Hervé Loyez    Hervé Loyez    Hervé Loyez    Hervé Loyez    Hervé Loyez    Hervé Loyez


Dernières lectures :

"LE ROUGE ET LE NOIR", Stendhal (relecture)
"JANNIK SINNER - 8 CHILOMETRI", Federico Ferrero, Federico Mariani


Hervé et Mark :

Extrait de « LE VOYAGE À ALBA », de Hervé Loyez :

Hervé Loyez « Salut à vous voyageurs de justice, leur crie-t-il. Salut à toi Gouverneur. Alba est pure, Alba est belle, Alba est blanche.
Le brouillard l'a emporté.
- C'est le vieux Vico, dit le Gouverneur. Une sorte de mendiant qui dit n'importe quoi. Les habitants d'ici le respectent et nous, nous le tolérons. Il fait courir des bruits invraisemblables, comme quoi Alba serait différente de ce qu'on dit. Et pourtant, continue-t-il, vous avez vu tout à l'heure, avant que ce satané brouillard nous envahisse, vous avez vu comme Alba doit être un pays où il fait bon vivre.
- Il me semble que j'en ai entendu parler de ce bonhomme, dit Constance.
- Venez, rentrons. Il va faire froid.
Ils pénètrent dans un long couloir au bout duquel ils empruntent un ascenseur.
- Voici mes appartements, dit-il en appuyant ses paroles d'un geste qui embrasse l'immense pièce décorée à l'ancienne et percée sur toute sa longueur d'une baie vitrée. Un feu sommeille dans la cheminée. Il est possible que vous en ayez entendu parler, continue-t-il en ranimant le feu. Cela fait à peu près dix ans, l'avant-dernier Gouverneur s'est étonné des propos du vieux Vico. Et s'il n'était pas fou ? pensa-t-il. Alors, il en parla à plusieurs de ses amis, au Démosdome. Tout ceci suscita beaucoup d'intérêt. On fit venir au Palais le vieux Vico qui comparut devant une commission d'historiens, de médecins et de militaires. Il leur raconta la même chose qu'il raconte ici : Alba est ci, Alba est ça, elle n'est pas ce que vous croyez. Mais les médecins l'examinèrent et conclurent qu'il n'était pas sain d'esprit, bien mieux qu'il était anormal de naissance. En somme beaucoup de bruit pour rien.
- Dommage, dit Julien.
- Oui dommage, mais c'est ainsi.
- J'y pense tout à coup, reprend Julien les yeux fixés sur l'immensité blanche des nuages, vous disiez tout à l'heure, ou vous laissiez entendre qu'Alba ne devait pas être un pays où il fait bon vivre, et cela en nous montrant cette forêt, sinistre j'en conviens. Mais si nous étions de l'autre côté, en regardant vers ici, le spectacle ne serait-il pas le même ?
- Pas du tout, répond-il. Tout d'abord la forêt albaine est vingt fois plus dense et étendue que la nôtre. C'est pourquoi elle paraît noire d'ici. Et de plus, elle est en contrebas. Les nuages s'amoncellent au-dessus d'elle. Non, croyez-moi ça n'est pas qu'une image. Elle est l'exact reflet de ce pays étrange, dangereux j'en suis sûr. Je vais vous montrer vos chambres, ajoute-t-il. Dans une heure je viendrai vous chercher. J'ai prévu une petite réception en votre honneur. Vous y rencontrerez quelques habitants d'Alexandra.

La grande salle est illuminée. La table en bois de châtaigner a été dressée. Julien et Constance se tiennent debout devant la porte. Le Gouverneur est auprès d'eux et leur présente les convives.
- Le bourgmestre d'Alexandra, l'attaché militaire du Palais Démosdome, mon second, le Président du tribunal d'Alexandra, le Consul honoraire d'Alba...
- Je croyais que nous n'avions plus aucune relation avec eux, s'étonne Julien.
- En fait, il s'agit de l'arrière-petit-fils du dernier consul. Quand nos relations avec Alba ont été rompues, il est resté ici. Et le titre est passé à ses descendants. Je vous ai placé près de lui.
- Vous devez être au courant de ce qui se passe à Alba demande Julien au consul, un jeune homme d'une vingtaine d'années.
- Je sais certaines choses, répond-il. Mais je ne me crois pas autorisé à vous les dire. Ça n'est pas à moi de le faire. En tout cas, vous serez peut-être surpris.
- Surpris par quoi ?
- Il y a quantité de villages au Pays des Forêts. Ça n'est pas ce désert qu'on vous a décrit. Et les habitants y sont chaleureux. Il faut me croire, ils n'ont rien des barbares qu'on décrit ici.
- Je ne demande que ça, de vous croire, répond Julien. J'ai l'impression que l'on m'a caché tellement de choses.
- Les gens étaient sincères, vous savez, lui dit le consul en souriant. C'est justement ça le problème. C'est qu'ils sont sincères.
- Vous avez entendu parler de l'Archange ?
- C'est l'un de ceux qui détiennent le pouvoir à Alba. Mais c'est un pouvoir d'un ordre particulier. Personne n'est tenu de lui obéir, du moins je crois. Ça dépend de lui.
- Vous voulez dire que ça dépend de ceux qui lui doivent obéissance.
- Non vous n'y êtes pas, dit le consul, ça ne dépend que de lui seul.
- De son ascendant ?
- Oui, c'est quelque chose dans ce genre. Mais si vous voulez comprendre Alba, n'essayez pas d'être juriste. Cela n'a pas de sens là-bas.
- Allez-vous continuer à vous entretenir longtemps avec ce traître ? lance le Gouverneur. J'aurais dû vous faire emprisonner depuis belle lurette, ajoute-t-il en s'adressant au consul. Au lieu de cela, je vous invite à mes soupers.
- C'est que j'en suis l'unique attraction, répond le jeune homme en souriant. © »

Hervé Loyez, 1958-1993, écrivain, auteur de "Le voyage à Alba", "Les enfants de la folie" (extrait paru dans le nº8 de la revue "Les hommes sans épaules"), "Les petits enfers de David Lorentz", "Quand nous serons à Mukallâ", et "L'Outarde" (paru dans la revue "Le serpent à plumes", nº26)


Extrait du « journal » de Mark Anguenot Franchequin :

Mark Anguenot Franchequin « Je déteste quand les hommes cherchent à vouloir tout scientifiquement expliquer, justifier et comprendre. Il nous faut savoir garder une place aux choses mystérieuses qui nous dépassent et que nous ne saisirons jamais. Que seraient nos existences misérables de petits mortels sans cette part d'inconnu qui nous entoure et nous assaille. Je revendique des rêveries déraisonnables, extravagantes, inhumaines, chimériques, au moins nous permettent-elles d'échapper un temps à la cruelle réalité, à l'insoutenable et écœurante réalité. C'est dans ses rêves et son imaginaire, dans ses capacités à fuir la médiocrité quotidienne, à la rejeter que, sans doute, l'homme est souvent le plus beau et offre au monde une face de lui-même acceptable, c'est quand l'imaginaire prend le pas sur le réel que la vie devient un petit peu moins insupportable. C'est ce qui m'émeut chez la plupart des artistes, ils savent que leur mission est bien de nous alléger de nos souffrances, de nous convier au désordre de l'esprit par le beau et l'originalité de leur vision, de nous dérober aux affres de notre condition, de nous dérégler de notre trajectoire en nous soumettant à leur bénéfique et constructive dérivation : que serait un monde sans art ni fantaisie dans cette sinistrose qu'est la vie ? Leur invitation au voyage est un bienfait pour l'humanité qui de toute façon flotte lamentablement et ne parvient pas à contrôler ni ses vents ni ses coups, ils nous sauvent de la déprime et leur présence saine contribue à notre salubrité mentale... © »

(Mark avait demandé que soit publié dans Libération le communiqué suivant : « Mark Anguenot-Franchequin, né le 8 juin 1958 à Besançon, est décédé du sida après une longue lutte contre la maladie. Il nous a quittés sans honte et sans regret pour rejoindre la terre de ses racines.
La vie est injuste et dégueulasse. C'est un long voyage au bout de la nuit. J'ai beaucoup souffert, mais j'ai aussi connu le bonheur, l'amitié et l'amour.
L'existence est difficile mais on peut vivre quand même et on doit le faire, coûte que coûte. L'aventure en vaut le coup - Mark »)

Mark Anguenot Franchequin, 1958-1994, pionnier de la lutte contre le sida en France, il a notamment été à l'origine de Sida Info Service ; son journal est le témoin de son amour révolté de la vie




Kino

urchinUrchin
de Harris Dickinson, avec Frank Dillane


quinze diasQuinze dias
de Daniel Lieff, avec Miguel Lallo, Diego Lira


bootsBoots
créé par Andy Parker, avec Miles Heizer, Max Parker, Liam Oh, et tout le reste de la distribution incroyable


waiting for the outWaiting for the out
de Dennis Kelly et Levi David Addai, avec Josh Finan, Stephen Wight, Samantha Spiro


kokuhoKokuho
de Lee Sang-il, avec Ryô Yoshizawa, Ryûsei Yokohama, Ken Watanabe, Mitsuki Takahata


Secuestro del vuelo 601Secuestro del vuelo 601
de Pablo González y C.S. Prince, avec Monica Lopera, Valentín Villafañe, Ángela Cano, Christian Tappan, Johan Mauricio Rivera Zumaqué, Marcela Benjumea,