Hervé Loyez Hervé Loyez Hervé Loyez Hervé Loyez Hervé Loyez Hervé Loyez


« Si je ne t'aimais pas tant, tout aurait été plus facile. »

(Montherlant, Les garçons)


Dernières lectures :

"LUCIEN LEUWEN", Stendhal : (relecture) le deuxième roman de Stendhal, entre Le rouge et La chartreuse, inachevé pour des raisons politiques, il y a Julien Sorel, Fabrice, et il y a Lucien, qui n'a rien à envier aux deux autres à part que lui ne meurt pas, ce qui rend son destin moins emblématique, les histoires politiques du roman restent très actuelles mais ce n'est pas ce qui m'intéresse le plus, reste Lucien, personnage fier et désintéressé sinon de sa propre estime, qui doute et survole sa vie au-dessus des contingences et intrigues médiocres, qui ne cède pas à ces dernières ou bien peu, c'est pourquoi je relis le roman avec autant de plaisir que les deux autres, même si les deux autres pour être achevés sont plus marquants, et encore


Hervé et Mark :

Extrait de « QUAND NOUS SERONS À MUKALL », de Hervé Loyez :

Hervé Loyez « J'ai commencé d'éprouver le besoin d'écrire ce livre, à notre départ, en relisant dans l'avion certaines de mes lettres à Vincent. Je lui avais écrit : "Peut-être même qu'un jour la mort ne nous fera plus peur". C'était à la fois pour le rassurer puisqu'il était malade, et parce que je croyais dur comme fer en ces paroles- instinctivement, sans les comprendre.
Ce roman est l'histoire de cette phrase dans ma vie. Celui de ma rencontre avec Jérôme. Celui de ma rencontre avec Vincent depuis la mort de Vincent. Dans cet amour, construit par le hasard et par nous-mêmes, et que je veux indivisible, j'ai rejeté et cultivé la confusion au service d'une logique qui m'est propre...
...
Mais depuis quelques heures ces convictions ne l'habitaient plus, il ressentait comme une angoisse. Et si son exigence était inconcevable ? D'autres hommes, d'autres femmes s'y étaient essayés sans doute et avaient échoué. Déjà le visage de Vincent n'était plus aussi net. Comme si le feu n'avait pas uniquement détruit ses os, sa chair, et qu'il avait commencé d'effacer jusqu'aux traces que Vincent laisserait dans les mémoires. Il regarda la photo, elle lui était d'un grand secours. En observant le fac-similé, il imaginait son sourire, il entendait sa voix, leurs conversations d'il y a si peu de temps surgissaient du néant. Il recréait Vincent à l'aide d'un bout de papier ; Vincent à peine enseveli qui lui échappait déjà. Et dans trente ans ? Il eut un vertige. S'il oubliait Vincent tout juste un peu, à la manière des autres, en continuant de penser à lui souvent ? Que restait-il alors ?...
...
Julien entra dans un confessionnal : "J'ai perdu l'être que j'aime le plus au monde. Une seule et unique fois. Je lui parle, je l'entends, je le vois et pourtant... Vincent n'est pas Dieu ; si vous l'aviez connu ! Comme il était faible ! Il me décevait parfois, il était tout pour moi. De temps en temps il voulait s'échapper, respirer, prendre l'air comme il disait. Il rêvait à l'Arabie heureuse et aux montagnes de l'Hadramaout, Mukallâ. Il avait lu ces noms un jour dans un livre et ils lui semblaient beaux. Il croyait aux rencontres de passage. Le grand amour, quelle naïveté ! Son seul amour ce fut moi. Vincent n'est pas Dieu mais Vincent est partout. Il est à chaque minute. C'est une mort abstraite. Et cependant comme elle m'est douloureuse ! Vous autres prêtres je n'ai rien contre vous ; vous ne pouvez rien pour moi. Pourquoi suis-je ici ? Non ! ne dites rien. J'ai trente ans, je veux encore aimer. Je veux aimer Vincent. D'autres corps que le sien..., le sexe n'était pas notre fort. Quelqu'un est entré dans ma vie. Est-ce Vous qui l'avez envoyé ? Comme dirait l'autre, est-il de Dieu ou bien du Diable ? Entre nous le Diable n'existe pas ; c'est l'existence en tant que telle, insidieuse, celle de tout le monde. Elle vous poursuit, elle vous rattrape, en un instant elle vous transforme un homme en l'ombre de lui-même. Celui-là est foutu, il ne se ressemblera plus jamais. Et je suis le premier sur la liste. On verra. Adieu mon père, vous m'avez fait du bien".
...
Mais il ne fallait pas mourir ! Son propre renoncement eût signifié la disparition totale et définitive de Vincent. Julien le savait depuis qu'ils s'étaient rencontrés : ils étaient plus que des frères, une seule et même entité séparée par la naissance, que les hasards avaient comme deux hémisphères rapprochée pour toujours. C'était là ce que Vincent s'était refusé à entendre et qu'il avait dans les derniers jours accepté, avec une joie religieuse, reçu comme une sublime révélation. Vincent s'était davantage abandonné aux bras de Julien qu'à ceux de la camarde. Cette vérité que personne ne pouvait falsifier, Julien en serait à jamais le dépositaire ; et qu'avec une justesse d'attitude et une sensibilité dont il fallait renoncer à expliquer la cause, Jérôme se fût introduit dans cette relation, en eût compris le langage et les règles, voilà qui sans le justifier venait couronner cet amour, le revêtir d'universalité. © »

Hervé Loyez, 1958-1993, écrivain de "Le voyage à Alba", "Les enfants de la folie", "Les petits enfers de David Lorentz", "Quand nous serons à Mukallâ", et "L'Outarde" (paru dans la revue "Le serpent à plumes", nº26)

Extrait du « journal » de Mark Anguenot Franchequin :

Mark Anguenot Franchequin « Je déteste quand les hommes cherchent à vouloir tout scientifiquement expliquer, justifier et comprendre. Il nous faut savoir garder une place aux choses mystérieuses qui nous dépassent et que nous ne saisirons jamais. Que seraient nos existences misérables de petits mortels sans cette part d'inconnu qui nous entoure et nous assaille. Je revendique des rêveries déraisonnables, extravagantes, inhumaines, chimériques, au moins nous permettent-elles d'échapper un temps à la cruelle réalité, à l'insoutenable et écœurante réalité. C'est dans ses rêves et son imaginaire, dans ses capacités à fuir la médiocrité quotidienne, à la rejeter que, sans doute, l'homme est souvent le plus beau et offre au monde une face de lui-même acceptable, c'est quand l'imaginaire prend le pas sur le réel que la vie devient un petit peu moins insupportable. C'est ce qui m'émeut chez la plupart des artistes, ils savent que leur mission est bien de nous alléger de nos souffrances, de nous convier au désordre de l'esprit par le beau et l'originalité de leur vision, de nous dérober aux affres de notre condition, de nous dérégler de notre trajectoire en nous soumettant à leur bénéfique et constructive dérivation : que serait un monde sans art ni fantaisie dans cette sinistrose qu'est la vie ? Leur invitation au voyage est un bienfait pour l'humanité qui de toute façon flotte lamentablement et ne parvient pas à contrôler ni ses vents ni ses coups, ils nous sauvent de la déprime et leur présence saine contribue à notre salubrité mentale...  © »

(Mark avait demandé que soit publié dans Libération le communiqué suivant : « Mark Anguenot-Franchequin, né le 8 juin 1958 à Besançon, est décédé du sida après une longue lutte contre la maladie. Il nous a quittés sans honte et sans regret pour rejoindre la terre de ses racines.
La vie est injuste et dégueulasse. C'est un long voyage au bout de la nuit. J'ai beaucoup souffert, mais j'ai aussi connu le bonheur, l'amitié et l'amour.
L'existence est difficile mais on peut vivre quand même et on doit le faire, coûte que coûte. L'aventure en vaut le coup - Mark »)

Mark Anguenot Franchequin, 1958-1994, pionnier de la lutte contre le sida en France, il a notamment été à l'origine de Sida Info Service ; son journal est le témoin de son amour révolté de la vie




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