Hervé Loyez Hervé Loyez Hervé Loyez Hervé Loyez Hervé Loyez Hervé Loyez


« Si je ne t'aimais pas tant, tout aurait été plus facile. »

(Montherlant, Les garçons)


Dernières lectures :

"RAISE HIGH THE ROOF BEAM, CARPENTERS", J.D. Salinger : relecture - cette nouvelle de Salinger très drôle se passe à New York un jour de juin 1942 suffocant de chaleur, le narrateur, Buddy Glass (la fameuse famille Glass de Salinger), doit assister au mariage de son frère aîné, Seymour, lequel Seymour ne s'est toujours pas encore montré le jour du mariage, l'essentiel de la nouvelle se passe dans une voiture où Buddy est collé à quatre autres personnes en direction de l'appartement de la mariée, il n'ose pas dire qu'il est le frère de Seymour vu les circonstances, cette famille Glass est stupéfiante, la première fois que je l'ai découverte dans 'Franny & Zooey' je croyais qu'elle avait vraiment existé, c'est tout Salinger, ses livres sont plus vrais que la réalité...


Hervé et Mark :

Extrait de « LES ENFANTS DE LA FOLIE », de Hervé Loyez :

Hervé Loyez
«  Jérôme
Ayant accompli son retour triomphal mon père ne tarda pas à abdiquer en désignant Julien, si toutefois le peuple l'acceptait, pour son successeur légitime.
Dans la foulée eurent lieu les élections à la présidence, les premières sans doute de notre histoire où il n'y eût qu'un seul et unique candidat bien que toutes les règles de la démocratie eussent été respectées. Mais c'était l'ordre des choses, un moment rare, d'universel rassemblement. Et Julien fut élu.
Comme mon père, il savait que les valeurs qui l'avaient fait élire et se trouvaient rassemblées sur son nom par la volonté des Français, n'étaient pas celles qu'il défendrait.
Il y avait là un de ces malentendus que l'Histoire affectionne, mais dont, précisément, c'est le rôle des grands hommes de savoir se servir.
Au cours de leur longue procession à travers le pays, Julien et mon père avaient cherché à ranimer dans le cœur des Français l'amour de leur langue, de leur histoire, de leurs coutumes, un amour vacillant sous le doute et près de basculer.
Leur message était clair. Pourtant, il ne fut pas tout à fait entendu.
Sous l'effet de ce discours de paix, d'amour et de justice, les Français s'éveillèrent pour aimer à nouveau leur langue, leur histoire, leurs coutumes, mais de façon trop étroite au goût du Maréchal.
Ce fut la mode des grammairiens. C'était à qui emploierait les imparfaits du subjonctif et les mots les plus rares. On ne disait plus : "avant de venir", mais "avant que de venir". Et tout à l'avenant.
Cela encore n'était pas trop grave. Mais on redécouvrit, en fouillant les archives, de vieilles maximes désuètes et idiotes qu'on avait mises au rencart voici bien longtemps : "la France fille aînée de l'Eglise", "la préférence nationale", "la France aux Français".
Toutes ces calembredaines tournaient la tête du plus grand nombre. Le Maréchal en fut inquiet et, pour tout dire, il n'y comprenait rien, lui qui n'avait cessé de parler d'amour, de tolérance et de partage. Enfin, se dit-il, les Français sont ainsi, versatiles, incohérents... Rien ne sert de s'en plaindre. Il faut faire avec.
Toujours est-il qu'en élisant Julien, ils crurent au grand retour de Louis XIV. Ils attendaient une nouvelle révocation de l'Edit de Nantes appliquée aux Arabes. Ils eurent la première grossesse masculine de l'Histoire. Il faut savoir gouverner avec humour, disait Julien. © »

Hervé Loyez, 1958-1993, écrivain de "Le voyage à Alba", "Les enfants de la folie", "Les petits enfers de David Lorentz", "Quand nous serons à Mukallâ", et "L'Outarde" (paru dans la revue "Le serpent à plumes", nº26)


Extrait du « journal » de Mark Anguenot Franchequin :

Mark Anguenot Franchequin « Comme si c'était méprisable d'avoir quelques unes de ces bonnes petites valeurs chrétiennes qui rendent quand même, quoi qu'on en dise, la vie un peu tolérable. Oui je suis chrétien, pas catholique. Oui, je crois au Christ, à Jésus, à l'homme, pas à Dieu. Et j'en suis fier, même si c'est devenu désuet... Si être chrétien, c'est avoir plus de conscience que les autres, alors je veux bien être chrétien.
Pratiquer ne peut pas consister à affirmer qu'on a rencontré Dieu. J'ai rarement pratiqué, et pourtant, parfois, j'ai l'impression qu'une lumière divine m'a visité et que je n'y ai pas répondu.
Les morts sont-ils morts ou veillent-ils sur nous ? Traînent-ils encore sur terre pour nous aider à vaincre ? Pourquoi n'arrivons-nous pas à penser que notre vie est de toute façon provisoire. Je crois qu'on peut dominer la mort grâce à notre mémoire. Si Hervé venait à mourir, il continuerait à vivre en moi...
Mon reflet dans la glace ne m'a jamais satisfait. Je le trouve acceptable mais pas beau... Surtout en ce moment !... et je n'ai jamais compris que des gens me trouvent beau, et me le disent, par-dessus le marché !... Pour moi, je serai toujours le petit balafré, méprisé par son entourage, de l'école des Vieilles Perrières de Besançon. C'est l'image la plus forte qui ne m'a jamais vraiment quitté depuis ces années d'enfance, qui me tient compagnie, mais personne ne le sait, ni ne me croirait...
C'est dur de vivre avec une image de soi jamais achevée, mais finalement, je préfère ça, plutôt que d'être gonflé de suffisance et de certitude, comme certains qui n'ont pas d'états d'âme sur leur valeur, et qui le clament en écrasant les autres. Je ne les envie pas, mais c'est rassurant. Ils peuvent devenir des modèles et des buts à atteindre pour ceux qui sont si mal dans leur peau, et il y en a ! Nous aide-t-on à être autrement ? Vu les critères esthétiques qui sont devenus les nôtres de nos jours. Beauté, richesse, jeunesse, mode... et exclusion, rejet du reste : malades, handicapés, mal foutus, inadaptés, bancals, tordus, que l'on enferme, que l'on cache.  © »

(Mark avait demandé que soit publié dans Libération le communiqué suivant : « Mark Anguenot-Franchequin, né le 8 juin 1958 à Besançon, est décédé du sida après une longue lutte contre la maladie. Il nous a quittés sans honte et sans regret pour rejoindre la terre de ses racines.
La vie est injuste et dégueulasse. C'est un long voyage au bout de la nuit. J'ai beaucoup souffert, mais j'ai aussi connu le bonheur, l'amitié et l'amour.
L'existence est difficile mais on peut vivre quand même et on doit le faire, coûte que coûte. L'aventure en vaut le coup - Mark »)

Mark Anguenot Franchequin, 1958-1994, pionnier de la lutte contre le sida en France, il a notamment été à l'origine de Sida Info Service ; son journal est le témoin de son amour révolté de la vie




Kino

The boys in the bandThe boys in the band
de Joe Mantello (d'après la pièce de Mart Crowley), avec Jim Parsons, Zachary Quinto, Matt Bomer, Andrew Rannells, Charlie Carver, Robin de Jesús, Brian Hutchison, Michael Benjamin Washington, Tuc Watkins


let them talkLet them talk
de Steven Soderbergh avec Meryl Streep, Lucas Hedges, Candice Bergen, Dianne Wiest  


Love & AnarchyLove & Anarchy
créé par Lisa Langseth, avec Ida Engvoll, Björn Mosten, Reine Brynolfsson


Queen's gambitQueen's gambit
crée par Scott Frank, Allan Scott, avec Anya Taylor-Joy, Isla Johnston, Marielle Heller, Thomas Brodie-Sangster, Jacob Fortune-Lloyd, Harry Melling, Bill Camp, Moses Ingram