Hervé Loyez Hervé Loyez Hervé Loyez Hervé Loyez Hervé Loyez Hervé Loyez


« Un beau jour, je me trahirais ; je ne pourrais retenir l'expression du dédain qu'ils m'inspirent. »

(Stendhal, Le rouge et le noir)


Dernières lectures :

"LES GARÇONS", Montherlant : relecture, j'aime le livre pour Alban de Bricoule, sa superbe et son détachement de tout, sauf de celui qu'il aime : deux ans de moins que lui qui en a seize, Serge Souplier, dont il sera séparé, livre qui se passe dans un collège catholique comme il n'en existe plus, livre sur la religion finalement aussi, avec des longueurs parfois, mais ce qui existera toujours ce sont ces sentiments d'adolescence, quoiqu'élevé dans un collège catholique je n'ai jamais eu de Souplier et je n'aurais rien tant voulu que ça


Hervé et Mark :

Extrait de « LES ENFANTS DE LA FOLIE », de Hervé Loyez :

Hervé Loyez « De l'autre côté il perçut le léger son de la clé qui tomba sur le sol. Peu après, le semblant de clarté accompli par la lune dans un ciel achevé, sans étoiles et sans vie, s'étira sur les dessins d'un mur auquel il s'appuya. Il referma la porte. Dix heures sonnaient à Notre-Dame-des-Blancs-Manteaux.
Il avançait doucement. Seule le guidait dans ce corridor sombre la lumière du dehors. Elle s'inscrivait dans sa pupille telle une mémoire sur un écran, simple pâleur de rue d'octobre et comme ses gestes, furtive. Adémard ronronnait à ses pieds.
A l'étage quelque chose de grinçant : une porte s'ouvrait. Une musique envahit la maison. Lacrimosa ! chantait-elle dans la nuit. Puis un silence. Il gravit l'escalier.
En cette minute précise il n'était que le geste qu'il allait accomplir. Aiguisée par les enchevêtrements d'émotions que lui procurait sa présence dans cette maison où se mêlaient l'assouvissement, la haine, le bonheur d'une victoire à portée de la main, la crainte de l'échec et celle aussi du danger, enfin l'harmonie et la paix avec soi-même, sa conscience se complaisait dans cette sensation qu'il n'était qu'une exacte application de tout son être à une simple idée, extérieure à lui tant il l'avait achevée, pure création se suffisant à elle.

La musique reprenait : Richard Strauss, Les Métamorphoses, pensa-t-il. Il était intrigué. Son trouble s'accrut sous l'effet des vapeurs d'opium dont l'air venait soudain de s'emplir. Le vieux maréchal Xavier de Xaintrand aimait donc l'opium, Richard Strauss, Wolfgang Amadeus Mozart. Fallait-il en rire ?
Il hésita un instant. Puis il poussa la lourde porte.
Devant lui s'ouvrit une pièce inondée de lumière. A gauche se détachait du mur couleur de sang une cheminée blanche. De l'autre côté, comme émergeant de l'ombre, la masse mouvante et sombre de la ville sous une brume aux prises avec le vent parut s'avancer vers eux au travers de la baie.

*


Ils interrompent leurs caresses. Effrayés, ou simplement surpris de le voir ainsi surgir de la pénombre ? Il n'a pas l'air menaçant, bien qu'il tienne un révolver à la main.
Il essaie de comprendre. Il regarde droit devant puis tout autour de lui. Ils ont le même âge tous les deux. Ils sont face à lui, dans le canapé, jeunes, aux corps lisses et sculptés dont l'amour a ravivé les formes et les couleurs.
L'un se lève, passe une main sur son front et, le regardant fait une moue, l'air de dire : ce sont des choses qui arrivent. L'autre demande : "Qui es-tu, toi ?".
Il ne répond pas. Il n'est pas ici pour cela. "Où est le maréchal de Xaintrand ?", dit-il. Il a conscience qu'il perd son temps. Il se veut menaçant. "Où est ce chien de Xaintrand ? répète-t-il.
- Qui êtes-vous, que lui voulez-vous, que faites-vous ici ?", lui lance celui des deux garçons qui vient de se lever, et il s'approche de lui.
Il fixe intensément Julien. Il ne manque pas de courage. Le peignoir blanc largement ouvert laisse paraître la poitrine où le cœur bat trop vite. Julien, le justicier, n'est pas très fier de lui. Il est l'image de ce qu'au monde il déteste le plus. Il pose le révolver qu'il brandissait. Il s'avance vers eux. Il ramasse la ceinture du peignoir. " Tiens petit, mets-toi ça autour de la taille." Il esquisse un sourire. Une vague émotion l'étreint. "Désolé de vous avoir dérangés, les enfants. J'étais venu voir le Maréchal. Un petit compte à régler avec lui." Il réussit son deuxième sourire. "Comment t'appelles-tu ?
- Jérôme, monsieur, dit le jeune au peignoir.
- Et toi ?
- Steph.
- A quoi bon", lance Julien. Et puis, après un instant de silence : "Je vous présente Adémard !"

*


Il se tourna vers la vitre. Un éclair l'éblouit. Etait-ce l'orage qui tombait sur la ville, ou la tempête qui déchirait sa pauvre conscience exaltée ? Au loin, il montra quelque chose. On entendit des mots confus se mêlant au tonnerre qui éclata soudain parmi les explosions de gouttelettes d'eau sur l'immense baie vitrée. La lumière vacillait au rythme des éclairs. Son grand corps balançait, tout couvert de sueur. Des deux mains il se tenait le cou. Il avait peine à respirer. Par-delà les éparpillements furieux de la pluie sous le vent, les chiens hurlaient à la mort. Julien faisait corps avec ce déchaînement soudain de tous les éléments. Il crut qu'il s'avançait, comme un prince des lumières, qu'il caressait la joue, la nuque de Jérôme, qui étaient chaudes et douces, et l'embrassait sur la bouche, et que cela avait le goût du sucre et beaucoup de fraicheur. Mais au lieu de cela il tomba sur le sol. "Salut la compagnie, murmura-t-il, je suis Julien, Julien de Champdivers." © »

Hervé Loyez, 1958-1993, écrivain de "Le voyage à Alba", "Les enfants de la folie", "Les petits enfers de David Lorentz", "Quand nous serons à Mukallâ", et "L'Outarde" (paru dans la revue "Le serpent à plumes", nº26)

Extrait du « journal » de Mark Anguenot Franchequin :

Mark Anguenot Franchequin « J'ai toujours eu la vision de mon corps équivalent à une machine, que je pouvais dompter, que je devais maîtriser. Depuis que VIH est arrivé ce n'est plus possible. Je découvre en mon temps ce corps qui fonctionnerait un peu tout seul, comme une usine chimique, une déchetterie... Tout est en train de me devenir douloureux. Toutes les tâches, même les plus idiotes, me coûtent : cavaler, dormir, digérer, pisser, respirer, chier, voir, marcher, monter, descendre, bronzer, tout ce qui se faisait bêtement, comme des réflexes, se met à dysfonctionner. Je sens VIH me torturer, me décharner, me dénerver, me démuscler, me dépulper. Je suis usé, un vieillard sans en avoir l'âge. C'est un constat terrible et je ne vois pas de solution. Déchéance physique. La vie m'abandonne. La putréfaction va commencer...
Je perds mon sens de l'humour qui pourtant était une arme contre les plaies de ma mémoire. Je n'ai plus envie d'aller à la messe. Il s'agit de reproduire encore une fois la Cène, ce vieux conte que l'on se raconte, obsessionnellement : toujours la même histoire, faut-il y croire ? Il me plaît de savoir que Jésus et ses apôtres ont existé. Les rencontrant, je les aurais sans doute suivis. Jésus, oui... mais Dieu ?
... le sida n'est pas seulement une maladie personnelle, mais une maladie partagée. Nous nous tenons les uns les autres au milieu de toute cette bouillie de souffrances. Malgré toute la part d'indicible et l'impuissance souvent éprouvée face à notre drame... il n'existe pas de faux espoirs. Seule, à mon avis, l'absence d'espoir me paraît fausse, car personne ne connaît les capacités, les ressources et l'avenir de quiconque.
Les anonymes du monde entier. Ce n'est pas parce qu'il ne m'a pas été donné de les rencontrer, de les connaître et de les soutenir que je n'ai pas envie de leur adresser quelques paroles d'encouragement. Où qu'ils soient et quel que soit leur âge, leur sexe, leur mode de transmission, je les implore d'être combatifs, forts et courageux... Chacun de nous est un cas particulier. Au diable les généralités et les statistiques... Enfin, une pensée aussi à tous ceux qui ont croisé mon chemin, mais que ma mémoire chancelante d'émotion et tremblante de tristesse a oubliés et oublie... Sans eux, je serais certainement plus inachevé que je ne le suis déjà... chacun à votre façon unique, vous m'avez aidé à faire de la rage de vivre qui m'envahit, m'assiège et m'encercle une œuvre... mes "zèles aimants", vous êtes tous ma ville de Samarie... l'eau que vous m'avez donnée est devenue pour moi source jaillissante en vie éternelle… cette eau vive-là qui n'enlève pas la soif, ne désaltère jamais tout à fait et qu'on appelle la vie...  © »

(Mark avait demandé que soit publié dans Libération le communiqué suivant : « Mark Anguenot-Franchequin, né le 8 juin 1958 à Besançon, est décédé du sida après une longue lutte contre la maladie. Il nous a quittés sans honte et sans regret pour rejoindre la terre de ses racines.
La vie est injuste et dégueulasse. C'est un long voyage au bout de la nuit. J'ai beaucoup souffert, mais j'ai aussi connu le bonheur, l'amitié et l'amour.
L'existence est difficile mais on peut vivre quand même et on doit le faire, coûte que coûte. L'aventure en vaut le coup - Mark »)

Mark Anguenot Franchequin, 1958-1994, pionnier de la lutte contre le sida en France, il a notamment été à l'origine de Sida Info Service ; son journal est le témoin de son amour révolté de la vie




Kino

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de Levan Akin, avec Levan Gelbakhiani, Bachi Valishvili, Ana Javakishvili  


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La odisea de los gilesLa odisea de los giles
de Sebastián Borensztein, avec Ricardo Darín, Luis Brandoni, Chino Darín, Rita Cortese   


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