ange devenir fou. Il les laissa à leurs baisers. Il s'éloignait à pas pressés. Il ne se retournait pas, inutile.
A peine le vieux s'était agenouillé, Ange frappa. Avec son pied, encore plus fort. Passait une ombre sans demander son reste. Ange visait le ventre, entre les jambes. L'homme essayait bien de se lever. Ange frappait toujours. L'autre rotait. Il aurait voulu crier. Mais c'était impossible. Rien.
Ange sortit le couteau. Un court instant il fixa le couteau. Le regard fou il l'avait toujours eu. Un peu plus, un peu moins. Il regarda les péniches au loin. "Les péniches à la nuit sans toi ça doit être très beau." Il prépara le bras qui tenait le couteau. De l'autre il l'attirait à lui.
Un reflet de bec de gaz éclaira le poignet du vieux. Un quart de seconde mais il le vit. Qu'est-ce qu'il t'arrive, dis Ange ? Le couteau près du ventre arrêté dans sa course. "C'est quoi ce numéro ? Tu vas répondre connard ? C'est quoi ?" Il redonna un coup de pied. Et l'homme retomba. Dans un mot. "Quoi ? T'as dit quoi ?" Et Ange s'est penché. "Répète !"
"Treblinka." "Quoi ? Répète !" Il répéta trois fois. "Treblinka" Ange avait bien entendu. "C'est quoi ton Treblinka ? C'est le nom de ta femme ?" Ange, tu n'as pas vraiment envie de rire, hein ? Il était tout en sueur. Il s'était affalé près de l'homme qui commençait à parler, doucement, en désordre. Ange ne comprend rien. Au début. Ça ressemble à un rêve. Ange, écoute.
Le vieil homme parlait tout le temps sans que jamais Ange n'intervienne. Chaque mot l'atteignait. Il ne pouvait y croire. Il avait bien trop bu. Pourtant il crut sans doutes, jusqu'au plus impensable. Ange savait que c'était vrai. Il avait dix-huit ans cette nuit-là, l'innommable cadeau. Il souriait : "j'ai lu ça quelque part" et il pleurait. Le couteau s'enfonçait dans la main.
"Moi c'est Jean Tournoyeur. Tu avais quel âge ?
- L'âge des enfants
- Viens, on s'tire, viens... ?
- Éric
- Tout le monde m'appelle Ange" © »

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Vie d'Ange

L'il gauche de Vladimir

Le violeur

H

L'acharnement de soi-même

La solitude du mal

Amalia




"L'il gauche de Vladimir"

 
résumé : une nuit de Paris, noire, sans électricité, un homme et une femme sous les toits, un moine à la recherche d'un livre, un assassin, et Paris comme une femme veillant sur ses enfants.

(extrait) « "Qu'est-ce que tu fais là, à cette heure ? Tu me reconnais ? Moi, je t'ai reconnu tout de suite." Le vieil homme sursauta et leva machinalement les yeux. Il fut tout surpris de distinguer son interlocuteur. Pourtant la nuit était si noire, il avait déjà eu tant de mal à arriver jusqu'ici. L'autre lui disait bien quelque chose mais il ne parvenait pas à lui donner un nom. Il n'était pas rassuré. Sa peur cessa vite quand le deuxième lui rappela un événement précis qu'ils avaient partagé. Ils se mirent à sourire tous deux et à parler entre eux. Curieusement, le sourire du deuxième homme avait l'air un peu forcé mais son ami ne le remarqua pas. Ils évoquaient ensemble le souvenir d'un temps lointain. Ils se lamentaient sur leur échec. Ils croyaient avoir toujours raison, ils relataient avec satisfaction chacun des épisodes qu'ils avaient en commun. "Eliminer", disaient-ils. D'évoquer l'ancien temps redonnait de l'allant au vieil homme. Il en oubliait son âge, ses rhumatismes, le froid qui l'avait transi dans sa marche. Il s'était levé pour mimer d'autres gens qu'il avait dû croiser à cette époque. Il prenait des poses effrayées, ses mains jouaient à torturer. Il s'amusait beaucoup. "Parfois, je me suis demandé si j'avais eu raison. C'est absurde. Il s'en ait fallu de si peu que l'on gagne !" A partir de ce moment l'autre se contenta de le laisser parler. Il ajouta simplement : "tu sais, on était vraiment supérieurs à eux. D'ailleurs, rien n'a changé. Notre âge n'y fait rien. On est des surhommes !" Ces mots produisirent un effet immédiat sur l'homme qui semblait de plus en plus excité. Et pour prouver sa force, il se mit à enjamber le pont. Il titubait un peu comme s'il avait trop bu. Il avait abandonné sa canne sur le banc. L'autre le suivit sur le parapet et il le stimulait de paroles exaltées. Le vieil homme s'aperçut alors que la Seine était à ses pieds. La Seine aussi, il la voyait distinctement. Quand il se retourna vers son compère, celui-ci avait disparu. C'est la voix d'un enfant qu'il entendit. "Tu te souviens des enfants de la guerre ? Les enfants ne meurent pas." Il baissa la tête, c'est là qu'il découvrit l'enfant. Il le reconnut aussitôt. Il n'eut pas le temps de crier. L'enfant le précipita dans la Seine. © »

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L'il gauche de Vladimir

Le violeur

H

L'acharnement de soi-même

La solitude du mal

Amalia




"Le Violeur"

 
résumé : Deux ans de la vie d'Alexandre de Beaumanoir au collège Barbe Bleue, loin de Paris adoré, Alexandre le solitaire, différent, qui fera le chemin pour découvrir les mystères du château Barbe Bleue, de vie et de mort, jusqu'à trouver l'amitié, et la liberté toujours à recommencer.

(extrait) « Les jumeaux venaient du nord mais ils ne voulaient pas en dire plus, rien dire non plus de leurs parents, ils lui affirmaient que c'était sans intérêt, du moment qu'ils restaient ensemble ils auraient pu être d'ici d'ailleurs ou d'autre part, descendre d'un prince ottoman ou d'un pirate des mers australes, ils parlaient de chanter, leur vraie passion, ils chantaient tout, leurs voix pouvaient jouer toutes les notes, les notes de l'un venaient prolonger celles de l'autre pour les emporter si haut qu'eux-mêmes ignoraient où cela les conduisait, ils racontaient qu'ils avaient chanté dans des villes étrangères, qu'ils avaient eu de l'argent, perdu, retrouvé, ils portaient de vieux habits et un bracelet en or au poignet. Tous trois s'interrogèrent sur ce qu'ils feraient plus tard. Alexandre disait que sa famille avait déjà tout planifié pour lui, il ne savait pas s'il suivrait leurs conseils, il voulait se marier. La famille d'Alexandre les intéressait beaucoup, ils lui confièrent qu'ils avaient connu des nobles épatants, Alexandre s'étonnait. Ni Bobby ni Teddy ne voulaient se marier, Bobby pourtant n'aurait pas été contre, s'il s'était marié il aurait voulu une famille nombreuse, des enfants qui dormiraient dans les mêmes lits et ne se quitteraient jamais. Mais Teddy avait l'air sombre, "tout est déjà si dur, avec Bobby nous avons eu tellement de mauvais moments, on nous a rejetés, pas beaucoup aimés". Ces moments-là Bobby Chêne semblait les avoir oubliés, pas son frère, on le sentait dans leurs voix, celle de Teddy se brisait parfois et aucun son ne sortait plus, alors c'était toujours la voix de Bobby qui venait à la rescousse, sans elle Teddy ne pouvait plus rien. Les jumeaux enviaient Alexandre de sa forêt, ils y trouvaient des similitudes avec les routes qu'ils avaient arpentées. "Mais ces routes comment ont-elles pu vous mener à Barbe Bleue ?" Ils expliquaient que l'on tenait à ce qu'ils s'instruisent, les routes c'était à part, "en retour on nous a laissés voyager mais nous ne sommes pas allés si loin. On trouve ça un peu inutile de travailler, on n'en a pas besoin puisqu'on est tous les deux", Alexandre voyait leurs mains fines s'animer, leurs grands fronts dégagés et les cheveux si fins par-dessus, une certitude incroyable dans les yeux mêlée à un doute qu'ils ne parvenaient pas à dissimuler lorsqu'ils se regardaient, ils avaient l'un envers l'autre des gestes tendres qui étaient autant de tics, comme les sons qu'ils faisaient avec leurs bouches tout en riant, leur manie de pencher la tête en arrière pour un oui pour un non avec une grimace, un vieux couple si beau, si jeune, Alexandre devinait que rien ne pouvait les atteindre et qu'un rien aurait suffi à les anéantir, Bobby et Teddy disaient qu'ils n'avaient pas d'avenir et il ne comprenait pas. © »

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H

L'acharnement de soi-même

La solitude du mal

Amalia




"H"

 
résumé : Après la mort de H à trente-cinq ans. Tout commence : "qui sait ? peut-être même qu'un jour la mort ne nous fera plus peur".

(extrait) « (lettre de H 5 - décembre 1980) je t'écris pour te dire où j'en suis, en ce qui nous concerne. Si tu veux encore de moi je suis prêt à faire des efforts dans le domaine de la "constance"... si toutefois tu me laisses suffisamment de liberté... Tu as changé, tu es moins intransigeant sur les détails et c'est bien ainsi. Moi aussi j'ai eu mes expériences, souvent douloureuses, avec toi, avec d'autres. Et si tu as mis de l'eau dans ton vin, j'ai de mon côté pris un peu de plomb dans la tête... Malgré mes défauts, je ne crois pas être aussi décevant que tu l'as dit... Alors, avec le temps, peut-être l'amour reviendra-t-il... De toute façon le coup de foudre, c'est foutu pour nous. Il nous reste que nous sommes proches sur certains côtés et que, si tu me laisses la liberté de m'intéresser à tout ce qui constitue l'autre côté de moi-même comme je l'ai toujours fait pour toi, tout peut aller très bien. Je te promets par ailleurs que cela ne rejaillira en aucune façon sur mon comportement. Ce n'est pas parce que je lis un roman sur l'Antiquité ou que j'écoute Mozart que je vais être moins épanoui. Au contraire je ne serai vraiment bien avec toi que si tu me laisses être moi-même. Et c'est parfaitement possible. H © »

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La solitude du mal

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"L'acharnement de soi-même"

 
résumé : une parenthèse dans la vie de Hugo, l'hôtel du Palais dans une ville qui ressemble à Amsterdam, la mer. Le cercle des amis de Hugo au Palais dont il est la lumière alors que lui-même essaie de survivre à la mort de Vincent. Cette ville où la chanteuse Bill Feria dit-on s'est suicidée dans la tour qui porte son nom désormais.

(extrait) « Je te reviens. Je ne serai pas parti pour rien. Te revenir comme on retourne à soi-même, dans ce noir où seulement je vois. Il n'y a pas de mots. L'instinct me commandait d'oublier. Pas toi, pas le noir, pas la mer. Je n'ai pas oublié Hugo. J'avais treize ans, je promenais la solitude, déjà ils se trompaient sur moi. De ton côté tu imaginais l'improbable, tu guerroyais sur des champs de bataille inventés, la musique faisait le reste, tu commençais ta vie d'artiste, tu t'éblouissais de solitude. Au cur des solitudes il y eut cet amour, méconnaissable et méconnu. L'instinct, pouah ! J'ai fait le contraire de ce que j'aurais voulu. Quand je dis "je", je veux dire "ils". Ce "ils" qui résume le monde, sur lequel on crachait, ce "ils" qui prétendait aimer. Tu feras que jamais je n'oublie le sens, ce fil ténu qui lie la bête à l'homme, cette lumière comme la bougie que portait l'enfant, si faible qu'elle permit de voir, qu'elle évita le chaos. Nous ne nous sommes jamais résignés au chaos. On l'aimait sans jamais y succomber. Le chaos, c'est nous. Ce gouffre traversé. Nous ne pactisons que de loin. On recouvre de noir ce qui brille avec tant de morgue. On tend la main pour mieux préserver l'autre. Nous, jamais là où on aurait voulu. Tu ne voulais pas y aller, tu y es allé quand même. Je m'inventais une parenthèse. Des cygnes blancs d'hier aux minotaures de demain. Je veux en venir que sans toi il n'y aurait plus d'espoir. Que sans toi le bal serait fini, la main aurait sculpté pour rien, l'aube aurait pleuré des larmes inutiles. Elle est belle l'absence. Qu'on a nourrie de chair, de foutre, d'impuissance. Sans la vie nous n'aurions rien pu faire. Si on vomit la vie c'est qu'on en a partout. On en a pour dix mille ans encore. Toutes ces différences qui nous faisaient souffrir. Pour une nuit elles se sont rencontrées. Contraintes de se voir. Contraintes d'avoir peur. Sur la terrasse je suis parti te rejoindre. Je déteste la fin, il n'y en aura jamais, comment le leur montrer ? Un jour ils voient et le lendemain ils oublient. Il y a son regard, il n'ignore pas l'effroi, déjà il t'aime, sans quoi je n'aurais fait que rêver, et même rêver c'est toi. Elle est cruelle l'absence d'être à ce point facile. S'il me reste le monde, tu me restes. Mourir mais une autre fois. Quand mourir ne sera que déposer le masque. Je sais le décor, les habits, presque le texte. L'essentiel est ailleurs. Ici ou autre part ce sera toujours ailleurs, alors... Ils ne savent pas. Ton ailleurs j'en ai déjà les mains salies. Je ne verrai plus mes mains. Un jour je ne te verrai plus. Il n'y a pas que toi, il n'y a pas que moi. Ce jour-là tu m'apparaîtras à nouveau. Il y a dans le ciel un oiseau. Il semble que je sois le seul à le voir. Il vole, disparaît, il revient, il ressemble à un loup. De ma chambre je le guette chaque jour. Ne m'en veux pas, je repars, il m'attend, cet oiseau-là il a confiance en toi. Prépare-toi à le voir arriver, il appartient au silence et aux mers infinies, aime-le, dis-lui qu'un jour il pourra se poser, mais ne lui dis pas quand. © »

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La solitude du mal

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"La solitude du Mal"

 
résumé : des meurtres sans explication, il crevé et sable sur le sol, qui ressemblent au roman noir qu'écrit Léo Tirictiscu au moment où il rencontre Coutil, rencontre qui fera s'envoler la frontière entre le livre et sa vie.

(extrait)
« Les articles publiés, Léo renonça à les lire. La mort toujours trimbalait une vérité inaccessible. Et ceux qui s'essayaient à en parler ne pouvaient que se tromper. Ils se trompaient avec cette belle assurance que donne l'ignorance. Pour approcher la vérité il fallait accepter le jeu de la mort, presque devenir son complice, avoir du sang sur les mains ou égratigner l'âme. Léo préférait rester à l'écart de cette comédie. Il assistait incrédule aux tâtonnements d'Angel pour écrire. Rien ne l'y prédisposait. Ce n'était pas un choix. Là résidait le point commun entre le meurtre et l'écrit. Chacun avait fait irruption sans prévenir. Sans réfléchir. Angel écrivait comme il tuait, sans se poser de questions. En cela il restait le même, il ne trahissait rien. Léo découvrait que destin et liberté uvraient dans le même sens. Il aimait qu'Angel en soit arrivé là, à son insu. Angel allait-il continuer à écrire ? La persévérance, Léo la lisait dans le regard du vieil homme du début. Cette manière abîmée d'être encore là. Oui, il aimait qu'Angel écrive parce qu'il se sentait justifié. Justifié de ne pas l'avoir abandonné. Tant de fois il y avait pensé. Justifié d'avoir vu au-delà. Au-delà d'Angel même. Il songea à intituler son roman : "Tuer d'abord". Cette nouvelle proximité avec Angel lui était cruelle. Cruelle quand il pensait à Coutil. Depuis l'incarcération de ce dernier, Léo écrivait encore plus. Il ressentait comme une trahison. Sans Coutil il n'y avait pas d'Angel. Angel n'avait pas été arrêté alors que Coutil était emprisonné. Pourtant il lui semblait que la force était du côté de Coutil. Léo savait qu'il avait davantage besoin de son ami que le contraire. Mais si David voulait fuir parfois, Coutil lui voulait rester. La présence de Coutil donnait envie de vivre. Cette contradiction s'imposait à lui de toute son évidence. L'absence de Coutil le retranchait du monde. Il se décida à rappeler Gaby Steamer qui accepta de le revoir. Ils se rencontrèrent dans un café quai de la Tournelle, à proximité du Quai des Orfèvres. Ils ne parlèrent que peu des événements récents. Léo lui répéta qu'il était convaincu de l'innocence de ce Jérôme Cristie. L'inspecteur de police ne l'écoutait pas. Elle ne le croyait plus. Elle préférait parler de son nouveau dîner avec Restif. Pour elle l'affaire était classée, elle profitait d'un répit bien mérité. Alors ils reparlèrent des livres. Ce fut surtout Léo qui parla. Elle le quitta bouleversée. Le lendemain on frappa à la porte de Léo. C'était le quatorze juillet. Léo fut arrêté ce jour-là. Coutil venait de l'accuser. Gaby Steamer n'était pas présente pour l'arrestation. © »

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Amalia




"Amalia"

 
résumé : Amalia Sané photographe, qui vit avec Tadzio le petit singe de Lisbonne, Amalia dont personne ne veut des photos et qui recherche pour se venger celui qui un jour lui a donné sa caméra (VL), Julien Rivière, le seul qui la comprend, le plus beau.

(extrait) « On s'est retrouvé sur les toits comme par miracle. L'air froid et l'alcool, ça nous ressemble. En bas y avait la Seine. Et les lumières. Je sais qu'on a pensé la même chose. Sans se le dire. En finir. En finir tous les deux. Je le tenais dans mes bras. J'aime son haleine, jamais rien respiré d'aussi pinard même au réveil, surtout au réveil. C'est en respirant son haleine qu'on sait combien il peut souffrir. Chez Julien tout est dans le corps. Rien ne ment. S'il est incapable d'écrire ou de photographier c'est pour ça. Parce qu'il faut manipuler sans arrêt et qu'il ne sait pas. C'est ça le venin de Julien, une vérité aquatique qui ne te laisse aucune chance. J'ai passé ma main sur son dos sous la chemise. Je voulais le rassurer. Il m'a dit : "Tu sais, j'ai compris pour les photos dans la chambre. J'ai vu celles que tu as faites, Esprit". J'ai déboutonné le pantalon noir. Ma main sur son sexe, toujours. Il avait suffi qu'il parle des photos dans la chambre pour que le sexe durcisse : Ce qu'on n'a pas osé faire sur ce toit on le fera autrement. Il m'a entraînée vers lui il souriait. Il continuait à parler. Des photos qu'il aimait, "Innocent" : l'enfant le couteau à la main devant une tombe, "Lutte" : le visage en gros plan d'un adolescent à Caparica, et ses yeux qui cherchent la mer, "Père" : ma main sur la vitre d'un train et derrière la vitre des ouvriers sur un chantier. Il y a assez de photos pour ne pas jouir vite ratatouille. Son sexe et son haleine qui me remplissent en même temps. Je me souviens qu'au moment de jouir j'ai tout vu de ce qui allait se passer. Puis j'ai oublié. Je me souviens de son cri comme les cris que j'avais photographiés. J'ai pensé que c'était impossible. J'avais passé ma vie à me dire que c'était possible, tout possible, la douleur la plus terrible. Il m'a dit : "Mes parents ont dû rentrer, tu n'as plus le choix". Je l'ai regardé. Il avait dû me parler comme ça la première fois le 8 novembre 1982. Me dire que je n'avais pas le choix. Avec la même force douce qui a fait d'elle une vengeance. Il la ramène toujours à la vengeance comme un enfant sans faire exprès. Je me suis laissée faire par habitude. Je savais que le plus perdu c'était lui. Si ses parents n'avaient rien compris à Louison ils ne comprendraient rien non plus à une pute qui se promène avec un chimpanzé. C'était à moi de le remercier. Julien ne recule jamais. Son haleine c'est celle de la bravoure avant de se noyer. © »

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La solitude du mal

Amalia




"L'Insecte"
Éditions du Seuil - collection Solo, dirigée par René de Ceccatty
 


résumé : monologue du virus du sida : On a beaucoup parlé de moi et pas d'eux.

(extrait) « je les ai vus moi virus du sida, moi je sais combien ils ont ri, même rire de la mort, rire entre eux de la mort, c'est comme ça qu'ils ont commencé à en savoir plus sur la mort que tous les autres réunis : en riant, en parlant, de là sont nés leurs mots, puisque les autres se taisaient ils parleraient eux, leurs mots à eux, le contraire des mots nada qu'ont les autres, les mots nada qui rejettent en disant le contraire, les mots nada qui édifient des murs contre tout ce qui ne leur ressemble pas (le mot "morale" par exemple, pour les autres la seule morale consiste à préserver leur implacable système immunitaire, la preuve : leur "morale" a été plus forte que n'importe quelle compassion pour eux, parce qu'eux étaient pédés) les mots nada qui maintiennent l'ordre dans l'implacable système immunitaire qui protège et "la vie" et les autres, c'est pareil, leurs mots à eux désordonnaient, comme les mots que certains d'entre eux criaient devant les autres, que certains d'entre eux criaient pour ceux qui parmi eux en étaient réduits à se cacher pour ne pas "avouer" qu'ils étaient pédés, ou pour ne pas "avouer" leur mauvaise maladie, ou parce qu'ils n'avaient pas la force, plus la force : déjà marcher devenait difficile, alors crier, et quand eux criaient leurs mots qui désordonnent les autres continuaient à se taire, étonnés qu'ils étaient que eux puissent encore trouver l'énergie de crier, presque choqués que eux ne meurent pas sans la ramener... © »

article dans "Le Monde": https://archive.is/VyGL

Amazon: https://www.amazon.com/Linsecte-French-Edition-Jean-Michel-Iribarren/dp/2020407205

voir interview France Culture

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L'insecte

Yaguine

Undead

Wild Samuel

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"Yaguine"

 
résumé : dialogue entre JM et Yaguine, l'enfant malien mort caché dans la soute de l'avion qui devait le porter jusqu'à la France.

(extrait)
« Tu ne prétends plus refaire le monde. Tu ne saurais pas. Autrefois tu y pensais à des choses comme refaire le monde mais tu voulais surtout que le monde te donne ta place. Finalement l'imperfection du monde t'a plu. Tu voulais des tyrans pour s'en débarrasser, s'embrasser à la mort du tyran comme sur la place Venceslas à Prague. Tu as eu tes tyrans et tu t'en es débarrassé, tu as pleuré de joie. Tu voulais la maladie pour pouvoir résister. Tu as eu la maladie, avec tes mots tu as résisté. Tu voulais la mort pour savoir. Tu l'as eue, tu as su : rien n'empêche d'aimer, ni la mort. Tu voulais des défaites, superbes, tu voulais te construire de défaites. Les défaites tu les a eues et plus que tu n'aurais jamais imaginé. Tu voulais être beau, que ta beauté tu en sois le seul artisan, comme une conquête. Tu l'as eue, la beauté. Tu voulais des garçons, des garçons pas des hommes, des anges, des diables, pervers, innocents, comme dans les livres, dans les romans de pacotille. Les garçons aussi. Tu voulais l'amour. Nous y voilà. Tu as toujours su ce que c'était, l'amour. Toujours. Tu ne t'es jamais menti là-dessus. Toujours su que l'amour c'était presque nulle part alors qu'on te disait que c'était partout. Tu as toujours su que c'était tragique et pas heureux, à refaire et pas signé, déterminant et pas secondaire. Pour l'amour tu étais prêt à tout, pas à n'importe quoi. Tu savais de l'amour que rien ne lui résiste, ni la mort etc. Tu l'as su vraiment très jeune. Tu n'as jamais connu personne qui connaisse l'amour comme toi tu le connais. Personne. Et tu sais aussi que disant cela personne ne te croira, ce qui après tout est normal puisque tu es bien le seul de ton espèce. L'amour, tu l'as eu. Tu l'as eu avec le reste, avec les défaites, la maladie, la mort etc. Tu l'as toujours et au bout du compte comme disait Hervé, c'est tout ce que tu as, ce que tu as jamais eu, tout ce qu'il reste. Ça n'a jamais suffi. Si cela suffisait, l'amour ne serait plus l'amour. Il te ramène au point de départ, l'amour. Et dégoûte-toi bien d'employer autant ce mot d'amour qui te dégoûte tant de ce qu'on en a fait. L'amour te ramène à toi. Sans lui tu te serais perdu de vue depuis longtemps, ça se voit tous les jours. Il te ramène à toi et tout est à recommencer. C'est d'aimer qui m'a fait regarder vers toi, Yaguine. Qui m'a gardé tel quel : perdu, enfant, guerrier.
Toujours la guerre. Contre elle, l'ennemie.
Si c'était ça aussi qui m'avait mené à Yaguine ? L'ennemi commun : la vie. © »

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"Undead"

 
résumé : autobiographie.

(extrait) « j'ai marché toute la journée, je sais plus où, dans ces grandes avenues où je sentais le souffle de ma vie, où ma vie était déjà là sans moi qui m'attendait, y avait en ce temps dans Paris une partie de moi qui me courait après, qui désarmait pas... vers le soir j'ai pris le chemin du retour, je suis monté dans un bus qui me ramènerait chez moi, rien avait changé, simplement j'avais arrêté de travailler le temps d'une journée, j'étais assis au fond du bus, à un moment j'ai regardé en face de moi : il devait avoir mon âge ou un peu moins, il était blond, il était magnifique de beauté, je lui ai jamais parlé, il sait pas qui je suis, je lui dois tout... c'est en le voyant lui, ce garçon blond qui avait je crois un manteau vert, qu'en une seconde j'ai basculé : vers moi, pour ce que j'ai toujours appelé l'acceptation, pas la résignation, l'acceptation des garçons, que ce serait ça et pas autre chose, que depuis toujours j'étais homosexuel, sale mot mais puisque c'est le mot : c'est ce que j'étais, en une seconde ça m'a paru magnifique de l'être, et stupéfiant d'avoir tant attendu, j'allais le dire à la terre entière, la terre entière allait le savoir, je voyais celui que j'étais déguerpir sans demander son reste, il reviendrait plus jamais, je le plantais là l'inaudible, il me laissait aucun regret, il me dégoûtait presque et avec lui tous ceux qui l'avaient forcé à rester inaudible... en même temps j'avais envie de leur dire merci à ceux-là, tous, les humiliateurs, les empêcheurs, je leur devrai toujours tout aux humiliateurs et aux empêcheurs, je leur devrai toujours cette seconde dans le bus, sans eux y aurait jamais eu cette seconde, ce moment où tout a basculé, où demain s'est écrit d'un seul coup, tout ce qui allait venir, j'en voudrai jamais au malheur comme les autres lui en veulent, le malheur m'a tout donné de jamais l'avoir accepté, les empêcheurs de jamais leur avoir cédé, cette seconde restera pour toujours indescriptible, y aura jamais de mots pour dire ce que c'est de devenir soi-même, ç'allait se voir physiquement le changement dû à cette seconde dans le bus, ç'allait se voir pour tout, je viens de cette seconde qui elle-même vient de si loin que je saurai jamais d'où : de l'enfance peut-être, de l'oppression que c'est l'enfance, que ce sera toujours et quelle que soit l'enfance, l'oppression que c'est la famille, que ce sera toujours et quelle que soit la famille, elle venait la seconde du garçon à la barque qui me souriait près du canal et que j'avais laissé repartir, de cet autre croisé devant un marchand de journaux, elle venait peut-être de Lucien quand il avait dit l'important c'est d'aimer, elle venait de la solitude, ces nuits passées seul avec Kali dans ses pattes et son flanc, de tous les regards assassins que j'avais dû affronter, elle venait du meurtre ma seconde, de tous ceux qui sont morts parce qu'ils ont jamais eu comme moi une seconde dans un bus une fin d'après-midi : elle venait de tous les autres, de lui le garçon blond qui saura jamais ce que je lui dois, ceux d'avant moi qui comme moi un jour s'étaient pas résignés, ceux d'après moi qui comme moi se résigneraient pas que le monde soit ce qu'il est, impitoyable et sans aucune raison, assassin et sans aucune raison, et nos bourreaux, un grand merci à nos bourreaux d'être ce qu'ils sont, on leur doit à nos bourreaux de pas leur ressembler, de pas aimer la vie qu'ils servent avec tant de zèle et sans aucune raison, qu'ils continueront de servir avec autant de zèle qu'avant et sans aucune autre raison que celle de faire des victimes, toujours davantage de victimes, elle venait ma seconde de Vincent et elle lui reviendrait, tout pouvait commencer. © »

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Wild Samuel

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Rollercoaster trilogie




"Wild Samuel"

 
résumé : Wild et Mathieu se connaissent à l'âge de onze ans, leur lien est si fort qu'ils peuvent même se retrouver dans leurs rêves. Mathieu meurt à vingt ans. Wild ne pourra se résigner à être séparé de lui et le recherchera même malgré lui, accompagné par Ankhchen, la femme mystérieuse et si proche à la fois qu'il retrouve à Berlin.

(extrait) « Ils montent dans le taxi de John. Bonjour John. Good evening, Mr. Wild. Le taxi démarre. Où m'emmenez-vous ? C'est une surprise, vous aimez les surprises, n'est-ce pas ? Le taxi roule vers le Sud. Potsdamerstraße. Eisenacherstraße. Vers Steglitz. Le quartier résidentiel du sud de Berlin où il y a de très belles maisons. Donc, vous n'avez pas passé votre anniversaire avec Ellen ? Non, elle voulait me laisser avec Elsa et Matthew. Ah, je vois. Qu'est-ce que vous voyez ? Je vois que c'est une femme différente. Des autres ? Différente, et puis elles se connaissent n'est-ce pas ? Elsa et Ellen, oui. Il pense que oui, elle est différente, il l'imagine, peut-être dort-elle, de son sommeil fatigué. Il pense aussi, il y pense depuis un certain temps, est-ce que je vais le dire à Ankhchen : le Normandie, la Boîte à films, la porte. Il pense que c'est trop tôt pour aller lui raconter. Mais il n'aime pas lui cacher des choses. Vous me cachez des choses, mon petit Wild ? Il sursaute. Je vous jure que non, pourquoi ? Je vous connais, vous savez, mais je n'aime pas vous brusquer, vous avez besoin de douceur, je l'ai toujours su. Je n'en ai pas toujours de la douceur. Oh vous n'avez pas à vous plaindre non plus, trop de douceur et vous vous endormiriez sur vos histoires. Mes histoires ? Oui, bon, votre histoire. Le taxi s'arrête. La rue est déserte. Ils sortent. John reste dans la voiture. Vous repartez John ? John fait signe que non, qu'il reste. Ils se dirigent vers la grille de l'entrée. John n'est pas très bavard, fait remarquer Wild. C'est avec vous, vous l'intimidez. Moi, je l'intimide ? Oui vous l'intimidez parce que normalement lui et moi, nous n'arrêtons pas de parler. C'est une maison immense. Il fait sombre mais Wild entrevoit une masse imposante, sombre. Ils montent l'escalier menant au perron. Ankhchen porte un pantalon serré rentré dans de grosses bottes faites pour la neige. Elle porte un grand chapeau aux larges bords. Des gants noirs. Sa cape noire. Et de quoi parlez-vous ? De tout, de la vie, de la mort, de vous parfois. Ils entrent. Elle allume une faible lumière. Il fait chaud dans la maison. C'est la maison de mon ami Archibald Aschenbauer, il est à l'étranger en ce moment, à un congrès médical, vous voulez visiter ? Je vous suis. Alors venez, vous visiterez plus tard. Ils s'engagent dans un grand escalier sombre, comme du marbre. En montant, Wild aperçoit en bas une porte ouverte sur une grande bibliothèque éclairée. Premier étage. Deuxième étage. Troisième étage. Quatrième, elle le conduit dans la seule pièce de l'étage, une pièce ovale, pas très grande, entourée toute entière de baies vitrées et d'une sorte de canapé, ovale aussi. Au-dehors, les lumières, Berlin. Elle enlève sa cape et son chapeau. Il enlève son manteau et son bonnet. Je vous laisse et je reviens. Il s'assoit. Il se croit au bout du monde. Elle revient avec deux coupes et une bouteille de Ruinart. Vous êtes redescendue ? Non, au troisième, faut pas pousser grand-mère. Puis, ouvrez-la mon petit Wild, vous avez plus de force que moi. Ils trinquent. A vos trente-neuf ans ! © »

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Géant

Rollercoaster trilogie




"Géant"

 
résumé : une heure dans la vie de trois personnages, la même heure. Vincent l'écrivain, dans sa chambre à Paris. Léa dans sa chambre d'hôpital où elle va mourir. Et Ben, le jeune cardinal noir au conclave de Rome qui élira le prochain pape.

(extrait) « (Léa) oh lazuli, violet, du doré aussi... ils devraient savoir qu'il ne faut pas parler devant un malade... 'elle a l'air agitée'... je voudrais les y voir ! il faut me laisser maintenant, me laisser un peu seule, tu comprends, j'ai besoin de me reposer, oui même toi, va fumer dans le jardin, je sais que tu n'es pas loin, parle un peu avec ta sur, vous ne vous voyez pas si souvent, quand je ne serai plus là...
...
là... j'étais une femme indépendante... rue Notre-Dame-des-Champs, c'est bien ça... c'était un peu une autre maison... Pierre... je crois que c'était Pierre... il aimait ma murmureuse, quand je lui ai dit que j'étais amie avec elle, oh il ne tenait plus en place... et toi aussi mon chéri, quand tu m'as dit que tu voulais écrire, ça restait dans la famille, une librairie, une mère professeur de... français... il n'y a qu'Elsa... la danse, ça nous non, mais c'était toujours les artistes... Elsa c'était la plus indépendante... oh toi aussi Dieu sait... tu m'en as fait voir avec tes idées, tes façons de t'habiller... je l'avais dit à ton Julien, mais d'où ça lui vient tout ça, cette révolte !... et tu sais ce qu'il m'avait répondu ton Julien ? 'de vous', il avait dit, 'ça lui vient de vous'... moi je crois que ça venait de ton père... il n'y en a pas beaucoup comme votre père, qui aurait fait ce qu'il a fait, quitter son pays... j'aimerais aussi relire ton livre tu sais, celui que tu avais écrit sur moi, je ne me rappelle plus le titre... une histoire de mer je crois... il m'en reste tellement de choses à faire... ni triste ni joyeux, non, c'était le grand jardin des morts, c'est ça tu vois mon chéri, tout est là... je n'ai pas besoin de Vous parler, mais Vous pouvez répondre si Vous voulez... Benjamin... beaucoup parlé de Vous avec Benjamin... oui mais pas assez... je vais refaire mes valises, il faut que j'y retourne... à Rome, c'est ça ? oui, chez Benjamin... là-bas...
oh une odeur de cigarette, dans le vent... oh j'adore !... toutes ces couleurs tout à coup !... le train va tellement vite que je ne vois plus dehors... Jacqueline tu sais, c'était juste... un baiser... entre femmes... tu ne vas pas en faire une histoire hein mon chéri, il y a prescrition... oui, enfin tu sais comment on dit... c'était mon secret... les femmes... oh non, Thomas je ne l'aurais changé contre aucune femme, jamais de la vie, qu'est-ce que tu dis là... non, seulement un baiser, qu'est-ce que tu vas t'imaginer, je n'avais pas le temps, juste y penser, je pensais aux femmes parfois, on ne va pas en faire une montagne tout de même... oh toi encore moins... il était un peu jaloux mon Thomas, de nous, heureusement il y avait Elsa, mais il t'aimait tant aussi... tu sais quand tu étais petit, c'est lui qui se levait la nuit... bon, laisse-moi mon ange, va fumer dans le jardin... il est tard... je ne les entends plus... toutes ces lumières !... oh oui, je veux ! © »

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"Rollercoaster trilogie"

 

premier roman : "Décal'âge"

résumé : Velma est veuve depuis un an. Alain, l'homme de sa vie, est mort. Elle décide de s'en aller à la recherche de son fils parti il y a dix ans aux Etats-Unis et dont elle n'a plus de nouvelles. Ce roman raconte la quête de Velma là-bas, loin de Paris.

(extrait) « Il dit qu'il est musicien, et écrivain : poète. Je savais que tu étais française, ton accent mais surtout cette classe, french touch. La chambre de Janis est la 105, c'est Harold qui lui a dit. Elle a frappé, il a ouvert, il a souri. En général les hôtels ne se vantent pas d'avoir une chambre où une célébrité est morte mais pas ici. C'est Janis, tu comprends, sa mort c'est sa vie aussi, son uvre. Chacun avec sa bière. Il a demandé si elle voulait un verre, elle a dit, ça va, elle boit au goulot, elle a l'impression d'être à Woodstock, rien de moins, si Alain la voyait, si Alain la voit. Il voulait cette chambre absolument, c'est la première fois. Tu sens quelque chose ? elle demande. Je ne sais pas, peut-être, les âmes des poètes, on ne sait pas, ça danse. Il est brun, Frédéric est blond, mais à part ça, ils pourraient être frères. Elle ne fait pas d'efforts pour être bien : elle est bien. Elle l'écoute. Elle répond à ses questions. Depuis un peu plus de deux semaines, elle dit. Tu pars quand ? elle demande. Mardi. Donc dans quatre jours, elle compte dans sa tête. Il vit à San Francisco. J'ai un ami très proche à San Francisco. Je le connais peut-être, what's his name ? Asa, Asa Grinsberg. Non, connais pas, je connais Allen Grinsberg. Et toi, tu tu te sens beat generation ? Oh non, c'est fini ça, enterré, c'est plus possible, je suis poète de maintenant, poète de merde, ah ah. On ne peut pas fumer dans la chambre mais il dit que c'est la chambre de Janis for Chrissake, il roule un joint, elle sort une cigarette, non merci, pas là, elle dit pour le joint. Elle pense, pas là alors quand ? Ils pourraient sortir, prendre un verre ailleurs, prendre la voiture mais ils restent là. La chambre donne sur l'avenue. Elle est morte comment, enfin, je veux dire, elle était seule ? Il dit qu'on ne sait pas vraiment, peut-être. C'était la nuit, for Chrissake. Elle le regarde en souriant. Mon fils aussi disait ça tout le temps, for Chrissake, à cause de ce livre je crois, de Salinger, c'était son livre, je me demande s'il n'est pas venu ici juste pour ça, pour le livre, pour son Salinger chéri, tu lui ressembles tu sais. À ton fils ? Oui, je pourrais être ta mère. Cool, il dit, cool. © »



deuxième roman : "Rollercoaster"


résumé : suite de "Décal'âge" : New York, Frédéric, Velma (sa mère), Matthew. Matthew vit avec Frédéric depuis douze ans, il est aussi l'amoureux de la mère de Frédéric. Frédéric fait une émission de nuit à la radio : Streetwalk, sous le nom de Jimmy Prince. Et il y a ceux qui l'écoutent la nuit dont les chemins se croisent, et parmi eux, Diego, le jeune immigré qui rencontre madame Soledad, et aussi celui qui a écrit à Jimmy une lettre avec le mot 'rollercoaster'... jusqu'au virus qui désole NYC... mais la cité revit quand même...

(extrait) « Diego est revenu avec un nouveau livre à lui lire. Ça s'appelle Our chemical hearts, c'est une amie du cours qui m'en a parlé. La lesbienne ? demande Soledad. Oui, justement, mais je ne suis pas sûr qu'elle soit lesbienne, c'est James qui dit qu'elle est lesbienne, il voit des lesbiennes partout, mais moi je crois qu'elle se donne un genre. Ah vraiment ? notre James dit ça ? mais cela vous dérange si elle l'est ? Oh moi, aujourd'hui... pourquoi voulez-vous que cela me dérange ? Et bien parce que cela vous fait une fille de moins à conquérir, non ? mais il est vrai que vous ne voulez conquérir que cette petite Lena. Parfaitement, vous avez très bien compris. Elle sourit, elle pense, à son âge il a envie de conquérir toutes les femmes, surtout lui, c'est un séducteur dans son genre. Mais pourquoi dites-vous : aujourd'hui ? Oh parce que depuis que je suis ici, j'ai évolué vous savez, à votre contact, au contact de Jimmy, tout ça. Et c'est très bien, le monde s'offusque d'un rien, vous savez Diego, une femme qui aime une femme, un garçon un garçon, ça oui ça les offusque, mais les vraies injustices ils s'en fichent, c'est ça le monde, vous savez Diego. Oui je sais, c'est bien pour ça, cette Margot elle a un faible pour moi en plus. Qui peut vous résister ? vous voyez vous attirez même les lesbiennes. Ah cela vous plaît de me taquiner, n'est-ce pas ? Et vous me taquinez souvent aussi, c'est comme ça que l'on s'aime et c'est tout, on est pas ici pour se faire du mouron, vous et moi, nous aimons rire, voilà, alors ? ce livre ? dites-moi. C'est Sean qui m'en a parlé. Le petit qui est amoureux de vous ? Celui-là même mais soyons sérieux un moment Soledad. Bien Monsieur, alors, dites-moi, le livre. C'est écrit par une femme, il paraît que c'est une histoire entre un garçon et une fille, assez jeunes, dix-sept ans, quelque chose comme ça, ils sont au même lycée, elle, la fille, est nouvelle au lycée, elle a un secret, une histoire de deuil mais Sean n'a pas voulu m'en dire plus, il dit que c'est une histoire d'amour contrarié, à cause de la mort, vous voyez ? Je vois très bien, il n'y a pas d'amour sans la mort, je crois vous l'avoir dit un jour, c'est de Baudelaire, un grand poète français. Je connais Baudelaire, nous en avons parlé au cours. Vous voyez ! la dernière fois je crois vous ne le connaissiez pas, il faudra le lire ensemble un jour, mais j'ai très envie de commencer le livre, vous avez le temps de me lire un peu ? Bien sûr, il faut bien que je gagne ma vie. Oui Diego, il faut bien que vous gagniez votre vie, vous êtes plein d'humour aujourd'hui, allons-y, je vais allumer ma cigarette, regardez, le ciel est bleu, quand le ciel est bleu j'allume toujours une cigarette. Oui et quand il est gris aussi, pour faire oublier qu'il est gris. N'ergotons pas Diego, allons-y. Vous êtes croyant Diego ? oh pardon, une autre fois, c'est à cause de ce que vous disiez sur le deuil, mais allons-y. Elle alluma sa cigarette, ferma les yeux, se dit qu'elle n'avait jamais été aussi heureuse depuis bien longtemps, et la voix du séducteur s'éleva, douce et puissante, et le roman d'eux continua dans les mots d'une autre : I always thought the moment you met the great love of your life would be more like the movies... © »





troisième roman : "Hotel Monroe"

(en cours d'écriture)

résumé : suite de "Rollercoaster" : New York, Frédéric et les autres emménagent tous dans l'hôtel Monroe

(extrait) « Frédéric avait dit à James, je me demande pourquoi on va encore à cette Gay Pride, aujourd'hui c'est plus Stonewall, c'est la grande kermesse, même les nonnes sortent leur drapeau arc-en-ciel. Mais ils y sont quand même allés, pour être ensemble, les aventuriers de l'Hotel Monroe (pas encore acheté). Soledad avait dit à Diego, évidemment aujourd'hui c'est moins risqué qu'autrefois, quand Vicente, moins courageux, enfin vous savez Diego. Alors il faut ne plus y aller ? demandait Diego. Oh Diego il faut, il faut, il faut surtout penser que ce n'est pas partout comme ici à New York, on meurt encore d'aimer je le sais, je ne suis pas née de la dernière pluie, alors si cette Pride sert encore à ça, il faut, de toute façon vous y allez bien avec vos amis, n'est-ce pas ? Vous ne voulez pas venir, maintenant que vous les connaissez tous, mes amis comme vous dites, et que nous allons vivre ensemble, Lena viendra aussi, ce sera la première fois. C'est très gentil Diego mais il y a une limite d'âge pour ces choses, chaque âge vous savez Diego, chaque âge ses plaisirs. Ne croyez pas ça, il y a des gens de votre âge aussi. Très vieux alors vous voulez dire ? Pas du tout. Grand bien leur fasse, d'ailleurs ils ont raison, mais moi je ne vais pas jouer à quatre-vingt-dix ans la pasionaria des LGBT, LGBT c'est bien ça ? Il souriait. Passionnée oui, mais pasionaria hmm, je penserai à vous. Il faisait beau. Ils avaient un peu peur avec ses tueries un peu partout dans le pays à cause de cette histoire du port d'armes en Amérique qu'on arrive jamais à réformer et pour cause, mais la peur ça les excitait, ils étaient ensemble, dans la chaleur de l'aventure qui sans la peur ne serait plus l'aventure, ni rien. Ils ont croisé Bertha Monroe dans le défilé, elle était seule qui marchait, vous là ? a dit Frédéric, moi là, oui, il y a beaucoup de points communs entre le combat des black et les gays, elle a dit ça, j'ai même tendance à penser que pour les gays ç'a été quelquefois pire que pour nous, alors moi là, elle riait, vous voulez vous joindre à nous ? mais elle a dit qu'elle devait repartir à son hôtel et qu'elle était fatiguée, elle est partie en disant que ça avançait, ils ont compris, la vente de l'hôtel de Manhattan, ils se sont embrassés dans le soleil des points communs. Ça alors, ils pensaient, cette Bertha, décidément il n'y a pas de hasard, ce que redirait Soledad plus tard, pas de hasard, vous voyez que vous auriez dû venir, a dit Diego, elle a répondu que Bertha était beaucoup plus jeune qu'elle et qu'elle serait morte d'insolation, je préfère une autre mort quant à mourir un jour. Et justement, Matthew a eu l'idée, et si on passait tous voir Soledad, on lui doit bien ça pour son fils. Ils ont donc terminé la gay Pride 2022 dans l'appartement de Diego. Ils l'ont surprise qui sommeillait mais elle était heureuse. Tous mes enfants, elle a dit en prenant la main de Diego pour bien montrer qu'il était l'enfant du cur. James et Andrew se tenaient la main aussi et Pete faisait du charme à Soledad. Tu ne peux pas t'empêcher, dirait plus tard Andrew. Et oui, j'aime toutes les femmes, et surtout elle, d'ailleurs elle aussi m'aime. Jour d'amour sans mourir d'aimer, une aubaine. La semaine prochaine Matthew et Velma partent pour la Californie, Los Angeles, retour aux origines. Pour parler avec Teresa du projet de Velma. Retour au Highland Gardens Hotel pour quelques jours (l'hôtel où est morte Janis Joplin, Matthew logeait dans sa chambre quand ils se sont connus avec Velma, la chambre 105). Velma ce jour était restée avec Ronald. nous ferons un défilé à nous. Quel défilé ? Mystère (en fait ils avaient bu du Champagne dans l'appartement de Velma, Ronald disant que la foule le rendait de mauvaise humeur, même les jeunes ? surtout eux !). Ah, et puis Soledad a aussi connu Sean, l'ami théâtreux du cours de Marmelstein qui s'était joint à eux. J'ai beaucoup entendu parlé de vous, Diego et James disent que vous avez beaucoup de talent. Sean souriait, moi aussi j'ai entendu parler de vous, j'aimerais bien avoir votre talent à vous. Mais quel talent, dear ? Le talent de vivre, c'est le plus important, non ? Et Soledad dira plus tard à Diego que ce Sean a de la répartie, ce qui est bien pour un acteur, et qu'il n'a pas tout à fait tort, le talent de vivre Diego vous savez moi, j'ai toujours été proche de ceux qui ne l'avaient pas, j'aurais voulu le leur donner mais c'est si difficile. Et ainsi de suite, le talent de vivre, l'avoir ou pas, Diego pensait que ce talent-là on ne savait qu'à la fin si on l'avait, ou pas, elle oui. © »

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"Parce qu'eux"
Éditions Saint-Germain-des-Prés
(et autres poèmes)

 



Sachez-le ! Rien n'est ici à sa place et tout y sonne juste. L'amour surgit de ces poèmes comme de rites impurs ("des anges y croisent des robes noires"), le désespoir affleure sans l'emporter jamais. Car..., là où le verbe nous entraîne, "l'écume au loin des vagues éclaire un peu ces lieux". Force et lucidité de la vie incarnées dans les mots.
(Hervé Loyez)

« (portrait sans modèle)

Il entendait sa voix mais ce n'était pas lui
A chaque fois c'était pareil
La vérité s'faisait la malle
La vérité la belle affaire
Réalité ou vérité
Il apprit à douter de tout
Mais c'est là que ça se brouillait
Quelle imposture les apparences
Il y avait le son de sa voix
Et puis les mots c'est peu les mots
Pourtant un jour...
Où était-il finalement
Dans la véhémence du verbe
Et dans l'emphase de l'action
Dans le silence de trop de plaies
Dans sa totale indifférence
Ou dans le tragique étouffé
Seul il riait de bien des choses
Qu'il était grave dans ses regards
Il n'y aurait jamais de portrait
Insaisissable, ailleurs

Il lui avait fallu du temps pour comprendre
Il savait bien la vérité
Cette impossible vérité
Mais y avait le regard des autres
Sa vie ce fut de s'en passer
Le monde était à son image
Désarticulé
Charmant
A pleurer
L'amour c'était de le connaître
C'était ça et pas autre chose
C'était enfin n'être plus l'autre
C'est pour ça qu'il aimait aimer
La bête ne mentait pas
Elle était de tous les débuts
Elle ne disait pas tout mais elle ne mentait pas
Il ne chercha plus la vérité
Ils ne l'auraient pas supportée
Elle était son plus doux secret
Peut-être un jour il survivrait
On le voyait sourire
Ils disaient l'innocent
Ils disaient l'implacable
Les dieux levaient les yeux au ciel © »


Amazon: https://www.amazon.fr/Parce-queux-Jean-Michel-Iribarren/dp/2243031795/ref=sr_1_2?s=books&ie=UTF8&qid=1431619725&sr=1-2&keywords=jean+michel+iribarren

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Parce qu'eux




France Culture : "Du jour au lendemain" par Alain Veinstein : "L'Insecte", de Jean-Michel Iribarren, éditions du Seuil, interview

Alain Veinstein : Vous êtes né en 58 Jean-Michel Iribarren et votre éditeur nous informe que vous avez exercé divers métiers dans la politique et le cinéma, la politique et le cinéma c'est pas tout à fait la même chose...

Jean-Michel Iribarren : II y a beaucoup de gens qui disent que c'est pareil, je ne sais pas... Vous voulez que je vous dise exactement ce que j'ai fait ?...


Dites ce que vous voulez, vous êtes libre...

C'est vrai que j'ai fait beaucoup de choses... le parcours qui m'a mené a l'écriture a été long... j'ai commencé à écrire tard, à l'âge de 30 ans à peu près et je crois que ce que j'ai fait avant n'a pas franchement d'intérêt... ce qui est intéressant, c'est que tout ça menait à l'écriture, que l'écriture était déjà là même quand je n'écrivais pas, que mon meilleur ami, dont je parle dans le livre, lui, voulait écrire depuis qu'il était petit, ça a été long...


Et vous c'est une décision plus tardive ?

Ce n'a pas été une décision, c'est toujours une chose qui m'a étonné... J'ai toujours voulu, ça paraît un peu bête à dire comme ça, je ne sais pas : trouver sa place, m'exprimer dans une chose artistique, et ça a pris des chemins contournés, j'ai fait de la radio, j'ai voulu être comédien, et cette place je ne la trouvais pas... j'ai même tourné un rôle dans un moyen métrage de Jean-Luc Godard, et je crois que ça date de là, je me suis dit : c'est vraiment lui qui crée quelque chose, moi rien... alors je me suis dit qu'est-ce qu'il me reste ? il me reste écrire, alors j'ai écrit... parce que ce livre, c'est quand même pas le premier que j'ai écrit, c'est le premier publié mais c'est pas le premier que j'ai écrit.


J'allais vous poser la question

J'en ai écrit beaucoup...


Et pourquoi n'ont-ils pas été publiés... d'après vous ?

C'est très difficile que l'auteur dise ça, parce que s'il dit : c'est la faute des autres, on va dire c'est facile... je crois que le chemin qui mène de toute façon à une certaine reconnaissance, il est long et j'ai toujours dit que tout le temps que j'ai écrit sans être publié, j'avais une extraordinaire liberté, je crois que peut-être je n'aurais pas écrit L'Insecte si je n'avais pas été autant refusé, parce que j'ai vraiment été extraordinairement refusé, partout... j'ai rencontré des gens qui me disaient en substance : c'est bien ce que vous faites mais on ne va pas l'éditer ou... enfin il y avait toujours des raisons, honnêtes ou moins honnêtes, je n'en sais rien... je n'en sais rien, c'est difficile parce que maintenant je suis publié, je suis dans une maison d'éditions, alors je ne peux pas non plus cracher dans ma propre soupe, mais en même temps pourquoi pas...


Vous êtes publié mais en même temps, avec ce premier livre publié, vous faites une expérience dont vous m'avez parlé par écrit, puisque vous m'avez envoyé votre livre avec une lettre, une longue lettre, bien intéressante, vous faites l'expérience du silence, vous êtes heurté, c'est le mot que vous employez, au silence qui a accompagné la sortie de ce livre qui est sorti il y a 2-3 mois, et depuis 2-3 mois pas assez d'articles selon vous, pas assez de retentissement médiatique...


Non, il n'y a pas que ça, parce que si ce n'était que ça... On m'a dit aussi que c'était le propre de tout auteur de se heurter, quand il a écrit, à un certain silence... vraisemblablement... Mais ce livre parle du silence, et en l'écrivant, et dans ce que j'ai écrit, j'ai dit qu'il se heurterait au silence... j'avais un peu anticipé le silence parce que je croyais qu'il ne serait pas publié, alors il l'a été, et même à bras ouverts, de manière presque un peu inquiétante, et le silence c'est plutôt après, ce n'est pas un silence total, c'est un silence sournois... Ce livre je m'attendais à ce qu'il soit - peut-être naïvement, alors que ce que j'ai écrit n'est, je crois, pas naïf, mais c'est peut -être ce qui prouve que je suis encore dans la vie dans ce qu'elle peut avoir de... je ne sais pas comment dire... - donc les gens qui auraient dû soutenir ce livre ne le soutiennent pas, on me dit qu'ils ne savent pas comment en parler...


Et vous pensez qu'un livre ne peut pas se défendre tout seul...

Oui... oui, à la limite c'est d'ailleurs ce qui pourrait lui arriver de mieux, sûrement même ce qui pourrait lui arriver de mieux, parce que je pense que quelquefois dans la manière dont on défend un livre il y a beaucoup de malentendus aussi... mais c'est difficile pour un livre de se défendre tout seul, je ne sais pas si c'est plus difficile aujourd'hui qu'avant... mais le problème d'écrire, c'est qu'on est très libre quand on écrit, presque trop, presque trop parce qu'on est quand même coupé d'une certaine réalité, même si c'est bien aussi de s'en couper de cette réalité, parce que peut-être si on n'en était pas coupé on n'écrirait pas, et peut-être qu'on est plus proche d'une réalité plus essentielle... mais en même temps quand ce livre est écrit, il a besoin des autres, il a besoin d'être défendu, moi depuis 2-3 mois je me pose la question : est-ce qu'un auteur doit vraiment défendre ce qu'il a écrit ? c'est une question... en fait je réponds toujours oui, il faut défendre ce qu'on a écrit... mais peut-être que l'on devrait laisser les mots... et puis tant pis s'il y a le silence, peut-être qu'on devrait se résoudre à ça... je crois qu'il y a un orgueil aussi de l'écrivain qui est mal placé, il y a une envie de reconnaissance, de gloire, de gloire oui, enfin de gloire c'est exagéré, qui est mal placée aussi, qui est mal placée mais en même temps si on a écrit c'est parce qu' on a envie que ses mots "passent", les mots qui ne "passent" pas ils meurent, et moi je parle du silence alors si ce livre reste dans le silence, c'est aussi un échec du livre.


C'est un livre, c'est le moins qu'on puisse dire, qui crée un trouble... chez le lecteur...

C'est-à-dire...


L'Insecte, là, que vous publiez dans la collection de René de Ceccatty, Solo, parce que d'abord on ne sait pas si c'est un roman, ou si c'est un récit autobiographique...

C'est déjà son problème, pour ceux qui seraient chargés de le défendre... c'est un livre qui ne rentre pas dans une catégorie, c'est pas un essai, ça pourrait l'être, c'est pas vraiment un témoignage mais ça l'est aussi, alors au bout du compte je dis que c'est un roman, je pense qu'à partir du moment où j'ai fait parler le virus du sida...


Oui, parce que ça, c'est l'autre élément du trouble, c'est que dans ce livre-là, et à ma connaissance il n'y en a pas beaucoup qui en font autant, vous donnez la parole au mal, qui aujourd'hui en effet est le mal absolu, le mal qui à l'intérieur même du roman tue les personnages...

Il les a tués déjà... oui... est-ce que c'est le mal absolu ?... Ce qui est écrit aussi dans le livre, c'est que le mal absolu, c'est peut -être de ne pas regarder le mal...


L'indifférence...

Oui, l'indifférence... mais l'indifférence quelquefois ça n'est pas voulu, alors qu'il y a aussi une volonté de ne pas regarder le mal, il y a une forme d'organisation qui est basée, bâtie sur : ne pas regarder le mal... Ce que j'ai essayé d'écrire, c'est que ce qui fonde la vie, c'est aussi de ne pas regarder le mal, que tout se ramène finalement à ça... Le virus du sida, le pauvre, il a fait son travail de virus du sida et si je lui ai donné la parole c'est parce que justement je me suis dit que personne ne pouvait raconter, que j'en étais là, que personne ne pouvait raconter ce qui s'était passé et que justement celui qui pourrait le mieux le dire, ce serait le virus du sida... mais à partir de là on est quand même dans un romanesque, c'est pour ça qu'on peut dire que c'est aussi un roman mais c'est vrai que je ne raconte pas vraiment une histoire...


Non, c'est pas vraiment un roman à l'eau de rose... donc, il parle, il monologue, ce virus dans un livre écrit par un autre, un certain Sang Inquiet, qui est séronégatif, et qui vit avec Or Vif...

Sang Inquiet, c'est celui qui écrit le livre... donc c'est moi... et Or Vif, c'est la personne avec laquelle je vis, oui...


Sang Inquiet, c'est de l'encre noire...

Qu'est-ce que vous voulez dire ?


II est très noir...

Je ne crois pas.


... par son inquiétude même...

Non, ce qui est noir c'est justement de ne pas être inquiet, alors franchement je trouve que les gens qui vivent sans être inquiets sont... inquiétants... et qu'est-ce que ça veut dire être noir ?...


Noir comme l'encre...

Mais encore...


l'encre de l'écriture de ce livre... parce que c'est tout de même un livre...

ah oui, c'est un livre...


un livre ça ne s'écrit pas avec rien, ça s'écrit avec son sang, c'est-à-dire avec de l'encre...

Oui mais ça reste des mots... on ne sait pas en fait ce que c'est... et quand on a écrit un livre, on se dit que si ce n'est qu'un livre c'est pas la peine, si ce n'est qu'un livre...


Et qu'est-ce que ça peut être d'autre...

Peut-être qu' on écrit aussi pour le savoir... je crois qu' on se pose tout le temps la question... mais vous me disiez c'est noir, je sais que les gens qui ont aimé ce livre ne l'ont pas ressenti justement comme un livre "noir", ils l'ont ressenti comme un livre qui, je ne sais pas, qui leur donnait envie de lutter, qui n'était pas un livre désespéré, et que justement peut-être en disant le désespoir, en disant le mal, en approchant le mal, c'est là qu'on s'en sortait... C'est quand même ce que j'ai voulu raconter : que mes amis qui sont morts, ou ceux que je ne connaissais pas, j'ai eu l'impression que justement ils n'étaient pas morts pour rien, et que c'était le silence des autres qui voulait que cette mort soit vraiment une mort définitive... Dans la première page, je parle de colera alegria, j'ai voulu écrire une colère joyeuse, parce que ceux qui sont morts, dont on n'a pas parlé, n'ont pas cessé de rire, n'ont pas eu peur d'affronter leur mal... Mais la vraie question c'est quand même celle que vous m'avez posée, vous me dites c'est un livre, évidemment c'est un livre mais on se dit quand même, même si on a écrit ça, qu'un livre c'est pas grand-chose quelquefois, on ne peut pas se contenter de se dire qu'on a écrit, parce que quand on a écrit un livre on se sent un peu "quitte" aussi avec ce qu'on a écrit... je crois qu'on écrit pour savoir ce que c'est qu'un livre...


Qu'est-ce qu'il vous a appris ce livre-là sur vous-même ?

Il m'a appris que j'étais encore en vie... je ne sais pas s'il m'a vraiment appris quelque chose sur moi-même... et il continue de s'écrire ce livre, peut-être qu'il m'apprend presque plus de choses maintenant, peut-être qu'il me met aussi au pied du mur maintenant, puisqu'on parlait du silence qui peut aussi entourer ce livre, se dire : qu'est-ce que je fais maintenant, par rapport à ce livre ? est-ce que je me dis : je l'ai écrit voilà ou est-ce que je le défends ?... Et les autres continuent à écrire ce livre, je crois qu'on écrit avant, on écrit pendant et on écrit après, on écrit même quand on n'écrit pas. Est-ce qu'il m'a appris quelque chose sur moi ? je ne sais pas si on attend d'un livre... c'est pas une psychanalyse, un livre... on n'attend pas d'écrire un livre pour apprendre des choses sur soi, je crois que c'est plus d'aimer qui vous apprend quelque chose sur soi... c'est la confrontation au mal aussi qui vous apprend quelque chose sur soi, je n'essaie pas de me chercher dans mes livres... je pense que quand on écrit il ne faut pas non plus avoir une idolâtrie de la chose écrite, il faut être assez humble aussi, il faut aller vers les mots mais les mots... il y a quelque chose de très impuissant dans les mots, j'ai toujours dit qu'on écrivait plutôt entre les mots que les mots eux-mêmes... en même temps il y a cette chose quand on a écrit de dire : c'est écrit, alors c'est écrit c'est fini, et moi je déteste ce qui est fini, je ne crois pas a la fin, je ne crois pas à la fin d'aimer quand on aime, et je ne crois pas à la fin d'un livre, je pense que ce livre je l'avais commencé avant, que je le continuerai après...


II n'y a pas de dernier mot...

Non... on aimerait...


Même pour le virus...

Vous savez le virus, je l'ai fait parler mais je ne le connais pas si bien que ça, je crois que celui qui a écrit le livre... qui n'est pas totalement là, parce que c'est quand même un grand problème de venir parler de son livre, d'un livre, peut-être d'un livre comme celui-là...


C'est pas vous Jean-Michel Iribarren... ?

Oui, mais... vous savez j'aime beaucoup Barbara et elle disait : quand je chante c'est moi et ce n'est pas moi alors c'est moi et ce n'est pas moi... C'est peut-être ça, la recherche de soi-même...


Et là c'est qui aujourd'hui qui est en face de moi... ?

Ecoutez, c'est celui qui a écrit le livre qui est dans un studio de radio et qui... qui écrit mieux vraisemblablement qu'il ne parle...


Ou l'inverse...

Qui parle mieux qu'il n'écrit ?...


C'est possible, non?

... oui, j'aime bien parler... j'aime bien parler de ce que j'écris... il faut trouver le mot, la chose qui va vous faire dévider la pelote, quand on parle... Vous savez, j'ai écrit un livre à propos des homosexuels qui sont morts et je sais qu'il y en a qui se sont dit : bon c'est très bien ce qu'il écrit mais ce n'est qu'un livre, lui il n'a pas milité, il n'a pas combattu, il est séronégatif en plus, ce n'est qu'un livre... ils n'ont pas tout à fait tort non plus mais ils ont tort aussi quand même, parce qu'un livre c'est quand même beaucoup, on ne peut pas dire que c'est tout mais c'est quand même beaucoup... peut-être que c'est ça aussi le silence sur ce livre, c'est de mésestimer la force d'un livre... parce qu'il y a une force des mots... et que les mots peuvent aller contre la mort, contre le mal...


Ça, vous le pensez ?...

ah oui si je le dis, quand même...


C'est une drôle de confiance que vous leur faites aux mots...

Oui mais regardez... Je sais que le personnage que j'appelle Tête Perdue dans le livre, mon meilleur ami, qui est mort en 1993, qui était écrivain, Hervé Loyez, je sais que cette histoire avec lui continue et je sais qu'elle a beaucoup continué par les mots, ce qui prouve bien que les mots ne sont pas que les mots... Si je devais un peu mieux expliquer : il y a eu dans beaucoup de choses qu'il a écrites et que j'ai écrites avant sa mort, des choses qui anticipaient sur notre histoire "après" la mort... vous savez quand on pense que quelqu'un est mort mais qu'il est quand même encore avec vous, on est bien désemparé devant cette présence qu'on sent et qui est quand même absente, elle est quelque part, si on en est persuadé elle est quelque part, elle peut être dans les mots... c'est peut-être un peu bizarre pour celui qui entendra ça... mais oui je leur fais confiance aux mots, c'est un fait, mais je ne les crois pas tout-puissants, et puis je pense qu'il y a les mots et puis il y a les mots, et puis il y a ce qu'il y a entre les mots, et puis il y a sa propre vie quand même, je pense qu'on ne peut pas dissocier les mots de sa propre vie, et que beaucoup d'auteurs écrivent, et sûrement moi aussi, sans se dire : où est ma propre vie dans tout ça ?... vous comprenez, si l'on est qu'une institution, ou quelqu'un qui vient faire son livre comme ça... les mots se vengent de ça, les mots attendent quelque chose dans votre propre vie... les mots exigent de vous, ou alors ils vous rattrapent...


Vous n'êtes pas le maitre du jeu (je)...

On l'est trop et pas assez, on l'est trop parce que rien ne vous empêche quand on écrit, on se sent un peu tout-puissant... on ne l'est pas assez parce que tout ce qu'on cherche à dire on ne l'atteint jamais, qu'on a vraisemblablement trop parlé de soi aussi, qu'on veut écrire pour se déporter de soi mais que les mots vous ramènent toujours à vous-même quand même... je ne sais pas si cela a un rapport quand vous me demandiez : se connaître soi-même...


Je vous ai demandé ça, moi ?

Oui... vous m'avez demandé si en écrivant je me connaissais mieux...


Je vous ai demande ce que le livre vous avait appris sur vous-même...

Ce n'est pas la même chose... ?


Pas tout à fait mais enfin ne chicanons pas... II y a les mots et il y a les noms, il ya les noms que vous avez donnés aux personnages: Tête Perdue, Sang Inquiet, Or Vif... comme des noms d'indiens...

C'est un peu ça oui... c'est parce que je ne voulais pas que ces noms soient... je voulais un peu qu'ils soient symboliques, emblématiques, que ce ne soit pas totalement la réalité, mais j'ai donné aussi d'autres noms... voilà, ça c'est fait comme ça, je n'étais pas à Paris d'ailleurs, je réfléchissais à ça et j'ai trouvé ces noms-là, Sang Inquiet, Tête Perdue, Petit Balafré... mais bon, il ne faut pas y voir plus qu'il n'y a...


Et les indiens ont subi toujours de terribles hécatombes...

Peut-être, c'est vrai que quand on écrit il y a beaucoup de choses qui... on se dit après : tiens j'ai écrit ça... effectivement, peut-être... peut-être c'est en ça qu'un livre n'est jamais fini parce qu'il s'inscrit dans un lien, alors pourquoi pas, oui, avec les indiens... c'est drôle ce que vous me dites parce que j'en parle presque plus dans le livre que je viens d'écrire, de l'histoire des indiens...


Vous écrivez sur les indiens...

Non. Mais j'ai écrit un livre là, mais je ne sais pas si c'est très intéressant qu'on en parle maintenant, à propos des deux petits Guinéens qui avaient été trouvés morts dans la soute de l'avion il y a un an... j'ai imaginé un dialogue entre moi et un des garçons de cet avion... et c'est vrai que là, il y a des histoires d'indiens oui...


Et là dans L'Insecte, il y a une ligne, le livre suit une ligne qui est une ligne de partage entre "eux" et "les autres"...

Alors il faut que je vous dise qui sont "eux" et qui sont "les autres"... ? C'est ça ?


Bien, oui... mais vous pouvez y renoncer aussi mais ça serait dommage parce que c'est quand même au centre du livre...

"Eux", ce sont les homosexuels qui sont morts du sida et ceux qui étaient à leur côté, les homosexuels qui étaient a leur côté; alors "les autres", c'est... comment dire ? C'est le grand problème des autres, les autres ! Beaucoup me disent : "les autres", c'est les hétérosexuels, je sais qu'on a envie que ce soient les hétérosexuels, c'est vrai que ponctuellement dans cette histoire du sida c'est les hétérosexuels mais pour moi ce livre ne tient pas si on dit que "les autres" ce sont les hétérosexuels, "les autres" c'est : tout le monde, et "eux" se sont détachés des autres dans cette histoire du sida, ils sont devenus : eux.


Tout le monde, c'est-à-dire...

Tout vivant. Tout vivant qui participe a cette perpétuation de la vie, à ce système qui ne veut pas regarder le mal... tout ce qui est complice de ce qui fait la vie...


Vous laissez entendre que "les autres", ce sont les vrais malades... ceux qui disent n'importe quoi, qui disent par exemple que le sida a tué l'amour...

Oui, cette chose du sida qui a tué l'amour, alors ça je... le problème, c'est qu'il faudrait que je raconte tout le livre si je me mets à parler de ça, parce que le sida n'a pas tué l'amour non, ça arrangeait de dire que le sida tuait l'amour mais le sida n'a jamais empêché personne d'aimer... je pense que ce qu'on appelle l'amour est quelque chose qui soutient aussi ce que j'appelle le système de la vie... aimer vraiment c'est aller contre la vie, vous savez cette histoire de dire que l'amour est plus fort que la mort... on nous fait croire que l'amour est partout alors que c'est faux, parce que s'il était vraiment partout la vie ne serait plus ce qu'elle est... aimer va contre la vie... et le sida n'a pas tué l'amour mais le dire c'était un moyen de laisser dans le silence la mort des homosexuels...


Le sida n'a pas tué le rire non plus...

Non, parce que tous ceux qui sont morts ont beaucoup ri, beaucoup vécu, sûrement bien plus que ceux qui sont vivants, et qu'on plaisantait de la mort... Un jour je me suis levé, à un de mes meilleurs amis je lui ai dit : "alors pas encore mort !"... il y a eu une extraordinaire dignité là-dedans... et beaucoup de vie... Moi, ce qui m'embête aujourd'hui, c'est que j'ai l'impression que, même chez les homosexuels, on ne veut pas parler de cette histoire du sida, parce que la vie aussi fonctionne comme ça, sur l'oubli... alors que je pense que, si on n'oublie pas, si on regarde le mal, si on regarde la mort, c'est là qu'on est vraiment vivant, je pense que c'est ceux qui oublient, ceux qui n'ont plus la mémoire, ceux-là sont morts... et ça se retrouvera...


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"L'envol"

 
lettres à ma mère - lettres de ma mère


octobre 1994 (lettre à ma mère)

...papa samedi : je sais qu'il a fait tout ce qu'il a pu pour moi et bien davantage, je lui en serai toujours reconnaissant et je n'ai pas le droit de faire des reproches-
Pour le reste les choses sont ce qu'elles sont. Cette passe difficile était sans doute nécessaire. Ayez un peu de compassion, ma vie est sens dessus dessous, je suis condamné à vivre avec des morts et je ne m'en plains pas.
M'aimer c'est comprendre ou accepter que c'est le seul choix possible, la seule dignité.
Surtout ne pas me dire de ne pas écrire en ce moment. C'est ne comprendre rien à rien et ça me fait de la peine. Il faut être de mon côté, celui d'Hervé, de l'écriture, tout le jeu de la vie sera de baisser la barre, me dire d'oublier. Jamais.
Et puis vous me connaissez quand même, n'ayez crainte, je ne me résignerai pas à l'abandon, je prendrai les décisions conformes à l'idée que je me fais de ma vie. C'est mon affaire - Je ne vivrai pas sur l'argent donné par Papa puisqu'il ne me l'a pas donné pour ça. ©


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