Hervé Loyez  Hervé Loyez  Hervé Loyez    Hervé Loyez  Hervé Loyez    Hervé Loyez


Dernières lectures :

"L'IDIOT", Dostoïevski (relecture)
"JANNIK SINNER - 8 CHILOMETRI", Federico Ferrero, Federico Mariani (en italien)


Hervé et Mark :

Extrait de « LES ENFANTS DE LA FOLIE », de Hervé Loyez :

Hervé Loyez « De l'autre côté il perçut le léger son de la clé qui tomba sur le sol. Peu après, le semblant de clarté accompli par la lune dans un ciel achevé, sans étoiles et sans vie, s'étira sur les dessins d'un mur auquel il s'appuya. Il referma la porte. Dix heures sonnaient à Notre-Dame-des-Blancs-Manteaux.
Il avançait doucement. Seule le guidait dans ce corridor sombre la lumière du dehors. Elle s'inscrivait dans sa pupille telle une mémoire sur un écran, simple pâleur de rue d'octobre et comme ses gestes, furtive. Adémard ronronnait à ses pieds.
À l'étage quelque chose de grinçant : une porte s'ouvrait. Une musique envahit la maison. Lacrimosa ! chantait-elle dans la nuit. Puis un silence. Il gravit l'escalier.
En cette minute précise il n'était que le geste qu'il allait accomplir. Aiguisée par les enchevêtrements d'émotions que lui procurait sa présence dans cette maison où se mêlaient l'assouvissement, la haine, le bonheur d'une victoire à portée de la main, la crainte de l'échec et celle aussi du danger, enfin l'harmonie et la paix avec soi-même, sa conscience se complaisait dans cette sensation qu'il n'était qu'une exacte application de tout son être à une simple idée, extérieure à lui tant il l'avait achevée, pure création se suffisant à elle.

La musique reprenait : Richard Strauss, Les Métamorphoses, pensa-t-il. Il était intrigué. Son trouble s'accrut sous l'effet des vapeurs d'opium dont l'air venait soudain de s'emplir. Le vieux maréchal Xavier de Xaintrand aimait donc l'opium, Richard Strauss, Wolfgang Amadeus Mozart. Fallait-il en rire ?
Il hésita un instant. Puis il poussa la lourde porte.
Devant lui s'ouvrit une pièce inondée de lumière. À gauche se détachait du mur couleur de sang une cheminée blanche. De l'autre côté, comme émergeant de l'ombre, la masse mouvante et sombre de la ville sous une brume aux prises avec le vent parut s'avancer vers eux au travers de la baie.

*

Ils interrompent leurs caresses. Effrayés, ou simplement surpris de le voir ainsi surgir de la pénombre ? Il n'a pas l'air menaçant, bien qu'il tienne un révolver à la main.
Il essaie de comprendre. Il regarde droit devant puis tout autour de lui. Ils ont le même âge tous les deux. Ils sont face à lui, dans le canapé, jeunes, aux corps lisses et sculptés dont l'amour a ravivé les formes et les couleurs.
L'un se lève, passe une main sur son front et, le regardant fait une moue, l'air de dire : ce sont des choses qui arrivent. L'autre demande : "Qui es-tu, toi ?".
Il ne répond pas. Il n'est pas ici pour cela. "Où est le maréchal de Xaintrand ?", dit-il. Il a conscience qu'il perd son temps. Il se veut menaçant. "Où est ce chien de Xaintrand ? répète-t-il.
- Qui êtes-vous, que lui voulez-vous, que faites-vous ici ?", lui lance celui des deux garçons qui vient de se lever, et il s'approche de lui.
Il fixe intensément Julien. Il ne manque pas de courage. Le peignoir blanc largement ouvert laisse paraître la poitrine où le cœur bat trop vite. Julien, le justicier, n'est pas très fier de lui. Il est l'image de ce qu'au monde il déteste le plus. Il pose le révolver qu'il brandissait. Il s'avance vers eux. Il ramasse la ceinture du peignoir. " Tiens petit, mets-toi ça autour de la taille." Il esquisse un sourire. Une vague émotion l'étreint. "Désolé de vous avoir dérangés, les enfants. J'étais venu voir le Maréchal. Un petit compte à régler avec lui." Il réussit son deuxième sourire. "Comment t'appelles-tu ?
- Jérôme, monsieur, dit le jeune au peignoir.
- Et toi ?
- Steph.
- À quoi bon", lance Julien. Et puis, après un instant de silence : "Je vous présente Adémard !"

*

Il se tourna vers la vitre. Un éclair l'éblouit. Était-ce l'orage qui tombait sur la ville, ou la tempête qui déchirait sa pauvre conscience exaltée ? Au loin, il montra quelque chose. On entendit des mots confus se mêlant au tonnerre qui éclata soudain parmi les explosions de gouttelettes d'eau sur l'immense baie vitrée. La lumière vacillait au rythme des éclairs. Son grand corps balançait, tout couvert de sueur. Des deux mains il se tenait le cou. Il avait peine à respirer. Par-delà les éparpillements furieux de la pluie sous le vent, les chiens hurlaient à la mort. Julien faisait corps avec ce déchaînement soudain de tous les éléments. Il crut qu'il s'avançait, comme un prince des lumières, qu'il caressait la joue, la nuque de Jérôme, qui étaient chaudes et douces, et l'embrassait sur la bouche, et que cela avait le goût du sucre et beaucoup de fraîcheur. Mais au lieu de cela il tomba sur le sol. "Salut la compagnie, murmura-t-il, je suis Julien, Julien de Champdivers." © »

Hervé Loyez, 1958-1993, écrivain, auteur de "Le voyage à Alba", "Les enfants de la folie" (extrait paru dans le nº8 de la revue "Les hommes sans épaules"), "Les petits enfers de David Lorentz", "Quand nous serons à Mukallâ", et "L'Outarde" (paru dans la revue "Le serpent à plumes", nº26)


Extrait du « journal » de Mark Anguenot Franchequin :

Mark Anguenot Franchequin « Je l'aime ce monde, malgré toutes ses horreurs, il m'apparaît moins odieux que le rien, que la mort et le néant ou la poussière. Il faut aimer la vie, si forte, si belle, si mystérieuse, si miraculeuse.
Avec entêtement, je n'arrête pas de dire que je ne crains pas la mort, que je dois y aller les yeux ouverts, qu'il faut consentir aux choses, mais tout ça c'est du remplissage.
Je souffre… Je me répands sans aucune dignité, mais c'est vrai que je ne veux pas porter ma souffrance avec dignité. M'écraser, me taire, mourir proprement et silencieusement.
C'est magnifique d'être en train d'être. Nous sommes au cœur d'un miracle permanent. Je me fous d'être un malade digne et silencieux. Je ne serai pas un malade invisible comme j'ai trop souvent accepté d'être un gay invisible pour plaire et être accepté. Maintenant je m'en fous. Il faut s'en foutre et je vais m'en foutre. Je suis une grande gueule et je l'ouvrirai. Si ça dérange, je ne force personne à m'aimer.
Je ne me cacherai pas pour mourir. Maintenant, ce ne sont plus les animaux, mais les hommes qui se cachent pour mourir. Affronter la peur de la mort ne suffit plus. Il faudrait en plus ne pas en parler et se cacher ? Les hommes seraient-ils si peu capables de solidarité ? Les vivants ne veulent plus tenir la main des mourants ? Je veux de l'aide. Je demande du renfort. On ne peut pas y arriver seul.
Un jour, les hommes s'aimeront. Ils ne craindront ainsi plus de devenir homosexuel. La peur d'être gay est un obstacle majeur à l'amitié entre les hommes. Ils préfèrent se faire la guerre plutôt que de s'enculer, car ce plaisir est une part inacceptable d'eux-mêmes et ils en ont peur. Les femmes, je les aime, car elles n'ont pas peur des homosexuels. Ce sont toujours les mères qui acceptent mieux que les pères dans les familles où vivent des enfants homosexuel(le)s. © »

(Mark avait demandé que soit publié dans Libération le communiqué suivant : « Mark Anguenot-Franchequin, né le 8 juin 1958 à Besançon, est décédé du sida après une longue lutte contre la maladie. Il nous a quittés sans honte et sans regret pour rejoindre la terre de ses racines.
La vie est injuste et dégueulasse. C'est un long voyage au bout de la nuit. J'ai beaucoup souffert, mais j'ai aussi connu le bonheur, l'amitié et l'amour.
L'existence est difficile mais on peut vivre quand même et on doit le faire, coûte que coûte. L'aventure en vaut le coup - Mark »)

Mark Anguenot Franchequin, 1958-1994, pionnier de la lutte contre le sida en France, il a notamment été à l'origine de Sida Info Service ; son journal est le témoin de son amour révolté de la vie




Kino

la bola negraLa bola negra
de Javier Ambrossi y Javier Calvo, con Guitarricadelafuente, Miguel Bernardeau, Carlos González, Milo Quifes, Lorenzo Zurzolo, Alberto Cortés, con intervenciones especiales de Penélope Cruz, Glenn Close y Lola Dueñas


urchinUrchin
de Harris Dickinson, avec Frank Dillane


aquelAquel
de Tito López Amado, Javier Pulido y Beatriz Sanchís. avec Javier Morgade, Francesco Carril


quinze diasQuinze dias
de Daniel Lieff, avec Miguel Lallo, Diego Lira


bootsBoots
créé par Andy Parker, avec Miles Heizer, Max Parker, Liam Oh, et tout le reste de la distribution incroyable


waiting for the outWaiting for the out
de Dennis Kelly et Levi David Addai, avec Josh Finan, Stephen Wight, Samantha Spiro


kokuhoKokuho
de Lee Sang-il, avec Ryô Yoshizawa, Ryûsei Yokohama, Ken Watanabe, Mitsuki Takahata


miss fallaciMiss Fallaci créé par Alessandra Gonnella et Diego Loreggian, avec Miriam Leone